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24/01/2009

Mémoires venus du froid

tchirkov.jpgC'était ainsi... : un adolescent au Goulag

Iouri Tchirkov

traduit du russe, préfacé et annoté par Luba Jurgenson

Éditions des Syrtes, 2009

 

(par Françoise Genevray)

 

Iouri Tchirkov (1919-1988) est un écolier de quinze ans quand on l'arrête en 1935 avant de l'envoyer aux îles Solovki. Les chefs d'accusation relèvent de la fantaisie pure : c'est l'époque où l'article 58 fait des ravages avec sa kyrielle d'alinéas (propagande contre-révolutionnaire, « contacts avec la bourgeoisie mondiale », sabotage, espionnage, etc.) et un résultat dramatique pour des millions de gens : un soviétique sur cinq environ eut affaire au Goulag de 1930 à 1953. Sans oublier les étrangers poussés dans ces contrées glacées par la « roue rouge » (Soljenitsyne).

Les Solovki, archipel situé en mer Blanche à soixante kilomètres du continent, abritaient un vénérable monastère, fermé en 1920 et aussitôt transformé en zone pénitentiaire. Le pouvoir soviétique va anéantir peu à peu l'ancienne élite et la vieille intelligentsia. Le peuplement initial du camp sort tout droit du défunt Empire : hauts fonctionnaires, officiers du tsar, aristocrates, intellectuels, artistes, évêques et archevêques orthodoxes, bientôt rejoints par des révolutionnaires non bolcheviks (mencheviks, anarchistes, SR), puis par des droits communs.

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23/12/2008

Passion et nécessité

R. Sterian.jpgL’âme tatouée
Raluca Sterian-Nathan

Préface de Samuel Pisar
L’Archipel, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

« Parmi mes nombreux défauts, le plus important est mon manque d’ambition. Il est compensé par une énorme soif de vivre. Je n’agis que par passion ou curiosité, souvent par nécessité. Ce dont j’ai le plus envie, c’est de liberté. » Voilà comment Raluca Sterian-Nathan se définit. Il est vrai que la destinée de cette Franco-Roumaine aux origines multiples fut exceptionnelle : née avec une sorte de réticence peu avant la guerre, elle vécut les dictatures du nazisme et du communisme qui, ajoutées aux tourmentes familiales et amoureuses, lui tissèrent une enfance et une jeunesse marquées par l’accumulation des malheurs. Entre ceux-ci, des appétits insatiables, des rencontres heureuses, des joies profondes, l’amour maternel, le rire jeté « par-dessus les larmes ».

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29/11/2008

Paroles échappées de Mai

68.jpgMai 68. Soyons réalistes, demandons l’impossible
Philippe Godard
Syros, collection « Les documents », 2008

(par Olivier Orain)

Ce recueil de réflexions autobiographiques (cinq au total) s’inscrit dans un mouvement de « retour aux sources » de Mai 68, qui essaie de s’affranchir des discours idéologiques abstraits pour serrer au plus près les expériences vécues. Les témoins choisis par Philippe Godard ne sont ni de parfaits inconnus (comme dans le livre de Nicolas Daum, Mai 68 raconté par des anonymes aux éditions Amsterdam) ni les vedettes obligées que l’on retrouve un peu partout (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, etc.). L’ouvrage est accompagné par la chronologie de rigueur, quelques images (photographies, affiches) et une bibliographie qui fait la part belle aux souvenirs militants, un peu au détriment des références savantes.

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15/11/2008

Entendre les voix du collège

soulat1.jpgSur la photo de classe
Noam Soulat
Calmann-Lévy, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Sur la photo de classe des troisièmes E, ils y sont presque tous, et tous, y compris ceux qui n’y figurent pas, ont droit à un portrait individuel de quelques pages, un court chapitre. Ce livre décompose la photo de groupe en autant de vignettes. Ils s’appellent Jamel, Paul, Mohamed, Lolita, Fatima, Cyril, Rachida, Harmonie, Kennedy, Nicolas… Ils sont jeunes et ont peu d’intérêt pour le cours de Français de leur prof, Monsieur Soulat.

Instantanés d’un moment, ou portraits d’un jour ou parcours égrenés tout au long de l’année. Leur langage, leurs façons, manières et manies, leurs désirs, leurs amitiés et amours, désamitiés et désamours, apparaissent comme pris sur le vif, le plus souvent dans le même cadre, celui de la classe, du collège, rarement à l’extérieur (un salon du livre, le centre commercial). Apparaissent d’autres silhouettes, les autres professeurs, le CPE, le principal (son bureau est le lieu des confrontations graves, du rappel à l’ordre), les parents (parfois violents, surtout à l’égard de leurs enfants). Conseils de classe, conseils de suivi, vacances, rythment le temps autant que les exclusions et l’évolution, de plus en plus brutale, des rapports entre le professeur et certains, ou plutôt certaines de ses élèves. Le constat est terrible, violent.

