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Théâtre

  • L'amour n'a pas de lendemains

    images.jpegDe la montagne et de la fin
    Marina Tsvetaeva
    Mise en scène de Nicolas Struve
    Avec Stéphanie Schwartzbrod
    Maison de la Poésie, Paris
    Du 4 au 28 juin 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    Montage de lettres et de poèmes de Marina Tsvetaeva (1892-1941) autour de son histoire d’amour de quelques mois avec Constantin Rodzevitch, en 1923, De la montagne et de la fin donne à entendre le tourbillon d’une de ces passions à partir desquelles la vie antérieure ne semble plus avoir été vraiment la vie (seulement son pâle reflet), et la vie postérieure ne plus pouvoir être qu’impossible fadeur. Nicolas Struve met en scène un amour confiné dans l’espace exclusif de l’intime et débordant du désir de se déverser sur l’univers tout entier, à commencer par Prague la ténébreuse. Une passion totale, ingérable, magnifiée dans des lettres toute d’étouffement jouissif et drolatique ; une très belle partition russe, à laquelle la comédienne Stéphanie Schwartzbrod offre une diction sauvagement précise, très particulièrement juste.

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  • Entretien avec Sébastien Doubinsky, créateur du Zaporogue

    LE ZAPOROGUE 6 couve.jpg(par Myriam Gallot)

    Sébastien Doubinsky est écrivain et enseignant à l’université d’Aarhus, au Danemark. Français de naissance, il a passé une partie de son enfance aux Etats-Unis, et écrit aussi bien en français qu’en anglais.

    Pour Sitartmag, il présente son nouveau bébé littéraire : la revue Le Zaporogue, dont le numéro 6 vient de paraître.

    Qu’est-ce que le Zaporogue en quelques mots ?

    C’est la prolongation naturelle, après 15 d’éclipse (!) d’un fanzine littéraire gratuit que j’avais créé à Tours au début des années 90. J’avais sorti quatre numéros à l’époque – donc la revue sous sa nouvelle forme a débuté l’hiver dernier avec le numéro cinq.

    Pourquoi avoir créé cette revue ?

    J’avais envie de créer un espace libre, où les écrivains, poètes, artistes et autres fainéants aient tout l’espace nécessaire pour leurs créations. Un magazine sans thèmes particuliers, sans bla-bla intellectuel ou snobinard – mais où entreraient en collision une variété de styles, de voix, de langues, pour montrer que la culture est une mosaïque, qui s’enrichit de toutes ses sources.

    Je voulais aussi absolument qu’elle fût gratuite, pour montrer que la culture n’était pas une valeur marchande. À l’époque des « hits », « best-sellers » et autres arnaques, il me semblait essentiel de créer un pacte de respect fondamental avec  les écrivains et les artistes – et ce pacte ne pouvait, bien entendu, fonctionner que sans argent. Comme je le dis dans la présentation de la revue et de la maison d’édition du même nom sur sa page d’accueil Myspace (www.myspace.com/zaporogue) : « Avec moi, vous ne deviendrez pas riches, mais vous deviendrez peut-être célèbres »

    Quand je vois ce qui est arrivé à mes auteurs Jerry Wilson et D. James Eldon, aujourd’hui publiés par les toutes nouvelles éditions Zanzibar, je me dis que ce n’était peut-être pas tout à fait faux…

    D’où vient ce nom  « Zaporogue » ?

    D’Apollinaire, tout d’abord – à cause de La Chanson du Mal-Aimé, dans laquelle se trouve reproduite la fameuse lettre où ils envoient paître le sultan de Constantinople.

    Des cosaques Zaporogues eux-mêmes, pour plusieurs raisons : la lettre d’insulte au Sultan, qui symbolise pour moi la liberté et l’humour, deux valeurs absolument essentielles à mes yeux. Ensuite, parce qu’un détachement des Zaporogues a rejoint les troupes anarchistes de Makhno pendant la guerre civile russe – et que mon grand-père était anarchiste et le meilleur ami de Voline, le lieutenant de Makhno.

    Tu l’animes seul ?

    Comme un grand.

    Tu as choisi un mode de diffusion assez original, en téléchargement gratuit ou en version imprimée payante : pourquoi ?

