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anne-marie mercier

  • Festin de fantaisie

    Magyk (livre un)
    de Angie Sage

    Le Livre de poche, 2008


    (par Anne-Marie Mercier)


    Ce premier roman de Angie Sage, illustratrice, avait déjà paru en 2005 et été immédiatement traduit en français (chez Albin Michel). Il est donné aujourd’hui en format poche, et c’est une très bonne nouvelle, car ce roman est excellent à bien des égards et mérite de trouver un public encore plus large.
    De nombreux rebondissements, un suspens toujours actif, chaque problème résolu en dévoilant un autre, tout cela fait que les jeunes lecteurs avaleront facilement ses 500 pages, comme ils l’ont fait avec les Harry Potter, Eragorn, etc.
    Une foule de personnages occupent cette histoire. On y trouve les couples antagonistes attendus : une jeune princesse/un tyran, un mage noir/une sorcière blanche, une famille de sorciers « ordinaires » (proches de la famille de Ron l’ami de Harry Potter)/des groupes anonymes et embrigadés (la Jeune garde), et d’autres ingrédients classiques : un dragon sur lequel les héros s’envolent, un fantôme, un chasseur et ses balles d’argent, un anneau magique.
    On y retrouve aussi des thèmes qui parcourent toute la tradition de la littérature pour la jeunesse : un (et même deux)orphelin(s), de nombreuses mères de substitution (tiens, ça manque un peu de figure masculine valorisée, à part le fantôme), des souterrains et des prisons, des forêts et des marais, un navire inquiétant, beaucoup de sandwichs et de description repas bizarres, enfin, des animaux de compagnie qui suivent les jeunes héros partout et apportent une touche d’humour.
    Contrairement à ce que pourrait faire croire cette énumération, ce n’est pas un recueil fourre-tout de ficelles qui marchent : tout cela est très construit, les événements sont préparés et la reconnaissance finale (autre thème très classique) est amenée pas à pas. La structure est relativement complexe car on suit en alternance différents personnages dans différents lieux. L’humour est constant : on suit les ennuis conjugaux du rat coursier, le chat qui s’est transformé en canard pour mieux vivre dans les marais mais reste un chat, la vision du monde de deux jeunes abrutis (le soldat 412 et l’apprenti sorcier nul), les créatures bizarres, les soucis vestimentaires des uns et des autres. On a aussi quelques éléments de la vie des fantômes et des règles qui la régissent qui installent une  forme de contrainte dans l’histoire : le récit ne se prend pas au sérieux. Un exemple : dans l’un des moments les plus dramatiques où le Chasseur, figé par un sort de congélation , commence à se ranimer et doit être à nouveau vite immobilisé, la sorcière explique gravement qu’il ne faut jamais recongeler une personne qui l’a déjà été. Conseil utile. Quand aux pierres vivantes, vous saurez à quoi elles servent dans le deuxième volume

    (Vol. 2 et les suivants à paraître en poche; "Sept livres au total sont prévus dont quatre sont déjà parus. Ils ont été traduits dans 28 langues et vendus à plus d'un million d'exemplaires" nous dit la notice Wikipedia, la gloire, donc).

  • Peter Rabbit: roman historique

    E112131.gifMiss Charity
    De Marie-Aude Murail

    Illustré par Philippe Dumas
    L’école des loisirs, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    C’est une surprise de trouver chez L’école des loisirs un ouvrage d’une telle dimension : un format inhabituel, un volume de 500 pages, cela fait beaucoup, même si les nombreuses illustrations de Philippe Dumas aèrent le texte. C’est une autre surprise de voir Marie-Aude Murail s’adonner à une biographie imaginaire proche à la fois du roman historique et du conte.
    L’ensemble est composé d’éléments très divers et cependant a une grande unité. Le personnage est inspiré de la vie de Beatrix Potter (le lapin de Charity s’appelle Peter) et Philippe Dumas imite à merveille ses images (certaines sont presque des copies) tout en gardant son propre style. Béatrix-Charity recueille toutes sortes d’animaux quand elle est enfant, les peint lorsqu’elle est jeune « jeune-fille », vend des images à l’unité, puis écrit une histoire à partir de croquis de Peter faits pour distraire un enfant malade. Viennent ensuite des histoires de crapaud, souris, etc. Elle fait la cruelle expérience de la rapacité des éditeurs et de la difficulté à mener une vie indépendante pour une jeune fille de sa condition.
    Charity écrit son histoire. Mi-journal, mi-autobiographie, le récit suit la vie d’une jeune fille solitaire de la bonne société anglaise, de son enfance à son mariage, tardif : fille unique avec quelques talents, puis fille à marier difficile à placer, puis personnage inclassable et déclassé, « vieille fille », originale, elle devient une artiste.

