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02/04/2009

Roland Fuentès : « je n’ai qu’un seul rêve : raconter des histoires »

rfuentes.jpg(Par Myriam Gallot)

Roland Fuentès a une actualité littéraire chargée. Remarqué l’an dernier, son excellent Tonton zéro a été suivi de plusieurs romans jeunesse : Les voleurs de vent, Tics olympiques) et adulte (Le mur et l’arpenteur). Entretien avec un auteur polygraphe à l’imaginaire puissant.

 

Vous êtes né à Oran, et avez grandi en Algérie : que reste-t-il de cette enfance dans votre imaginaire et votre écriture ?

Mon enfance à Oran, et les liens qui m’unissent aujourd’hui encore à l’Algérie, conditionnent ma façon de voir le monde. De façon plus ou moins consciente, certaines impressions accumulées là-bas, dans l’enfance ou lors de plus récents séjours, influencent mon écriture. Je pense notamment aux ambiances, à l’évocation de certaines sensations, et aussi de certains personnages.

L’imaginaire, justement est très présent dans vos textes. Est-ce un parti-pris d’éviter souvent le strict réalisme ?

C’est vrai, je suis plutôt porté sur l’imaginaire. Avoir vécu à différents endroits, et cotoyé des gens très différents, m’a habitué à la diversité du monde, et des possibles. A maintenir toujours en alerte cette petite veilleuse qui nous dit : « Et si les choses étaient autrement… » et si… C’est pourquoi je suis très attiré par l’insolite, l’étrange ou le cocasse, ainsi qu’on les rencontre chez Kafka, Buzzati, Calvino. J’aime ce qui permet de prendre du recul, de remettre en question certaines évidences. Ceci dit, je ne m’interdis aucune direction, pas même celle du réalisme… L’échange, malgré quelques passages loufoques, est un roman réaliste. Tics olympiques aussi.

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07/03/2009

Chaperons du monde

chaperons.gifLes Histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde
Fabienne Morel et Gilles Bizouerne
Illustrées par Julia Wauters

Syros, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

On trouve ici des versions du Chaperon rouge proches de la tradition orale française, dans toute leur crudité. Dans une version française la petite fille est invitée à fricasser le sang de sa grand mère , dans une version africaine, le corps de la mère grand disparaît membre après membre, dévoré non par des fourmis comme le croit l’enfant, mais par le lion ; ailleurs, c’est un tigre qui la met en morceaux…
Autre motif : les ruses des Chaperons pour s’échapper, pleines d’inventivité, les objets, les mets, la couleur des chemins… On trouve dans cet album de multiples variations, si riches qu’on ne se lasse pas d’entendre toujours la même histoire. L’illustration suit deux modèles. Chaque histoire est accompagnée d’une page aux tons de rouge imitant les papiers découpés et reproduisant des motifs dans le style du pays de la version proposée. Tous les récits sont illustrés de dessins à l’esthétique naïve, crayonnés et colorés de manière à donner une « couleur » particulière à chaque scène.

29/11/2008

Paroles échappées de Mai

68.jpgMai 68. Soyons réalistes, demandons l’impossible
Philippe Godard
Syros, collection « Les documents », 2008

(par Olivier Orain)

Ce recueil de réflexions autobiographiques (cinq au total) s’inscrit dans un mouvement de « retour aux sources » de Mai 68, qui essaie de s’affranchir des discours idéologiques abstraits pour serrer au plus près les expériences vécues. Les témoins choisis par Philippe Godard ne sont ni de parfaits inconnus (comme dans le livre de Nicolas Daum, Mai 68 raconté par des anonymes aux éditions Amsterdam) ni les vedettes obligées que l’on retrouve un peu partout (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, etc.). L’ouvrage est accompagné par la chronologie de rigueur, quelques images (photographies, affiches) et une bibliographie qui fait la part belle aux souvenirs militants, un peu au détriment des références savantes.

