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25/07/2009

Festin de fantaisie

Magyk (livre un)
de Angie Sage

Le Livre de poche, 2008


(par Anne-Marie Mercier)


Ce premier roman de Angie Sage, illustratrice, avait déjà paru en 2005 et été immédiatement traduit en français (chez Albin Michel). Il est donné aujourd’hui en format poche, et c’est une très bonne nouvelle, car ce roman est excellent à bien des égards et mérite de trouver un public encore plus large.
De nombreux rebondissements, un suspens toujours actif, chaque problème résolu en dévoilant un autre, tout cela fait que les jeunes lecteurs avaleront facilement ses 500 pages, comme ils l’ont fait avec les Harry Potter, Eragorn, etc.
Une foule de personnages occupent cette histoire. On y trouve les couples antagonistes attendus : une jeune princesse/un tyran, un mage noir/une sorcière blanche, une famille de sorciers « ordinaires » (proches de la famille de Ron l’ami de Harry Potter)/des groupes anonymes et embrigadés (la Jeune garde), et d’autres ingrédients classiques : un dragon sur lequel les héros s’envolent, un fantôme, un chasseur et ses balles d’argent, un anneau magique.
On y retrouve aussi des thèmes qui parcourent toute la tradition de la littérature pour la jeunesse : un (et même deux)orphelin(s), de nombreuses mères de substitution (tiens, ça manque un peu de figure masculine valorisée, à part le fantôme), des souterrains et des prisons, des forêts et des marais, un navire inquiétant, beaucoup de sandwichs et de description repas bizarres, enfin, des animaux de compagnie qui suivent les jeunes héros partout et apportent une touche d’humour.
Contrairement à ce que pourrait faire croire cette énumération, ce n’est pas un recueil fourre-tout de ficelles qui marchent : tout cela est très construit, les événements sont préparés et la reconnaissance finale (autre thème très classique) est amenée pas à pas. La structure est relativement complexe car on suit en alternance différents personnages dans différents lieux. L’humour est constant : on suit les ennuis conjugaux du rat coursier, le chat qui s’est transformé en canard pour mieux vivre dans les marais mais reste un chat, la vision du monde de deux jeunes abrutis (le soldat 412 et l’apprenti sorcier nul), les créatures bizarres, les soucis vestimentaires des uns et des autres. On a aussi quelques éléments de la vie des fantômes et des règles qui la régissent qui installent une  forme de contrainte dans l’histoire : le récit ne se prend pas au sérieux. Un exemple : dans l’un des moments les plus dramatiques où le Chasseur, figé par un sort de congélation , commence à se ranimer et doit être à nouveau vite immobilisé, la sorcière explique gravement qu’il ne faut jamais recongeler une personne qui l’a déjà été. Conseil utile. Quand aux pierres vivantes, vous saurez à quoi elles servent dans le deuxième volume

(Vol. 2 et les suivants à paraître en poche; "Sept livres au total sont prévus dont quatre sont déjà parus. Ils ont été traduits dans 28 langues et vendus à plus d'un million d'exemplaires" nous dit la notice Wikipedia, la gloire, donc).

15/02/2009

Impossible justice

9782732039275.gifLe Mauvais Juge
Blaise Cendrars, Illustré par Merlin

Le Sorbier, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Cette histoire fait partie des célèbres Petits Contes nègres pour les enfants des blancs de Cendrars et mêle récit étiologique et fable moderne. Pourquoi le chien déteste-t-il le chat ? Pourquoi le feu brûle-t-il le bois, est éteint par l’eau, qui est bue par l’éléphant, qui est piqué par la fourmi et surtout pourquoi le babouin marche-t-il de biais ? Pourquoi le destin de l’homme est-il de toujours travailler, de souffrir pourtant de la faim et de subir les injustices ?
Le tailleur, représentant de l’humanité, en appelle à la justice, incarnée par le Babouin, une justice paresseuse et qui se soucie plus des châtiments à infliger aux éventuels coupables que des victimes. La complexité du cas avec  des responsabilités en chaîne (l’homme accuse la souris qui accuse le chat, qui accuse le chien…) sont mises en valeur par les illustrations de Merlin avec de beaux effets colorés de pastel gras sur des fonds beiges moins bruts qu’ils n’en ont l’air.

