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seuil

  • OVNI littéraire!

    Le_testament_de_Stone.jpgLe Testament de Stone
    Par Celia Rees

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Rarement la lecture d’un roman classé « jeunesse » aura été aussi surprenante pour moi.
    Tout d’abord, l’histoire, après un prologue assez déconcertant, commence de façon lisible, intéressante même, avec l’aventure de Zillah, évadée d’un genre d’affaire du Temple solaire et poursuivie par un genre de moine fou (l’Avocat). Ca décroche avec une organisation en chapitres qui changent de points de vue et portent sur des intrigues qui ont un rapport lâche ou inexistant a priori avec Zillah. Parfois c’est celui de l’Avocat, parfois celui d’un garçon des rues et son ami clochard, puis avec Adam, un jeune homme hospitalisé au même endroit que le clochard (qui se révèle être son père, disparu depuis toujours). On change de niveau avec la lecture des lettres de Stone et de ses divers correspondants, écrites au début du XXe siècle et pleine de choses bizarres. Stone a pour prénom Brice Ambrose – les amateurs auront reconnu Ambrose Bierce, l’auteur du Dictionnaire du diable, c’est normal. Zillah et l’Avocat refond de temps en temps surface, on se dit c’est un peu compliqué, on se demande si on suit bien, si on a tout compris, on sait que non. Vous me suivez ?

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  • Un merveilleux vieux voisin

    2fy0x73i.jpgMonsieur Rose
    de Silke Lambeck,

    traduit de l’allemand par Carine Destrumelle,
    Seuil jeunesse (collection chapitre), 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce petit roman commence comme une histoire réaliste : le jeuen Maurice vient de déménager, est un peu perdu, sa mère, divorcée, l’est aussi. Ca va mal à l’école de l’un, mal au travail de l’autre, enfin, pas la joie. Ils font la connaissance d’un voisin, un vieil homme qui vit seul et semble assez désoeuvré pour emmener Maurice au parc, lui offrir à gouter… On se demande où le livre nous emmène et ce que va réserver la suite. Et ça bifurque de façon très joyeuse, très progressivement, très discrètement. Le réalisme sociologique banal et sombre du début se transforme fantaisie légèrement fantastico-merveilleuse avec de bonnes couleurs, histoire de montrer la vie en rose, enfin.

  • Fleurs de mots

    9782020982313.gifHenri au jardin d’enfants
    De Gérard Dubois

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    Henri, en costume marin, et ses amis les deux jumeaux jouent dans un jardin public qui ressemble au Luxembourg. Tout près d’eux une fille les observe. A partir de là, tout dérape : le ballon expédié trop fort de la page de droite file sur la page de gauche et explose les mots, les lignes. Les pages se défont progressivement des mots qui tombent en tas et laissent le rêve émerger, à travers quelques mots cueillis par les deux enfants, le garçon et la fille : « jardin », « fleur », « poisson », « étang »… jusqu’au baiser final qui fait revenir au réel.
    Une belle variation graphique sur les mots et les rêves.

  • Gros animaux

    9782020983327.gifLes sciences naturelles de Tatsu Nagata (L’Ours, La Vache)
    De Tatsu Nagata

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    L’Ours (ne pas confondre avec le nounours, ni avec l’ourson) vit souvent dans une grotte, dort tout l’hiver (certains) peut marcher dans la neige sans s’enfoncer, a un cousin tout blanc sur la banquise… La vache, elle, a bien des soucis : piquée par les mouches, dérangée par les trains (en Inde, bien sûr), elle fournit le lait, les peaux, la viande, mais tout cela une page après l’autre, et avec humour, celui des dessins charmants et colorés de Tatsu Nagata qui renouvelle toutes les évidences.

  • Alice pur sucre

    alice.jpgAlice au pays des merveilles
    Lewis Carroll
    Illustré par Thomas Perino

    Seuil jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Un Alice délicieux, anti-Walt Disney. Pour résumer : le texte français est fidèle et simple, bellement traduit par Jacques Papy. Les illustrations sur bois gravé de Thomas Perino mêlent poésie, géométrie, étrange (superbes cartes à jouer, léger frisson de peur). L’album tout entier est très soigné : beau papier crème, illustrations en noir et blanc, quelques touches de rouge, tranche lilas.

  • Un Chaperon noir américain (ou le Blues du loup)

    loup.jpgLe loup de la 135e
    De Rébecca Dautremer, illustré par Arthur Leboeuf
    Seuil jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Rébecca Dautremer, illustratrice, se fait ici écrivaine pour conter une nouvelle version du Petit Chaperon rouge. Quand la forêt est le Manhattan des années 50, de la 135e rue à Brooklyn Bridge en passant par Central Park et Broadway, le petit chaperon rouge est un gamin noir tout de rouge vêtu et le loup est un voyou, Chili Vince. Le loup propose une course et prend le métro pendant que l’enfant s’émerveille de tout ce qu’il voit à la surface et arrive trop tard… pour pouvoir rentrer en métro chez lui.