    Parce que je pense que si on veut gagner cette guerre culturelle dans laquelle nous nageons en ce moment, il faut se servir des outils que le système capitaliste nous donne pour s’en servir contre lui. C’est ce qui s’est passé avec Myspace, c’est ce qui est en train de se passer avec Facebook -  sans parler de la crétinerie criminelle d’Hadopi.  Le téléchargement gratuit est, comme je l’ai expliqué plus haut, le moyen le plus adéquat de faire connaître des inconnus. Qui va payer, ne serait-ce qu’un euro, pour quelqu’un dont il n’a jamais entendu parler ? Vous, peut-être. Moi, peut-être – mais pas beaucoup. Au moment où j’écris ces lignes, la revue a déjà été téléchargée 121 fois…

    Quant à la possibilité papier, c’est un plus – pour ceux qui, comme moi, adorent les « vrais » livres.

    C’est une revue internationale, écrite en plusieurs langues, à l’image de ton propre parcours entre la France, les Etats-Unis et le Danemark ?

    Oui, je suis un cosmopolite pur et je le revendique. Je crois aux mélanges étonnants, aux diasporas fertiles et aux chocs étincelants des cultures.

    Quels sont tes critères pour retenir un texte ou une image ? Suis-tu une ligne éditoriale ou te fies-tu à ta subjectivité ?

    Subjectivité totale. Ce qui m’attire, dans un texte ou une image, c’est soit la reconnaissable proximité avec d’autres œuvres qui me sont familières, soit la surprise totale. J’aime autant être bousculé que rassuré. Par contre, il est vrai que je veux tout de même donner une certaine image du Zaporogue, qui est celle de la qualité ou du potentiel. Je veux faire découvrir.

    Sais-tu qui sont les lecteurs du Zaporogue ?

    Oui et non. Je connais mes ami(e)s et les ami(e)s de mes ami(e)s, mais je ne connais pas tous les lecteurs. Mais je crois que ce sont des gens curieux, qui ont envie de découvrir autre chose, de soutenir un projet un peu fou, mais sincère. Je suis très touché par le soutien de nombreux libraires, même si quelques uns me reprochent mon choix de diffusion – ce que je comprends très bien.

    Des souhaits ou des projets pour les futurs numéros du Zaporogue ?

    Oui, j’ai surtout un regret : que le Zaporogue soit si blanc. Certes, il est d’un beau blanc, plein de talent, mais j’aimerais vraiment qu’il se bariole et que des écrivains ou des artistes d’autres origines que le Grand Occident me rejoignent. Dans le dernier numéro, j’ai deux écrivains du continent Indien. C’est un début, mais vraiment un tout petit début. Le Zaporogue est un métèque, ne l’oublions pas. Il aime, par conséquent, la métèquerie culturelle.

     

    Site du Zaporogue: http://lezaporogue.hautetfort.com/

    Au sommaire du numéro 6, poésie, nouvelles, illustrations, créations, etc.

    JERRY WILSON – THIBAULT DE VIVIES – ANDRÉ ROBÈR – CATHY YTAK TABISH KHAIR – MÉTIE NAVAJO – DÉBORAH REVERDY VS ENTORTILLÉE STEPAN UEDING – LIONEL OSZTEAN – LUC BARANGER – DANIEL LABEDAN – JEFF SYLVA – ALEX SCHREIBER – JONAS LAUTROP – JEAN-FRANÇOIS MARIOTTI ANNE-SYLVIE SALZMAN MARC BRUNIER MESTAS – JOHANNES HØIE –YANNIS LIVADAS – BLANDINE LONGRE – ERIC BEAUNIE – CELINA OSUNA – FRANÇOIS BONNEAU – SOFIUL AZAM – MYRIAM GALLOT – OLE WESENBERG NIELSEN – CHRIS ROBERTS – OLGA ZERI.

