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jean-baptiste monat

  • Synergie transversale et suicide à l'usine

    couvtripalium.jpgTripalium
    Lilian Robin
    les Editeurs libres

    Entretien avec l'auteur.
    (propos recueillis par Jean-Baptiste Monat)

    Tripalium est le premier roman de Lilian Robin, jeune auteur lyonnais qui s'est appuyé sur son expérience du monde de l'industrie pour en exposer les conséquences désastreuses sur le corps et l'esprit de ceux qui y travaillent. Il dépeint le quotidien d'une entreprise imaginaire, « Plastique Avenir », et dresse surtout le portrait au vitriol de ceux qui la font fonctionner, du bas jusqu'au sommet de la hiérarchie. Le personnage principal, Arno Libilin (anagramme transparent du nom de l'auteur), en tant que « responsable sécurité-environnement » se trouve pris en tenaille entre les ouvriers qu'il est censé sécuriser et les cadres, auxquels il appartient. Une crise majeur est sur le point d'éclater... Avec la rage d'un témoin indigné et la plume d'un satiriste, Lilian Robin ouvre plus largement une réflexion sur l'avenir du monde industriel à l'heure des délocalisations et du chômage de masse.

    Le roman part d'une expérience personnelle du marché du travail, peux-tu évoquer cet aspect de ta « biographie » ?

    Comme Arno, le personnage principal du livre, j’ai été responsable sécurité environnement dans l’industrie durant plusieurs années. C’est mon expérience la plus significative mais mon premier flirt avec le tripalium remonte à un job d’été de colleur d’étiquettes à la chaîne. A l’époque je m’étais juré de ne jamais remettre un pied dans une de ces boîtes grises.

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  • Histoire d'exil

    jsoler4.jpgLes exilés de la mémoire
    Jordi Soler

    traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu,
    10-18, 2008 (Belfond, 2007)

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

    Les exilés de la mémoire est le premier livre traduit en français de Jordi Soler, écrivain mexicain qui se replonge ici dans son histoire familiale. Il est plus particulièrement question de celle de son grand-père, Arcadi, combattant républicain espagnol ayant fui au moment de la chute de Barcelone. Commence alors pour cet homme qui, comme ses frères d'armes, pensait rallier l'Espagne quelques mois plus tard, un long périple à la fois épique et tragique qui se termine par l'acceptation déchirante de l'exil au Mexique.


    Mais la première étape de ce périple, l'une des plus douloureuses, confrontera le lecteur français à un oubli, voire un déni sidérant d'un épisode historique. Henri-François Imbert avait consacré un film magnifique (No Pasaran) à ce trou de mémoire collectif touchant l'existence des camps sur les plages d'Argelès-sur-Mer, puis à Saint-Cyprien et Le Barcarès, où furent regroupés plusieurs centaines de milliers de réfugiés espagnols

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  • Avec Philippe Jaccottet

    jaccocepeudebruits.GIFCe peu de bruits de Philippe Jaccottet - Gallimard
    (Par Jean-Baptiste Monat)

    Philippe Jaccottet a aujourd'hui quatre-vingt trois ans. C'est avec L'Effraie, paru en 1953 chez Gallimard qu'il commenca une oeuvre essentielle de la seconde moitié de ce siècle. Une oeuvre qui trouvait un écho et des appuis dans une génération exceptionnelle de poètes : Du Bouchet, Bonnefoy, Dupin et d'autres auteurs ayant gravité notamment autour de la revue L'Ephémère.

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  • Détour

    dtronchet.jpgLa gueule du loup
    Didier Tronchet

    Futuropolis 2008

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

     

    Créateur de la série BD culte Jean-Claude Tergal et pilier de la bande de Fluide Glacial, Didier Tronchet s'autorise souvent des détours dans d'autres genres : un styliste sensible et drôle s'était révélé dans l'excellent essai intitulé Petit traité de Vélosophie (à faire avaler de force à tous les grincheux automobilistes) et plus récemment dans Nous deux moins toi (Flammarion, 2007). Il aborde ici la bande dessinée d'aventure tout en conservant les ingrédients qui ont fait le succès des Jean-Claude Tergal et autres Raymond Calbuth : l'humour noir, d'attachants personnages de débiles profonds et d'adultes régressifs. L'histoire est tortueuse, rebondissante à souhait, penche vers le polar politique et met aux prises un gynécologue un peu paumé avec un réseau mafieux roumain. Une histoire d'amour s'intercale naturellement. Volontiers fleur bleue, parfois franchement naïf, Tronchet livre une bonne bande dessinée à la fois classique (sans folies graphiques) et très personnelle dans son ton.

