16.11.2008

Contre Dieu, tout contre...

sade.jpgLa Religion de Sade

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Éditions de l'atelier, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Dans le sillage de Sade moraliste, publié chez Droz en 2005, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer poursuit son exploration de l’œuvre de Sade et la déconstruction du mythe dont elle s’est nimbée au fil des temps.

Que n’a-t-on déjà écrit à propos de l’athéisme forcené dont fit étalage le Divin Marquis tout au long de son existence ? Ses romans constituent sans doute l’un des plus longs blasphèmes jamais proféré dans l’histoire de la littérature. Jeangène Vilmer a examiné de plus près cette image d’Épinal du libertin injuriant, poing au ciel et bave aux lèvres, son soi-disant Créateur. Et sa conclusion réserve une surprise : Sade s’oppose finalement moins à la religion qu’il ne s’y arc-boute, afin d’en livrer une critique certes puissante, mais informée et, à certains égards même, tolérante !

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02.11.2008

Guère littéraire

djacob.jpgLa Guerre littéraire
Didier Jacob
Ed. Héloïse d’Ormesson, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Sous titré « critique au bord de la crise de nerfs », ce texte est un texte de crise. Plutôt que d’une crise de la littérature, il est traité ici presque exclusivement d’une crise de sa médiatisation.
Auteurs paranos (il y a de quoi), critiques harcelés, prix truqués, bonnes pages de Match ou VSD… on est loin de la littérature elle-même. Les auteurs cités ne sont pas ceux auxquels on penserait comme sujet de l’écriture de notre temps mais plutôt ceux dont on parle (Angot, Beigbeder, BHL…).

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21.10.2008

« Un écrivain frustré » ou San Antonio en Sorbonne

2903.jpgFaut pas pisser sur les vieilles recettes, San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque
Françoise Rullier-Theuret

Academia Bruylant, Louvain-la-Neuve, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Dans Bérurier au sérail, Frédéric Dard invente un pays qui, par « dérivation suffixale », n’est pas très éloigné, lexicalement parlant, de ses voisins : le Kelsaltan. Le « travestissement graphique » est à la base d’un système de variations diverses, puisque « la capitale s’appelle Kelsalmecque et les habitants […] les Kelsaltipes », et que, selon une « mécanique linguistique répétitive et systématique », se multiplient les calembours loufoques : « L’Iman Komirespir, l’émirat d’Aigou, l’émir Obolan, l’émir Oton, l’émir Akulé, l’émir Ab El, l’émir Ifik, l’émir Liton »…

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14.10.2008

La Grande Gidouille en minilivre

25645.jpgLa Grande Gidouille en minilivre

 

Le Cercle des Pataphysiciens

Collège de ’Pataphysique

Mille et une nuits, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

Pataphysiciens, nous le sommes tous, consciemment ou inconsciemment. « Science des solutions imaginaires » selon Alfred Jarry, « la ’Pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir », fait-il dire au Père Ubu. L’avantage, c’est que les définitions peuvent se multiplier et s’élargir sans préjudice pour ladite science (dont le nom, rappelons-le, doit s’orner d’une apostrophe initiale, alors que l’adjectif en est dispensé), au point que « le monde est dans toute sa dimension le véritable Collège de ’Pataphysique », ou que « la ’Pataphysique est une machine à explorer le monde ».

Mais les recherches ne doivent pas partir à vau l’eau, et le Collège est là pour régenter ce qui pourrait devenir, selon le vœu d’Umberto Eco, « la science des solutions inimaginables ». Le Collège de ’Pataphysique, fondé en 1948 (exactement le 1er décervelage 76 de l’ère pataphysique), est donc là, avec son immuable hiérarchie (dans l’ordre décroissant : le « Curateur Inamovible » - Jarry en personne -, le « Vice-Curateur » - chef suprême temporel - , puis les « Provéditeurs », « Satrapes », « Régents », « Dataires », et enfin les « Auditeurs » et « Correspondants »), ses « commissions », « sous-commissions », « intermissions », son Ordre de la Grande Gidouille, son Calendrier (qui commence à la Nativité d’Alfred Jarry), ses publications, ses membres…

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08.10.2008

Avec Philippe Jaccottet

jaccocepeudebruits.GIFCe peu de bruits de Philippe Jaccottet - Gallimard
(Par Jean-Baptiste Monat)

Philippe Jaccottet a aujourd'hui quatre-vingt trois ans. C'est avec L'Effraie, paru en 1953 chez Gallimard qu'il commenca une oeuvre essentielle de la seconde moitié de ce siècle. Une oeuvre qui trouvait un écho et des appuis dans une génération exceptionnelle de poètes : Du Bouchet, Bonnefoy, Dupin et d'autres auteurs ayant gravité notamment autour de la revue L'Ephémère.