    Le Visage Vert en cause ici http://www.zulma.fr/visagevert/?p=170

     

     

  • Cassandre et la furie

    435px-Cassandra_prophecies_MAR_Naples.jpgCassandre
    Monodrame pour comédienne, ensemble et électronique
    Michael Jarrell
    Mise en scène de Georges Lavaudant
    Livret d’après Christa Wolf
    Avec Astrid Bas
    Nuits de Fourvière, 13 juin 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    Statique et violente, Cassandre, vêtue de noir, clame et crie le sombre destin qui fut le sien – prédire l’avenir et ne pas être crue, connaître par avance les drames des Troyens et les voir survenir, impuissante, cantonnée dans son rôle de spectatrice trop savante pour ne pas être qualifiée de folle – âme tacite de la tragédie, conscience aphone et criante. Mis en scène par Georges Lavaudant avec une sobriété peut-être trop stylisée, sur une musique de Michael Jarrell (ensemble dirigé par Susanna Mälkki), le texte véhément de Christa Wolf que déclame la puissante Astrid Bas dans une diction rythmée, soucieuse et insistante, reconstitue l’enfance de la prophétesse, et les cruelles heures qui précédèrent la Guerre de Troie, et le cauchemar de cette même Guerre. Tout avait beau avoir déjà eu lieu pour Cassandre, dans ses tourments visionnaires, tout n’en aurait pas moins lieu. Face à quoi, Cassandre se tient, ici, excédée, statique et violente – elle que l’on imaginait pourtant faible, à jamais fragilisée, tristement lucide, jusque dans son amour. Elle qui, au cœur des catastrophes troyennes, fait figure de blanche innocente, tremblotante et compatissante, on lui prête ici une grave furie, plutôt digne de Médée, une furie de battante, d’héroïne : la douce beauté de Cassandre ne tient-elle pourtant pas justement à sa distance, dramatique, divine, à sa volonté pure et vaine d’éviter le déchaînement des furies ?

  • Sous-bois contre la morbidité

    boala_familiei_m_008.sized.jpgLa Maladie de la famille M
    Fausto Paravidino

    Mise en scène de Radu Afrim
    Théâtre de l’Odéon
    Du 11 au 21 juin 2009


    (par Nicolas Cavaillès)

    Porté par le grand succès que rencontre à travers l’Europe (et après Avignon 2008) sa mise en scène de Mansarde à Paris avec vue sur la mort (de Matéi Visniec), Radu Afrim, petit prodige de la scène théâtrale roumaine, débarque à l’Odéon pour La Maladie de la famille M, pièce du jeune écrivain italien Fausto Paravidino. Trois enfants, deux filles et un fils, que leur mère a laissés avec un père tout sale et tout gaga, trois jeunes en mal d’amour et de mesure, pour une tragédie morbide moderne sans, hélas, grand relief. Quoique les comédiens jouant les enfants soient excellents (Claudia Ieremia, Malina Manovici, Eugen Jebeleanu), et malgré toute l’inventivité, malgré tout le dynamisme qui caractérisent Radu Afrim (et notamment son goût pour le mouvement permanent, comme pour la danse), on peine à trouver au texte une unité et une nécessité réelles. Reste que ce spectacle pallie l’absence d’originalité de son sujet en proposant un décor (dû à Velica Panduru) d’une rare beauté, dont on ne saurait se lasser – de multiples arbustes sans feuilles dans une maison à l’abandon, comme une forêt pourvue d’une cuisine, d’un lit, d’une baignoire, maison sauvage et forêt vieilllie, finissante, dans l’orange-feu d’un automne psychique.

  • Rater tout, et même quelque chose de plus que tout

    090330_p16_faust.jpgFaust
    Goethe

    Mise en scène d’Eimuntas Nekrosius
    Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
    Du 27 mai au 6 juin 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    L’immense solitude de Faust et son immense échec, qui toujours va s’aggravant, tel semble être le sujet de l’impressionnante adaptation du chef-d’œuvre de Goethe (Faust I, en l’occurrence) par le metteur en scène lituanien Eimuntas Nekrosius, qui promène son spectacle de ténèbres et de visions à travers l’Europe depuis maintenant plusieurs années. À l’excellente scénographie, à la simplicité et à la pertinence des effets trouvés pour illustrer un drame sans âge, s’ajoute le sombre charisme du comédien principal, Vladas Bagdonas, jouant Faust : ce spectacle marque l’esprit et y imprime son atmosphère oxymorique, souterraine et éthérée, d’une rare intensité dramatique.

