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trahison

  • Le romancier descendu des collines

    pavese.jpgŒuvres
    Cesare Pavese
    Édition de Martin Rueff
    Gallimard, « Quarto », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    On réunit dans ce volume toutes les œuvres dont Cesare Pavese agréa la publication ; y figure ainsi son immense journal posthume, Le métier de vivre, mais pas, hélas, les poésies publiées par d’autres que leur exigeant auteur, recueillies ailleurs sous le titre extraordinaire La mort viendra et elle aura tes yeux. Dû à Martin Rueff, l’apparat critique découpant l’œuvre peut trop souvent faire sentir sa présence, et le lecteur pourra, plus que d’ordinaire, regretter ici ou là de ne savoir lire le texte original, mais la parution de ces quelques 1800 pages de vademecum pavésien constitue bien un événement. Sans doute faut-il encore libérer Pavese des deux rengaines méprisantes dont on abuse pour contourner la complexité de l’œuvre : le suicide et l’impuissance sexuelle. Le suicide, d’une part, et tout récemment encore, un Immortel s’autorisait la privauté d’un classement des écrivains de l’autodestruction selon qu’ils ont commis ou non l’irréparable (« garantie de sincérité», le suicide de Pavese placerait son œuvre « bien plus haut que celle des deux grands pessimistes contemporains auxquels on l'a  comparé, Cioran et Pessoa »). Sur ce point, et sans nier d’aucune manière l’intensité ni l’efficience littéraire de la tentation suicidaire pavésienne, bien au contraire, nous préférerons citer avec M. Rueff cette admirable phrase d’Italo Calvino : « on parle trop de Pavese à la lumière de son dernier geste, et pas assez à celle de la bataille gagnée jour après jour contre sa propre tendance à l’autodestruction » ; le journal témoigne explicitement de cette âpre guerre, et l’œuvre tout entière, par la cruauté roide qui la sous-tend. L’impuissance, d’autre part, souffrance parmi d’autres mais dont on use souvent comme d’une clef de lecture unique, poisseux ragot pour salonards autrement expéditifs.

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