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30.08.2008

L'Europe des lettres

europedeslettres1.jpgL'Europe des lettres
Réseau épistolaire et construction de l'espace européen

Marie-Claire Hoock-Demarle

Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 2008

(Par Françoise Genevray)

« Aujourd'hui, j'écris à la moitié du monde... »
(Gottfried W. Rabener)

Mobilité libre ou contrainte, circulation des personnes et des idées, des nouvelles, des savoirs et des initiatives sont les mots-clés de ce travail captivant qui vise à déceler l'émergence de l'Europe au travers des correspondances qui la sillonnent. La période étudiée embrasse un dix-neuvième siècle élargi (1789-1914) ponctué de plusieurs temps forts, comme la décennie autour de 1800 ou l'intervalle entre Sedan et Verdun. Parmi les chronotopes privilégiés pour dresser la géographie épistolaire de l'époque figurent des itinéraires de voyage et quelques lieux fixes, sièges d'une intense vie intellectuelle ou réservoirs de nouveautés socio-politiques : Paris, théâtre d'une Révolution qui invite à révolutionner aussi l'écriture chargée de capter une actualité imprévisible ; Coppet au bord du Léman, « centre de sociabilité, de résistance politique et de réflexion intellectuelle », où Mme de Staël tient sous l'Empire, selon Stendhal, «les états généraux de l'opinion européenne » ; le Berlin des années 1815-1830, d'où Rahel Levin-Varnhagen correspond avec son amie Pauline Wiesel qui ne cesse d'aller d'un pays à l'autre ; Paris encore, où Heine se fixe en 1831 afin, écrit-il, de « voir les gens et le monde et collectionner des matériaux pour un livre qui doit être européen » ; Londres, où Malwida von Meysenbug ayant fui Hambourg s'entretient par lettres (1849-1858) avec des quarante-huitards défaits, contraints comme elle à émigrer (le couple Kinkel), ou avec des patriotes en exil (Mazzini)...

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20.05.2008

Roman policier post-moderne ou critique littéraire expérimentale ?

pbayard3.jpgL’affaire du chien des Baskerville

Pierre Bayard

Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2008

 

(par Christophe Rubin)

  

Pierre Bayard est professeur de littérature et psychanalyste. Dans ses derniers livres, il tente d’approfondir notre compréhension du texte littéraire en partant de paradoxes apparemment peu sérieux, pour révéler des propriétés textuelles intéressantes, voire profondes. C’est ainsi que son précédent ouvrage, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, a fait beaucoup parler de lui. Auparavant, il avait commencé un cycle d’enquêtes relevant d’une forme de «critique policière », avec Qui a tué Roger Ackroyd et Enquête sur Hamlet, cycle qu’il poursuit aujourd’hui avec L’affaire du Chien des Baskerville, incluant pour ses nouveaux lecteurs un rappel des principes et de la genèse de sa méthode – qui pose de nouveau à sa façon la question des Limites de l’interprétation ou au contraire de L’œuvre ouverte, comme dirait Umberto Eco, qui s’est d’ailleurs lui-même approché du genre policier dans certains de ses romans.

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15.04.2008

Diversité des cultures, unicité de la langue

francophoniefeminin3.jpgLa francophonie au féminin
Elena-Brandusa Steiciuc

Universitas XXI, Iasi, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

A Suceava, capitale de la Bucovine, cette belle région de l’extrême nord roumain, l’Université abrite un département de français particulièrement dynamique ; revues francophones (La Lettre R, Atelier de Traduction), colloques, tables rondes et rencontres diverses sont à mettre à l’actif d’un petit groupe d’enseignantes qui non seulement défendent la tradition francophone de la Roumanie, mais illustrent et renouvellent la connaissance de la littérature mondiale de langue française.

A la tête de cette équipe, Elena-Brandusa Steiciuc poursuit avec La francophonie au féminin une exploration de ce domaine déjà entamée dans plusieurs ouvrages antérieurs, dont Panorama des littératures francophones. Roman (2001) et Horizons et identités francophones (2006). Ici, l’étude tourne autour d’un double axe : l’écriture féminine (comme l’indique le titre) et la « situation bilingue » avec le français en tant que langue d’élection. Ainsi, comme le signale Liliana Ramorosoa dans l’avant-propos, se construit « la parfaite harmonie des points de vue et des voix de la « francophonie au féminin » et mieux encore, celle de la vision du monde qu’elle met en partage ».

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26.03.2008

Pierrot est mort, Pierrot est ressuscité

gbonnet3.jpgPantomimes fin de siècle
Textes présentés et annotés par Gilles Bonnet

Éditions Kimé, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Comment faire un livre avec des pantomimes ? Le paradoxe est inévitable, le pari audacieux. Car comme chacun le sait, la pantomime et ses personnages sont muets. Le principe de l’ouvrage est pourtant clair : fournir des textes, pour la plupart méconnus (en tout cas du lecteur courant et du Lagarde et Michard), se présentant sous la forme de simples canevas, de scénarios ou de narrations dialoguées – textes représentatifs de l’évolution d’une genre hérité de la « Commedia dell’arte », et qui a parcouru tout le XIXe siècle.

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07.03.2008

Lire Beckett

beckett.jpgBeckett corps à corps de Marie Depussé, Hermann, 2007

 

(par Anne-Marie Mercier)

 

Non pas une nouvelle monographie sur Beckett, mais des propositions de lecture de Beckett, microscopiques parfois : ce sont essentiellement Molloy, L’Innommable et Compagnie (et d’autres œuvres aussi parfois) qui sont examinés à la loupe sur quelques points sensibles de l’univers de Beckett : la parole, les choses, le chant, la folie, l’imaginaire, les pronoms,…
Le chapitre sur la folie (intitulé « d’un asile l’autre ») est particulièrement intéressant. Marie Depussé enseigne à la clinique psychiatrique de la Borde et analyse les propositions de lecture de Deleuze et Guattari sur les schizophrènes de Beckett.

http://www.editions-hermann.fr/

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