  • Pierre Cendors

    cendors.jpgLe voyageur sans voyage

    Pierre Cendors

    Cadex éditions, 2008

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

     

    Il est question dans ce texte court d'un train qui ne s'arrête jamais, d'un homme immobile et d'un enfant plein de pitié. Il est question des conversations des gens au sujet de ce train, de l'effroi et du rêve qu'il charrie. Difficile d'expliquer l'étrangeté qui parcourt ces lignes : sur les petites pages de la collection « Texte au carré », les mots les plus simples paraissent condenser un monde de significations. Il convient de prêter l'oreille, c'est de la poésie, et de se laisser flotter à la surface des apparences fantastiques du récit. On entendra alors parler de douleur et de souvenir, évoquer une histoire bien réelle, transfigurée. Un très beau texte, dans un format original et avenant.

     

    http://www.cadex-editions.net

     

    http://endsen.blogspot.com/

  • Secousse sismique

    cmccarthy3.jpgLa route
    Cormac McCarthy

    traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Hirsch
    Editions de L'Olivier, 2008

    (par Jean-Baptiste Monat)

    A la surface du monde dévasté, quelques hordes d'hommes s'entre-dévorent. Un père et son fils errent sur la route. Ils traînent un caddie, explorent les ruines à la recherche d'une boite de conserve, d'un peu d'eau. Aucun secours à attendre, aucune ressource et aucun but ailleurs qu'en soi-même. Survivre, c'est fuir, échapper à la traque des barbares.
    Il s'agit de tout sauf de science-fiction : ce sont nos autoroutes qu'ils sillonnent, nos maisons qu'ils inspectent et les vivres qu'ils y cherchent ressemblent parfaitement à ceux qui s'amoncellent dans nos cuisines. S'agit-il d'anticipation ? La force de l'écriture nous fait comprendre que leur temps est déjà le notre. La débâcle est amorcée : n'avez-vous pas remarqué que de fines particules de cendre recouvrent parfois les objets que nous jetons négligemment au fond de nos caddies ?

    Le père envie souvent les morts de n'avoir plus à lutter. Il s'accroche aux paroles de l'enfant. L'enfant « porte le feu » et ils reprennent chaque matin la route. Le sort de l'humanité entière pèse sur ces deux êtres : dans ce monde, que vaut encore l'espoir d'une transmission, d'une relation autre que marchande, concurrentielle ou cannibale ? Que vaut encore le conte biblique de la force vaincue par la faiblesse ?
    En guise de réponse, McCarthy passe la tradition du roman américain à l'épreuve d'une violente vision poétique. Cette illusion que la terre tremble en lisant, un tel mélange du présent incertain et du futur inéluctable signent une grande œuvre de notre époque.

    http://www.editionsdelolivier.fr/

  • Pudeurs du bernard-l’hermite

    ortlieb3.jpgCarnets de Ronde
    Gilles Ortlieb
    éditions Le Temps qu’il fait, 2004
    collection Lettres du Cabardès

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

     

    Certaines voix graves, certains murmures même, portent plus loin que les cris d’hystérie. Les Carnets de ronde de Gilles Ortlieb (auquel Le Matricule des anges consacre un précieux dossier dans son numéro de novembre-décembre 2004) souffriront peu, dès lors, d’avoir paru en septembre, au cœur de la « rentrée littéraire ».

     

    Le livre rassemble sept textes sans lien apparent, inédits ou secondes versions de publications en revues (dans L’animal, Rehauts, Poésie 2001 et Théodore Balmoral), tous d’une longueur équivalente et d’une grande cohérence de style. Pourtant, nulle narration suivie, nul thème constant ou figure imposée : l’auteur exploite ce genre indéfiniment extensible du carnet pour nous promener, d’une randonnée dominicale le long de la Moselle (Dimanche fleuve) à l’angoisse citadine des logements vides (Déménager), avec toujours la même singulière musique au creux de l’oreille. Musicien, il faut que notre poète le soit à sa façon pour relever avec autant de justesse ces airs diffus du quotidien, ces « rires à l’étage en dessous », ce «transistor lointain, à peine audible », ce « froufroutement ténu d’un papillon captif se heurtant contre l’abat-jour du plafonnier». Les pages de Gilles Ortlieb foisonnent de ces bruits, de ces gestes rares qui en tous lieux promettent un étonnement jubilatoire. L’on aime voir notre narrateur tomber en arrêt devant le va et vient d’un chantier, en proie à « ce réel, quoique difficilement explicable, plaisir éprouvé à voir déverser une pelletée « réussie », débordante, dans une benne dont le conducteur d’engin égalise ensuite le contenu avec des délicatesses d’oursonne toilettant son rejeton. »

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