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  • Ce que nous dit le petit doigt de Caradec

    9782213638096-V.jpgLe doigt coupé de la rue du Bison

    François Caradec

    Fayard Noir, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il y a certes un « doigt coupé » de femme, dans ce faux roman policier (ou « rompol ») – et le commissaire Pauquet (« avec Pauquet, in the pocket ! ») est bel et bien chargé, à la suite d’obscures consignes ministérielles, d’enquêter sur ce mystère apparemment lié à des pratiques sectaires. Mais le titre ne dit pas tout, loin de là, et à mesure que l’intrigue (les intrigues) avance (nt), la comédie vire à l’évocation tragique du passé proche, celui de l’occupation et d’une diabolique invention nazie : le « Lebesborn » ou « source de vie », destiné à « créer la super-race nordique artificielle qui dominerait le monde pendant mille ans ».

     

    Comment ces deux récits arrivent-ils à se superposer ? On le saura en allant jusqu’au bout de ce livre qui présente au demeurant bien d’autres intérêts. Caradec n’était pas à court d’inventions, et Le doigt coupé de la rue du Bison est comme une somme de ses talents divers : scènes de bistrot avec conversations tout azimut, jeux verbaux et orthographiques (en particulier dans la bouche d’un policier simplet), monologues induisant une pluralité de points de vue (celui d’un réfractaire au STO, celui d’une chienne, celui de la police etc.), dialogues à caractère théâtral, déambulations parisiennes, voyages lointains, inventaires en bonne et due forme…

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  • La musique, passionnellement, éternellement

    ladyday.jpgLady Day, histoire d’amours
    Alain Gerber
    Fayard, 2005 / Le Livre de Poche, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il faut toujours prêter attention aux sous-titres, lorsqu’il y en a. Celui du dernier roman d’Alain Gerber, « histoire d’amours », pourrait paraître anodin et passe-partout ; c’est le contraire, et le pluriel y est capital. Car la vie de Billie Holiday (1915-1959), pour brève qu’elle fût, a été une suite d’amours et, il faut bien le dire, de désamours – ce que le récit, en pas moins de 600 pleines pages, fait passionnément découvrir.

     

    Eleanora Fagan, ou Eleanor Halliday, ou Nora, ou Bill, ou Lady, ou Billie Holiday (selon les périodes et les narrateurs) eut-elle la destinée qu’elle méritait ? Si l’on en croit Melissa, journaliste qui l’a bien connue, oui : « Le blues, le jazz et Billie Holiday se contrefichent de l’éternité. Ils ont déjà le plus grand mal à envisager leur avenir, et leur passé les talonne. Ils vont de déboires en excès et se fabriquent ainsi de toutes pièces un parcours semé d’embûches, cachant aux autres et se dissimulant à eux-mêmes qu’ils tournent en rond. Leur vie n’est qu’artifice. Ce sont les acteurs d’un mélodrame écrit de leur propre main ». Pourtant, cette éternité, Alain Gerber et sa verve inimitable contribuent grandement à la forger.

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  • Miracle de l'écriture

    remington.jpgRemington
    Joseph Incardona
    Fayard Noir, 2008

     

    (par B. Longre)

    « On a beau dire, on écrit pour se raconter soi-même, le plus souvent, les autres ne sont qu’un prétexte. Meubler le vide est une imposture. »

    On s’attend parfois à lire un polar (et tout l’indique – ne serait-ce que le titre de la collection ou le titre tout court), et on se trouve littéralement pris de court, plongé dès les premières pages dans une chronique désenchantée où la froideur de ton le dispute à la désespérance, où le quotidien du narrateur, cadré, organisé, ne suffit pas à nous duper sur le mal-être qui l’habite, ni sur les émotions qui le malmènent. Matteo Greco n’est ni flic, ni voyou. Il mène au contraire une vie réglée, disciplinée, même, et sans drames (si l’on omet les faits divers qu’il découpe dans les journaux) et parvient à cumuler plusieurs activités, alternant brèves missions pour une agence de sécurité (par nécessité financière), entraînements de boxe et séances d’écriture, qui se déroulent à sa table de cuisine, sur laquelle séjourne une vieille Remington portative. Il écrit des nouvelles (inspirées, justement, des petites coupures qu’il collectionne) et, bientôt, un roman, sur lequel il reste malgré tout très discret.

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  • « Comment effacer la vitre »

    9782213637587-V.jpgFrankie, Le sultan des pâmoisons
    Alain Gerber

    Fayard, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    On connaît l’érudition musicale d’Alain Gerber. On connaît les grands romans qu’il a consacrés au jazz et à certains de ses héros (Louis Armstrong, Chet Baker, Charlie Parker, Billie Holiday, Paul Desmond, Miles Davis…). Erudition et récit romanesque font encore bon ménage dans Frankie, dont l’auteur précise bien qu’il ne s’agit pas d’une biographie.
    Effectivement. Le récit se fait portrait ; ou plutôt, les récits se font portraits : celui de Frank Sinatra, bien sûr, mais aussi – puisque, selon un type de composition maintenant bien ancré dans l’écriture de l’auteur, celui-ci donne la parole aux proches du héros – ceux des proches en question, triés sur le volet : Dolly, la mère aimante et décidée, Bernard « Buddy » Rich le batteur, Ava Gardner, pour qui il quitta la mère de ses enfants, Sam Giancana le mafieux.

