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serpent à plumes

  • Cauchemar à l'américaine

    wojnarowicz1.jpgAu bord du gouffre
    David Wojnarowicz

    Traduit de l'anglais par Laurence Viallet
    Collection Désordres, Le Serpent à Plumes, 2004
    parution en 10-18 septembre 2005

    (par B. Longre)

    « Humez l’odeur des fleurs pendant qu’il est encore temps »

    Cet ouvrage regroupe des textes fulgurants signés David Wojnarowicz, écrivain (mais aussi artiste peintre, vidéaste, performer etc.), mort du Sida en 1980 : des récits aux allures d’un On the Road des années 8O, à travers une amérique (notons la minuscule initiale) démythifiée ; des fragments de prose poétique où jouissance et violence se rejoignent inlassablement (on pense par instants aux Journaux du dramaturge britannique Joe Orton, qui vivait son homosexualité - encore punie par la loi à l'époque - comme un délinquant), l’auteur paraissant écartelé entre le désir de provoquer et celui de faire partager ses cauchemars les plus fous, les plus réalistes aussi. Ainsi, Au bord du gouffre se présente d'abord comme une visite guidée atypique à travers les "u.s.a.", l'auteur mêlant poésie déjantée et anarchisme lucide pour mieux témoigner de son dégoût envers son pays : un style qui se fait souvent photographique, une suite de clichés renversés jouant sur les ombres et la lumière dans des descriptions presque hallucinatoires, une outrance à la Antonin Artaud et une écriture sous influences de toutes sortes… Quelques pans de son intimité nous sont dévoilés, ses souffrances d’enfant maltraité (battu, violé, fugueur, etc.), ses rencontres sexuelles avec des inconnus, ses voyages dans l’amérique «profonde» (comme « Dans l’ombre du rêve américain »), et la maladie qui l'affaiblit.

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  • Maudits artistes…

    chung4.jpgL'expérience interdite
    Ook Chung

    Le serpent à plumes, 2003

    (par B. Longre)

    L’expérience interdite, littéraire et humaine, dont il est question ici, a été mise en place par Bill Yeary, mégalomane plein d’imagination ; son rêve a pris corps dans une petite île des Philippines : une "ferme" souterraine, peuplée d’hommes-animaux encagés, coupés du monde, et contraints d’écrire, toujours écrire, du mieux qu’ils peuvent, malgré l’insalubrité, la puanteur la malnutrition, les coups et les jeux sadiques de Bill Yeary… Fantastique réceptacle de génies littéraires, ce « bestiaire d’écrivains extraordinaires » produit des Goncourt et des Pulitzer et fait la fortune de son inventeur ; il est parti d’un principe assez simple, après avoir étudié de près les perles de culture et leur "fabrication" ; fasciné par le processus de création qui se joue à l’intérieur des huîtres — on y introduit un "irritant" pour les inciter à former des perles — il s'attelle à créer des «perles humaines», se chargeant de leur procurer l'irritation appropriée...

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  • Fiction explosive

    christophepaviot3.jpgMissiles. Et souvenirs cardiaques
    Christophe Paviot

    Le Serpent à Plumes, 2002

     

    (par B. Longre)

     

    Christophe Paviot a ajusté son tir à la perfection et en 18 nouvelles, il dynamite tabous et préjugés ; des récits qui flirtent avec un gore décapant, de petites plongées dans un univers inquiétant et paradoxalement très familier et qui oscillent entre horreur et burlesque. Chacune de ces nouvelles nous réserve une surprise explosive, à tendance macabre : dans Nouvelle cargaison, le narrateur est le seul rescapé d'une effroyable tempête qui s'est abattue sur une plate-forme pétrolière ; on le croit sauvé, mais le dénouement se fait glaçant... dans Aïwa 280, où l'atmosphère est pesante, c'est au tour d'un surfeur de livrer d'inquiétants souvenirs ; Jenny et Sarah raconte l'histoire malsaine mais cocasse d'une étonnante prise d'otages, et la nouvelle 15, dont le titre ne nous est donné qu'à la fin, est une brillante démonstration de "science sans conscience", où la déflagration finale marque l'anéantissement de l'espèce humaine, ou presque...

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  • Enquête identitaire

    chung1.gifKimchi
    Ook Chung
    Le serpent à plumes, 2001

    (par B. Longre)

    On sait comment, à travers leurs écrits, de nombreux écrivains de l'entre-deux (entre deux civilisations, pays, langages...) exorcisent l'apparent fardeau de la double-identité, l'idée d'appartenir à deux cultures sans jamais pouvoir véritablement s'approprier pleinement l'une ou l'autre : Hanif Kureishi ou Kazuo Ishiguro en sont de parfaits exemples en littérature anglophone. Ook Chung est néanmoins un auteur encore différent, pur produit du déracinement multiple, généré par une situation originelle plus complexe : né au Japon de parents coréens qui s'exilent ensuite à Montréal, cet écrivain francophone mais polyglotte vit aujourd'hui au Japon, un pays (re)découvert sur le tard. Ses Nouvelles orientales et désorientées attestaient, ne serait-ce que par le titre même de l'ouvrage, de son désir d'être reconnu comme une anomalie littéraire, un déraciné notoire et dysfonctionnel.

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  • Détachement

    chung1.jpgNouvelles orientales et désorientées
    Ook Chung, Le Serpent à Plumes, 1999
    (1994, Editions de l'Hexagone)

    (par B. Longre)

    Désorientées, soit ; déroutantes, certainement. Ces seize nouvelles d'un auteur atypique et cosmopolite (né au Japon, de parents coréens et aujourd'hui québécois) ne peuvent que réjouir un lecteur en attente de surprises en tout genre. Derrière une narration plutôt conventionnelle, se dissimulent des histoires stupéfiantes ou pathétiques, cocasses et sinistres, et l'auteur nous malmène, nous transportant de l'Inde au Québec, en passant par la Chine et le Japon. Il met en scène des personnages hors du commun, névrosés, souvent solitaires, perdus dans des foules anonymes : un poisson à visage (et esprit) humain aux pérégrinations hallucinantes, un écrivain qui lance un défi farfelu, un "catcher" du métro chargé d'empêcher les "nocturnes" de se jeter sous les rames, l'homme le plus seul du monde, une petite fille qui aime les histoires et les "revend" à d'autres gamins...
    La distance ironique qui sépare l'auteur de ses protagonistes ne manquera pas de séduire les moins convertis au genre de la nouvelle. Ici, les rapports humains sont finement analysés, décortiqués et passés au crible de l'humour sarcastique et parfois sans pitié de l'écrivain, comme dans L'arbre sous la pluie ou Keiko. Ce détachement apparent permet aussi à l'auteur de dénoncer ou de commenter, de façon détournée, certaines situations extrêmes ou des défauts humains (l'intolérance, la folie de la société de consommation, la cruauté ou l'appât du gain, etc.) La multiplicité des points de vue, la grande variété de lieux, de milieux sociaux et l'instabilité des personnages participent du charme de ce recueil inhabituel qui mérite que l'on s'y attarde.

    du même auteur
    Kimchi (Serpent à plumes, 2001)
    L'Expérience interdite (Serpent à plumes, 2003)