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14/11/2008

Prison d’enfants

9782748506884R1.gifMéto, tome 1 : la maison
De Yves Grevet
Syros, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman d’anticipation, de formation, de collège, La Maison est tout cela sous le signe général de l’enfermement. Des garçons sont réunis dans une maison qui est tout leur monde : amnésiques, ils n’ont pas accès à leur passé, sans famille ils ne se souviennent pas d’en avoir eu une. Ils n’ont pas de futur non plus, ignorant ce que deviennent ceux d’entre eux qui arrivent à l’adolescence et disparaissent. Ils ignorent aussi qu’un autre sexe existe.

Dirigés par des hommes nommés « César » (César 1, César 2 etc.), eux mêmes portent des noms aux consonances romaines (Claudius, Crassus, Paulus…). La discipline est militaire, carcérale aussi. Les plus vieux initient les plus jeunes. L’entraînement se fait dans un jeu collectif très violent, seul dérivatif à la tension qui les habite tous, et on y joue avec la mort.

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11/11/2008

No future

maltescarrels.jpgScarrels
de Marcus Malte
Syros, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman étrange et noir, Scarrels se situe dans un monde lui aussi étrange et sombre. On y vit la nuit, il y pleut sans cesse, la ville est un univers clos où la foule erre sans but, les chemins sont des traits de lumière entre la maison et la ville. De curieux oiseaux, des faucons, font la police et traquent et mettent en pièces les mal pensants, les fauteurs de trouble.
Si le narrateur est un adolescent assez proche de ceux qui pourraient être ses lecteurs, pris entre son amour pour son amie d’enfance et ses relations avec ses parents, ses amis, jeunes comme lui, sont plus improbables : Abel le géant simplet, Jona l’amie mystérieuse, Karen orpheline de nulle part de la classe des « perles », à l’allure de poupée qui teint entre ses bras son double, Tina, une poupée vivante et parlante, changeant à tout moment de costume et de personnalité (Tina-Star, Tina Baila…), un genre de Barbie animée et puissante, Steve l’adolescent borné, Tommy, celui qui sait tout… un clan des six uni par des relations fortes, mais aussi par beaucoup de non dits.

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18/09/2008

SF écolo

soon.jpgApocalypse Maya

Frédérique Lorient

 Syros, collection Soon, 2008

 

(par B. Longre)

 

Une nouvelle collection a vu le jour aux éditions Syros : dirigé par Denis Guiot, Soon entend proposer des romans de SF intelligents, ouverts sur l’ailleurs – une façon comme une autre d’inciter à réfléchir à l’ici et au maintenant, mais aussi de divertir le lecteur. Des caractéristiques habilement conjuguées dans Apocalypse Maya, qui peut se lire de diverses manières – comme un roman d’apprentissage relatant l’éveil d’une conscience sociale et environnementale ; comme une fable qui rappellerait que l’Histoire est composée de situations cycliques et d’atrocités (il est ici question de deux génocides, à des décennies de distance) vouées à se répéter à moins d’agir pour en atténuer l’ampleur ; comme une illustration de ce qui ne manque pas d’arriver si on laisse la rentabilité l’emporter sur l’humain, sur l’éthique et sur l’équilibre naturel (le fameux « science sans conscience »…) ; ou encore comme une aventure plutôt bien menée et écrite, qui réserve nombre de rebondissements. Certaines « leçons » écologiques ou historiques sont parfois amenées de manière très explicite (trop, peut-être), mais on lit d’une traite l’histoire du jeune Jové, du vieil Indien qui le convertit à ses valeurs et de l’étonnant peuple des Suris (leur langage, en particulier, fascine, tout comme leur propension artistique), confrontés à l’organisation toute-puissante qui a colonisé la planète Maya.

http://www.syros.fr/nouveautes.asp

11/06/2008

Chroniques d’une Vieille Taupe - 3e épisode

tetu.jpgMonique la taupe vous invite à découvrir quelques albums...

