14.05.2009

Heureux qui comme Ulysse…

sclavis.JPGLouis Sclavis
Lost On The Way
(ECM 179 849-7)

(par Jacques Chesnel)

On connaît depuis longtemps les penchants affirmés de notre Louis national, l'un des premiers pionniers du jazz dit européen, pour d'autres territoires musicaux (folklores, musiques ethniques, domaines contemporains), ses relations avec les mondes de Duke Ellington (On the Air) et Jean-Philippe Rameau (Les Violences), le cinéma (autour de Charles Vanel, Dans la Nuit), la danse, les arts plastiques (Ernest Pignon-Ernest, Napoli's Walls) et le langage (L'imparfait des langues).

Douze plages/étapes pour ce périple musical inspiré d'Ulysse dans l'Odyssée écrite par Homère en 24 chants vers la fin du VIII° siècle avant J.C., poursuivant ainsi le travail inauguré avec le précédent quintet et, dixit Louis : inventer de nouvelles musiques dans lesquelles on s'engage pleinement au risque de se perdre… aller vers l'inconnu… me laisser tomber de Charybde en Scylla en essayant de maîtriser le vent et les vagues pour au retour pouvoir raconter le voyage.

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15.04.2009

Atmosphère envoûtante

originalpimpant.jpgOriginal pimpant
Émile Parisien Quartet

(Laborie Jazz Lj 07 ; distribution Naïve)

 

(par Jacques Chesnel)

  

1/ La couverture de pochette : le titre pourrait être une sorte d'oxymoron auquel s'ajouterait le dessin d'une affreuse bestiole évoquant le porc-épic, petit rongeur qui possède les plus grands piquants ; au verso, les titres des cinq morceaux (compositions collectives sauf Le Bel à l'agonie d'après le prélude du troisième acte de l'opéra Tristan et Ysolde de Richard Wagner) ne rassurent pas non plus, lecture sépulcrale; d'où cette interrogation sur le "pimpant" (impression de fraîcheur et d'élégance) ; quant à "original" pas de doute à entretenir sur la musique quand on se souvient du premier CD du quartet Au revoir porc-épic (tiens !, déjà). Mais alors !

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08.04.2009

Un répertoire hétéroclite

mirabassi.jpgGiovanni Mirabassi
Out of Track

(Discograph 6104035; distribution Discograph)

 

(par Jacques Chesnel)

 

 

C'est bien le choix du répertoire qui distingue particulièrement ce disque des autres enregistrements de trios de formules identiques. En effet, réunir dans une cinquantaine de minutes à la fois trois standards, un chant de résistance, des compositions de John Coltrane, Astor Piazolla, Ennio Morricone et sa propre écriture suffit à attirer l'attention. D'autant que le pianiste transalpin (né en 1970 à Perugia, accompagnateur de Chet Baker, au pied levé, à 17 ans, installé en France depuis plus de quinze années et où il aura étudié avec le maître Aldo Ciccolini) a su au fil du temps se faire connaître et reconnaître dans le monde du jazz par ses nombreux concerts et disques dont le superbe Cantapiano (chansons en solo absolu) produit par Philippe Ghielmetti en 2005.

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01.04.2009

Un noble souhait

gael.jpgGaël Horellou : Pour la Terre

DTC Records DFGCD 8656 ; distribution Harmonia Mundi 

 

(par Jacques Chesnel)

 

Autant l'avouer, pourquoi le cacher : je ne raffole pas et même n'adhère pas du tout aux précédentes productions du saxophoniste, le collectif MU, l'électrojazz, les expériences drum'n'bass, les groupes NHX ou Cosmic Connexion.

Alors que beaucoup de musiciens semblent se tourner ou retourner vers des racines réelles ou fantasmées (effets de mode ou aire du temps ?) avec plus ou moins de bonheur, comme plus avec Pierrick Pedron (Omry), comme moins avec Tigran Hamasyan (Red Hail), Gaël Horellou renoue avec bonheur à un forme qui lui sied à merveille : un jazz post-moderne fortement teinté de be-bop (l'hommage à Jackie McLean, Melody for Melonae), le recours aux standards magnifiés (I remember you et I fall in love too easily), une fougue, une intensité, un investissement et une vigueur communicatives notamment avec Ari Hoenig, batteur renversant qu'il avait fréquenté lors de séjour à New York.

