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pierre autin-grenier

  • Les anges dans nos campagnes : une bonne nouvelle ?

    cri3.jpgUn cri

    Pierre Autin-Grenier
    illustrations de Laurent Dierick
    Cadex Editions, 2006

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Faite en principe pour une lecture d’un instant, une vraie et bonne nouvelle se lit paradoxalement avec la lenteur savoureuse de la dégustation. Cette édition illustrée par Laurent Dierick, particulièrement soignée, met justement en valeur les qualités du texte.

    Un cri est un récit bref qui prend son temps. Le cri en question est là dès le début, mais ce n’est qu’à la dernière ligne, au dernier mot que son mystère s’élucide, et encore… Le narrateur (un « nous » anonyme qui sollicite profondément le lecteur) a bien le dernier mot, mais ce dernier mot laisse à ce lecteur l’entière responsabilité de sa lecture. Entre temps, on fait la connaissance de Baptiste, paysan rude à la tâche, taciturne et bourru, qui mène la quête nocturne sur fond de ténébreuse terreur.

    Chaque terme est à sa place, chaque phrase s’emboîte parfaitement dans une narration qui penche carrément vers la poésie : on entend le cri, on voit la lune et les étoiles, on devine les ombres des arbres, on perçoit même la sonorité des pas du « curieux cortège dans les profondeurs de quelque forêt fatale ».

    De quoi rappeler que si la notoriété de Pierre Autin-Grenier repose sur ses récits, la valeur de ceux-ci repose sur la densité poétique de leur prose, sur ce que Dominique Fabre, dans la préface du présent opuscule, appelle la « langue riche et goûteuse » de cet écrivain « honnête homme et anarchiste », « inconsolable » et « comique », qui adopte volontiers et sans en avoir l’air une « posture de moraliste ». En somme, un écrivain marginal qui met la marge au cœur de nos préoccupations en nous menant quérir un cri poussé dans le lointain, au-delà des limites.

    http://www.cadex-editions.net

  • Enfances rêvées, enfances vécues

    Jours anciens

    Pierre Autin-Grenier
    L'Arbre, 2003

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Jours anciens (troisième édition augmentée d’un poème) a fait l’objet d’une parution en 1980, d’une autre en 1986, a reçu le Prix Claude Brossette à Quincié (Beaujolais), et, pour tout dire, est un très beau petit objet livresque, à manier avec un mélange de respect et de familiarité, à consommer avec précautions et sans modération. Tout y est soigné, le contenant et le contenu, le flacon et le nectar.

    Le flacon, ou le « gobelet d’argent » (titre de l’un des textes) : vingt-cinq poèmes en prose dans une édition précieuse assurée par Jean Le Mauve, typographe et poète, à qui succède, depuis sa mort, sa compagne Christine Brisset Le Mauve. Vrai papier, vraie reliure, belle couverture, belle mise en page… Recommandons aux auteurs et aux lecteurs pour qui un livre n’est pas qu’un alignement de mots.

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  • Délectables instants

    autin5.jpgL'éternité est inutile

    Pierre Autin-Grenier
    Gallimard, L'Arpenteur, 2002     

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Un jour, Pierre Autin-Grenier, après avoir tâté de différents métiers auxquels seule une destinée mesquine semblait le vouer, et avoir finalement opté pour le métier d'auteur de "chronique douce-amère des saisons et des jours", Pierre Autin-Grenier donc (ou en tout cas celui qui, sous sa plume, parle de soi à la première personne) eut l'idée de posséder un beau bureau, instrument et emblème de sa vocation. Le Centre national du livre, sollicité, eut la "générosité" de financer l'exécution de cette " pièce unique ", ce pourquoi l'auteur lui adresse en toutes lettres sa reconnaissance.

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  • Ouvrir les volets

    autin4.jpgLégende de Zakhor

    Pierre Autin-Grenier
    Éditions En Forêt / Verlag Im Wald

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il est nécessaire d'ouvrir les volets pour découvrir les dix petits triptyques qui composent le précieux volume de la Légende de Zakhor. Dix textes en trois versions, française, allemande et italienne (c'est le principe de la collection " Sentiers ", dont cet ouvrage constitue le onzième volume).