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  • Roman et adolescence

    9782701146973.gifDes Romans pour la jeunesse ? décryptage
    De Marie-Hélène Routisseau,

    Belin, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce guide s’adresse aux étudiants ou formateurs désireux de mieux connaître la littérature de jeunesse. Dans sa volonté pédagogique, il trace dans son premier chapitre une approche de la théorie du roman qui par sa brièveté (4 p., éternelles contraintes imposées par les éditeurs) ne peut qu’être très schématique et insuffisante pour son public.  En revanche, le retour sur les catégories romanesques lui sera utile.
    La seconde partie propose une analyse générique des romans pour la jeunesse avec un a priori assez contestable : les romans pour la jeunesse auraient une spécificité par rapport à ceux de la littérature générale. Pour ceux qui en doutent (comme moi) et qui à l’issue de l’argumentation n’en sont toujours pas convaincus sauf dans le domaine des « mondes » autres (« mondes de nulle part ») qui donnent lieu à des pages intéressantes, c’est une position qui reste peu solide. Les autres y trouveront de quoi moudre leur grain. Le débat est toujours intéressant et nécessaire.
    La dernière partie (« point de vue sur le roman initiatique pour adolescent ») est plus précise et de ce fait remplie de choses intéressantes. Elle sera extrêmement utile à ceux qui veulent comprendre cette lecture adolescente, son importance, ses racines et ses enjeux.

  • Et si...

     9782081211698_cm.jpg
    Ceux qui sauront
    de Pierre Bordage
    Flammarion (Ukronie), 2008

    Divergences 001 (Anthologie)
    Flammarion (Ukronie), 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Les éditions Flammarion ont lancé fin 2008 une nouvelle collection de romans de SF destinées aux ados, Ukronie. Une « uchronie », c’est un récit qui imagine une bifurcation dans l’Histoire : un événement n’a pas eu lieu, ou s’est produit autrement ; le cours des événements que nous a transmis l’Histoire en a été changé : l’invincible Armada n’a pas sombré, Pizarre a été chassé d’Amérique avant de pouvoir détruire des empires, Hitler a gagné la guerre, etc. C’est un thème qui connaît aujourd’hui une nouvelle faveur (voir Et si on refaisait l'histoire ? de Anthony Rowley  et Fabrice d' Almeida).
    L’un des ouvrages, Divergences 001, est une anthologie. Les textes, de M. Pagel, F. Colin, L. Généfort, J. Héliot, X. Mauméjan, P. Pelot, J.M. Ligny, P. Mc Auley R. Wagner et E. Henriet, sont souvent ingénieux, parfois prenants, mais l’ensemble ne convainc pas : il semble que le genre de l’uchronie s’accommode mal de la forme brève. Faute de pouvoir inventer un univers avec toutes les conséquences matérielles, intellectuelles, esthétiques, politiques, religieuses, qui auraient découlé d’une autre histoire, les plus réussis des textes sont des nouvelles réussies, mais pas des uchronies frappantes.

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  • OVNI littéraire!

    Le_testament_de_Stone.jpgLe Testament de Stone
    Par Celia Rees

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Rarement la lecture d’un roman classé « jeunesse » aura été aussi surprenante pour moi.
    Tout d’abord, l’histoire, après un prologue assez déconcertant, commence de façon lisible, intéressante même, avec l’aventure de Zillah, évadée d’un genre d’affaire du Temple solaire et poursuivie par un genre de moine fou (l’Avocat). Ca décroche avec une organisation en chapitres qui changent de points de vue et portent sur des intrigues qui ont un rapport lâche ou inexistant a priori avec Zillah. Parfois c’est celui de l’Avocat, parfois celui d’un garçon des rues et son ami clochard, puis avec Adam, un jeune homme hospitalisé au même endroit que le clochard (qui se révèle être son père, disparu depuis toujours). On change de niveau avec la lecture des lettres de Stone et de ses divers correspondants, écrites au début du XXe siècle et pleine de choses bizarres. Stone a pour prénom Brice Ambrose – les amateurs auront reconnu Ambrose Bierce, l’auteur du Dictionnaire du diable, c’est normal. Zillah et l’Avocat refond de temps en temps surface, on se dit c’est un peu compliqué, on se demande si on suit bien, si on a tout compris, on sait que non. Vous me suivez ?

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  • Une ado sans peurs (et sans reproches?)

