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04/05/2009

"Que tu es belle..."

libens.jpgAmours crues

Christian Libens

Luc Pire, 2009

 

(par Samia Hammami)

 

Christian Libens est un esprit curieux et, surtout, un infatigable explorateur. Les villes, les rues, les gens, la littérature, ses champs d’investigation n’ont de cesse de se multiplier. Auteur de guides érudits, de récits, de chroniques, de préfaces, de livres pour enfants et pour adultes, de poèmes, il nous délivre avec Amours crues un roman, longuement couvé et enfin éclos, s’inscrivant dans une veine voluptueuse.

Rien de vulgairement trash ici, ni de grivois inutile. Comme le titre le suggère, les êtres et leurs unions sont mis à nu, certes sans fard, mais avec doigté. Plus qu’un énième texte érotique, ces pages se veulent un hommage. C’est d’abord une célébration de la femme (Macha, Maryse, Marie-Marthe, Maria et les autres Marie) à travers les courbes, les peaux, les chevilles, les pieds, les chevelures, mais également les lacérations, les mutilations et les cicatrices. Les tabous se révèlent alors religion du corps malmené par la grossesse, la torture ou une tache de vin. De la sublimation, pas du sublime.

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20/01/2009

Old wave

vague.jpgLa Vague

Todd Strasser

traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier

Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

En avril 1967, dans un lycée à Palo Alto (Californie), se serait déroulée une étrange expérience initiée par Ron Jones. Ce professeur d’histoire, devant son incapacité à sensibiliser ses élèves aux mécanismes dont relève un parti tel que le NSDAP, aurait tenté d’appréhender le concept de totalitarisme par un biais moins conforme. Il leur aurait démontré comment des citoyens ont pu soutenir les principes nazis et laisser opérer le génocide que l’on connaît sans éveiller la désapprobation des foules en créant, au sein de sa classe, le mouvement « La Troisième Vague ». Cette émanation fascisto-scolaire aurait alors déferlé pendant une semaine dans l’établissement avant de se voir finalement endiguée avec fermeté.

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05/12/2008

De la poule au tigre

adiga.jpgLe Tigre Blanc

Aravind Adiga

Traduction de l’anglais (Inde) par Annick Le Goyat

Éditions Buchet Chastel, 2008

 

(par Samia Hammami)

  

« Car, voyez-vous, j’ai été un serviteur autrefois. Trois nations seulement n’ont jamais courbé l’échine devant des étrangers : la Chine, l’Afghanistan et l’Abyssinie. Par respect pour l’amour de la liberté dont témoigne le peuple chinois, et persuadé que l’avenir du monde est entre les mains de l’homme jaune et de l’homme brun à présent que notre maître d’antan, l’homme blanc, s’est perdu lui-même dans la sodomie, l’usage du portable et l’abus de drogue, je me propose de vous révéler, gracieusement la vérité sur Bengadore. Et cela en vous contant ma propre histoire. » C’est en ces termes, non équivoques, que « Tigre Blanc » initie une série de huit lettres rédigées au cours de sept nuits consécutives. Cette longue missive est adressée à Wen Jiabao, le Premier Ministre chinois, à la veille d’une visite officielle dans le pays du Gange en vue de pénétrer le secret des entrepreneurs indiens.
Balram Halwai, l’auteur de cette correspondance, est l’un de ceux-là. Issu des Ténèbres, il s’en est péniblement arraché pour finalement accéder à la Lumière. Cette extirpation ne se fit pas sans sacrifices car, entre ces deux Indes, des siècles de tradition et un système gangréné aux rouages huilés par l’iniquité et l'arbitraire empêchent tout déplacement d’une réalité à l’autre.

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02/12/2008

Un autre tout petit monde

affaire.jpgL’Affaire Karen

Mañas José Angel

traduction de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila - Éditions Métailié, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

Karen del Korad est une belle trentenaire très dynamique au charme de qui les représentants de la gent masculine succombent automatiquement. Avec un premier roman à succès, cette séductrice à l’esprit vif a rapidement trouvé son public et gagné les lauriers de la critique. Il ne lui reste qu’à finaliser son deuxième opus s’inscrivant dans une veine plus autobiographique et qui, de l’avis général, rencontrera aussi un engouement immédiat. Dans l’espoir de se ressourcer un peu, la récente coqueluche du Tout Madrid a pris la décision de s’exiler quelque temps à Miami. La veille de son départ, elle organise alors une petite sauterie chez elle, où elle convie tous ceux qui la courtisent : prétendants, éditeurs, agents, créateurs, amis… Amis ?

En effet, dans ce microcosme fourmillant de littéreux pétris d’envie, de frustration et de soif de reconnaissance, les « amis » existent-ils ? Et lorsque l’hôtesse souriante du soir se révèle être une croqueuse d’hommes ne s’embarrassant d’aucune considération morale et foulant de ses talons pointus la fidélité et l’honnêteté envers ses proches, les « amis » sont-ils sincères ? Enfin, quand l’ambition est telle que la propriété intellectuelle et l’inspiration personnelle vous deviennent des concepts étrangers, les « amis » vous veulent-ils vraiment du bien ?

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07/10/2008

« Promenons-nous dans les bois… »

9782842303167.jpgComptines assassines de Pierre Dubois, Éditions Hoëbeke, 2008

 

(par Samia HAMMAMI)

 

Romancier, chroniqueur, scénariste, auteur de bandes dessinées, l’Ardennais Pierre Dubois est également un ami de longue date des fées, elfes, lutins et autres êtres magiques habitant nos contrées. Dans Comptines assassines, il adopte le parti, dans la lignée de son précédent opus Les contes de crimes, de revisiter, avec une plume élégante et trempée dans une noirceur opaque, les légendes de notre enfance.