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  • Pandore chez les Gaulois

    thumb_pandore.2.jpgNina, c’est autre chose
    Michel Vinaver
    Mise en scène de Guillaume Lévêque
    Théâtre de la Colline, Paris
    Du 28 mai au 27 juin 2009


    (
    par Nicolas Cavaillès)


    Par rapport à deux frères vieux garçons endigués dans une vie monotone, Nina, fraîche et dynamique au diable, c’est tout autre chose ; aussi, quand celle-ci débarque chez ceux-là et qu’elle met les pieds dans le plat de rôti de veau aux épinards du mercredi, cette confrontation radicale entre les forces féminines de la vie et les raideurs viriles de la conservation promet de violentes étincelles. Écrite dans les années 1970 par l’écrivain-PDG Michel Vinaver,
    Nina, c’est autre chose ravit par sa légèreté de ton et par l’originalité du développement qui est fait à partir d’une idée de base plus classique (le ménage à trois) ; car l’irruption haute en couleurs de Nina, qui n’hésite pas à d’emblée affirmer sa différence et son indépendance, c’est aussi celle de la femme dans une société française engourdie, et celle de la modernité simili-américaine dans le monde du travail : sortez vos syndicats, voilà Nina.

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  • L'Einsamkeit du directeur de théâtre

    peymann2_1.jpgClaus Peymann (triptyque)
    Thomas Bernhard
    Mise en scène d’Yves Charreton
    Avec Stéphane Bernard, Yves Charreton et Edwige Morf
    Théâtre des Ateliers, Lyon
    Du 26 mai au 5 juin 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    Le triptyque
    Claus Peymann, c’est une comédie en trois saynètes aux titres explicites : Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater, Claus Peymann s’achète un pantalon et va déjeuner avec moi, et Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese – titres pince-sans-rire qui disent déjà l’ironie lasse et potache des textes que Thomas Bernhard a puisés dans l’expérience autrichienne de son ami allemand Claus Peymann (désormais directeur du Berliner Ensemble, Peymann est par ailleurs attendu à Fourvière cet été). Que ceux qui aiment la misanthropie de Bernhard se réjouissent, il a ici trouvé pire que l’homme : l’Autrichien, et pire encore que l’Autrichien, l’homme de théâtre autrichien… La taloche est un peu systématique, mais encore ravigotante.

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  • Simpleticité

    240_450_zurbaran-francois.jpgFrançois d’Assise
    D’après Joseph Delteil
    Mise en scène d’Adel Hakim
    Avec Robert Bouvier
    Théâtre des Ateliers, Lyon
    Du 21 au 26 avril 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    Fort d’un texte à la beauté sonore et suggestive, presque comique, dû au marginal Joseph Delteil (1894-1978), Adel Hakim met en scène Robert Bouvier, campant seul dans la terre informelle un François d’Assise sensuel et gentillet, terrestre et chaleureux, efféminé et réjoui, simplet initiant une révolution de la simplicité chrétienne. Malgré toute sa fameuse et jolie sensibilité aviaire, est-on obligé de concevoir le père des Franciscains comme un homme aussi guilleret, profondément naïf et gourmand ?

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  • Hippolyte emporté par le monstre

    images.jpegLa Troade / Hippolyte
    Robert Garnier
    Mise en scène par Christian Schiaretti
    ENSATT, Promotion 68
    Du 11 au 23 avril 2009

    (par Nicolas Cavaillès)


    Épreuve de scansion, d’hypotypose et d’hybris pour la 68ème promotion de l’E.N.S.A.T.T., avec les deux tragédies de Robert Garnier (1545-1590) La Troade et Hippolyte, que met en scène Christian Schiaretti, assisté de Mohamed Brikat. Traduisant les drames antiques dans un seizième siècle des extrêmes, provoquant dans le décor d’une Renaissance des plus angéliques les élans baroques les plus furieux, le spectacle relève sans manières ni condescendance le défi d’une langue sur-datée, farouchement expressive, au service de sentiments dépassant toute mesure, et le tout s’avère d’un dynamisme abyssal.