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  • Livre objet

    murani.jpgLe Vendeur d’animaux
    De Bruno Munari

    Seuil jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Cet album très court (10 pages), fait partie d’une série publiée par Munari en 1945. Album léger (couverture de carton fin mais pages sur beau papier solide), il est un bel exemple du « livre objet » qui adapte sa forme à son sujet : le vendeur d’animaux propose successivement un flamant, un hérisson, un tatou, une chauve-souris, un mille-pattes et chaque animal apparaît en monochrome plus ou moins fantaisiste (la chauve souris est bleue, le flamant d’un beau rouge) dans une double page au format variable. La page de droite est toujours plus petite que celle qui lui fait face, diminuant progressivement (et devenant celle de gauche de la page suivante). A droite, imprimé sur le bord droit de la dernière page, donc toujours visible, le marchand apparaît comme tenant en laisse chacun des animaux tour à tour. Le dialogue est cocasse (les bonnes raisons pour ne pas vouloir de ces animaux chez soi) et la « chute », masquée par un carré de papier à soulever, très… savoureuse.

    http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/evenemen/munari/biographie.htm

  • coup de génie

    hippocrate.jpgHippocrate, le médecin de l’île aux jasmins
    Orietta Ombrosi et Anna Castagnoli
    Seuil jeunesse, 2008

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Ce petit album de la collection coup de génie propose une biographie d’Hippocrate très sensible, qui retrace à travers lui l’évolution de la médecine : du traitement par les prêtres d’Asclépios au diagnostic de ce moderne et à l’invention de la théorie des humeurs (bien expliquée, avec des mots simples), jusqu’au serment d’Hippocrate encore actuel (ne pas viser la richesse, ne jamais prescrire de poison, transmettre son savoir…). Elle montre les débuts de la célébrité, les étapes et le fait tout en dressant le portrait d’un enfant, puis d’un homme et d’un vieillard attachant, guidé par l’observation, le souci d’autrui et l’expérience.
    Les illustrations ont elles aussi beaucoup de charme, mêlant détails antiques et scènes naïves.

  • En rouge, noir et blanc

    emily.jpgEmily the Strange, Voir c’est décevoir

    de Rob Reger

    Seuil jeunesse, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    La très gothique Emily revient dans un petit album intelligent, en rouge, noir et blanc, comme à l’accoutumée, et dont l’atmosphère forcément strange et troublante doit cependant beaucoup au thème abordé : la vision, qu’elle passe par le regard (un mécanisme complexe présenté avec cocasserie) ou les miroirs (aux reflets mouvants…), modifiée par l’ombre et/ou la lumière, par divers déplacements ou changements de perspective. Il n’y pas de trame narrative à proprement parler, seulement une succession de saynètes ponctuées d’adages qui posent d’intéressantes questions («Emily voit les yeux fermés », « l’étrangeté est dans le regard », « Exister c’est croire »…) où Emily, philosophe en herbe, se met en scène pour illustrer de diverses manières à quel point la vision subjective est forcément illusoire et fluctuante.

  • Pour ceux qui en rêvent...

    merenpoemes.jpgMer en poèmes

    de Michelle Daufresne

    Seuil jeunesse, 2008

    (par Myriam Gallot)

     

    Des collages de matériaux divers peints à l’aquarelle sur un beau papier mat épais créent de changeants effets de matière et de lumière. Chaque double page illustre et définit un mot de la mer (grève, falaises, jeux de plage, oiseaux de mer, etc.), assorti d’un ou plusieurs courts poèmes marins qui correspondent au mot. Aimé Césaire, Baudelaire, Blaise Cendrars et bien d’autres – dont l’auteur elle-même - prêtent leur plume à cet album propice à l’imagination, qui compose une belle initiation au pouvoir d’évocation des mots et à la poésie. « C’est la mer pour la mer/ et pour ceux qui en rêvent » (Supervielle).

  • « de la branlette en bande dessinée »

    joematt.jpgEpuisé

    Joe Matt

    Seuil BD, 2007

    (par B. Longre)

     

    Après Les Kids et Strip-Tease, Joe Matt se met à nouveau en scène dans un troisième tome d’autofiction graphique, narrant ses (minables) aventures inscrites dans un quotidien (morose à souhait) ; et pourtant, on ne se lasse pas de sa mauvaise foi, de ses chamailleries mesquines, de ses crises existentielles aiguës ou de ses angoisses à la Woody Allen. Il collectionne toujours les strips mais sa solitude affective le pousse à louer des films pornos qui, à leur tour, le détournent des planches qu’il n’a pas encore réalisées… La mise en abyme est très réussie, surtout lorsqu’il revient sur son travail et sur le contenu de ses livres précédents : « ces pages ne rendent pas compte de ce qu’était mon enfance… j’étais un enfant joyeux… pas ce misérable cafard… », constate-t-il, amer, en se penchant sur Les Kids. Et de ce dernier album, il dit : « C’est de la branlette en bande dessinée »… peut-être n’a-t-il pas tout à fait tort, mais on lit néanmoins d’une traite les pérégrinations de ce loser terrible !

  • Une somme

    incognito.jpgIncognito

    Petru Dumitriu
    Le Seuil, 2007

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Né en Roumanie en 1924, mort en France en 2002, Petru Dumitriu n’est pas un inconnu… Auteur roumain dissident, il a écrit plusieurs ouvrages en français après son exil, et le Seuil a eu la bonne initiative de rééditer Incognito, roman majeur publié pour la première fois en 1962.
    Traversée des décennies les plus troublées de la Roumanie récente par un personnage qui a tout connu, tout vécu, de la guerre à la dictature, le récit se situe entre culpabilité et espérance, entre oppression et libération. « Il est trop facile de dire que c’est la société et l’histoire et la nature qui sont coupables. Elles le sont aussi, de leur côté. Mais cela laisse ma faute entière ». Et en réponse : « Il y a de l’espoir et de fortes raisons de confiance ». Incognito est une somme ; qui veut saisir l’histoire tourmentée de la Roumanie et, plus largement, les ressorts de l’âme humaine au milieu des tempêtes se doit de le lire.