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05/02/2007

L'art & la technique du chaos

venaille3.jpgChaos

Franck Venaille

Mercure de France, 2006

 

(par Tieri Briet)

 

Franck Venaille publie Chaos au Mercure de France, un livre brut de mots et de visions pour élargir, d’un cran supplémentaire, encore, ce que la langue peut nous rendre possible. Un livre traversé de questions pour éprouver, au dernier cran, ce que mots et visions peuvent édifier encore de poésie nue.

 

Au total, on dénombre 124 questions dans Chaos, et cet avertissement adressé au lecteur : “Je n’écris pas pour la canaille qui ne demande qu’à être émue.” Alors autant prévenir, Franck Venaille n’écrit pas non plus pour “se lancer dans une danse frénétique devant le totem de la poésie.” Le monde existe et pour l’écrire, il faudra entreprendre de l’arpenter comme il faut (1), le penser et pour cela lancer les questions acharnées une à une.

 

Question N° 20 : “La mer du Nord peut-elle se tromper ?”

Question N° 57 : “Mais qui se soucie d’un empêcheur de forniquer ?”

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31/05/2003

Incertain retour aux sources

chrisoffutt3.jpgNo Heroes
A memoir of coming Home, de Chris Offutt - Methuen, 2003

Les hommes ne sont pas des héros, traduit de l'anglais par Anne Wickle - Mercure de France, 2004

(par B. Longre)

No Heroes se pose d'emblée comme un récit autobiographique tâtonnant, l'auteur avouant ne pas toujours savoir où ce récit doit le mener : " Le plus étrange, c'est que je ne me suis jamais mis à écrire ce livre. Les cassettes audio étaient destinées à mes enfants et le reste provenait de mon journal." Chris Offutt, revenu vivre quelque temps, avec femme et enfants, sur sa terre natale, les collines du Kentucky, plonge le lecteur dans une autre Amérique, semi-rurale où ses amis d'enfance sont restés d'authentiques kentuckiens, souvent sans le sou, une petite communauté repliée sur elle-même. Se réajuster à cet environnement n'est pas aussi simple que l'écrivain le pensait : il n'est plus l'étudiant désinvolte qui passait son temps à fumer de l'herbe et vivotait de petits boulots ; il est maintenant un père de famille qui vient postuler pour un emploi de professeur de "creative writing" (une spécialité universitaire typiquement anglo-saxonne, le plus souvent absente des facultés françaises...), une sorte "d'animateur" d'ateliers d'écriture, à l'Université de Morehead : une tentative d'apporter un peu de son savoir-faire aux étudiants de cette institution peu reconnue, considérée comme un établissement de deuxième classe.

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14/01/2002

De la perte

zoevaldes1.gifIlam perdu
Zoé Valdes
traduit de l'espagnol (Cuba) par C. Val Julian
Mercure de France, 2001

(Par B. Longre)

Une femme erre dans Paris, puis se raccroche au banc d'un square parisien, et malgré le froid, la faim et les humiliations, ce lieu devient un asile beaucoup plus accueillant que la France elle-même et ses préfectures... Amnésique, elle a tout oublié ou presque : quelques visions surgissent par à-coups, des corps massacrés, des scènes de guerre, des maisons calcinées, et un nom, Ilam, qu'elle se répète et tente d'interpréter, s’efforçant de se remémorer le visage et la personne à qui il appartenait. Peu à peu, les souvenirs font surface, éparpillés dans son esprit et mêlés à ses rêves : une île qui pourrait être paradisiaque si elle n'était aussi dangereuse, des voyages, la guerre... Ilam, lui, est perdu, dans l'esprit divaguant de la narratrice, mais aussi entre Cuba et Paris.

Zoé Valdés parcourt un chemin sinueux et abrupt, entre onirisme poétique et glaçante réalité ; les blessures d'une femme perdue (elle aussi), "une rescapée, une survivante", sont explorées, fouillées, puis livrées à un lecteur impuissant face à la quête improbable de la narratrice, bousculée par l'histoire ; des thèmes qui rappelle le subtil roman de Marina Warner, The Leto Bundle. L'auteur dédie en effet ce court roman à Yoandra Villavicencio "Cubaine renvoyée dans son pays par la France en l'an 2000, puis décédée à La Havane dans des conditions obscures". Un hommage qui résonne comme une accusation, et qui est lancé à tous les réfugiés politiques. L'espoir refait néanmoins surface dans un dénouement ambigu, imaginé ou vécu, mais profondément humain.