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le temps qu'il fait

  • L’Eau et le Feu

    jchauvire3.jpgLa Terre et la Guerre
    Jacques Chauviré

    Le temps qu’il fait, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Certains romanciers assaisonnés à la sauce médiatique actuelle devraient lire le discret docteur Jacques Chauviré (1915-2005), et particulièrement La Terre et La Guerre. Ils y verraient peut-être, s’ils en sont capables, comment un récit de fiction peut à la fois traduire et transfigurer la réalité, comment l’écriture peut investir événements et personnages, comment un vrai roman doit être une somme susceptible de planter dans l’esprit du lecteur les bouleversements du monde et des individus, et ainsi de bouleverser le lecteur lui-même.

    La famille Calvière vit dans les Dombes, près de la Saône que l’auteur a bien connue et si bien évoquée dans d’autres livres. Du début à la fin de la guerre de 14-18, Jérôme et sa femme Lucie, leurs enfants Laurence, Jean et Amélie vont connaître et subir ce qu’ont connu et subi bien des familles françaises durant cette période : départs pour la guerre, blessures morales et physiques, deuils, changements imperceptibles ou éclatants dans la manière d’appréhender la vie.

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  • Dans les forges de Billancourt

    msonnet3.jpgAtelier 62

    Martine Sonnet

    éditions Le temps qu’il fait, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Le père de Martine Sonnet a travaillé à l’usine Renault à Billancourt pendant une quinzaine d’années, quittant au début des années 50 son métier de charron-forgeron et la vie rurale pour la fournaise et le vacarme des forges de l’industrie automobile, l’atelier 62, réputé le plus dur de toute l’usine, et s’installant avec toute sa famille dans un appartement de banlieue.

     

    Martine Sonnet a grandi dans ce milieu néo-ouvrier, auprès de ce colosse inconnu et pudique qu’était son père, mort depuis une vingtaine d’années. Elle est ingénieure de recherche en Histoire au CNRS, mais sa démarche dans Atelier 62 n’est pas exactement celle d’une historienne. C’est plutôt celle d’une fille cherchant dans les archives et les souvenirs la trace de ce que fut l’existence de son père et celle des milliers d’ouvriers de la régie Renault – 38 000 à la grande époque, autant que d’habitants à la ville de Chartres. Vies dont il ne reste plus rien sur cette île où tout a été détruit pour laisser place à de nouveaux projets immobiliers.

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  • Pudeurs du bernard-l’hermite

    ortlieb3.jpgCarnets de Ronde
    Gilles Ortlieb
    éditions Le Temps qu’il fait, 2004
    collection Lettres du Cabardès

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

     

    Certaines voix graves, certains murmures même, portent plus loin que les cris d’hystérie. Les Carnets de ronde de Gilles Ortlieb (auquel Le Matricule des anges consacre un précieux dossier dans son numéro de novembre-décembre 2004) souffriront peu, dès lors, d’avoir paru en septembre, au cœur de la « rentrée littéraire ».

     

    Le livre rassemble sept textes sans lien apparent, inédits ou secondes versions de publications en revues (dans L’animal, Rehauts, Poésie 2001 et Théodore Balmoral), tous d’une longueur équivalente et d’une grande cohérence de style. Pourtant, nulle narration suivie, nul thème constant ou figure imposée : l’auteur exploite ce genre indéfiniment extensible du carnet pour nous promener, d’une randonnée dominicale le long de la Moselle (Dimanche fleuve) à l’angoisse citadine des logements vides (Déménager), avec toujours la même singulière musique au creux de l’oreille. Musicien, il faut que notre poète le soit à sa façon pour relever avec autant de justesse ces airs diffus du quotidien, ces « rires à l’étage en dessous », ce «transistor lointain, à peine audible », ce « froufroutement ténu d’un papillon captif se heurtant contre l’abat-jour du plafonnier». Les pages de Gilles Ortlieb foisonnent de ces bruits, de ces gestes rares qui en tous lieux promettent un étonnement jubilatoire. L’on aime voir notre narrateur tomber en arrêt devant le va et vient d’un chantier, en proie à « ce réel, quoique difficilement explicable, plaisir éprouvé à voir déverser une pelletée « réussie », débordante, dans une benne dont le conducteur d’engin égalise ensuite le contenu avec des délicatesses d’oursonne toilettant son rejeton. »

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