07/02/2009

Blanche-neige au miroir

E113792.gifBelle comme le jour
Gail Carson Levine
Traduit par Agnès Desarthe
L’école des loisirs (Neuf), 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Depuis Ella l’ensorcelée, Gail Carson Levine s’est fait une spécialité des contes revisités. Ici, on ne devine qu’assez tard qu’il s’agit de Blanche Neige (le titre anglais, « Fairest » était plus parlant) malgré les indices livrés dès les premières pages : l’héroïne est une enfant trouvée fort laide ; trop brune dans un pays de gens clairs, trop pâle, aux lèvres trop rouges, mais aussi trop grande. Elevée par des aubergistes, elle arrive au château par une succession de hasard et devient la confidente de la belle princesse au miroir (« dis moi, miroir… »). Cette femme si belle est aussi la perversité même et entraîne la pauvre Aza dans son sillage, amenant le royaume au bord de la ruine, et empoisonnant Aza (avec une pomme, et on connaît la suite) lorsque celle ci devient plus belle qu’elle.

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04/11/2008

Merveilleux continent

roubaud.jpgLa Princesse Hoppy ou le conte du Labrador
Jacques Roubaud

Illustrations de François Ayroles et Etienne Lécroart

Editions Absalon, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Que le lecteur ne compte pas sur le critique pour raconter le conte du Labrador ; il faut qu’il compte sur lui-même, le lecteur, pour se diriger dans le labyrinthe où Jacques Roubaud se complait à conter les aventures du Comte du Labrador, qu’il ne faut pas pour autant prendre pour argent comptant. Dans sa recherche, il sera peut-être content, le lecteur, de lire « L’épluchure du conte-oignon » d’Elvira Laskowski-Caujolle, qui contient un certain nombre d’explications complétant utilement « Le Conte conte le conte et compte » de Jacques Roubaud soi-même, rattachant clairement La Princesse Hoppy à l’influence de Queneau et aux contraintes oulipiennes.

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10/10/2008

Diabou Ndao

 ndiabou.jpg

Diabou Ndao
de Mamadou Diallo
illustré par Vanessa Hié
Syros, 2008, dès 3 ans.

(par Caroline Scandale)

Diabou Ndao est une petite fille gourmande au courage bluffant. Sorte de Fifi Brindacier africaine, elle n’a peur de rien et surtout pas d’un lion mangeur de gnioules... D’ailleurs, elle le traite de « petit chat malade » et « ne le craint absolument pas ! » Comme elle raffole aussi de ces petites noix de palmier que l’on casse pour croquer l’amande qui se trouve dedans, elle reste seule la nuit dans la cour du village pour en briser inlassablement.

Une nuit qu’elle est seule à se régaler devant sa maison, on entend le félin rugir au loin. « Ce n’est pas un lion qui fera courir Diabou Ndao » assure la fillette. Mais la bête ne tarde pas à se rapprocher et ses rugissements terrifient les villageois qui se barricadent. Il est là, face à elle. Elle s’approche de lui, tente de l’assommer avec une petite pierre ; il en profite pour l’avaler. Mais Diabou Ndao sort par les fesses du lion et l’avale à son tour… « L’histoire de cette petite fille avaleuse de lion est de celles qui ont bercé l’enfance de Mamadou Diallo […] Comme de nombreux contes africains, Diabou Ndao puise dans le foisonnement universel, tel celui de la dévoration souvent associée à la copulation, dont il joue à loisir. »

13/07/2008

Sibérie fantasmée

babayaga.jpgBabayaga

Taï-Marc Le Than, ill. Rebecca Dautremer

Gauthier-Languereau, Les petits Gautier, 2008, dès 4 ans

 

(par C. Scandale)

