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13/10/2008

Caujolle se livre

caujolle.jpgSouvenirs, 2, Circonstances particulières
Christian Caujolle
Actes Sud, 2007

(Par Louise Charbonnier)

Circonstances particulières, publié chez Actes Sud, est un de ces livres sans prétention qui recèle des abîmes de plaisirs de lecture. Sans prévenir, il vous happe et vous fait oublier le temps, par une formule non contraignante (une série de petites histoires, chacune accompagnée du cliché à partir duquel elles se développent) et un style simple et fluide.

Christian Caujolle y évoque ses amours photographiques, où se mêlent travail à Libération, escapades dans les salles de ventes, voyages en terres étrangères et multiples rencontres de photographes et artistes. Il y rappelle son engagement pour une photographie de presse interrogeant les normes traditionnelles et les stéréotypes, défrichant de nouveaux territoires et ouvrant une brèche dans laquelle allaient s’engouffrer d’autres quotidiens, à la suite du journal précurseur. Classiquement soumise à un texte qui lui fait dire ce qu’il veut, la photographie dans les médias reste encore bien souvent cantonnée au rôle de support, avec toute la passivité qu’implique ce terme. La presse l’utilisait bien souvent comme simple illustration, négligeant les spécificités photographiques. Branchée sur le référent, sur l’objet dont elle émanait, la photographie supposée neutre et objective se pliait aux exigences de la démonstration et de l’actualité journalistiques. Propre sur elle et reconduisant le système traditionnel de représentation hérité de la perspective, cette image transparente s’était mise à renvoyer à d’autres images, omettant par là même les autres rapports qu’elle aurait pu entretenir avec le réel. Mise au service d’un discours informationnel, la photographie s’était faite cliché docile. La transparence de l’image opérait paradoxalement l’opacification de l’accès au réel, masqué par un enchaînement sans fin de photographies redondantes dont le paradigme est constitué par l’image de guerre stéréotypée et son archétype (parmi d’autres) : la mère éplorée.

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25/05/2008

Photoroman

portillo.jpgEt que la nuit glisse sur le bleu de ta jupe

Chantal Portillo et Hally Pancer (photographies)

T. Magnier, collection photoroman, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

« Une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s’aventure alors dans l’écriture d’un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer » : tel est le point de départ de la jolie collection carrée « photoroman ». Les personnages inventés par Chantal Portillo glissent comme la nuit sur le bleu de la jupe de Bleuet, une jeune prostituée muette installée dans un village, et qui présente la particularité de faire la chose debout. Tous ressemblent plus à des esquisses qu’à de véritables personnages, jusqu’au mystérieux Tim, revenu de ses frasques à la capitale pour se régénérer, et qui réussira enfin, à faire coucher Bleuet. L’auteur a cherché à créer une atmosphère proche de celle du photographe, plus qu’à rebondir sur le potentiel narratif des images, avec lesquelles elle prend une grande liberté. L’intégration des photos dans le récit n’est pas totalement convaincante, et la contrainte se transforme un peu en artifice, laissant une impression d’inachevé à ce petit roman, pourtant pas dénué d’un certain charme.

26/01/2008

« Le droit à la beauté et à la poésie »

mercure3.jpgMercure liquide, revue littéraire et graphique

Numéro 8 (janvier 2008)

 

(par Myriam Gallot)

 

« Mercure liquide construit, depuis huit numéros maintenant, une esthétique de la diversité et de la sensibilité. Son moteur est toujours le sentiment d’une urgence : celle d’un dialogue créatif entre les arts.»

 

Petite promenade subjective dans ce dernier numéro.

 

Tout de suite explose à la figure la déflagration des mots de « Party incendiaire »,  qui vomit la société française et sa reproduction de la caste dominante. FP. Meny, « à la rue », exclu d’un système absurde et violent, le dénonce avec l’énergie de celui qui ne veut pas crever : « Je n’ai demandé qu’une chose. Elle m’a toujours été refusée. J’ai lutté pour l’obtenir, vraiment. Cette chose, mes semblables l’ont sans la chercher. Cette chose n’est ni l’argent, ni l’amitié, ni la gloire. C’est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu’ils reconnaîtraient comme mienne sans l’envier, puisqu’elle n’aurait rien d’enviable. »

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