    On connaît le Pierre Autin-Grenier narrateur, chroniqueur et rêveur de la vie quotidienne ; on connaît moins le poète. Ici, la poésie (en prose) est la dominante, même si le récit affleure à chaque pas. Une poésie des couleurs (à commencer par le bleu), des sonorités (celles des mots comme celles de la nature), une poésie du souvenir (" Zakhor " en hébreu signifie " Souviens-toi "), de l'énigmatique, du merveilleux, de la terre et des soirées paysannes. Le vin et l'ivresse, la mer et la mort, la nuit et les oiseaux, le temps et les choses de la vie, les portes et les fenêtres qui s'ouvrent... Thèmes et motifs se combinent dans une écriture où chaque mot est pesé, où chaque phrase résonne d'harmoniques et de vibrations. Chacun des titres est prometteur d'une " présence ", d'une " vision ", d'un " voyage ", d'une ouverture vers un monde qui se recrée à chaque instant, par le jeu de la mémoire et de l'imagination, et aussi par celui de la parole.

    Ainsi, " le monde peut continuer ", et Rimbaud n'est pas loin lorsque " nous descendons des fleuves somptueux, lovés dans la petite barque de l'imaginaire ". Ainsi peut s'abolir le quotidien dans l'invention d'îles " incertaines ", dont la conquête instaurera la vie réelle. La mémoire de la nature, d'un " âge d'or " est porteuse d'un avenir, grâce à " celui qui est, de toujours, parmi nous et qui jamais ne décevr[a] notre attente ".

    Légende de Zakhor, dix poèmes en prose qui ne se satisfont pas d'une lecture superficielle. En même temps, se laisser conduire par cette prose poétique relève du vrai plaisir de la lecture, celui qui laisse au fond de nous quelque espoir inexplicable.


    Les Editions en Forêt

    Poésie contemporaine étrangère (du point de vue allemand), aux trois quarts francophone, en éditions bi- ou plurilingues. Pour de nombreux auteurs, il s'agit de l'édition originale. En 2oo3, 65 titres au catalogue.

    http://www.verlag-im-wald.de/francais/index.htm

  • Disponibilité de l’écrivain

    Pierre Autin-Grenier

    Toute une vie bien ratée
    (Gallimard, 1997 / Folio, 1999)

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Pierre Autin-Grenier, né à Lyon il y a une cinquantaine d'années, circule entre les mots comme il circule entre les lieux (imaginaires ou réels, Lyon ou la Provence) et entre les années (lointaines ou immédiates), avec une délicieuse nonchalance et une émouvante incertitude. Les textes de Toute une vie bien ratée sont écrits comme en marge, notes laissées au hasard de l'humeur, aux lisières, aux limites : limite des genres (nouvelles, journal intime, souvenirs ?), limite des registres (du réalisme au fantastique, du minimalisme au lyrisme, du comique au tragique), et certains titres à eux seuls annoncent tout un programme : Je n'ai pas grand-chose à dire en ce moment, Des nouvelles du temps, Rêver à Romorantin, Toute une vie bien ratée, Tant de choses nous échappent !, On ne sait pas vraiment où l'on va, Souvent je préfère parler tout seul, Je suis bien nulle part, Inutile et tranquille, définitivement.

     On sent bien que la fausse désinvolture cache de vraies angoisses, des « questions de plomberie existentielle », les grands problèmes que les hommes se posent entre naissance et mort, avec la (trompeuse ?) consolation de ne pas dramatiser la situation : « Quoi de plus sain, en effet, que de regarder tranquillement le temps passer sans la moindre prétention à vouloir le rattraper ? », et de rester « inutile et tranquille, définitivement ». Mais il y a aussi et surtout la question de l'écriture : « Aujourd'hui me voici à l'âge des bilans ; je m'interroge, la nuit, pour savoir ce qui a bien pu m'entraîner dans cette activité de perdant : aligner des mots à la queue leu leu sur une page blanche dans l'espoir insensé d'en faire des phrases ! »

    A lire Autin-Grenier, on s'aperçoit pourtant vite que les mots ne sont pas alignés au petit bonheur la chance, et que l'oisiveté revendiquée est plutôt une disponibilité, celle du véritable écrivain qui travaille avec passion et acharnement à laisser venir et prendre corps le seul matériau dont il dispose : les mots. Et ces mots, agencés plutôt qu'alignés, prennent une épaisseur telle que remplissant les pages, ils réalisent l'espoir insensé non seulement de faire des phrases, mais, au-delà des incertitudes génériques, de faire chanter la poésie.

    http://www.francopolis.net/francosemailles/AutinGrenier.html

    http://remue.net/cont/autingrenier1.html