    E113978.gifAilleurs
    de Moka

    L’école des loisirs (medium), 2009

    (par Anne-Marie Mercier)

    Moka (qui fait traîner son Sorcier ! en ajoutant volume après volume à sa série), livrerait ici généreusement une trilogie en un seul volume? En fait, c'est une réédition de titres parus à partir de 1991.
    Les aventures de Francès, dite Frankie gagnent à être ainsi ramassées car les trois intrigues sont fortement liées par l’amour que la jeune fille de 15 ans voue à un Major de l’armée de l’air, quarante ans, veuf, et père d’un garçon à peine plus jeune qu’elle. A la fin des trois tomes, elle arrivera à ses fins. Désolée de griller ainsi le suspens, mais il faut bien dire que ce texte rompt avec les habitudes prudentes de la littérature de jeunesse.
    Rupture sur bien d’autres points assez bien vus même si celui-ci est le plus risqué face aux protecteurs de l’enfance : elle fréquente des jeunes gens pas recommandables et un peu voyous, mais les héritiers des puissants de la ville sont bien pires. Elle fait une fugue et entraîne un plus jeune avec elle, et court de grands dangers, mais sauve un plus petit encore, et puis, il faut bien se faire entendre par les adultes, non ? Elle fait une vie d’enfer à sa sœur conformiste et à sa mère, mais il faut bien que celui (celle) qui a raison toujours, soit le chef, non ? et si ça va pas, on cogne. La négociation n’est pas son fort et elle n’a pas toujours tort en cela.
    Bref, pas très conventionnelle, pas dans le discours, pas féminine pour un sou, ni même raffinée, mais attachante, généreuse et sincère, un ovni efflanqué en tee shirt qui lutte contre le racisme, l’hypocrisie, les pyromanes, les dragueurs, l’exploitation des enfants,… et qui n’a peur de rien.

  • Un merveilleux vieux voisin

    2fy0x73i.jpgMonsieur Rose
    de Silke Lambeck,

    traduit de l’allemand par Carine Destrumelle,
    Seuil jeunesse (collection chapitre), 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce petit roman commence comme une histoire réaliste : le jeuen Maurice vient de déménager, est un peu perdu, sa mère, divorcée, l’est aussi. Ca va mal à l’école de l’un, mal au travail de l’autre, enfin, pas la joie. Ils font la connaissance d’un voisin, un vieil homme qui vit seul et semble assez désoeuvré pour emmener Maurice au parc, lui offrir à gouter… On se demande où le livre nous emmène et ce que va réserver la suite. Et ça bifurque de façon très joyeuse, très progressivement, très discrètement. Le réalisme sociologique banal et sombre du début se transforme fantaisie légèrement fantastico-merveilleuse avec de bonnes couleurs, histoire de montrer la vie en rose, enfin.

  • Egypte de poche

    21058873772.GIFArchéopolis (t. 3, les tablettes magiques)
    Pierre-Marie Beaude

    Gallimard jeunesse

    (par Anne-Marie Mercier)

    La jeune Alisson accompagne une expédition archéologique en Egypte et grâce à l’usage de son imagination et de sa sensibilité (le cœur) parvient à percer les mystères. Elle arrive même à remonter le temps jusqu’à la princesse, future épouse de Ramses III, à déjouer un complot, favoriser des amoureux, et ainsi de suite. Tout cela est simple comme bonjour, facile.

  • Chaperons du monde

    chaperons.gifLes Histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde
    Fabienne Morel et Gilles Bizouerne
    Illustrées par Julia Wauters

    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    On trouve ici des versions du Chaperon rouge proches de la tradition orale française, dans toute leur crudité. Dans une version française la petite fille est invitée à fricasser le sang de sa grand mère , dans une version africaine, le corps de la mère grand disparaît membre après membre, dévoré non par des fourmis comme le croit l’enfant, mais par le lion ; ailleurs, c’est un tigre qui la met en morceaux…
    Autre motif : les ruses des Chaperons pour s’échapper, pleines d’inventivité, les objets, les mets, la couleur des chemins… On trouve dans cet album de multiples variations, si riches qu’on ne se lasse pas d’entendre toujours la même histoire. L’illustration suit deux modèles. Chaque histoire est accompagnée d’une page aux tons de rouge imitant les papiers découpés et reproduisant des motifs dans le style du pays de la version proposée. Tous les récits sont illustrés de dessins à l’esthétique naïve, crayonnés et colorés de manière à donner une « couleur » particulière à chaque scène.