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03/09/2008

À l’abordage !

voltz9.jpgLe livre le plus génial que j’ai jamais lu…

Christian Voltz

L’École des Loisirs, Collection Off-Pastel, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

 Voici un ouvrage qui tient les promesses de son titre car, oui, Le livre le plus génial que j’ai jamais lu… est tout bonnement génial ! Une jeune fille pirate combattant au pistolet laser et se délectant de saucissons à la queue de chat est incapable de s’endormir sans son nounours et cherche gaîment son Prince Charmant. Le trouvera-t-elle ? Et quel est ce bonhomme grognon qui, muni d’une langue bien pendue, se permet d’interférer entre chaque double page, voire carrément de s’immiscer dans l’histoire narrée par l’auteur ?

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02/05/2006

Merde !

baillon3.jpgZonzon Pépétte, fille de Londres

André Baillon

Éditions Cent page, Grenoble, 2006

 

(par Samia Hammami)

 

 

La maison d’édition grenobloise Cent Pages a eu l’audace de mettre à son catalogue un texte d’André Baillon souvent qualifié de « mineur » et négligé par la critique, ce qui permet au public français de découvrir ce tempérament si attachant et curieux. Et quel bijou ils nous offrent là ! Une esthétique délicate et raffinée, un souci omniprésent du Beau font de ce « livre-objet » une pièce de collection.

Baillon est un romancier majeur des années 20-30, irréductible aux étiquettes, universitaires ou non, sous lesquelles on tente de l’épingler. Sa voix modelée dans l’originalité, son rythme en spirales creusantes, son flou dans le champ littéraire belge, le préservent des classements parfois stérilisants. Généralement, les études abordent cet écrivain par deux biais aussi « classiques » qu’intéressants : soit celui de la question de l’autobiographie, soit celui de la folie. Pourtant son étonnante singularité s’illustre également dans les portraits qu’il a souvent déclinés de filles de joie. En effet, le destin de Baillon est intrinsèquement lié à la sphère de l’amour vénal. L’est donc fatalement son œuvre, largement autofictionnelle. Rosine, Hedwige, Marie, Jeannine, Nelly Bottine et… Zonzon Pépette ; autant de figures de grues se croisant sous le regard et la plume baillonniens.

On rencontre la première mention, fugitive, de Zonzon Pépette au détour d’un autre livre, Histoire d’une Marie, où est relatée, à titre anecdotique, sa fin brutale dans des bas-fonds dickensiens. Cet épisode sera par la suite amplifié par l’auteur et donnera lieu à un opus éponyme, où toute la vie de Zonzon, née Françoise Ledard (prédestination…) apparaît en filigrane. Cette dernière passe une enfance dans un milieu modeste et sans éducation, avant d’être violée par le peintre chez qui elle fait le ménage. Cette « initiation » forcée la meurtrit profondément. Ses repères, sa pureté et son innocence volent en éclats ; son avis sur le monde se résumera désormais à un « Merde ! » litanique dont elle scandera toutes ses conversations. À Paris, et surtout à Londres, elle entre alors pleinement dans cette faune interlope où les mômes se gagnent au couteau et se refilent de souteneur en souteneur : Justin, François l’Allumette, Louis le Roi des Mecs, Valère-le-Juste, S’il-plaît-à-Dieu, Ernest-les-Beaux-Yeux, etc. Notre héroïne restera fidèle à chacun d’eux le temps de leur « association », en évoluant de larcins en crimes.

Des mots crus, des mots rudes, des mots pollués, des mots sur le vif. Les mots de Zonzon la désinvolte, vivant au jour le jour, définitivement ancrée dans l’instant, sans souci des possibles conséquences de ses actes. Fragments narratifs, chronologie malmenée, zones d’ombre, transitions inexistantes, voilà Zonzon Pépette. L’incipit l’annonce : « Il est peut-être idiot de commencer la vie d’une femme par sa mort, mais enfin si l’on vit, c’est pour qu’on meure. Et même, c’est comme on vit, que l’on meurt ». Et Zonzon rend absurdement l’âme, après avoir lancé un de ses célèbres « Toi, je t’emmerde ! », violent et bestial, audacieux et masculin. À son image.

Zonzon est authentiquement un personnage à part. Pour elle, Baillon se trouve à la périphérie des topiques avec lesquels il façonne ses prostituées (idéalisation, religion, sacrifice, art, maternité). Entre sacré et sacrilège, il a choisi son camp.

 

http://atheles.org/centpages/

 

http://www.servicedulivre.be/fiches/b/baillon.htm

 

http://www.andrebaillon.net/

 

Éditions Cent pages - BP 291 38009 Grenoble cedex

Diffusion Athélès/Distribution Les Belles Lettres

06/03/2006

Le Jibrile nouveau est arrivé !

Jibrile n°6 - printemps 2006
« Les (nouveaux) Maîtres du soupçon »
96 pp., 7 €

 

(par Samia Hammami)

 

Pour sa sixième livraison, Jibrile, la revue belge de critique politique et littéraire animée par Frédéric Dufoing et Frédéric Saenen, s’attaque, comme elle nous y a accoutumés au fil de ses précédents dossiers, à un morceau de taille : les (nouveaux) Maîtres du soupçon. Adoptant le parti de quitter les pas de Marx, Nietzsche et Freud (bien qu’elle fasse une entorse en accueillant l’excellente contribution de François Bousquet sur l’héritage du père de la psychanalyse), Jibrile brosse un panorama de figures-clefs moins communément convoquées mais pourtant essentielles à la compréhension et au décodage du réel qui nous entoure, de la modernité et de ses rouages.

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