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12/05/2009

Pas de grand soir

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Vienne le jour
Gabriela Adamesteanu

Traduit du roumain par Marily Le Nir

Gallimard

 

(par Jean-Pierre Longre)

« Cachée dans les creux du trottoir, la lumière grise frémissait faisant trembler au fond de l’eau les feuilles immobiles ». Cette phrase, choisie un peu au hasard parmi beaucoup d’autres, ne paie pas de mine au premier abord ; pourtant, dans sa densité, elle campe parfaitement l’atmosphère du livre et l’art de la romancière, qui n’a pas son pareil pour tirer d’un paysage grisâtre et du délabrement de l’environnement les éléments naturels (la lumière, l’eau, la terre, la végétation stagnant dans l’air en léger mouvement…), ces éléments reflétant eux-mêmes l’état d’âme du personnage. Il en est ainsi tout au long de ce deuxième roman de Gabriela Adamesteanu traduit en français (après Une matinée perdue en 2005), publié d’abord en 1975 à Bucarest, donné aujourd’hui dans son intégralité, avec restitution des passages censurés dans la première édition.

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15/03/2009

Egypte de poche

21058873772.GIFArchéopolis (t. 3, les tablettes magiques)
Pierre-Marie Beaude

Gallimard jeunesse

(par Anne-Marie Mercier)

La jeune Alisson accompagne une expédition archéologique en Egypte et grâce à l’usage de son imagination et de sa sensibilité (le cœur) parvient à percer les mystères. Elle arrive même à remonter le temps jusqu’à la princesse, future épouse de Ramses III, à déjouer un complot, favoriser des amoureux, et ainsi de suite. Tout cela est simple comme bonjour, facile.

28/02/2009

Brosses à dents en folie

9782070620982.gifLes Brosses à dents
De Pittau et Gervais

Gallimard jeunesse (Giboulées), 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Variations sur les brosses à dents. Elle sont portraiturées comme dans une encyclopédie qui les montre de profil, en couleur, et sous toutes les formes jusqu’aux plus improbables : de la brosse à dents noire de l’aveugle à celle hérissée d’aiguilles du couturier, plantée de tulipes du fleuriste, nuageuse du météorologue…

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05/01/2009

Le romancier descendu des collines

pavese.jpgŒuvres
Cesare Pavese
Édition de Martin Rueff
Gallimard, « Quarto », 2008

(par Nicolas Cavaillès)

On réunit dans ce volume toutes les œuvres dont Cesare Pavese agréa la publication ; y figure ainsi son immense journal posthume, Le métier de vivre, mais pas, hélas, les poésies publiées par d’autres que leur exigeant auteur, recueillies ailleurs sous le titre extraordinaire La mort viendra et elle aura tes yeux. Dû à Martin Rueff, l’apparat critique découpant l’œuvre peut trop souvent faire sentir sa présence, et le lecteur pourra, plus que d’ordinaire, regretter ici ou là de ne savoir lire le texte original, mais la parution de ces quelques 1800 pages de vademecum pavésien constitue bien un événement. Sans doute faut-il encore libérer Pavese des deux rengaines méprisantes dont on abuse pour contourner la complexité de l’œuvre : le suicide et l’impuissance sexuelle. Le suicide, d’une part, et tout récemment encore, un Immortel s’autorisait la privauté d’un classement des écrivains de l’autodestruction selon qu’ils ont commis ou non l’irréparable (« garantie de sincérité», le suicide de Pavese placerait son œuvre « bien plus haut que celle des deux grands pessimistes contemporains auxquels on l'a  comparé, Cioran et Pessoa »). Sur ce point, et sans nier d’aucune manière l’intensité ni l’efficience littéraire de la tentation suicidaire pavésienne, bien au contraire, nous préférerons citer avec M. Rueff cette admirable phrase d’Italo Calvino : « on parle trop de Pavese à la lumière de son dernier geste, et pas assez à celle de la bataille gagnée jour après jour contre sa propre tendance à l’autodestruction » ; le journal témoigne explicitement de cette âpre guerre, et l’œuvre tout entière, par la cruauté roide qui la sous-tend. L’impuissance, d’autre part, souffrance parmi d’autres mais dont on use souvent comme d’une clef de lecture unique, poisseux ragot pour salonards autrement expéditifs.

