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annie forest-abou mansour

  • L’homme naturel

    ilu.gifIlû, l’homme venu de nulle part

    Pierre Barthe

    VLB éditeur, 2008

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

     

     

    Pierre Barthe, dans son premier et très beau roman à l’écriture limpide et imagée (« Hiver » se dit « longue neige », la marmotte est « le siffleux » pour les hommes préhistoriques), nous fait vivre, pendant plus de six cents pages, la vie, telle qu’il l’imagine, de nos lointains ancêtres d’il y a 35000 ans. Nous suivons avec angoisse ou ravissement Ilû - devenu amnésique à la suite d’une terrible agression - et ses amis du clan-des-Hommes-Vrais dans des lieux hostiles et glacés aujourd’hui enfouis sous les mers de  Tchoukotka et de Béring.

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  • Beauté fulgurante

    creve.jpgCrève-l’Amour

    Asa Lanova

    Bertrand Campiche Editeur

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

     

    Venir au monde sans être désirée (« le coup de foudre fut (...) réciproque. Mais infiniment moins romanesques les conséquences immédiates »), de surcroît sous le signe de l’angoisse et de la mort (« il fallait choisir entre la mère et l’enfant »)  présage une vie endolorie et difficile à poursuivre.

     

    L’autobiographie d’Asa Lanova naît d’un sentiment d’angoisse intense et d’une brûlure intérieure qui consume l’être. Avec une écriture soignée d’esthète, Asa Lanova enfant, puis femme écorchée vive raconte les événements marquants de sa vie : une enfance tourmentée,  fascinée par le corps et la sexualité sous l’aura de deux grands mères pimpantes, extravagantes et fascinantes (« Si la découverte de l’angoisse et de la volupté remonte à ma prime enfance, elle est inévitablement liée à mes grands-mères »), une adolescence et une vie adulte souvent plongées dans une déréliction totale, (« De heurts en éblouissements, de tentations en échecs, j’ai glissé dans l’adolescence. Avec un sentiment de solitude absolue ») bouleversées par des états paroxystiques.

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  • Le pays réel...

    cuba.gifLe Roman de Cuba
    Louis-Philippe Dalembert
    Editons du Rocher, 2009

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

    La genèse de Cuba, bien que d'une extrême richesse, est peu connue du  public. Le panorama historique et culturel de cette grande île des Caraïbes proposé  par Louis-Philippe Dalembert, au moment où sortent au cinéma deux films sur le Che, arrive opportunément. Dans son dernier ouvrage,  il nous  fait pénétrer l'âme de la société cubaine en dehors de tous les mythes et de tous les préjugés circulant depuis fort longtemps sur ce « pays (qui) a existé avant et continuera d'exister après la Révolution et après Castro ». Ce dossier historique dense, au vaste travail de recherche dont témoigne l'imposante bibliographie,  relève de la thèse de doctorat. C'est Grannie, sa grand mère tendrement aimée, qui donna à l'auteur « le goût de Cuba, à une époque où l'île voisine était à la mode partout ou presque, sauf en Haïti, (s)on pays natal ».   Elle  lui parlait  de ce pays utopique  et  l'appelait, pour sa plus grande joie, « mi Cubano ! ». De ce rêve d'enfant  sont nés une passion et un rigoureux travail de recherche sur le « pays réel et non celui de la propagande des deux bords », (les pro et les anti-castristes).

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  • L'Afrique autrement

    pinguilly.gifLa défaite des mères

    Yves Pinguilly, Adrienne Yabouza

    Oslo éditions, collection Temps qui passe, 2008

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

    Sous des abords candides et simples, La défaites des mères est un éreintage subtil et savoureux de la politique coloniale européenne des années quatre vingt en Centre Afrique (« il avait fait un voyage en Egypte comme consultant pour une ONG qui, après avoir vendu du sel à la mer, envisageait de vendre du sable au désert ») et de la misère populaire qui en découle. Avec humour (« Dieu a dit : « tu travailleras six jours sur sept, mais si tu es pauvre tu auras en plus la chance de travailler le dimanche au noir... »), une syntaxe et des figures de style souvent puériles et hybrides (« C’était fait, la Terre ronde, qui continuait à tourner sur elle-même et autour du soleil, comptait un empire de plus, turluttu chapeau pointu ! », après l’auto proclamation de Bokassa), les deux auteurs révèlent une  connaissance approfondie des mentalités et de la politique de la région : « papa Bok Ier en profita pour glisser dans les poches du roi de France, à l’insu de son plein gré, quelques petits diamants de rien du tout. Juste ce qu’il faut pour qu’en reprenant l’avion de sa royale république, il ne soit pas en excédent de poids. »

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  • « Comme si en chaque mot, une chose avait son talisman... »

    vbergen.jpgFleuve de cendres

    Véronique Bergen

    Denoël, 2008

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

    Fleuves de cendres : le titre de Véronique Bergen est déjà toute une histoire, une clef magique menant aux arcanes de son ouvrage. Il lie les contraires et les inconciliables. L’oxymore dit déjà l’horreur de l’Histoire, de ce XXe siècle mortifère, plongé dans  « l’orgie de sang des années de guerre »  – et la Beauté intangible de l’écriture révélée dès l’incipit : « Des épées d’argent cinglaient le corps turquoise qui, habile à engloutir la lune au fond de ses abysses, ne livrait aucun récit stable, reine sans roi à l’immense traînée d’écume que fendaient des cormorans ». Il ouvre l’accès à un livre multiple : poétique, philosophique, historique.

    Les amours saphiques d’Ambre, la narratrice, et de Chloé sont un tremplin permettant l’accès à l’histoire du peuple de Judée et à l’Histoire. Les linéaments du passé se dessinent toujours sous le présent. Violée par le faux Jacob, Sarah devient Chloé : « De mon ventre montaient les cris des douze tribus d’Israël piétinées. Sarah, en moi, n’existait plus ». A partir de là, le lecteur plonge dans un univers de féminité exacerbée où le mâle devient le mal : le faux Jacob, le nazi. Et l’histoire s’envole, imbriquant le présent et le passé, le discours d’Ambre et les extraits du journal intime de Chloé, la jeune femme aux origines sémitiques.

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  • Le livre d’Hanna

    gbrooks3.jpgLe livre d’Hanna
    Geraldine Brooks
    Traduit de l’américain par Anne Rabinovitch
    Belfond, 2008

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

    « le fait d’être un homme compte plus que d’être juif, musulman, catholique ou orthodoxe »

    Le livre d’Hanna a pour principal héros un livre sacré, appartenant à la communauté juive, la Haggadah. La narratrice, une jeune australienne passionnée de livres anciens, entretient avec l’objet livre des rapports quasi charnels : « Chaque fois que j’ai travaillé sur des objets beaux et rares, ce premier contact a été une sensation étrange et puissante. Comme de frôler un fil sous tension et en même temps, de caresser la nuque d’un nouveau-né. » Elle est réveillée une nuit, à deux heures, par Amitaï, un spécialiste des livres sacrés juifs. Il lui apprend qu’elle a la chance incroyable et inattendue d’être chargée de « travailler sur l’un des volumes les plus rares et les plus mystérieux qui existent au monde », la très ancienne Haggadah de Sarajevo, «un manuscrit hébreu orné de magnifiques enluminures, fabriqué à une époque où la croyance juive était fermement opposée à toute iconographie ».

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