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pologne

  • Les vomissements de la reine

    dorota.jpgTchatche ou crève

    Dorota Masłowska

    traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski

    Les Éditions Noir sur Blanc, 2008

     

    (par Christophe Rubin)

     

    Le roman hip-hop existe-t-il ? Si oui, est-il traduisible ?

     

    Avant de tenter de donner des éléments de réponse à ces questions, il convient de remarquer que Tchatche ou crève, de la jeune romancière polonaise Dorota Masłowska, est pour le moins déroutant et étrange : un savant mélange de trash et de virtuosité langagière, comme le suggère le titre original Paw kròlowej, avec un jeu de mot entre deux expressions : « le paon de la reine » et « les vomissements de la reine ».

    Le changement de titre, nécessaire du fait du jeu de mot en polonais, est suivi d’une traduction visiblement très libre du texte lui-même. On retrouve évidemment dans le roman des références à la Pologne d’aujourd’hui ; mais surtout énormément de transpositions pures et simples du langage d’une certaine jeunesse de ce pays.

     

    « Alors écoutez, l’Arc-en-ciel, le cinéma de vos illusions, célèbre aujourd’hui sa grande fermeture, vous pensez que la vie est un jeu, une promo chez Carrouf, où tu te sens grave libre, parce que c’est toi qui choisis la margarine la moins chère et la pisse gazeuse à zéro quatre-vingt-dix-neuf, et Dieu se réjouit dans les cieux de t’avoir mis sous le sapin un si joli cadeau, du Chinois tranché fin, il s’est donné du mal, et les calbutes Carrouf avec un élastique, en promotion, de tous les coloris, tous les motifs, toutes les tailles. Alors, comme ça, tu crois tout savoir sur le monde parce que ce matin tu as lu un gratuit dans le métro, mais tu sais rien, parce que Pitz Patrycja, tu la connais pas, tu n’as pas vu ses yeux tristes comme de l’urine récupérée dans un bocal de ketchup marque repère. »

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  • Homme à vendre (vêtements compris)

    lipski3.jpgPiotrus
    Léo Lipski

    traduit du polonais par Allan Kosko, illustré par Joko
    préface d’Éric Dussert
    Éditions de l’Arbre vengeur, Collection L’Alambic, octobre 2008

    (par Frédéric Saenen)

    C’est une bien curieuse découverte que nous propose l’Arbre vengeur, avec la sagacité qui est coutumière à cet éditeur dans le choix d’auteurs rares et méconnus.
    Léo Lipski (de son vrai nom Lipschütz) est né à Zurich en 1917, mais c’est dans le quartier juif de Cracovie qu’il grandira. En 1939, alors réfugié en Galicie orientale pour fuir la terreur nazie, le jeune homme sera arrêté et déporté par la police soviétique, sous l’accusation d’être un «fuyard ». Après deux ans passés dans les terribles conditions du goulag russe, Lipski est intégré aux Brigades de l’armée polonaises et s’embarque pour l’Iran. Son destin est alors scellé, puisque c’est en Asie Mineure qu’il contracte le typhus qui allait le handicaper et le faire souffrir durant toute sa longue existence. Frappé d’hémiplégie, il s’installe après la guerre en Palestine, à la frontière entre Tel-Aviv et Jaffa. Survivant grâce à l’aide et à la générosité de quelques amis, Lipski va s’enfoncer dans la solitude et se voir inéluctablement gagné par l’immobilité. Une claustration en soi qui n’est pas sans évoquer celle endurée par son contemporain Joë Bousquet. Infirme accablé par la chaleur de l’Orient, Lipski ne trouvera guère d’autre échappatoire à son absurde et tragique condition que dans la littérature. C’est en 1960 qu’il publie Piotrus, roman bref et inclassable que la critique inscrira dans une tradition allant de Kafka à Beckett, en passant par Gombrowicz. Et le récit est à la hauteur d’un si noble lignage.

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