21.03.2009
L'Europe des peureux
Les Européens (Combats pour l’amour)
Howard Barker
Mise en scène de Christian Esnay
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
Du 12 au 25 mars 2009
(Suivi de Tableau d’une exécution, du 26 mars au 11 avril)
(par Nicolas Cavaillès)
Écrit en 1990, Les Européens (Combats pour l’amour) est la première pièce que Howard Barker qualifia de « théâtre de la catastrophe » ; ce drame historique situé juste après la fin du siège de Vienne par les Turcs, en 1683, annonce avec une force souvent dérangeante la décadence d’un continent égocentriste et formaliste, superficiel et anémié, profondément lâche. Aujourd’hui encore, vingt petites années après sa rédaction, la trame – guerre de l’Islam et du christianisme – se veut provocante, mais elle n’est pas aussi tape-à-l’œil qu’elle en a l’air : diffuse dans un déluge de catastrophisme malsain, elle permet surtout une plongée féroce dans les tréfonds de la morale judéo-chrétienne, aux aiguillons gréco-romains (le soi-disant héroïsme, et ce fameux principe « identitaire » dont on n’a pas fini de soûper), morale qui, faut-il le préciser, constitue le pain quotidien de l’existence des quelques sept cent millions d’habitants du Vieux Continent.
09:33 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : howard barker, christian esnay, guerre, décadence, théâtre de l'odéon, nicolas cavaillès
13.02.2009
Portrait de l’artiste, la nuit
Seul dans le noir
Paul Auster
Traduit par Christine le Boeuf
Actes Sud, 2009
(par Anne-Marie Mercier)
Rarement livre aura autant correspondu à son titre. La solitude y est le cœur de tout, le point central et le moteur des rares événements. Récit d’une insomnie, évoquée dans la première phrase comme « une nuit blanche de plus dans le grand désert américain », il se clôt avec cette phrase, répétée plusieurs fois dans les pages précédentes : « ce monde étrange continue de tourner ». Solitude au monde, à son pays (les USA, vu comme un « grand désert »), aux autres et à soi, tout cela se concentre en une seule nuit d’un seul individu – ou presque. En fait, August Brill n’est pas totalement seul : sa fille et la fille de celle-ci partagent le même espace et le même tourment de ne pas dormir, à des rythmes différents. Mais chacune d’elles est un autre concentré de solitude, abrite une autre forme de douleur.
09:00 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paul auster, actes sud, anne-marie mercier, écrivain, fiction, guerre, solitude
28.11.2008
Refusez de la faire
Les deux soldats
Michel Piquemal, illustrations de Julien Billaudeau
Rue du monde (collection Pas comme les autres), 2008
A partir de 5 ans
(par Myriam Gallot)
Ils étaient deux « braves gars », celui de chez nous s’appelait Thomas, celui de là-bas Tibo. Tous deux goûtaient la vie, aimaient la nature et une belle jeune fille de leur pays. Tous deux moururent au front, sacrifiés par la mère patrie, absurdement opposés l’un à l’autre. Sans savoir qu’ils étaient frères. C’était il y a 90 ans. C’était la première guerre mondiale, racontée aux enfants avec des mots simples, dans cet album-miroir aux couleurs de fraternité et de poésie.
Mais ce sont aussi toutes les guerres, dont les bénéfices reviennent aux puissants. La manipulation et la souffrance seront toujours dans les deux camps et il n’y aura jamais qu’un vainqueur : les marchands d’armes scandaleusement enrichis sur le sang des « petits gars d’ici et de là-bas ». Du moins jusqu’au jour où les « petits gars » refuseront d’y aller et préfèreront « compter les étoiles réunies, celles de là-bas et celles d’ici, dans le grand mystère de la nuit ». Un message de paix universel porté par les illustrations-collages vibrantes, au style très personnel d’un tout jeune artiste-dessinateur, Julien Billaudeau, et les rimes de Michel Piquemal.
Présentation de la maison d'édition Rue du monde
12:00 Publié dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, album jeunesse, michel piquemal, julien billaudeau, rue du monde, myriam gallot
13.06.2008
Une photo-reporter dans les camps de réfugiés
Bienvenue à Goma
Isabelle Collombat
Editions du Rouergue – collection doAdo monde, à partir de 14 ans, 2008
(par Myriam Gallot)
L’histoire se passe en 1994. Une très jeune fille s’embarque aux côtés d’une journaliste radio pour Goma, au Zaïre, où s’entassent les réfugiés rwandais réchappés du génocide. Elsa a tout juste 18 ans, elle rêve de devenir photographe-reporter. Elle découvre la pénible réalité du terrain et les difficultés du travail de journaliste dans un pays en guerre. Ce roman réaliste est d’inspiration autobiographique, puisque son auteur, fraîchement émoulue d’une école de journalisme, a travaillé pour une radio humanitaire au Zaïre en 1994. L’intérêt de son récit est principalement documentaire : Pourquoi quitte-t-on le confort occidental pour une des régions les plus dangereuses du monde ? Comment, pris en étau entre les demandes d’une rédaction versatile, friande de reportages lacrymaux, et la dangerosité de mener une enquête sérieuse et politiquement compromettante, un journaliste peut-il trouver sa place ? Comment photographier l’horreur avec un regard juste ? Comment créer des relations humaines dans de telles conditions ? La trame romanesque est certes un peu grossière, et le style sans relief, mais ce roman pourra séduire de jeunes lecteurs attirés par le journalisme et curieux de connaître certaines réalités du métier.
21:38 Publié dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, guerre, roman jeunesse, francophone, isabelle collombat, le rouergue, myriam gallot




