 

(par Monique)

 

J’suis là, youhou !
Bon.
Mais quand même.

J’ai eu un moment d’absence, je sais. De désespoir. D’abandon aussi. Des trucs de vieille taupe. Je me posais des tas de questions, sur les bêtes, la vie sous Terre et l’aveuglement. Ben oui, je broyais du noir. Et quand je vois noir, c’est noir. La guerre, la mort de grand-papounet, la séparation, la peur au ventre lors de l’invasion des topinambours, tout ça a refait surface là-dessous, si je puis m’exprimer ainsi, et d’un coup.

Et puis hier, Bernard a dit le truc qu’il fallait pour que je remue :
- Monique, arrête de tirer une tête de cinq kilomètres, ou va t’enterrer ailleurs où j’y suis pas.

Bref. Il était temps de réagir. Je lui ai fichu un bon coup de patte dans le museau, et je suis montée. Tu devineras jamais sur quel livre je suis tombée, direct ! La cave aux oiseaux. Une histoire où justement, de sales bombes obligent les p’tits piou-piou à se terrer dans le noir en attendant que ça passe. J’ai eu la glotte qu’a joué des castagnotte-gnettes et les quenottes qu’ont eu la tremblette-blotte. C’était tout comme moi, ça, vindiou ! Heureusement, à la fin, dans cette histoire pas rigolote, il est question de liberté. Ouf ! Sauvée, Monique.

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05/06/2008

Tu seras notable, mon fils

tstorm3.jpgLe fils du marin (Hans et Heinz Kirch)

Theodor Storm

Traduit de l’allemand par Roland Fuentès

Syros, collection « Les uns les autres », 2007

Dès 14 ans

 

(par Myriam Gallot)

  

En mer baltique, Hans Kirch a travaillé très dur pour réussir à devenir propriétaire de son navire et à s’enrichir grâce au commerce et à la navigation. C’est tout naturellement qu’il ambitionne pour son fils unique, Heinz, de développer l’affaire familiale et de se hisser aux plus hautes fonctions politiques locales, consécration d’une ascension sociale sur plusieurs générations. Comme beaucoup de parents, il envisage l’existence de son fils comme la continuation de sa propre existence et fonde de grands espoirs en son rejeton. Tel est le point de départ de ce roman dense et poignant, un classique de la littérature allemande du XIXème siècle qui paraît dans une nouvelle traduction française.

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25/04/2008

Inquiétante étrangeté

extraterrestres mode d'emploi.gifExtraterrestres, mode d’emploi

Jérôme Boivin

Syros (collection les uns les autres), 2008, à partir de 12 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

L’histoire part d’une idée peu banale : un jeune adolescent, Zacharie, soupçonne ses parents, naturistes adeptes de la bio-attitude, d’être des extraterrestres. Cette inquiétante étrangeté le pousse à mener une enquête, afin d’en avoir le cœur net. Pourtant, très vite, le récit donne une impression d’inconsistance et ne se révèle pas aussi captivant qu’il le laissait supposer au premier abord. On a du mal à croire à ces personnages trop caricaturaux, allant du motard tatoué au jeune homosexuel qui se fait appeler « Suzanne ». On a du mal à croire que Zacharie continue à se persuader de l’appartenance de ses parents à une race extraterrestre au fil des mois. Ce fil rouge, rigolo au départ, s’effiloche vite, et semble délivrer une morale somme toutes très convenue (savoir apprécier l’originalité, et ne pas croire que c’est toujours mieux chez les autres). L’auteur pédale dans l’encrier pour essayer de faire tenir l’ensemble, et qui n’est sauvé que par quelques pointes d’humour.