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  • That other 70' show

    jerk_jonathan.jpgJerk
    Dennis Cooper
    Mise en scène de Gisèle Vienne
    Avec Jonathan Capdevielle
    Théâtre de la Bastille
    Du 7 au 15 avril 2009 (et en tournée)

    (par Nicolas Cavaillès)


    Les drames d’adolescents sanglants ont hélas le vent en poupe ; on remonte ici à l’un des pionniers du genre, un certain monsieur Dean Corll, qui tua et fit s’entretuer une vingtaine de jeunes Texans des années 1970. Avec marionnettes, fanzine et bruits de bouche explicites, Jerk met en scène l’ultime orgie de ce tueur en série et de ces deux petits acolytes. Spectacle pas tout public du tout, d’autant plus qu’il est réussi : si l’on n’a pas pris l’habitude de rire du gore, ce psychodrame ludique monté par Gisèle Vienne devient vite insupportable.

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  • La vie en trois drames

    S. Cotton.jpgStanislas Cotton
    Petites pièces pour dire le monde (2)
    Lansman Editeur / Promotion Théâtre, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Comédien, puis dramaturge prolifique, Stanislas Cotton connaît bien la portée que le théâtre peut avoir, aussi bien du point de vue littéraire et scénique que par son rapport avec la vie dans toute sa réalité : du théâtre pédagogique, qui ne renie en rien la dimension esthétique. Les trois pièces brèves publiées dans ce volume sont principalement destinées aux adolescents désireux de pratiquer le théâtre dans le cadre d’un atelier ou d’une classe, mais aussi de lire du vrai et bon théâtre, qui leur parle.

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  • Ça fait du bon Théâtre

    Les_Tribunaux_Rustiques.jpgLes Tribunaux rustiques
    Guy de Maupassant

    Mise en scène de Philippe Clément
    Théâtre de l’Iris, Villeurbanne
    Du 1er au 4 avril 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    On fête les vingt ans de la Compagnie de l’Iris, en son théâtre de quartier de Villeurbanne – et on les fête bien, sans fard ni pompe, avec un sympathique happening populaire extra muros, et avec la reprise des Tribunaux rustiques, l’une des 35 créations de la Compagnie, excellent montage de textes de Maupassant, agrémenté de chansons du montmartrois Gaston Coudé (1880-1911). Dans un patois robuste et vivace, avec une verve retentissante et précise, une débandade de drames tragi-comiques disent tout le bien et tout le mal qu’on peut pas dire de c’te pauv’ créature qu’est l’être humain…

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  • Piccoli et son ombre

    83_2_081412.jpgMinetti
    Thomas Bernhard
    Mise en scène d’André Engel
    T.N.P. (Studio 24), Villeurbanne
    Du 18 au 28 mars 2008

    (par Nicolas Cavaillès)


    Monsieur Michel Piccoli fait l’unanimité en Minetti, vieux comédien radotant son obsession pour le roi Lear et les aléas de son sort (élevé aux nues par le public et par la critique, il fut ensuite chassé comme un malpropre, et renonça trente ans durant au théâtre). Mais l’impeccable prouesse de l’acteur, monologuant avec brio pendant près de deux heures, et la mise en abîme inévitablement suggérée (puisque Piccoli joua Lear en 2006, déjà sous la direction d’André Engel), détournent quelque peu l’attention d’un élément moins enthousiasmant, plus ingrat : la pièce-même de Thomas Bernhard, qui n’en aurait peut-être pas cautionné un tel usage.

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  • La clandestinité expliquée à Bobonne

    acc-photo-sartre.jpgLes Mains sales
    Jean-Paul Sartre

    Mise en scène de Guy Pierre Couleau
    Théâtre de la Croix-Rousse
    Du 18 au 27 mars 2009

    (par Nicolas Cavaillès)

    Bonne surprise que ces Mains sales haletantes et comiques, seconde partie du dyptique politique en noir et blanc de Guy Pierre Couleau – après Les Justes de Camus. Soulignées par le recours aux mêmes comédiens, de nombreuses similitudes très précises rapprochent ces deux œuvres de l’après-guerre, posant avec le même alphabet, avec la même tendance à la formule retentissante (souvent d’autant plus creuse), la question de l’engagement politique (alors diablement d’actualité) et, de manière plus soutenue, celle du meurtre au nom d’un idéal. Mais, là où Camus péchait par didactisme et par une certaine étroitesse de vue, Sartre s’avère étonnament tonique et malin ; du moins, la mise en scène de G.P. Couleau réussit fort bien à ouvrir la pièce en un spectacle à plusieurs niveaux, comme à plusieurs tonalités, la distanciation par personnage interposé se révélant aussi narrativement attractive qu’intellectuemment intriguante.

