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japon

  • Chatons dans la nuit blanche: la nouvelle comme roman.

    murakami.jpgL’éléphant s’évapore
    Haruki Murakami
    Belfond

    (par Anne-Marie Mercier)

    « Voilà dix-sept nuits que je ne dors plus ». Cette première phrase de la nouvelle intitulée «Sommeil », l’une des plus longues du roman, longue comme une nuit où l’on ne trouve pas le sommeil (ce qui est un type de nuit blanche particulier, voir Le Passage de la nuit, du même auteur) ou comme une sieste profonde dont on sort hébété par un jour de grande chaleur, pourrait être le titre de ce recueil, tant les textes qui le composent offrent des portraits hallucinés de personnages qui dépassent, mais à peine, la limite de ce qui est possible, de ce qui est permis, de ce qui est correct, et semblent flotter entre deux mondes.
    Un coup de fil inquiétant, une faim insatiable, qui amène à l’attaque d’un mac Donald, le dérapage d’un préposé aux lettres de réclamations, les petites choses insignifiantes qui font qu’on se rencontre ou surtout qu’on se manque (terrible), qu’on se sépare, qu’on se hait. Les idées qu’on se fait sur les autres (les chinois, par exemple, les étapes de la vie, la disparition d’un éléphant sans effraction…

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  • Romans de kimono et de sabre

    445.jpgLe village du chat vampire / L’île des ogres
    Lensey Namioka

    (traduits de l'anglais par Nikou Tridon)
    Rocher jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le jeune samouraï Zenta, accompagné de son ami joyeux et maladroit, Matsuzo, revient dans le village de son enfance et découvre que tous, y compris son vieux maître, vivent dans la terreur, entre des colporteurs à l’allure de brigands et un mystérieux monstre qui agresse les jeunes filles. Suspens, aventures et mystère, un roman policier honorable mais sans grande originalité, en dehors de quelques aspects du Japon du XVIe siècle qu’il fait découvrir.
    L’île des ogres, qui suit ce récit tout en étant indépendant, offre le même cocktail de valeur guerrière, de charmante jeunes filles, d’amour discret, de mystère et d’exotisme, tout en étant mené par un autre personnage de ronin, moins héroïque mais plus humain.

    http://www.editionsdurocher.fr/

  • Amitiés féminines au Japon

    kakuta3.jpgCelle de l’autre rive
    Mitsuyo Kakuta

    traduit du japonais par Isabelle Sakaï
    Actes Sud, 2008

    (par Myriam Gallot)

     

    Seule et unique oeuvre traduite en français de Mitsuyo Kakuta, ce roman, qui reçut le prestigieux prix Naoki en 2005, raconte en parallèle deux amitiés, à des époques différentes de la vie, l’une à l’adolescence et l’autre à la trentaine, entre des femmes à la recherche d’une vie plus libre que celle que leur offre le Japon contemporain.
    Dans cette société corsetée où la norme fait loi, raccourcir la jupe de son uniforme scolaire d’un tour de ceinture est déjà un acte hautement significatif, presque une conquête, pour Nanako et Aoï, rencontrées dans les couloirs étriqués d’un lycée pour jeunes filles.
    Quant aux femmes adultes, travailler à l’extérieur ne va pas de soi, loin de là. Si elles mettent un point d’honneur à la perfection ménagère, ce n’est qu’un piètre dérivatif à un désir d’ailleurs non étanché. Aoï, devenue chef d’entreprise célibataire, et Sayoko, la femme mariée qu’elle emploie, mais aussi bien d’autres figures féminines qui traversent le récit, résistent à la culpabilisation de la femme qui travaille, que ce soit par la belle-mère, le mari, les employés de la société, ou pire encore, les femmes au foyer, qui les accusent de délaisser leurs enfants en les confiant à la crèche, qui les rendrait brutaux (sic !)

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  • Dix-sept reflets d'un pays aux mille visages

    17japon3.jpgLe Japon vu par 17 auteurs
    ligne éditoriale Frédéric Boilet et Masanao Amano
    Casterman, Ecritures, 2005

     

    (par B. Longre)

     

    La pluralité est de rigueur dans cet ouvrage collectif séduisant, qui réunit dix-sept auteurs, dont neuf francophones (invités en résidence dans divers endroits du pays, deux semaines durant) et huit Japonais ou résidents au Japon. Chacun d'entre eux a accepté de composer une histoire inédite en noir et blanc, des planches qui tiennent, pour certaines, de l'autobiographie, et pour d'autres du reportage ou de la fiction, l'unique contrainte étant celle du lieu, fil conducteur qui se subdivise en une multiplicité d'atmosphères et de récits bien différents. Quant aux illustrations, toutes les mouvances graphiques se sont données rendez-vous dans cet ouvrage, de la plus classique à la plus dissonante. Nécessairement éclectique, donc (les auteurs ne s'étant nullement concertés), cet album de plus de 250 pages nous conduit sur diverses routes, souvent imprévisibles, et forme un bel ensemble de visions croisées ou divergentes, qui ne prétendent pas à l'exhaustivité, mais qui sont simplement le reflet de points de vue subjectifs, qui parfois mettent en relief quelques préjugés mutuels - tout en soulignant cependant l'idée d'une fascination mutuelle entre deux cultures, un lien déjà naissant au XIXe siècle (en particulier à l'ère Meiji, quand le Japon s'ouvrit sur l'occident) dans les milieux littéraires japonais.

