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andré baillon

  • Merde !

    baillon3.jpgZonzon Pépétte, fille de Londres

    André Baillon

    Éditions Cent page, Grenoble, 2006

     

    (par Samia Hammami)

     

     

    La maison d’édition grenobloise Cent Pages a eu l’audace de mettre à son catalogue un texte d’André Baillon souvent qualifié de « mineur » et négligé par la critique, ce qui permet au public français de découvrir ce tempérament si attachant et curieux. Et quel bijou ils nous offrent là ! Une esthétique délicate et raffinée, un souci omniprésent du Beau font de ce « livre-objet » une pièce de collection.

    Baillon est un romancier majeur des années 20-30, irréductible aux étiquettes, universitaires ou non, sous lesquelles on tente de l’épingler. Sa voix modelée dans l’originalité, son rythme en spirales creusantes, son flou dans le champ littéraire belge, le préservent des classements parfois stérilisants. Généralement, les études abordent cet écrivain par deux biais aussi « classiques » qu’intéressants : soit celui de la question de l’autobiographie, soit celui de la folie. Pourtant son étonnante singularité s’illustre également dans les portraits qu’il a souvent déclinés de filles de joie. En effet, le destin de Baillon est intrinsèquement lié à la sphère de l’amour vénal. L’est donc fatalement son œuvre, largement autofictionnelle. Rosine, Hedwige, Marie, Jeannine, Nelly Bottine et… Zonzon Pépette ; autant de figures de grues se croisant sous le regard et la plume baillonniens.

    On rencontre la première mention, fugitive, de Zonzon Pépette au détour d’un autre livre, Histoire d’une Marie, où est relatée, à titre anecdotique, sa fin brutale dans des bas-fonds dickensiens. Cet épisode sera par la suite amplifié par l’auteur et donnera lieu à un opus éponyme, où toute la vie de Zonzon, née Françoise Ledard (prédestination…) apparaît en filigrane. Cette dernière passe une enfance dans un milieu modeste et sans éducation, avant d’être violée par le peintre chez qui elle fait le ménage. Cette « initiation » forcée la meurtrit profondément. Ses repères, sa pureté et son innocence volent en éclats ; son avis sur le monde se résumera désormais à un « Merde ! » litanique dont elle scandera toutes ses conversations. À Paris, et surtout à Londres, elle entre alors pleinement dans cette faune interlope où les mômes se gagnent au couteau et se refilent de souteneur en souteneur : Justin, François l’Allumette, Louis le Roi des Mecs, Valère-le-Juste, S’il-plaît-à-Dieu, Ernest-les-Beaux-Yeux, etc. Notre héroïne restera fidèle à chacun d’eux le temps de leur « association », en évoluant de larcins en crimes.

    Des mots crus, des mots rudes, des mots pollués, des mots sur le vif. Les mots de Zonzon la désinvolte, vivant au jour le jour, définitivement ancrée dans l’instant, sans souci des possibles conséquences de ses actes. Fragments narratifs, chronologie malmenée, zones d’ombre, transitions inexistantes, voilà Zonzon Pépette. L’incipit l’annonce : « Il est peut-être idiot de commencer la vie d’une femme par sa mort, mais enfin si l’on vit, c’est pour qu’on meure. Et même, c’est comme on vit, que l’on meurt ». Et Zonzon rend absurdement l’âme, après avoir lancé un de ses célèbres « Toi, je t’emmerde ! », violent et bestial, audacieux et masculin. À son image.

    Zonzon est authentiquement un personnage à part. Pour elle, Baillon se trouve à la périphérie des topiques avec lesquels il façonne ses prostituées (idéalisation, religion, sacrifice, art, maternité). Entre sacré et sacrilège, il a choisi son camp.

     

    http://atheles.org/centpages/

     

    http://www.servicedulivre.be/fiches/b/baillon.htm

     

    http://www.andrebaillon.net/

     

    Éditions Cent pages - BP 291 38009 Grenoble cedex

    Diffusion Athélès/Distribution Les Belles Lettres