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  • Retour aux sources taries

    medium_Cerisaie.2.jpgLa Cerisaie
    Anton Tchekhov

    Mise en scène d’Alain Françon
    Théâtre de la Colline
    Du 17 mars au 10 mai 2009

    (par Nicolas Cavaillès)


    Pour monter la dernière grande pièce de Tchekhov, l’un de ses dramaturges fétiches, Alain Françon retourne à sa toute première mise en scène (le légendaire premier spectacle du Théâtre d’Art de Stanislavski, en 1904), et, photographies d’époque et cahier de régie à l’appui, il déroule à la lisière du remake une Cerisaie aujourd’hui classiquissime, pour ne pas dire anachronique, datée, qui n’ennuie pas, sans surprendre non plus, ni vraiment faire honneur au texte de Tchekhov, lequel, durant les cent années qui le séparent de sa création, eut bien des occasions de montrer ses innombrables potentialités.

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  • L'Europe des peureux

    file_545_aff__EuroTableau.jpgLes Européens (Combats pour l’amour)
    Howard Barker
    Mise en scène de Christian Esnay
    Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
    Du 12 au 25 mars 2009
    (Suivi de Tableau d’une exécution, du 26 mars au 11 avril)

    (par Nicolas Cavaillès)

    Écrit en 1990, Les Européens (Combats pour l’amour) est la première pièce que Howard Barker qualifia de « théâtre de la catastrophe » ; ce drame historique situé juste après la fin du siège de Vienne par les Turcs, en 1683, annonce avec une force souvent dérangeante la décadence d’un continent égocentriste et formaliste, superficiel et anémié, profondément lâche. Aujourd’hui encore, vingt petites années après sa rédaction, la trame – guerre de l’Islam et du christianisme – se veut provocante, mais elle n’est pas aussi tape-à-l’œil qu’elle en a l’air : diffuse dans un déluge de catastrophisme malsain, elle permet surtout une plongée féroce dans les tréfonds de la morale judéo-chrétienne, aux aiguillons gréco-romains (le soi-disant héroïsme, et ce fameux principe « identitaire » dont on n’a pas fini de soûper), morale qui, faut-il le préciser, constitue le pain quotidien de l’existence des quelques sept cent millions d’habitants du Vieux Continent.

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  • Salir, laver

    resize_sm_media1_fichier_idiot1.jpgIdiot !
    D’après Fedor Dostoïevski

    Spectacle de Vincent Macaigne
    Théâtre National de Chaillot
    Du 4 au 21 mars 2009 (et en tournée)

    (par Nicolas Cavaillès)

    Immense déluge, grosse apocalypse de cynisme, de moralisme, d’ironie et de cruauté : voici qui vient bourdonner dans ton âme, Idiot !, librement adapté de Dostoïevski par le jeune metteur en scène Vincent Macaigne. Celui-ci affiche d’emblée parmi ses icones celle d’Artaud Martyr et Prince machiavélique du théâtre ; ainsi, tous les moyens sont bons, et l’humour, et la harangue, et l’insulte… Aussi bruyant qu’insaisissable, Idiot ! n’a pas peur du contact, et sa débauche de hurlements et de souillures, à laquelle on ne saurait reprocher de la gratuité, stigmatise à feux et à sang ce haut-lieu de la littérature russe : la fin de beuverie, toute de larmes, de hargne et de confessions débordantes ; le cœur de la crise, ramassée, condensée, invivable et d’autant plus puissante.

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  • Désespoir d’enfance

    blackbird_10.jpgBLACKBIRD

    de David Harrower

    Mise en scène Claudia Stavisky

    Texte français de Zabou Breitman et Léa Drucker

    Création Célestins 2008

     

     (par Françoise Anthonioz)

    « Je hais la vie que j’ai eue… Tu étais dans ma tête tout le temps ».