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  • La mémoire des Pierres

    deltenre1.jpgLa cérémonie des poupées
    de Chantal Deltenre
    Maelström, 2005

    (par B. Longre)

    Tout fait sens dans ce palpitant roman, d’un bout à l’autre du récit de Keiko qui relate son séjour au Japon – un pays qu’elle ne connaissait pas en dépit de ses origines. Elle le découvre aux côtés de Pierre, son ami français que la langue et la culture japonaises fascinent. Cela fait maintenant un an qu’ils se sont installés dans un petit appartement, à Tokyo, un lieu que Keiko s’est approprié avec une férocité dont elle seule a conscience (« m’arracher à l’appartement m’est devenu aussi douloureux qu’une amputation »), sacralisant secrètement l’endroit et engageant, au quotidien, un dialogue muet avec les objets et les meubles qui étaient déjà là lors de leur emménagement – elle les dote d’une vie propre (tout particulièrement la collection de poupées alignées au fond d’une alcôve percée dans le mur), entretenant avec chacun d’eux une relation sensorielle particulière, entre attraction et répulsion, une relation qui prend des tournures animistes à la fois belles et inquiétantes.

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  • La sirène d'Amidé

    kaikisen3.jpgKaikisen, retour vers la mer
    Satoshi KON

    Casterman, collection Sakka, 2004

     

    (par Blandine Longre)

     

    S'inspirant d'une mythologie poétique qui prête à l'ondine (représentée ici sous les traits de la femme-poisson, telle que nous la connaissons) des pouvoirs sur la mer et ses créatures, Kaikisen se présente comme un manga émouvant, palpitant et engagé, dont l'action se déroule à Amidé, une petite ville côtière imaginée par l'auteur, et qui s'accroche à son passé tout en essayant de s'adapter à une modernité galopante, avec la promesse d'un essor économique sans précédent. L'histoire débute sur un œuf mystérieux dont Yôsuké, un jeune homme rêveur et respectueux des traditions, sera bientôt l'unique gardien, comme l'est encore son grand-père, prêtre Shintô. Ce dernier, en dépit de son grand âge et du cancer qui le ronge, a encore la force de s'opposer vivement aux desseins de son fils, le père de Yôsuké, qui a "vendu son âme" en osant sortir l’œuf de son sanctuaire et le donner en pâture aux médias, à l'affût de nouveautés depuis que la petite ville de pêcheurs se transforme.

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  • Fantômes du passé

    changraelee1.gifLes sombres feux du passé
    Chang-Rae Lee

    Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Pavans
    Editions de l'Olivier, 2001

    Seuil, Points, 2002

     

    (par B. Longre)

     

    Le docteur Hata vit une retraite paisible et ordonnée dans la petite ville de Bedley Run, dans l'état de New-York. Rien dans son existence routinière ou dans son allure de citoyen respectable ne semble trahir "les sombres feux" d'un passé tragique. Et pourtant, tandis qu'il se remémore comment il a perdu de vue sa fille unique Sunny, une jeune coréenne adoptée à l'âge de six ans, une adolescente difficile et distante, d'autres souvenirs font surface, nourris par la vision d'un visage apeuré : celui d'une autre jeune coréenne rencontrée des années auparavant, alors qu'en tant qu'officier médical dans l'armée japonaise durant la deuxième guerre mondiale, il était cantonné dans un sinistre campement en Birmanie. Un camp oublié de tous, même de l'ennemi, peuplé de soldats crasseux et désoeuvrés, qui attendaient avec impatience quelques volontaires bien particulières : des "femmes de réconfort", chargées de soulager les troupes de l'empereur, participant à leur façon à l'effort de guerre. Le jeune officier Hata ne sait que penser du sort qui est réservé à ces jeunes filles et observe certains de ses camarades se comporter de façon étrange ; et il est bien loin de se douter qu'une des filles lui demandera bientôt de l'aide...

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  • Deux femmes, deux histoires

    izumi5.jpgUne femme fidèle
    L'histoire de Biwa

    Izumi Kyôka
    nouvelles traduites du Japonais par Elizabeth Suetsugu (Titres originaux : Bake ichô, Biwa den, 1896) - Philippe Picquier, 1998

    (par B. Longre)

     

    Dans ces deux nouvelles, Izumi Kyôka développe un thème cher à quelques écrivains japonais : le rôle subalterne des femmes dans la société, des femmes dont les sentiments ont peu d’importance lors de mariages arrangés. Tei (Une femme fidèle) et Tsu (Lhistoire de Biwa) sont toutes deux dépeintes comme des victimes, subissant les caprices ou les violences des hommes, des victimes qui refusent un temps de se résigner.
    Tei confie à Yochi, un adolescent, l'histoire de sa vie : mariée à quatorze ans à un homme maladif et jaloux, son existence lui est devenue insupportable, et bientôt, elle est obsédée par l'idée que sa libération ne peut passer que par la mort de son mari. Tsu, quant à elle, épouse un officier pour obéir à son père, mais elle aime son cousin Kenzaburô ; aussi, son époux la cloître afin qu'elle ne puisse rejoindre son amant. Apparaît en filigrane la critique amère d'un monde aux règles cruelles, qui poussera deux jeunes femmes à commettre l'irréparable. "Je ne pourrai jamais être plus forte que la société" déclare Tei, âgée de vingt et un ans, qui paraît parler déjà comme une vieille femme. L'écriture, harmonieuse et raffinée, est teintée d'une poésie liée à la nature, une nature immuable et parfois porteuse de présages. Ces deux contes tragiques élèvent Izumi Kyôka au rang des grands auteurs du sentiment.

     

    http://www.editions-picquier.fr/