16.06.2009
Sous-bois contre la morbidité
La Maladie de la famille M
Fausto Paravidino
Mise en scène de Radu Afrim
Théâtre de l’Odéon
Du 11 au 21 juin 2009
(par Nicolas Cavaillès)
Porté par le grand succès que rencontre à travers l’Europe (et après Avignon 2008) sa mise en scène de Mansarde à Paris avec vue sur la mort (de Matéi Visniec), Radu Afrim, petit prodige de la scène théâtrale roumaine, débarque à l’Odéon pour La Maladie de la famille M, pièce du jeune écrivain italien Fausto Paravidino. Trois enfants, deux filles et un fils, que leur mère a laissés avec un père tout sale et tout gaga, trois jeunes en mal d’amour et de mesure, pour une tragédie morbide moderne sans, hélas, grand relief. Quoique les comédiens jouant les enfants soient excellents (Claudia Ieremia, Malina Manovici, Eugen Jebeleanu), et malgré toute l’inventivité, malgré tout le dynamisme qui caractérisent Radu Afrim (et notamment son goût pour le mouvement permanent, comme pour la danse), on peine à trouver au texte une unité et une nécessité réelles. Reste que ce spectacle pallie l’absence d’originalité de son sujet en proposant un décor (dû à Velica Panduru) d’une rare beauté, dont on ne saurait se lasser – de multiples arbustes sans feuilles dans une maison à l’abandon, comme une forêt pourvue d’une cuisine, d’un lit, d’une baignoire, maison sauvage et forêt vieilllie, finissante, dans l’orange-feu d’un automne psychique.
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10.06.2009
Rater tout, et même quelque chose de plus que tout
Faust
Goethe
Mise en scène d’Eimuntas Nekrosius
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
Du 27 mai au 6 juin 2009
(par Nicolas Cavaillès)
L’immense solitude de Faust et son immense échec, qui toujours va s’aggravant, tel semble être le sujet de l’impressionnante adaptation du chef-d’œuvre de Goethe (Faust I, en l’occurrence) par le metteur en scène lituanien Eimuntas Nekrosius, qui promène son spectacle de ténèbres et de visions à travers l’Europe depuis maintenant plusieurs années. À l’excellente scénographie, à la simplicité et à la pertinence des effets trouvés pour illustrer un drame sans âge, s’ajoute le sombre charisme du comédien principal, Vladas Bagdonas, jouant Faust : ce spectacle marque l’esprit et y imprime son atmosphère oxymorique, souterraine et éthérée, d’une rare intensité dramatique.
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21.03.2009
L'Europe des peureux
Les Européens (Combats pour l’amour)
Howard Barker
Mise en scène de Christian Esnay
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
Du 12 au 25 mars 2009
(Suivi de Tableau d’une exécution, du 26 mars au 11 avril)
(par Nicolas Cavaillès)
Écrit en 1990, Les Européens (Combats pour l’amour) est la première pièce que Howard Barker qualifia de « théâtre de la catastrophe » ; ce drame historique situé juste après la fin du siège de Vienne par les Turcs, en 1683, annonce avec une force souvent dérangeante la décadence d’un continent égocentriste et formaliste, superficiel et anémié, profondément lâche. Aujourd’hui encore, vingt petites années après sa rédaction, la trame – guerre de l’Islam et du christianisme – se veut provocante, mais elle n’est pas aussi tape-à-l’œil qu’elle en a l’air : diffuse dans un déluge de catastrophisme malsain, elle permet surtout une plongée féroce dans les tréfonds de la morale judéo-chrétienne, aux aiguillons gréco-romains (le soi-disant héroïsme, et ce fameux principe « identitaire » dont on n’a pas fini de soûper), morale qui, faut-il le préciser, constitue le pain quotidien de l’existence des quelques sept cent millions d’habitants du Vieux Continent.
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