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16.03.2009

Un doux voyage avec Chet

chet.jpgChet Baker / Enrico Pieranunzi

Soft Journey
(réédition, Pieranunzi series, Egea reoords)

 

(par Jacques Chesnel)

 

Il y aurait donc eu des avanies (?) pour que ce disque ne soit réédité qu'au bout de trente années d'attente et c'est à l'occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Chet que cet album paraît enfin.

Le pianiste romain entre dans sa trente-et-unième année ; d'après la complète discographie sur www.chetbaker.net/, c'était sa première rencontre avec Chet ; ils se retrouveront en mars 1987 (C.B. with the Jazz Space trio) et en duo à la fin de l'année suivante trois mois avant la mort du trompettiste le 13 mai. Début également de la collaboration avec Riccardo Del Fra.

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24.02.2009

Du groove, encore du groove, toujours du groove

ericl.jpgEric Legnini
Trio   trippin'
(B flat recordings, Discograph)

 

(par Jacques Chesnel)

 

Commencé avec Miss Soul (2005), poursuivi par Big Boogalo l'année dernière voici, ce Trippin' clôt cette trilogie dédiée à lart du trio façon Legnini.
Répertoire rôdé alternant avec maestrio huit compositions personnelles et standards (quatre) plus (excusez du peu) Dizzy Gillespie (Con Alma), Stevie Wonder (The Secret Lif of Plants) et Ray Charles (Them That Got) ; le tout rempli ras bord de l'esprit du blues, du gospel, de la soul sans revivalisme et que résume parfaitement sa déclaration d'intention : " il faut assumer et se servir de tout ce passé pour construire l'actualité…" tout en se libérant des modèles afin de proposer quelque chose de bien à soi (Rock the Days au fender ou sa version de ce thème sublimissime A Sleepin' Bee, magnifiquement intériorisée en piano solo, moment de grande poésie comme l'est également le délicat Darn that Dream où Frank Agulhon m'a fait penser, ô compliment, au grand Vernell Fournier du trio Ahmad Jamal de sa plus grande époque (1958), le tout suivi d'un énergique Bullitt Mustang Fastback, composition du pianiste sur un train d'enfer, à fond la caisse).

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09.02.2009

L'Art Poétique

temps.jpgJean-Philippe Viret, Edouard Ferlet, Fabrice Moreau
Le temps qu'il faut 
(MELISSE, MEL666004, Abeille Musique)

 

 (par Jacques Chesnel)

 

Lu dans le communiqué de presse: « la beauté et le mystère de cet album pourrait être cachée dans les titres des quatre précédents albums du trio "Considérations", "Etant donnés", "L'Indicible", "Autrement dit"… » Et à chaque fois, l'importance des titres en relation très intime avec la composition, une rareté.

Ce qui saute aux oreilles depuis le début de ce trio hors normes, c'est de constituer un VRAI groupe par la cohésion et l'empathie dans le(s) choix esthétique(s) sans céder au faire-valoir ou savoir-faire systématiques ; chaque disque est le prolongement naturel du précédent, une rareté également.

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02.02.2009

2001, année Jarrett

keithj.jpgKeith Jarrett, Gary Peacock, Jack DeJohnette
Yesterdays 
(ECM 2060)

 

(par Jacques Chesnel)

 

Voici donc LE Keith Jarrett de l'année… celui de l'année 2001; en effet, c'est le quatrième album à prendre place dans les enregistrements collectés lors de cette tournée mondiale cette année-là, entre Always Let me Go (avril) et My Foolish Heart /Montreux (22 juillet) et The Out-of-Towners (le 28) ; trois sur quatre sont consacrés exclusivement aux standards de Broadway (« on sait à quel point ces chansons sont gorgées de musicalité ; les musiciens de jazz ne sont pas condamnés à sans cesse briser portes et fenêtres en quête de nouveaux territoires: la musique peut très bien se trouver déjà dans la pièce », déclare K.J.) ou aux compositions phares du be-bop.