    Una a fait 7 longues heures de route pour retrouver Ray qui s’appelait Peter dans une autre vie, vie dont elle a dramatiquement fait partie. Dans cette autre vie, Peter, âgé de 36 ans, a aimé Una qui n’en avait que 12. La suite, on l’imagine aisément : la prison pour lui, et elle, questionnée, examinée contre son gré et supportant pendant des années dans sa ville, dans sa famille, la réprobation et la souffrance. La voilà qui arrive après avoir vu dans un magazine une photo souriante de cet homme qui l’avait lamentablement abandonnée. Elle veut connaître enfin la vérité sur ce qui s’est vraiment passé durant cette terrible nuit où elle était « éperdue d’amour ».

    Tenace et déterminée, elle ne lâche pas sa proie. Lui est là, sur son lieu de travail, gêné, balbutiant, cherchant ses mots, fuyant son regard, voulant se débarrasser d’elle le plus rapidement possible. Mais rien n’y fait, elle ira jusqu’au bout… Et cet amour, impossible hier, pourrait-il l’être aujourd’hui ? Les dialogues sont tendus, ambigus et violents, aussi violents que les sentiments d’il y a bien longtemps et peut-être de maintenant… Léa Drucker et Maurice Bénichou, constamment en scène dans ce face à face à huis clos, sont tout simplement exceptionnels.

     

    http://www.celestins-lyon.org 

  • Du terrorisme en dissertation

    rubon9064.jpgLes Justes
    Albert Camus
    Mise en scène de Guy Pierre Couleau

    Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
    Du 4 au 13 mars 2009
    (Suivi des Mains sales de Sartre, du 18 au 27 mars)

    (par Nicolas Cavaillès)

    On connaît les défauts du texte de Camus, écolier disserteur enthousiaste, au goût prononcé pour la formule journalistique (question d’époque), encadrant ses débats dans une trame particulièrement efficace : cinq « socialistes révolutionnaires » russes organisent au nom de la Justice sociale la mort d’un nanti, grand-duc de son état. Ces cinq Justes dépourvus d’ambiguïté, hélas, «  disent tout ce qu’ils pensent, et pensent tout ce qu’ils disent » (pour paraphraser Lessing), ce qui, chez le spectateur, laisse peu de place pour l’incertitude et pour sa précarité, autrement féconde. On ne connaît que trop le sérieux philosophique de l’auteur de La Chute, aussi généreux que laborieux, et ses bonnes intentions cousues de morale blanche. Demeurent de belles images littéraires, un lyrisme qui ne vieillit pas si mal, une réelle vivacité des ébats, et (pour en venir enfin au théâtre) les efforts des comédiens pour éviter que le tout ne tourne au clash artificiel de lycéens apprentis révolutionnaires. Efforts généralement récompensés, du reste, tant le succès de l’œuvre de Camus résiste bien aux années – quand il ne se continue pas dans le succès d’un Wajdi Mouawad, par exemple.

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  • De Mascarille en Mascarille

    49_1_070512.jpgFarces et comédies : Le dépit amoureux et L’Étourdi ou les contretemps
    Molière
    , Mise en scène de Christian Schiaretti
    T.N.P. Hors les murs au Studio 24 (Villeurbanne)
    Du 25 février au 7 mars 2009


    (par Nicolas Cavaillès)


    Deux ans après les Cinq comédies, Christian Schiaretti et la troupe du T.N.P. poursuivent leur exploration épicurienne des farces et comédies de Molière, dénichées parmi les plus méconnues dans l’œuvre prodigue de celui qui donna son nom à notre langue. On remonte les tréteaux éternels, le décor rustique, simple et pertinent, robuste et discret, et sans aucune affectation superflue, juste de quoi encadrer les face-à-face mécaniques et autres quiproquos savoureux dont le comique se nourrit, et dont naît le « rire des origines » ici visé ; autour de la scène de bois, l’espace s’est élargi, et les entrées et sorties dans cet espace ouvert se font avec une fluidité et un naturel d’autant plus bienvenus qu’ils n’obligent pas à trancher dans le débat (inutile) entre théâtre et réalité.

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