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  • Gentleman saxophoniste

    gerber9.jpgPaul Desmond et le côté féminin du monde

    Alain Gerber
    Fayard, 2006

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Ce qu’il y a de bien avec Alain Gerber, c’est que son érudition jazzistique est hautement compatible avec sa verve littéraire. Les romans dernièrement publiés (Louie en 2002, Chet en 2003, Charlie et Lady Day en 2005), au même titre que les nombreux livres qui les précèdent, le prouvent suffisamment. Alain Gerber est, par-dessus tout, un écrivain.

    Paul Desmond et le côté féminin du monde est qualifié de « récit », non de roman. Certes, le côté documentaire tient une place non négligeable dans ces 350 pages : Paul Breitenfeld – de son vrai nom – fut avant tout « le saxophoniste désincarné du quartette de Dave Brubeck », qui a joué un rôle prépondérant dans le « Brubeck Time », qui a côtoyé directement ou indirectement les grands (et les moins grands) de son époque, les Miles Davis, Connie Kay, Jim Hall, Chet Baker, Charles Mingus… ; qui a inventé avec le succès que l’on sait le fameux Take Five… Et l’auteur, en éminent connaisseur, ne manque pas, à l’occasion, de rappeler tel ou tel détail oublié de l’histoire musicale, d’émettre telle ou telle considération sur le jazz, cet art collectif qui a « toujours été une entreprise de pillage mutuel et réciproque », et à propos duquel Paul Desmond paraissait manquer d’assurance : sa « sonorité extravagante » lui semblait truquée, instable, jamais acquise.

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  • Un enfant gâté à Kansas City

    gerber6.jpgCharlie

    Alain Gerber
    Fayard, 2005

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Il y a eu Louie (Armstrong), il y a eu Chet (Baker), il y a maintenant Charlie (Parker, dit aussi Bird). Le feuilleton jazzy se poursuit, roman sonore et continu, illustration ô combien littéraire des émissions que l’auteur a assurées pour France-Musiques, témoignage (s’il en fallait) d’une écriture polyphonique, dont la musique n’est pas seulement le thème central, mais aussi la grille formelle, le principe même d’élaboration.

    Paradoxalement, et à la différence de ce qui se passe dans les deux romans précédents, Charlie Parker (1920-1955), le saxophoniste de génie, n’est pas la seule figure importante du livre ; et d’ailleurs son génie n’y figure pas du tout. Certes, Alain Gerber le montre, enfant adulé par sa mère, capricieux et tyrannique, brutal et exigeant, débutant laborieux et plein d’illusions, en quête de modèles et d’idoles, comptant sur une reconnaissance trop immédiate et une gloire trop facile. Disons qu’il le montre en pointillés, et en abrégé, puisqu’il l’abandonne à sa destinée notoire à l’âge de 18 ans, s’éloignant de Kansas City après avoir acquis la maîtrise de son instrument sous la férule de grands maîtres (dont Lester Young), après avoir « assimilé toutes les connaissances » et jeté sa gourme.

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  • Musiques, mirages

    gerber4.jpgChet

    Alain Gerber
    Fayard, 2003

    parution en poche - Le Livre de Poche, 2007

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    « La musique, vieux, c’est un truc vraiment bizarre et là-devant, tu as beau progresser, tu te sens de plus en plus petit ». Cette phrase, mise sous la plume de Chester Henry Baker Jr, alias Chet, par Alain Gerber, ne résume pas complètement la destinée du fameux et énigmatique trompettiste, mais donne le ton d’un livre qui avance à coups de témoignages véridiques (de Chet lui-même, de sa mère, de quelques-uns de ses compagnons), et surtout à coups de monologues fictifs de personnes réelles (jazzmen amis et rivaux, femmes ou maîtresses, amateurs et passionnés) ou de personnages imaginaires. Textes convergents ou divergents, admiratifs ou exaspérés, justes ou injustes, subjectifs ou objectifs, qui bâtissent le dédale romanesque par lequel l’auteur tente (avec succès du point de vue littéraire, à coup sûr, et du point de vue documentaire, certainement) de percer les mystères de la personnalité de Chet.

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  • Roman théâtre

    On dirait qu'on serait
    Alain Gerber

    Fayard, 2000

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    On dirait que le dernier roman d'Alain Gerber serait d'une lecture agréable et vagabonde, plus linéaire que certains de ses romans précédents. Maurice Truchot, apprenti-comédien rêveur poussé sur les planches par une mère passionnément cinéphile, devient un théâtreux médiocre et aboulique ; au fil de tournées provinciales et sans éclat, il se laisse aller à l'illusion-vraie de l'amour partagé avec Valentine, son ex-condisciple, puis rencontre son ancien maître, surnommé « Mon Petit Vieux », un Jouvet de banlieue apparemment aussi médiocre que ses élèves, mais transcendé par la vie-illusion et par sa propre parole.

    En avançant, on dirait que le dernier roman d'Alain Gerber ne serait pas aussi simple qu'il en aurait l'air. Un peu comme Loin de Rueil de Queneau est le roman du cinéma (Maurice Truchot et Jacques l'Aumône ont de jolis traits communs), On dirait qu'on serait est le roman du théâtre (théâtre de la vie, théâtre du monde, théâtre tout court) ; c'est une magistrale illustration de l'expression à double entente « Interpréter le rôle de sa vie », que Valentine rappelle au bon moment. Valentine, maîtresse du jeu et des hommes, et dont la vie d'éternelle comédienne nous laisse comprendre que les trois protagonistes, Maurice, « Jouvet » et elle, jouent leur vie, dans tous les sens du terme, comme nous tous peut-être bien.

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