  • Chaperon rose

    9782844206893.jpgLe Chaperon rouge
    Illustrations de Nathalie Choux, adaptation d’Olivier Cohen, musique de Pierre Choley
    raconté par Roland Giraud

    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Encore un Chaperon, proche au début de celui de Perrault, mais avec des variantes curieuses et peu convaincantes. Une fin qui donne le beau rôle au chaperon et qui dissout toute l’angoisse possible du conte. Les illustrations sont elles aussi un peu mièvres (esthétique Charlie Brown, la cruauté en moins) et la mise en son assez traditionnelle, avec quelques effets de dramatisation et de suspens bien calculés.

  • Fleurs de mots

    9782020982313.gifHenri au jardin d’enfants
    De Gérard Dubois

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    Henri, en costume marin, et ses amis les deux jumeaux jouent dans un jardin public qui ressemble au Luxembourg. Tout près d’eux une fille les observe. A partir de là, tout dérape : le ballon expédié trop fort de la page de droite file sur la page de gauche et explose les mots, les lignes. Les pages se défont progressivement des mots qui tombent en tas et laissent le rêve émerger, à travers quelques mots cueillis par les deux enfants, le garçon et la fille : « jardin », « fleur », « poisson », « étang »… jusqu’au baiser final qui fait revenir au réel.
    Une belle variation graphique sur les mots et les rêves.

  • Le Yiddish dégourdi

    9782732039152.gifFilourdi le dégourdi
    de Mani Leib et El Lissitsky,
    Traduction de Françoise Morvan
    Sorbier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Intitulé dans sa version originale, Yingl Tsingl khvat (gamin à la langue bien pendue et dégourdi), ce poème yiddish a été publié pour la première fois à New York en 1914, puis réédité à Kiev avec les illustrations de El Lissitsky, qui s’engagea par la suite aux côtés de Malévitch.
    Histoire bondissante et surprenante d’un enfant qui rêve de neige, elle est proposée ici dans un bel objet à l’esthétique très soignée. L’album se lit "à l'envers", c'est-à-dire de la dernière à la première page, chaque page de droite présentant la traduction du texte original dans une typographie intéressante. Le texte en yiddish s’inscrit à gauche, à l’intérieur des gravures en noir et blanc d’El Lissitsky qui évoquent le trait de Chagall (à moins que ce ne soit Chagall qui… puisque le dessinateur a collaboré avec lui après avoir développé un travail inspiré par les fresques des synagogues).
    Une belle réédition, qui propose en postface des clefs pour resituer le livre.

  • Livres de pouces

    bigoudi.jpgClic ! et Bigoudis
    Santiago Malazzini
    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Deux « livres de pouce », c’est-à-dire des tout petits cahiers souples faits d’images séquentielles rapprochées (ici des photos en noir et blanc) que l’on fait défiler rapidement pour donner une impression de mouvement. Le premier, Clic !, nous montre un photographe, le photographe peut-être, coiffé d’un bob et vêtu d’une chemise à carreaux, brandissant devant nous un énorme polaroïd démodé : tout y est du geste invitant à la pose, du flash éblouissant et au développement de notre image, que l’on nous montre d’un air triomphant et dans laquelle chacun se reconnaîtra : celle d’un chimpanzé.

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  • Lettres en rogne

    9782844206817.gifL’abécédaire de la colère
    Emanuelle Houdart

    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    De Abdomen, Bagarre, Cris, à Koala, Guerre, puis objets, ou zygomatiques, l’exercice de l’abécédaire n’a pas permis une vraie exploration de ce qu’est la colère, de ses effets, de sa maîtrise, mais offre cependant quelques belles fenêtres dont on espère que les psychologues se régaleront.
    Un album qui dérange, tant par ses affirmations complexes et pleines de sous-entendus ou au contraire très claires, que par ses images, pas sages du tout. L’utilisation quasi exclusive des diverses nuances du rouge et du brun, les visions infernales et agressives, les insectes et animaux divers qui parcourent les corps et les vêtements provoquent une belle explosion, à l’image de celle des objets qu’on brise et des paroles qu’on hurle. Explosif !

  • Gros animaux

    9782020983327.gifLes sciences naturelles de Tatsu Nagata (L’Ours, La Vache)
    De Tatsu Nagata

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    L’Ours (ne pas confondre avec le nounours, ni avec l’ourson) vit souvent dans une grotte, dort tout l’hiver (certains) peut marcher dans la neige sans s’enfoncer, a un cousin tout blanc sur la banquise… La vache, elle, a bien des soucis : piquée par les mouches, dérangée par les trains (en Inde, bien sûr), elle fournit le lait, les peaux, la viande, mais tout cela une page après l’autre, et avec humour, celui des dessins charmants et colorés de Tatsu Nagata qui renouvelle toutes les évidences.