On retrouve dans ce conte deux figures emblématiques de l’imaginaire féminin diabolique, la méchante sorcière et l’odieuse marâtre. Babayaga est l’incarnation russe de la dévoreuse d’enfants. L’adaptation par Taï-Marc le Thanh, illustrée par Rébecca Dautremer, rend parfaitement compte de l’atmosphère froide et rustre des confins d’une Sibérie fantasmée. Babayaga n’a qu’une seule dent. Et c’est probablement ce qui l’a rendue si méchante. Ogresse par vocation, elle n’a de passion que pour la dégustation de petits enfants bien dodus et bien gras. Le jour où la vieille femme n’a plus rien à se mettre sous la dent, elle s’adresse à sa sœur Cacayaga pour lui trouver de la chair fraîche. Cette dernière devenue marâtre de la petite Miette l’envoie mielleusement chercher du fils et une aiguille à coudre chez sa sœur, la méchante ogresse. Comment s’en sortir quand on est une fillette haute comme trois pommes et qu’on se retrouve coincée dans l’antre de Babayaga ? S’ensuit une angoissante fuite. Pleine d’ingéniosité et de courage la petite fille se débrouille plutôt bien pour retrouver sa liberté…

29/11/2007

Yllavu, le sauveur

yllavu3.jpgYllavu

Gambhiro Bhikkhu, illustrations de Samuel Ribeyron

Editions Hongfei, 2007

 

(par Blandine Longre)

 

Toute nouvelle maison d’édition fondée par Chun-Liang Yeh et Loïc Jacob, HongFei (littéralement, « Grand oiseau en vol » en chinois) souhaite « s’engager dans l’édition des lettres chinoises » en se concentrant sur des textes qui n’ont pas encore été traduits, une façon de créer une synergie entre deux cultures. Trois albums ont déjà parus en octobre dernier, dont Yllavu, conte philosophique composé par Gambhiro Bhikkhu, un moine bouddhiste d’origine hawaïenne, installé à Taiwan, illustré par Samuel Ribeyron (qui signe déjà, dans un tout autre genre, 38 Perroquets de Grigori Oster chez Points de Suspension, ou encore les illustrations qui accompagnent les CD d’Amélie-Les-Crayons).

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03/02/2004

Pérégrinations d'une pierre qui roule...

janineteisson3.jpgLa petite pierre de Chine
Janine Teisson
illustrations de Chen Jiang Hong
Actes Sud Junior, les contes philosophiques 2004

 

(par B. Longre)

 

Ce conte va volontairement à l'encontre de l'adage populaire qui dit qu'une pierre qui roule n'amasse pas mousse... Car la petite pierre de ce "road-movie" philosophique va profondément s'enrichir, découvrant le monde, les hommes, la nature et le sens des choses, tirant une sage leçon de chacune de ses expériences.

 

Avant d'entreprendre, un peu malgré lui, ce long voyage, le caillou sans importance se tient immobile entre deux énormes rochers surplombant la Chine, Paah et Maah (qui jouent le rôle de père et de mère), imperturbables : « Personne ne savait qu'il existait un petit espace entre les deux rochers géants et que, dans cet espace minuscule, il y avait une petite pierre. » Cette dernière n'ose bouger, croyant que sans elle les deux gros cailloux s'écrouleront ; un jour, pourtant, ce sont les éléments qui vont se charger de la transporter ailleurs. D'abord l'eau, puis des animaux (un poisson argenté, un canard, une perdrix...) mais aussi les hommes, qui tour à tour la rejettent ou s'en servent, la traitent avec indifférence ou lui montrent combien elle peut être utile ; par sa faute, un homme mourra ; grâce à elle, une femme aura avancé dans son travail...

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23/10/2001

Conte cruel

chantdesgenies.jpgLe Chant des génies
Nacer Khémir

illustrations de Emre Orhun
Actes Sud Junior, 2001

(par B. Longre)

Un pauvre paysan sans terre, qui a "reçu de son père la pauvreté en héritage" rêve d'offrir à son fils unique une existence moins misérable que la sienne. Afin de s'enrichir, il franchit une frontière taboue, s'aventurant sur une terre broussailleuse qui appartient aux génies : il se l'approprie mais au lieu de le transformer en sauterelle ou en grenouille, les génies l'aident à défricher le champ, à le labourer et à le semer, le nombre de génies augmentant chaque jour davantage. Le paysan, assuré alors d'une excellente récolte, oublie de rester sur ses gardes en dépit des avertissements plein de bon sens de sa femme… c'est ainsi que la générosité trompeuse des génies se retourne brutalement contre lui et sa famille.

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