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scène

  • Sans qu'il soit dit

    fa110c0dfa.jpgLa seconde surprise de l’amour
    Marivaux

    Mise en scène de Luc Bondy
    Théâtre des Célestins, Lyon
    Du 8 au 26 octobre 2008

    (par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)

    Partition féconde, impeccablement interprétée, que cette Seconde surprise de l’amour de Marivaux, ciselée chez Luc Bondy d’une ironie acide et très cocasse, jouant de sa sobriété noire et blanche pour mieux faire éclater les couleurs ahurissantes qui sont celles de l’âme humaine quand elle est, bien malgré elle et sans qu’il soit dit, heureuse, installée dans le monde, chez elle jusqu’à se permettre d’être douillette.

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  • Carrousel des beuveries romantiques

    fantasio_cb.jpgFantasio

    Alfred de Musset

    Mise en scène de Denis Podalydès

    Comédie-Française, salle Richelieu

    En alternance du 18 septembre au 15 mars 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)

     

    Comédie en deux actes d’Alfred de Musset, Fantasio est une sorte de Lorenzaccio des tavernes de Bavière, un jeune homme trop doué pour faire quoi que ce soit de sa vie à part la boire, chanter ses malheurs et pleurer son ivresse – à l’instar de Musset lui-même, comme on sait.

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  • Ballade glissée

    oldmariner.jpgLa Ballade du vieux marin
    Samuel Taylor Coleridge

    Mise en scène de Jean-Baptiste Sastre
    Avec Jean-Marie Patte
    Théâtre de Chaillot, du 17 septembre au 11 octobre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Seul en scène dans un hangar délabré – le studio – sous Chaillot, Jean-Marie Patte déroule avec humilité et brio la Ballade du vieux marin de Coleridge, traversée des océans les plus houleux de la conscience, gorgée de visions et de révélations auxquelles le comédien se livre avec une placidité somme toute haletante. La diction sobre et parfaite suit l’extraordinaire traduction libre faite par Alfred Jarry de ce texte hallucinant, et le petit bonhomme usé qui tient mal en place glisse sur la scène déserte, théâtralement simple, simplement théâtrale, sans décor ni éclairage particulier, le lecteur précautionneux livre une partition sensible et subtile, calme et retirée. En vieux marin, il distille son alcool avec une régularité rare, précise et d’autant plus troublante – loin des virulentes volutes romantiques auxquelles on associe d’ordinaire ce célèbre poème de Coleridge : que l’on se souvienne par exemple de Denis Lavant dans un récent Burroughs surpris en possession du Chant du vieux marin, impressionnant dans un tout autre genre, cette diversité même des lectures étant bien sûr une autre preuve éclatante de la richesse du texte. Ici, dans un silence assourdissant et une lumière crue, les mots découlent en discontinu, mais sans écarts de voix, et font toujours mouche, les images s’impriment et les pauses résonnent – et l’albatros, et l’arbalète, comme une sorte de lecture tolstoïenne d’un fragment dostoïevskien, ou valéryenne du Bateau ivre. Preuve encore que les poèmes ont plus d’une vie.

    http://www.theatre-chaillot.fr/

  • Avortement avec vue sur New-York

    donq1.jpgDon Quixote which was a dream
    d’après Kathy Acker

    Mise en scène d’Hélène Mathon
    Avec Sébastien Chollet, Hélène Mathon, Rachel Benitah
    Subsistances, Festival Les Intranquilles, juin 2007

     

    (par Nicolas Cavaillès)


     

    « On peut faire théâtre de tout », disait Vitez, même du roman d’un avortement aux dimensions politico-métaphysique comme Don Quixote which was a dream de l’écrivain new-yorkaise Kathy Acker, publié en 1986 ; le passage du narratif au théâtral s’opère même avec aisance et puissance, si, comme Hélène Mathon, l’on s’en donne les moyens. À l’ère post-moderne le roman comme le théâtre sont ouverts au même foisonnement polyphonique/multimedia.

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  • L’Orient, la mort et le mot

    lgaude.jpgLe Tigre bleu de l’Euphrate
    de Laurent Gaudé
    Mise en scène de Gilles Chavassieux

    avril 2006

    (par Nicolas Cavaillès)

     

    L’Orient, la mort et le mot


    À quelques heures de sa fin, le conquérant insatiable que fut Alexandre ne peut s’engager dans le dernier voyage en silence, comme le reste de l’humanité : le premier, il entend dire à la camarde qui est l’homme qui vient à elle, quelle vie de voyages immenses et de victoires grandioses il aura menée, quelle soif d’espaces lointains aura été la sienne jusqu’à cette heure tardive où il avance encore le front haut, avec le langage pour armée et le mot pour cheval d’assaut. Alexandre le Grand mourant, héros tout puissant devenu héraut sous la pression absurde et hautaine de la mort, tel est le narrateur extraordinaire de ce monologue épique, gorgé de sauvagerie, de noblesse, et de vitalité, que l’on doit à la plume possédée de Laurent Gaudé, et que Yannick Laurent élève à des sommets d’intense hypotypose, sur une scène nue, géographie insondable baignée dans le turquoise mystique et dans les percussions troublantes de la musicienne taïwanaise Yi-Ping Yang.

    Alexandre meurt seul, comme il aura vécu seul, seul avec son ambition, n’ayant de frères en ce monde qu’en son ennemi perse Darius, qu’en la Mort, qu’en cet énigmatique Tigre bleu de l’Euphrate, vision irrésistible qui mène Alexandre jusqu’aux confins de l’Orient (Tyr, Babylone, Kandahar, Samarcande...). Guerrier et bâtisseur, esthète civilisé fasciné par le monde barbare, Alexandre touche au divin par sa soif de périls vierges et de paysages nouveaux, avant de sombrer à son tour dans une humanité vulnérable dont les errances doivent un jour s’arrêter. Mais si Alexandre n’est lui-même que dans la conquête, il ne se présente pas à la mort sous un masque : il présente ses conquêtes, il dit les mondes traversés, les obstacles surmontés, les adversaires terrassés, et par cette voix fortement évocatrice, jaillie d’un aède dont les poses saisissantes révèlent que l’être vivant se mue, dans l’agonie, en statue de feu, par cette confession de soi toute en images bestiales et en désir inexpugnable, par cette audace qui tutoie la mort pour revivre sous ses yeux la fièvre du dépassement de soi dans l’ailleurs, Le Tigre bleu de l’Euphrate donne tout son sens au mot théâtre.

     

    Théâtre Les Ateliers
    5, rue du petit david
    69002 Lyon

    avec
    Yannick Laurent, comédien
    Yi-Ping Yang, musicienne, percussions



    Théâtre Les Ateliers
    http://www.theatrelesateliers-lyon.com