  • Jules Blyton

    9782259208970R1.gifLes Cryptides. A la poursuite du Kraken, t. 1
    De Alexandre Moix

    Plon jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Il y a un peu du Jules Verne dans ce premier volume d’une série : un savant (fou ?), des jeunes gens avides de savoirs (d’ailleurs l’un d’eux lit L’ïle mystérieuse), des phénomènes naturels étranges et monstrueux mais si grandioses qu’on s’y attache. Il y a aussi un peu du Club des cinq : la bande de cousins embarqués dans l’aventure mène l’enquête malgré les adultes et fait mieux que toutes les polices et services secrets réunis. La vraisemblance psychologique ou matérielle est très peu le souci de l’auteur. Et il y a même un animal embarqué.
    De l’ambiance (ah ! la Norvège l’hiver, la nuit du Nord…), du gothique, de belles descriptions, cela ne manque pas de charme, même si on préfère l'un des versants (Jules) à l'autre et si cette alternance bizarre donne un peu le mal de mer.

  • Des amis impossibles

    vdayre.jpgTes petits camarades
    Valérie Dayre

    Thierry Magnier (petite poche), 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Tout petit roman, et pourtant grand sujet. L’enfant est nouveau dans le quartier, dans l’école : solitude, aggravée par un physique peu avenant. Tout cela empire au moment de son anniversaire car sa mère n’accepte pas la situation et veut absolument qu’il invite « des petits camarades ». Stratagème malheureux de l’enfant pour attirer ceux qui ne le cherchaient pas, mais fin heureuse car il trouve au bout du compte ceux qu’il n’avait pas su chercher. Beaucoup d’implicite, un petit mystère, et de la chaleur humaine.

  • Sauce Potter

    84626100243960M.gifAbracadagascar
    Ménéas Marphil

    Au Diable Vauvert, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Un jeune orphelin découvre qu’il est un sorcier, qu’il doit aller dans une école pour parfaire ses dons (immenses bien sûr) au plus vite afin de sauver le monde… Cela a beau se passer dans un cadre un peu différent, on se lasse vite de voir toujours cette même histoire resservie à différentes sauces. On est encore plus las quand on voit que là aussi le jeune sorcier est aussi immédiatement pourvu d’un gros compte en banque mais qu’à la différence de Harry Potter cela lui donne droit (à quoi rêvent les enfants) à une carte de crédit. Et quand les stéréotypes sexistes s’affirment avec une telle franchise, on se demande quelle œuvre est en avance sur l’autre et, répondant à cette question, on se demande si ce livre est utile à quelque chose.

  • Un vrai beau cauchemar

    9782844207012.gifLa Fois où j’ai eu si peur
    Martine Laffond et Fabienne Burckel
    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Une sortie à la fête foraine est interrompue par l’orage. Une fillette suit un garçon plus âgé pour se mettre à l’abri dans une usine désaffectée. Là, le caractère désolé du lieu, les bruits, et les récits du garçons sur ce qui s’y est passé au moment de la fermeture (une attaque de poissons qui se vengent de l’empoisonnement qu’elle produisait), plongent la petite fille dans un état de panique qui lui fait voir toutes sortes de choses.
    On ne sait à quel moment la réalité bascule, tout se fait insensiblement, aussi bien au niveau du texte que des images. L’atmosphère inquiétante est d’ailleurs présente dès les premières lignes (cette fête est triste) et demeure même après le retour : un vrai cauchemar subtil, et des illustrations délicieusement inquiétantes.

    http://www.editions-thierry-magnier.com

  • Impossible justice

    9782732039275.gifLe Mauvais Juge
    Blaise Cendrars, Illustré par Merlin

    Le Sorbier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Cette histoire fait partie des célèbres Petits Contes nègres pour les enfants des blancs de Cendrars et mêle récit étiologique et fable moderne. Pourquoi le chien déteste-t-il le chat ? Pourquoi le feu brûle-t-il le bois, est éteint par l’eau, qui est bue par l’éléphant, qui est piqué par la fourmi et surtout pourquoi le babouin marche-t-il de biais ? Pourquoi le destin de l’homme est-il de toujours travailler, de souffrir pourtant de la faim et de subir les injustices ?
    Le tailleur, représentant de l’humanité, en appelle à la justice, incarnée par le Babouin, une justice paresseuse et qui se soucie plus des châtiments à infliger aux éventuels coupables que des victimes. La complexité du cas avec  des responsabilités en chaîne (l’homme accuse la souris qui accuse le chat, qui accuse le chien…) sont mises en valeur par les illustrations de Merlin avec de beaux effets colorés de pastel gras sur des fonds beiges moins bruts qu’ils n’en ont l’air.