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albin michel

  • Pauvres contemporains

    Culicchia été mer.jpgUn été à la mer
    de Giuseppe Culicchia

    traduit de l’italien par Françoise Brun
    Editions Albin Michel, 2009

    (par Myriam Gallot)

    On aurait tort de passer à côté des romans de Giuseppe Culicchia, contempteur amusé et désespéré de ses contemporains. Son dernier roman traduit en français ne fait pas exception, en racontant les vacances siciliennes d’un couple d’Italiens en lune de miel, pendant que l’équipe de foot nationale remporte la coupe du monde.
     Les personnages sont banals. Banalement détestables.
    Elle: superficielle, envieuse, et obsédée par la conception d’un enfant
    Lui : défaitiste, rabat-joie et lâche.

    « Un été à la mer », c’est l’occasion pour Culicchia de décocher ses traits favoris contre le consumérisme, la misère sexuelle, le conformisme mal assumé, le fiasco amoureux. Tout cela sans jamais se départir de ce rire noir, qui excelle dans le comique de répétition et le grotesque – sa marque de fabrique. On referme son roman avec une lucidité navrée, entre amertume et jubilation.
    A lire aussi, du même auteur : Paso Doble (Rivages poche), Patatras (Rivages poche) et Le pays des merveilles (Albin-Michel)

    http://www.albin-michel.fr/

  • Lueurs de l’intérieur

    dvc.jpgLa maison des lumières

    Didier Van Cauwelaert

    Albin Michel, 2009

     

    (par Radu Bataturesco)

     

     

    L’illusion prend le pas sur le réel. Dans “Mille et une nuits” comme dans la vie. 

    Didier Van Cauwelaert, amphitryon d’un établissement à stroboscope ! Le nouveau numéro d’illusionnisme concocté par “Magic Didier” s’appelle, à plus d’un titre, La maison des lumières. Encore un tour de passe-passe littéraire (voir sur www.sitartmag.com la chronique de “La nuit dernière au XVème siècle”) et pas des moindres, si l’on en juge le pitch : un apprenti boulanger d’Arcachon, Jérémie Rex (!), entre dans un tableau de maître pour revivre pendant 4 minutes 30 le bonheur paroxystique de son histoire d’amour, passion qui se trouve en cul-de-sac ! La ficelle est grosse et pourtant, on la mange comme du petit pain chaud, s’il vous plaît. D’un trait, d’un seul. D’une mastication. Pétrie par DVC, la pâte du paranormal a, dans votre assiette, le goût du soleil et du croissant de lune.

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  • Conte à régler, conte à rebours

    vanc.jpgLa nuit dernière au XVème siècle
    Didier Van Cauwelaert

    Albin Michel, 2008

     

    (par Radu Bataturesco)

     

     

    Qu’est-ce qu’un écrivain digne de ce nom? Évidemment, pas celui qui noircit les pages à la queue leu leu, ni celui qui publie et même vend des dizaines de milliers d’exemplaires. Un écrivain digne de ce nom a le style (limpide), le savoir-faire (au zénith) et la liberté (intérieure), construit un monde et une œuvre propres, avec des thèmes et des livres singuliers et complémentaires pour soutenir l’édifice, et surtout, surtout, un écrivain digne de ce nom est touché par la grâce. À travers cette grille, les écrivains, les vrais, se comptent sur les doigts d’une main en territoire francophone. À travers cette grille, malgré leur imposante stature (médiatique), Houellebecq et Sollers (par exemple) paraissent tout à coup un tantinet laborieux ou trop appliqués pendant que Modiano et Van Cauwelaert se retrouveraient tout naturellement aux premières loges. Deux plumes, deux mesures : chez Modiano, entre les lignes, se dessinent des couchers de soleil, des univers sépia et des temps suspendus entre chien et loup, chez Van Cauwelaert, entre les lettres, danse le feu follet des petites lumières : éclairs généreux, regards d’intelligence, connivences rayonnantes rendent l’écriture de ce dernier ensoleillée, habitée. Habités sont aussi ses personnages principaux, miroirs de l’auteur projetés dans une double dimension.  

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  • De l'indianité, de l'humanité.

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    Dix Petits indiens
    Sherman Alexie
    traduit de l'anglais par Michel Lederer
    Albin Michel, Terres d'Amerique, 2004
    Parution en 10-18, janvier 2009

     

    Ten Little Indians (Secker & Warburg, 2004)

     

    (par B. Longre)

     

    Le titre de ce recueil évoque instantanément la chansonnette des "Dix petits nègres" (aux affreux relents colonialistes, popularisée par Agatha Christie dans un roman policier devenu en politiquement correct And Then There Were None) et l'autre version de la comptine, plus connue aux États-Unis, qui parle de « dix petits indiens » ; mais contrairement à l'écrivaine britannique, Sherman Alexie est conscient de la provocation contenue dans ce titre : peut-être une manière de mettre sur le même plan Noirs et Indiens d'Amérique (les deux peuples ayant subi des souffrances plus ou moins similaires de la part des "colons" américains) ou bien une façon de contrer les stéréotypes indélébilement attachés au "Native American", l'Amérindien. Car Sherman Alexie, Indien Spokane/Cœur d'Alène, né en 1966 dans une réserve de l'État de Washington, sait de quoi il parle quand, tout au long de ses récits et de ses romans, il ne cesse de raconter la condition indienne, thème récurrent de son œuvre ; mais ces parcours spécifiques (moins pathétiques ici que dans son recueil précédent, Phoenix, Arizona, qui se centrait sur la vie à l'intérieur de la réserve) lui permettent aussi d'explorer avec finesse les dysfonctionnements inhérents à la société américaine et de remonter aux sources de ce qui compose la «spécificité» de l'identité indienne — pour peu qu'on puisse la définir vraiment — et plus généralement, les méandres et les complexités de l'âme humaine et la difficulté d'être différent, ou... des avantages que l'on peut en tirer.

