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le visage vert

  • Trompe-l’œil

    couvsiefener.jpgNonnes
    Michael Siefener

    Traduit de l’allemand par Isabelle David et Élisabeth Willenz

    Le visage vert, 2008

     

    (par Romain Verger) 

     

    Tout en recyclant des thèmes traditionnels du fantastique (performativité de l’art, satanisme, hantise et spiritisme), Michael Siefener nous plonge dans un univers envoûtant et déroutant, d’une implacable efficacité. Dans un récit à emboîtements multiples, l’auteur tend un miroir à l’écrivain, scrute les processus menant à la création romanesque, ses motivations et implications. Qu’emprunte celle-ci au réel ? S’en évade-t-elle ou au contraire, le dévoile-t-elle d’autant mieux qu’elle l’aborde par le détour de la fiction ? Dans Nonnes, l’imagination qui apparaît de prime abord comme le dérivatif d’un homme englué dans son insipide vie quotidienne, devient son plus redoutable révélateur. L’écriture s’apparente à un acte thérapeutique, analytique même, et qui une fois enclenché, tourne à l’obsession et débouche sur une effroyable reconnaissance : blessures oubliées et traumatismes ensevelis de l’enfance.

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  • L'éternel mari

    couvcollier.jpgDouble

    Jean Collier

    Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel

    Le visage vert, 2008

     

    (par Romain Verger)

     

    Dans son premier roman, l’auteure anglaise Jean Collier raconte un impossible deuil, celui que tente de surmonter Photis, une jeune femme devenue la veuve de son ami Ian qui s’est noyé lors d’un séjour au Mexique. Pour autant, Ian est omniprésent, jusqu’à tisser son propre récit dans la fiction où alternent narration à la 1e  et à la 3e personne. Présence paradoxale et fantomatique, surgie de l’au-delà pour compter encore dans la nouvelle vie de la femme aimée, peser sur ses choix et s’immiscer dans ses aventures sentimentales. Un défunt coriace, éternel mari que la jalousie est parvenue à sauver des eaux pour hanter les vivants et s’en nourrir : « Je suis cette maison, se dit Photis. Ian est comme la mérule ; il vit dans mes os, dans mon âme ; invisible – mais ses dégâts sont immenses. Il me mange de l’intérieur. Un jour, il ne restera plus de moi qu’une coque vide et desséchée. » Jalousie de Ian à l’égard d’Ottavio qui partage la complicité de Photis, puis à l’égard d’Eric pour lequel elle éprouve du désir et avec lequel elle aimerait refaire sa vie. Alors Ian les épie, les suit, observe ces longues heures de travail qu’ils partagent, va jusqu’à passer la nuit à leurs côtés. Un sentiment qui tourne au délire lorsqu’il l’imagine aimée et possédée par de multiples hommes et femmes : « Photis va d’un garçon à l’autre, et tous cherchent à la retenir […] Mon épousée des ténèbres se faufile dans la foule un verre à la main ; […] dans le vacarme des filles rient ; et l’une lui caresse les cheveux, tout contre un mur tout en miroirs. »

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  • Hantises et malédictions

    vv15.jpgLe Visage Vert, n°15
    revue de littérature, parution annuelle, juin 2008
    Editions Zulma

    (par Romain Verger)

    Cette nouvelle livraison du Visage Vert explore le thème des hantises et malédictions à partir d’un large corpus de nouvelles fantastiques appartenant au domaine français (Jean Cassou, Jules Bois, Anne-Sylvie Salzman, Norbert Sevestre) et étranger (Ralph Adams Cram, Leopoldo Lugones…). La richesse de cette revue et le plaisir qu’on prend à la lire ne vient pas uniquement de cette pluralité de voix convoquées pour illustrer le thème, mais de ce que les textes de création se doublent d’éclairages critiques précieux qui permettent au lecteur de recontextualiser chacune des nouvelles présentées, de l’inscrire dans son réseau d’influences, autre forme de hantise, littéraire cette fois.
    Trois nouvelles ont plus particulièrement retenu mon attention, toutes en rapport avec le motif de l’œil, histoires de l’œil pourrait-on dire, où celui-ci joue tour à tour ou simultanément le rôle de mauvais œil, de supra-conscience maléfique, d’organe permettant la communication entre le monde des vivants et des morts, de pompe aspirante et dévitalisante. Autant d’histoires générées par un dérèglement initial — le fait de mourir yeux grand ouverts — qui vient brouiller la frontière entre vivants et morts et autorise toutes les subversions. Dans Le Succube, Jules Blois raconte le calvaire enduré par un homme que sa veuve revient hanter, se rappelant à lui sous la forme obsessionnelle d’un œil scrutant jusqu’à ses ébats avec une prostituée. Il se réveille chaque matin plus exsangue, dévitalisé par cette femme succube qui parviendra à le ramener à elle : « Il me semble que ses yeux veulent m’arracher de la terre, que ses lèvres veulent aspirer mon âme… ».

    http://www.levisagevert.com/