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03/01/2009

Ouesterne du Nord

nord.jpgIl était une fois dans le nord
De Philip Pullman
traduit de l'anglais par Jean Esch
Gallimard Jeunesse, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

On retrouve dans ce petit volume des personnages de la fameuse trilogie de Pullman, A la croisée des mondes : Lee Scoresby, ici jeune aérostatier novice et Iorek Byrnison, l’ours en armure, jeune lui aussi, et ne portant alors qu’un casque. Le récit fait connaître les circonstances de leur rencontre dans une lutte commune au service des opprimés, contre les méchants et les pourris.
Altercations de saloon, belle inconnue à secourir, coups de winchester contre les hommes de main recrutés par les riches, combat inégal dans un entrepôt, suspens… tout cela ressemble à un western classique. Mais on retrouve un peu de l’ambiance des Royaumes du nord avec les daemons qui ajoutent une touche d’humour, et surtout le « lapin» Hester, donneur de conseil peureux qui se découvre à la fin de l’histoire lièvre arctique.
Les gravures de John Lawrence rappellent les livres d’aventure d’antan, tout comme la présentation du livre, toilé, et les fausses reproductions de documents d’ « époque » (un procédé semblable se trouvait dans J’étais un rat ! du même auteur). Un jeu de société est fourni, sous la forme d’un plateau de jeu, d’une « boussole » et de pions de papier, délicieux pastiche des jeux de l’oie qui rendent fous.

http://www.philip-pullman.com/

http://www.gallimard-jeunesse.fr/

16/12/2008

New age et fantasy

noman.jpgNoman (Nobles guerriers, III)
de William Nicholson
traduit de l'anglais par Diane Ménard

Gallimard jeunesse, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce volume est le dernier de la nouvelle trilogie de William Nicholson, auteur du très inventif du Vent de feu, en trois volumes lui aussi. Moins novateur, ce cycle reste cependant intéressant et au-dessus de ce qu’on peut lire le plus souvent dans ce genre (fantasy). Ce dernier volume croise les destins des trois héros et reprend des fils tirés dès le premier volume : phrases entendues, visions, rêves, tout trouve son aboutissement et sa fin.

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08/12/2008

La liberté, et quoi d’autre ?

grondahl.jpgPiazza Bucarest
Jens Christian Grondahl

traduit du danois par Alain Gnaedig
Folio, 2008 (Gallimard, 2007)

 

 (par Jean-Pierre Longre)

 

Ce roman de l’un des écrivains les plus en vue actuellement en Europe explore les relations complexes d’un photographe américain résidant au Danemark et d’une jeune Roumaine. Sans préméditation, sur une sorte de coup de tête, Scott, au cours d’un voyage professionnel dans la Roumanie de 1988, propose à Elena le mariage qui lui permettra de fuir la dictature de Ceausescu. Mariage blanc ? Elan amoureux ? Peu à peu, le narrateur, ami de Scott, nous dévoile ce que lui-même a appris de la bouche de l’homme, puis de la jeune femme : son passé tourmenté qui n’est pas sans conséquences sur le présent et l’avenir.

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08/10/2008

Avec Philippe Jaccottet

jaccocepeudebruits.GIFCe peu de bruits de Philippe Jaccottet - Gallimard
(Par Jean-Baptiste Monat)

Philippe Jaccottet a aujourd'hui quatre-vingt trois ans. C'est avec L'Effraie, paru en 1953 chez Gallimard qu'il commenca une oeuvre essentielle de la seconde moitié de ce siècle. Une oeuvre qui trouvait un écho et des appuis dans une génération exceptionnelle de poètes : Du Bouchet, Bonnefoy, Dupin et d'autres auteurs ayant gravité notamment autour de la revue L'Ephémère.

