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10/03/2009

Éclats de vie

Sean James Rose et nos amours.jpgEt nos amours
Sean James Rose
Denoël, 2009

(par Joannic Arnoi)

En 150 fragments, Et nos amours explore quatre destins ordinaires, quatre mémoires en éclats émoussés. Il y a Hélène, fille de bonne bourgeoisie, traductrice anglomane, longtemps adonnée à des hommes mariés et plus âgés qu’elle. Martin, lui, a passé une jeunesse que certains diraient « dissolue », entre alcool, drogues, fêtes et séduction – car il a beaucoup séduit : des femmes surtout, et une en particulier, Hannah, qui a fini par renoncer. Il a aussi vécu un temps avec Pierre, critique littéraire, journaliste précaire qui s’est un jour installé dans une vie plus tranquille d’enseignant. Hélène a été un jalon amical dans sa vie, comme elle l’a été pour Marie, une enfant sans père devenue croqueuse d’hommes, au fil d’une existence aussi chaotique la nuit que morne le jour.

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04/01/2009

« Comme si en chaque mot, une chose avait son talisman... »

vbergen.jpgFleuve de cendres

Véronique Bergen

Denoël, 2008

 

(par Annie Forest-Abou Mansour)

 

Fleuves de cendres : le titre de Véronique Bergen est déjà toute une histoire, une clef magique menant aux arcanes de son ouvrage. Il lie les contraires et les inconciliables. L’oxymore dit déjà l’horreur de l’Histoire, de ce XXe siècle mortifère, plongé dans  « l’orgie de sang des années de guerre »  – et la Beauté intangible de l’écriture révélée dès l’incipit : « Des épées d’argent cinglaient le corps turquoise qui, habile à engloutir la lune au fond de ses abysses, ne livrait aucun récit stable, reine sans roi à l’immense traînée d’écume que fendaient des cormorans ». Il ouvre l’accès à un livre multiple : poétique, philosophique, historique.

Les amours saphiques d’Ambre, la narratrice, et de Chloé sont un tremplin permettant l’accès à l’histoire du peuple de Judée et à l’Histoire. Les linéaments du passé se dessinent toujours sous le présent. Violée par le faux Jacob, Sarah devient Chloé : « De mon ventre montaient les cris des douze tribus d’Israël piétinées. Sarah, en moi, n’existait plus ». A partir de là, le lecteur plonge dans un univers de féminité exacerbée où le mâle devient le mal : le faux Jacob, le nazi. Et l’histoire s’envole, imbriquant le présent et le passé, le discours d’Ambre et les extraits du journal intime de Chloé, la jeune femme aux origines sémitiques.

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08/11/2008

La revanche du Nord

artop.jpgLe Cantique de l’apocalypse joyeuse
Arto Paasilina
traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Denoël, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce récit, loufoque comme la plupart de ceux de Paasilina, évoque comme le titre l’indique, une progressive fin du monde : tout s’arrête et c’est pas triste ! Guerre mondiale (dont on sait peu de choses, les communications étant coupées), catastrophes atomiques, Europe bien lointaine mais vue comme un recours, effondrement des démocraties… le tableau devrait être sombre.
Mais tout cela est vu de très loin, depuis un tout petit village du fin fond de la Laponie qui s’édifie au fil du roman et fait figure de paradis retrouvé. Partant d’une « fondation funéraire » faite pour satisfaire au vœu d’un défunt, athée et brûleur d’églises, qui pour se racheter fait construire une église (en bois) et son cimetière, le village se fait avec la venue d’écolos incapables mais sympathiques, d’artisans, d’une école, de réfugiés de divers endroits (lapons, russes, etc.) et fonctionne en autarcie.

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16/10/2008

Nous aimons avec un cerveau d’enfant

cata.gifPourquoi nous aimons les femmes

de Mircea Cartarescu,

Nouvelles traduites du roumain par Laure Hinckel

Denoël, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Pourquoi, vraiment ? Peut-on répondre autrement que par la pirouette finale qui, entre autres merveilleuses raisons, clôt le livre : « Parce qu’elle sont des femmes, parce qu’elles ne sont pas des hommes, et rien d’autre » ? Dans cas, le double « parce que », et même le « rien d’autre » sont développés par anticipation, illustrés par l’expérience, dans les vingt nouvelles qui précèdent.

 

Ces vingt nouvelles mettent scène, dans le style métaphorique et saisissant de Cartarescu, des rencontres inoubliables, telle celle de cette « jeune Noire » qui « n’était pas belle, mais […] représentait l’exacte image sensible de la beauté » et qui fascine tout un wagon du métro de San Francisco, ou celle de la « Bombe en or », sorte de déesse antique et mythique, image de « l’idéal de beauté de presque toute l’humanité », fixant le regard dévorant des hommes et des femmes nus rassemblés sur une petite plage d’été.

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13/12/2004

Quand la littérature s'immerge dans les faux-semblants du réel

La Diffamation
Christophe Dufossé
Denoël, 2004

(par B. Longre)

A première vue, rien que de très ordinaire : une petite ville de province relativement paisible, Amboise, un couple uni, Anna et Vincent et leur fils de quatorze ans, Simon. Anna, enseignante en sociologie à Tours, entame une année sabbatique pour rédiger un ouvrage spécialisé ; elle semble satisfaite de cette pause, qui lui permet de consacrer un peu de temps à son fils Simon, un enfant précoce et solitaire - un isolement qui concerne aussi Vincent et Anna : "Nous n'arrivons pas à apprécier des gens avec suffisamment d'assiduité. Bâtir notre existence sur un petit nombre d'êtres humains a été notre choix dès le départ et nous en sommes très heureux." Vincent est employé dans une petite agence immobilière, mais son travail le rend soucieux — un remaniement de personnel semble être en cours depuis que le fils du directeur a repris l'affaire.

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21/08/2002

"La cage étroite du temps"

christophedufosse1.gifL'heure de la sortie
Christophe Dufossé
Denoël, 2002
Folio Gallimard, 2004

(par B. Longre)

Les enseignants seraient-ils des créatures à part ? A en croire Christophe Dufossé, ils formeraient une catégorie atypique, une espèce sclérosée et obnubilée par des relents d'enfance, et pourtant en tous points génétiquement semblables aux autres humains... C'est du moins le point de vue, non pas tant énoncé qu'esquissé, qui domine ce sombre roman. L'histoire est racontée par l'esprit en perdition d'un jeune professeur de français, Pierre Hoffman, qui porte un regard désabusé, cynique mais aussi très amusant sur la profession, une vision amère mais teintée de drôlerie du microcosme de la salle des profs de son collège : des descriptions et des remarques peu flatteuses qui sonnent juste de bout en bout, en dépit d'un penchant à noircir allègrement le tableau. Mais peut-il en être autrement, alors que L'heure de la sortie débute abruptement par la défenestration d'un stagiaire d'histoire-géo, depuis sa salle de classe ?

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