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07/04/2008

Une vie pour la démocratie

benazir bhutto autobio.jpgFille de l’orient

Benazir Bhutto

Autobiographie traduite de l’anglais par Simone Lamblin et Isabelle Taudière

Editions Héloïse d’Ormesson, janvier 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

L’autobiographie de Benazir Bhutto devait à l’origine être sous-titrée « Demain la liberté ! », le sort en a décidé autrement puisque son auteur est tuée dans un attentat quelques semaines à peine avant la date de sortie prévue, en décembre 2007, et l’éditeur a substitué à la mention initiale le sous-titre « une vie pour la démocratie ».

 

Cette volumineuse réédition est très détaillée jusqu’en 1988, date de première édition (avant que l’auteur ne soit premier ministre). Elle propose quelques ajouts : le prologue et le dernier chapitre, qui résument les années 1988-2007, dont on peut regretter qu’elles ne soient par conséquent que peu développées par rapport à ce qui précède.

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18/01/2006

De luttes en luttes...

davodeau3.jpgLes Mauvaises gens
Etienne Davodeau -
Delcourt, 2005

 

sélection Prix public du meilleur album - Prix du Scénario
Angoulême 2006

 

(par Catherine Gentile)

 

La première de couverture, construite en symétrie, est explicite : « les mauvaises gens » se tiennent entre l’église et l’usine. Les mauvaises gens vivent dans la région des Mauges, un coin de campagne entre Angers et Cholet, à l’écart des voies de passage, où les notables locaux font la loi et pratiquent un catholicisme fervent et très fermé.

 

Etienne Davodeau est né et a grandi dans cette région farouche, dont le nom, les Mauges, viendrait d’une contraction de l’expression « mauvaises gens ». C’est l’histoire de ses parents que Davodeau raconte ici et, à travers eux, la manière dont ont évolué les mentalités et le pays. Marie-Jo et Maurice sont nés dans deux villages voisins, dans des familles modestes et catholiques : leurs deux pères étaient pour le premier ouvrier agricole et le second garde champêtre, les enfants fréquentent l’école catholique jusqu’à leur certificat d’études, école majoritaire dans la région, qui joue son rôle pleinement en assénant l’idée que la place de chacun est délimitée une fois pour toutes et que l’on ne peut en changer. Une fois les courtes études terminées, si l’on n’est pas détecté par les enseignants, on va travailler dans les usines que possèdent les petits seigneurs du coin, qui gèrent leurs fabriques d’une poigne paternaliste. C’est ainsi que, ne dérogeant pas à la règle, les parents d’Etienne Davodeau entrent très vite dans le monde du travail.

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28/09/2004

Une écriture du vrai

kristof3.jpgL’analphabète

Agota Kristof - récit autobiographique
Editions Zoé, 2004

 

(par Jean-Pierre Longre)

Dans Le grand cahier, premier volume de sa trilogie romanesque composée aussi de La preuve et Le troisième mensonge, Agota Kristof fait écrire aux deux jumeaux, narrateurs et protagonistes se donnant à eux-mêmes des leçons de « composition » : « Pour décider si c’est "Bien" ou "Pas bien", nous avons une règle très simple : la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons ». Et quelques lignes plus loin : « Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues, il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits ».

Dans L’analphabète, Agota Kristof semble appliquer à son écriture autobiographique les règles qu’elle a imposées à ses personnages fictifs : tout y est « vrai », c’est-à-dire, à coup sûr, conforme à la réalité telle que la mémoire peut la restituer, mais aussi indemne de toutes les déformations que l’expression de la sensibilité personnelle et de l’autoanalyse provoquent généralement dans le jeu des souvenirs.

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31/05/2003

Incertain retour aux sources

chrisoffutt3.jpgNo Heroes
A memoir of coming Home, de Chris Offutt - Methuen, 2003

Les hommes ne sont pas des héros, traduit de l'anglais par Anne Wickle - Mercure de France, 2004

(par B. Longre)

No Heroes se pose d'emblée comme un récit autobiographique tâtonnant, l'auteur avouant ne pas toujours savoir où ce récit doit le mener : " Le plus étrange, c'est que je ne me suis jamais mis à écrire ce livre. Les cassettes audio étaient destinées à mes enfants et le reste provenait de mon journal." Chris Offutt, revenu vivre quelque temps, avec femme et enfants, sur sa terre natale, les collines du Kentucky, plonge le lecteur dans une autre Amérique, semi-rurale où ses amis d'enfance sont restés d'authentiques kentuckiens, souvent sans le sou, une petite communauté repliée sur elle-même. Se réajuster à cet environnement n'est pas aussi simple que l'écrivain le pensait : il n'est plus l'étudiant désinvolte qui passait son temps à fumer de l'herbe et vivotait de petits boulots ; il est maintenant un père de famille qui vient postuler pour un emploi de professeur de "creative writing" (une spécialité universitaire typiquement anglo-saxonne, le plus souvent absente des facultés françaises...), une sorte "d'animateur" d'ateliers d'écriture, à l'Université de Morehead : une tentative d'apporter un peu de son savoir-faire aux étudiants de cette institution peu reconnue, considérée comme un établissement de deuxième classe.

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