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D'arbre en arbre

arno.jpgJe te protégerai, d’Arno - Sarbacane, 2008

 

Le rêve de l’arbre, de Christophe Gallaz, Jean-Claude Götting - Gallimard jeunesse, 2008

 

(par Madeline Roth)

 

 

Alors depuis le mois de mai le livre d’Arno est posé quelque part en attente de quelques mots. Je l’ai relu dix fois, vingt, attentive aux détails, le chat, l’oiseau. Mais il a suffit d’une seule lecture – « c’est la mort, c’est ça ? » - pour tout remettre en cause.

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08/03/2008

"affirmatif et civilisateur"

erotisme.jpgHistoire de l’érotisme, de l’Olympe au cybersexe

Pierre-Marc de Biasi

Découvertes Gallimard, 2007

 

(par Blandine Longre)

 

Promenade à travers les âges qui ne se cantonne pas au seul Occident, cet ouvrage revendique un érotisme « affirmatif et civilisateur » et entend revenir sur quelques idées reçues, en proposant une lecture intelligente et lucide d’un phénomène qu’on ne saurait réduire à la simple sexualité, à l’assouvissement immédiat du désir ou aux pulsions des uns ou des autres. Car l’histoire de l’érotisme est avant tout « celle de ses représentations » artistiques (de l’art figuratif à la littérature, de la musique au cinéma) – dont nombre d’exemples parsèment ces pages.

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21/11/2002

Délectables instants

autin5.jpgL'éternité est inutile

Pierre Autin-Grenier
Gallimard, L'Arpenteur, 2002     

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Un jour, Pierre Autin-Grenier, après avoir tâté de différents métiers auxquels seule une destinée mesquine semblait le vouer, et avoir finalement opté pour le métier d'auteur de "chronique douce-amère des saisons et des jours", Pierre Autin-Grenier donc (ou en tout cas celui qui, sous sa plume, parle de soi à la première personne) eut l'idée de posséder un beau bureau, instrument et emblème de sa vocation. Le Centre national du livre, sollicité, eut la "générosité" de financer l'exécution de cette " pièce unique ", ce pourquoi l'auteur lui adresse en toutes lettres sa reconnaissance.

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23/10/2001

Tableaux en noir et blanc

Pascal Quignard

Terrasse à Rome
Gallimard, 2000
Prix de l'Académie française 2000

Parution en Folio, juin 2001

(par Jean-Pierre Longre)

 

Pascal Quignard, écrivain érudit, s'est fait connaître du public par des ouvrages sur l'antiquité latine et, plus notoirement encore, par des romans qui nous plongent dans des univers musicaux (Le salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde), et que ponctue ironiquement et violemment le tome X des Petits traités, La haine de la musique. Avec Terrasse à Rome, la plume de Quignard explore un autre domaine esthétique, celui de la gravure. Meaume, né à Paris en 1617, ami de Claude Gellée dit le Lorrain, est un artiste passé maître dans la « manière noire » ; ses estampes à l'eau-forte (c'est-à-dire gravées sur une plaque et plongées dans un bain d'acide nitrique) sont sa raison d'exister. Son visage même est marqué à vie par le fatal produit, puisqu'il a été « mordu », vitriolé par un rival en amour. La femme qu'il aimait l'a alors délaissé, et le voilà parti sur les routes d'Europe, observant les paysages et les groupes humains, fixant sur ses plaques magiques l'alchimie des hommes et celle de l'amour comme une évidence, en postures naturelles ou impudiques, avec une nostalgie qu'un jour il abolira.