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14.01.2009

E C M : Nouvelle Collection

ecm2.jpgTouchstones  40 Rééditions

(par Jacques Chesnel)

 

Le catalogue ECM a maintenant plus de mille références. Le créateur du label munichois, Manfred Eicher (au début avec la collaboration du regretté Tomas Stowsand), qui ne manque de bonnes idées, présente ces 40 premières "pierres de touche" en digisleeve (pochette cartonnée),  disques enregistrés entre 1971 et 1993, pour la plupart indisponibles sur le marché depuis une vingtaine d'années.  

Bien évidemment, on n'a que l'embarras du choix dans cette occasion de compléter sa discothèque ou, pour certains, de remplacer les vinyles endommagés suite aux écoutes répétées ; on retrouve ici la qualité d'enregistrement : "le plus beau son après le silence", ainsi que le même soin de production et le concept esthétique, caractéristiques du label.

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29.12.2008

Plus qu’une musique métissée : une musique de l’altérité

jazzoccident.jpgLe jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie

Christian Béthune

Klincksieck, 2008 (collection d’esthétique)

 

Entretien avec l’auteur

 

(Par Christophe Rubin)

 

Je commençais une thèse de linguistique sur les textes de rap, lorsqu’un ami m’a appelé pour me dire à peu près ceci : « J’étais à un salon du livre et il y avait une conférence d’un philosophe sur le rap… j’y suis allé par curiosité. Tu as sûrement dû t’inspirer de son bouquin car ce que tu m’as expliqué, c’est exactement ce qu’il a dit. Mais, sans vouloir te vexer, ça allait plus loin, c’était formidable. J’ai pensé à toi : j’ai été lui demandé son adresse à la fin, si tu veux lui écrire...»

 

Non, je ne connaissais ni le philosophe, ni le livre en question : Le rap, une esthétique hors la loi (éditions Autrement, collection « Mutations », 1999, réédité en 2003 avec beaucoup d’enrichissements)… Mais je me suis dépêché de le lire, avec un certain scepticisme : j’avais lu quelques rares ouvrages instructifs sur la question, mais rien qui ait pu me permettre d’avancer vraiment. Plongé dans le détail de mes analyses stylistiques et rythmiques, j’observais des phénomènes qui dépassaient largement ce que je m’attendais à trouver : une organisation très élaborée mais dont la logique m’échappait et que j’étais incapable de mettre en relation avec ce que je ressentais à l’écoute de certains enregistrements. Je pouvais certes poursuivre mes analyses mais je m’impatientais de ne pouvoir établir de liens entre mes divers résultats : de donner du sens à mes observations… Je pouvais concevoir une interprétation très générale – psychologique ou anthropologique – à certains aspects rythmiques et vocaux mis en place par l’écriture de ces textes, mais je ne parvenais pas à cerner leur spécificité.

 

Dès les premières pages de l’ouvrage de Christian Béthune, ce fut une série de surprises, qui me faisaient passer de la dénégation à l’enthousiasme de trouver enfin un sens humain aux phénomènes qui m’avaient été révélés en partie par l’analyse stylistique. J’avais l’habitude d’imaginer un lien lointain entre le rap et certaines pratiques culturelles d’Afrique de l’ouest, de la Jamaïque voire le gospel ; mais, au delà de la pure actualité afro-américaine de ce mouvement, je n’avais jamais vraiment songé à y voir un lien très fort avec le blues ou le jazz. Or c’était bien une conscience ontologique particulière née de l’esclavage que Béthune décrivait de façon cohérente et très documentée dans les divers aspects vocaux, textuels, musicaux et sociologiques du rap, en montrant que celui-ci était finalement un parent direct de toutes les autres formes d’expression afro-américaine, à commencer par le jazz.

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