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  • Vivre avec les loups

    dhearst3.jpgLes Chroniques du Loup, tome 1, la promesse des Loups
    Dorothy Hearst

    traduit de l’anglais par Marina Boraso
    Albin Michel, 2008

    (par B. Longre)

    « Ne jamais se mêler aux humains.
    Ne jamais tuer un humain sans provocation.
    Ne jamais laisser en vie un loup de sang mêlé... »


    Telles sont les trois règles qui régissent les meutes de la Grande Vallée. Aussi, le jour où Ruuqo, chef de meute, égorge les frères et les sœurs de la jeune Kaala et bannit sa mère qui a enfreint la loi en choisissant un mâle extérieur à la vallée, la petite louve épargnée se voit traitée en étrangère par la plupart de ses compagnons. Elle s’adapte malgré tout à la vie collective et se fait des amis, dont Ázzuen, louveteau malingre mais futé, et Tlitoo, un corbeau qui veille sur elle.
    Cette saga préhistorique qui se déroule il y a 14 000 ans, quelque part dans le sud de l’Europe, est un beau roman des origines qui mêle mythologie, onirisme, fable politique et morale (les femelles, progressistes, s’opposent souvent aux mâles – réactionnaires, figés par la loi), pragmatisme de la survie et spiritualité, et met en scène des loups qui, tout en se comportant en animaux (instinct, sauvagerie, sens aiguisés, rivalités et hiérarchie de la meute, etc.) n’en possèdent pas moins des capacités intellectuelles et une émotivité propres aux humains.

  • L'Europe des lettres

    europedeslettres1.jpgL'Europe des lettres
    Réseau épistolaire et construction de l'espace européen

    Marie-Claire Hoock-Demarle

    Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 2008

    (Par Françoise Genevray)

    « Aujourd'hui, j'écris à la moitié du monde... »
    (Gottfried W. Rabener)

    Mobilité libre ou contrainte, circulation des personnes et des idées, des nouvelles, des savoirs et des initiatives sont les mots-clés de ce travail captivant qui vise à déceler l'émergence de l'Europe au travers des correspondances qui la sillonnent. La période étudiée embrasse un dix-neuvième siècle élargi (1789-1914) ponctué de plusieurs temps forts, comme la décennie autour de 1800 ou l'intervalle entre Sedan et Verdun. Parmi les chronotopes privilégiés pour dresser la géographie épistolaire de l'époque figurent des itinéraires de voyage et quelques lieux fixes, sièges d'une intense vie intellectuelle ou réservoirs de nouveautés socio-politiques : Paris, théâtre d'une Révolution qui invite à révolutionner aussi l'écriture chargée de capter une actualité imprévisible ; Coppet au bord du Léman, « centre de sociabilité, de résistance politique et de réflexion intellectuelle », où Mme de Staël tient sous l'Empire, selon Stendhal, «les états généraux de l'opinion européenne » ; le Berlin des années 1815-1830, d'où Rahel Levin-Varnhagen correspond avec son amie Pauline Wiesel qui ne cesse d'aller d'un pays à l'autre ; Paris encore, où Heine se fixe en 1831 afin, écrit-il, de « voir les gens et le monde et collectionner des matériaux pour un livre qui doit être européen » ; Londres, où Malwida von Meysenbug ayant fui Hambourg s'entretient par lettres (1849-1858) avec des quarante-huitards défaits, contraints comme elle à émigrer (le couple Kinkel), ou avec des patriotes en exil (Mazzini)...

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  • En perdition

    tonto.jpgPhoenix, Arizona
    Sherman Alexie

    traduit de l'anglais par Michel Lederer

    (titre original :
    The lone-ranger and Tonto fist-fight in heaven)
    Albin Michel, 1999 - Parution en 10/18 - 2002

     

    (par B. Longre)

     

    Ce recueil de nouvelles imbriquées les unes aux autres est un formidable témoignage de la vie dans une réserve indienne, située dans l'état de Washington, à l'extrême Nord-Ouest du pays. Des personnages s'y croisent, y évoluent de l'enfance à l'âge adulte, tous marqués par leur destinée indienne, empreinte de morosité rageuse. De chroniques humoristiques en récits pathétiques, la condition humaine des Indiens d'Amérique se révèle peu à peu, entre alcoolisme ravageur, chômage, désœuvrement, basketball et un attachement compulsif à des valeurs ancestrales, seul moyen de survie pour des hommes et des femmes tributaires des "blancs" - le comportement de ces derniers oscillant entre paternalisme libéral et racisme. Et c'est par une formule très simple que l'auteur résume la lutte désespérée de ses compatriotes, dans la nouvelle Imagining the reservation : "survie = colère + imagination. l'imagination est la seule arme dans la réserve."

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