Quignard le musicien grave lui-même dans le silence de l'écriture, entre les vides de la page, comme des mesures entre deux soupirs, des tableaux en noir et blanc : « Nous regardions la falaise si blanche et haute qui se perdait dans le ciel blanc. Nous étions juste au-dessous. La falaise lançait sur nous l'immense nuit de son ombre. Au-dessus, là où se découpait la crête, la lune, avant que le soleil fût couché, scintillait. Il y a dans le monde des endroits qui datent de l'origine. Ces espaces sont des instants où le Jadis s'est figé ». Mais cette fixité n'est pas l'immobilisme stérile. Meaume l'aquafortiste, toujours en mouvement, de Bruges à Rome, de Venise à Toulouse, de Bologne à Paris, de nouveau à Rome, est pris sur le vif, dans des instantanés en profondeur ; et les mots, sonores comme les R dont sonne le titre, comme l'eau qui baigne le coeur de son nom, comme les M qui enveloppent amoureusement ce cœur, comme la terre qui forge la « Terrasse à Rome », le placent dans le récit comme les modulations d'une mélodie changeante, solide et fluide à la fois, à l'image de ses yeux qui jusqu'au bout diront le mystère de l'artiste : « Les yeux y brillaient encore comme ceux des nourrissons et des grenouilles. Globes gris très grands mais on ne savait ce qui y transparaissait. Ils vivaient leur vie dans une eau obscure. C'était très intense mais il était impossible de dire si la douleur, ou si la faim, ou si l'angoisse, ou si la colère déchirante habitaient derrière ses yeux. La blessure sur son visage ajoutait à l'incertitude de ses expressions ». Terrasse à Rome est un beau livre, qu'il faut aborder avec un désir identique à celui qui nous prend avant de contempler une gravure de Callot ou d'écouter un morceau de clavecin.

http://www.gallimard.fr/auteurs/Pascal_Quignard.htm

http://www.lmda.net/mat/MAT02195.html

18/01/2000

Disponibilité de l’écrivain

Pierre Autin-Grenier

Toute une vie bien ratée
(Gallimard, 1997 / Folio, 1999)

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Pierre Autin-Grenier, né à Lyon il y a une cinquantaine d'années, circule entre les mots comme il circule entre les lieux (imaginaires ou réels, Lyon ou la Provence) et entre les années (lointaines ou immédiates), avec une délicieuse nonchalance et une émouvante incertitude. Les textes de Toute une vie bien ratée sont écrits comme en marge, notes laissées au hasard de l'humeur, aux lisières, aux limites : limite des genres (nouvelles, journal intime, souvenirs ?), limite des registres (du réalisme au fantastique, du minimalisme au lyrisme, du comique au tragique), et certains titres à eux seuls annoncent tout un programme : Je n'ai pas grand-chose à dire en ce moment, Des nouvelles du temps, Rêver à Romorantin, Toute une vie bien ratée, Tant de choses nous échappent !, On ne sait pas vraiment où l'on va, Souvent je préfère parler tout seul, Je suis bien nulle part, Inutile et tranquille, définitivement.

 On sent bien que la fausse désinvolture cache de vraies angoisses, des « questions de plomberie existentielle », les grands problèmes que les hommes se posent entre naissance et mort, avec la (trompeuse ?) consolation de ne pas dramatiser la situation : « Quoi de plus sain, en effet, que de regarder tranquillement le temps passer sans la moindre prétention à vouloir le rattraper ? », et de rester « inutile et tranquille, définitivement ». Mais il y a aussi et surtout la question de l'écriture : « Aujourd'hui me voici à l'âge des bilans ; je m'interroge, la nuit, pour savoir ce qui a bien pu m'entraîner dans cette activité de perdant : aligner des mots à la queue leu leu sur une page blanche dans l'espoir insensé d'en faire des phrases ! »

A lire Autin-Grenier, on s'aperçoit pourtant vite que les mots ne sont pas alignés au petit bonheur la chance, et que l'oisiveté revendiquée est plutôt une disponibilité, celle du véritable écrivain qui travaille avec passion et acharnement à laisser venir et prendre corps le seul matériau dont il dispose : les mots. Et ces mots, agencés plutôt qu'alignés, prennent une épaisseur telle que remplissant les pages, ils réalisent l'espoir insensé non seulement de faire des phrases, mais, au-delà des incertitudes génériques, de faire chanter la poésie.

http://www.francopolis.net/francosemailles/AutinGrenier.h...

http://remue.net/cont/autingrenier1.html