 

www.syros.com 

10/03/2008

Grandir, c’est renoncer

ailes contrebasse.jpgLes ailes de la contrebasse

Hervé Mestron

Syros (tempo +), 2008

A partir de 12 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

Il n’est pas facile d’avoir 13 ans et de quitter son moi enfant, surtout quand l’adolescence vous surprend au saut du lit. Evans, le personnage d’Hervé Mestron découvre du jour au lendemain cette dure réalité : son doudou disparaît et ses parents lui offrent un nécessaire à rasage pour son anniversaire. Quand en plus son professeur de contrebasse lui demande d’abandonner sa chère « Denise » pour un nouvel instrument plus adapté à sa taille, c’en est trop et Evans ne sait comment gérer autant de bouleversements simultanés.

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07/10/2003

Parlons des Tchétchènes…

chardon3.jpgLe Chardon Tchétchène
Sous le rouleau compresseur russe
Collection J'accuse..!
Syros, 2003

(par Martine Falgayrac)

Laurence Binet a déjà écrit pour « J’accuse ! », collection militante des droits de l’homme : en 1997 Nakusha l’indésirable dénonçait la condition des femmes en Inde et en Afghanistan. Elle publie cette fois Le chardon Tchétchène, composé de deux récits et d’un dossier documentaire, qui s’inscrit dans le programme d’information mené par Amnesty International sur l’affrontement russo-tchétchène qui perdure. Ce conflit sans fin est marqué de part et d’autre par de graves violations des droits humains.

Les deux premières parties du livre sont des récits mettant en scène des personnages «innocents», l’un civil tchétchène, petite fille ordinaire dans une famille tchétchène ordinaire, le second simple soldat russe exécutant son service militaire. Les deux récits suffisent pour bien comprendre la douleur et l’horreur de cette guerre civile destructrice. Nombre de jeunes lecteurs seront surpris car peu d’entre eux situent la Tchétchénie. D’ailleurs, il aurait été intéressant de placer une carte géographique au début du livre, d’y placer Grozny, Moscou, de remarquer la proximité de régions en pleine actualité (Iran, Iraq…). Les deux fictions croisent étroitement la réalité. Elles pourraient sûrement être proposées en marge du programme d’histoire géographie qui prévoit l’étude de la Russie en classe de 4e mais dans des manuels dépassés par les évènements.

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16/06/2003

Contre l'oubli

destinsdefemmes3.jpgDestins de femmes, Filles et femmes afghanes
Collection J'accuse..!
avec un récit de Rolande Causse
Syros , 2003

(par B. Longre)

"Pendant les six ans du régime des taliban, la communauté internationale, à quelques exceptions près, ne s'est pas préoccupée de ces femmes qui n'avaient plus aucun droit, sauf celui de se taire" (Valérie Rohart)

Nahib a treize ans quand elle est enfin de retour à Kaboul après un exil forcé ; non pas au Pakistan, que sa famille n’a pu atteindre, mais dans la campagne afghane. Dans son « cahier rouge », elle revient sur les événements traumatisants liés à l’arrivée au pouvoir des taliban, mais d’abord, sur la petite enfance heureuse, un temps révolu où les femmes pouvaient couvrir leurs cheveux « d’un voile léger », porter des «robes chamarrées » et travailler, comme le faisait sa mère ; un temps où les petites filles pouvaient aller à l’école et apprendre le persan, les femmes accoucher à l’hôpital et se faire soigner normalement.
En septembre 1996, l’arrivée des taliban bouleverse la vie familiale : le père de Nahib n’a plus le droit d’exercer son métier de jardinier ( « la beauté des jardins pouvant détourner de dieu »…) et il préfère quitter son pays plutôt que de subir le joug « d’étudiants » cruels et autoritaires. Le voyage est long, douloureux et après qu’un des enfants est blessé par une mine, ils doivent se résoudre à rester en Afghanistan. Pour Nahib, le monde se réduit alors à quelques heures de classe dans une école clandestine et à de longues heures passées « derrière la fenêtre», perchée sur un coffre.

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