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10-18

  • Slumdog de papier

    9782264045331R1.GIFLes fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire
    De Vikas Swarup

    Traduit de l’anglais par Roxane Azimi - 10/18

    (par Anne-Marie Mercier)

    Si vous avez vu le film, Slumdog Millionaire, avez-vous pensé à lire le livre qui est à l’origine du scénario ? Si vous avez aimé le film, faites-le, vous y retrouverez une foule de choses qui ont fait le succès du film : le cadre du jeu télévisé, la peinture d’une grande partie de l’histoire de l’Inde, beaucoup d’humour et de candeur dans un univers de brutes.
    Si vous ne l’avez pas aimé, c’est encore mieux : vous comprendrez encore mieux pourquoi, et le livre vous intéressera. Si le film a eu un prix d’adaptation, c’est sans doute du fait du grand travail de simplification qui a été fait à partir du livre. Adaptation très réussie, pour l’efficacité, mais quel dommage pour la subtilité et la vérité du regard porté sur l’Inde. Vous trouverez le jeu télévisé, mais une organisation des souvenirs radicalement différente, plus éclatée, ne suivant pas l’ordre chronologique. Vous verrez que ce qui conduit le jeune homme dans ce jeu, ce n’est pas un amour fleur bleue plus bolliwood que bolliwood, mais la vengeance ; voila qui est beaucoup plus intéressant !

    L’Inde décrite y est encore plus impitoyable et plus complexe. La scène scatologique ridicule et invraisemblable du début du film n’existe évidemment pas. On y voit aussi les restes de la présence anglaise, à travers la tragique histoire du brave pèreTimothy qui élève le jeune héros orphelin, et le baptise «Ram Mohamed Thomas », pour ne fâcher personne (mais en indiquant au passage que les sikhs pourraient y trouver à redire. Ainsi, ce soi-disant enfant des bidonvilles est dans la version originale un garçon élevé par des anglicans qui lui apprennent à parler dans leur langue et à chanter « Twinkle, twinkle », ce qui change bien des choses pour l’avenir d’un enfant. Mais rassurez vous, les choses se gâtent très vite et très fort, au rythme endiablé qu’a conservé le film, avec un art de la coupe et du montage parfaits et un humour décapant. Et en plus, ça finit bien, mais vraiment par hasard, et personne n’est dupe.

  • Le bonheur est dans la forêt

    doppler3.jpgDoppler
    Erlend Loe
    traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
    Gaïa, collection taille Unique, 2006 / parution en 10-18 janvier 2009

     

    (par B. Longre)

     

    Qui est réellement ce Doppler qui donne son nom au quatrième roman d’Erlend Loe publié en français et qui, soit dit en passant, nous fait tant rire ? Un irrécupérable ahuri ? Un asocial invétéré ? Ou tout simplement un sage, qui a bien raison de fuir travail, épouse et enfants, d’aller trouver refuge dans la forêt proche d’Oslo et d’adopter un jeune élan comme seul compagnon ? Certes, Doppler reconnaît ouvertement sa misanthropie en admettant ne pas aimer les gens (surtout les Norvégiens…) et son départ s’accorde à la logique jusqu’au-boutiste qu’il a décidé de suivre désormais. Avide de silence, il vit depuis six mois dans la forêt où il a planté sa tente dans un coin tranquille et érige petit à petit un système de valeurs dont le premier commandement est le suivant : fuir l’application humaine, qui caractérisait la vie étriquée qu’il menait avant, faite de petites obsessions matérielles et de préoccupations déshumanisantes, vécue au rythme des Teletubbies, héros de son fils téléphage, ou des élucubrations tolkieniennes de son adolescente de fille.

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  • Culpabilité collective

    lward.jpgOutside Valentine

    Liza Ward

    Traduit de l’américain par Françoise Jaouën, coll. « Domaine étranger », Editions 10/18

     

    (par Madeline Roth)

     

    Au début on ne comprend rien. « Dans mon rêve, la neige tombait partout dans mon bon vieux Nebraska. » On a en tête la très belle image de couverture, ce rouge sang dans la neige blanche, et pendant toute la lecture on a froid. Au début on ne comprend rien mais on est embarqué. Trois années, 1991, 1957, 1962, et trois voix, trois personnes dont on essaie de deviner les liens, jusqu’à ce que tout se mette en place. Et c’est magistral.
     En 1958, dans l’hiver du Nebraska, Charles Starkweather, 19 ans, et Caril Ann Fugate, 14 ans, tuent onze personnes, au terme d’une des plus célèbres tragédies américaines. Liza Ward, l’auteure du texte, a perdu ses grands-parents dans ce drame.

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  • De l'indianité, de l'humanité.

    shermanalexie3.jpg

    Dix Petits indiens
    Sherman Alexie
    traduit de l'anglais par Michel Lederer
    Albin Michel, Terres d'Amerique, 2004
    Parution en 10-18, janvier 2009

     

    Ten Little Indians (Secker & Warburg, 2004)

     

    (par B. Longre)

     

    Le titre de ce recueil évoque instantanément la chansonnette des "Dix petits nègres" (aux affreux relents colonialistes, popularisée par Agatha Christie dans un roman policier devenu en politiquement correct And Then There Were None) et l'autre version de la comptine, plus connue aux États-Unis, qui parle de « dix petits indiens » ; mais contrairement à l'écrivaine britannique, Sherman Alexie est conscient de la provocation contenue dans ce titre : peut-être une manière de mettre sur le même plan Noirs et Indiens d'Amérique (les deux peuples ayant subi des souffrances plus ou moins similaires de la part des "colons" américains) ou bien une façon de contrer les stéréotypes indélébilement attachés au "Native American", l'Amérindien. Car Sherman Alexie, Indien Spokane/Cœur d'Alène, né en 1966 dans une réserve de l'État de Washington, sait de quoi il parle quand, tout au long de ses récits et de ses romans, il ne cesse de raconter la condition indienne, thème récurrent de son œuvre ; mais ces parcours spécifiques (moins pathétiques ici que dans son recueil précédent, Phoenix, Arizona, qui se centrait sur la vie à l'intérieur de la réserve) lui permettent aussi d'explorer avec finesse les dysfonctionnements inhérents à la société américaine et de remonter aux sources de ce qui compose la «spécificité» de l'identité indienne — pour peu qu'on puisse la définir vraiment — et plus généralement, les méandres et les complexités de l'âme humaine et la difficulté d'être différent, ou... des avantages que l'on peut en tirer.

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  • La tragédie et l’espérance, ou le roman d’une Rom

    zoli2.jpgZoli
    Colum McCann

    Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 2007 / 10-18, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre) 

     

    Marienka Novotna, dite Zoli, restera pour toujours marquée par la tragédie inaugurale de son existence : le massacre de sa famille entière par les Hlinkas, ces fascistes qui dans les années 1930 en Slovaquie firent le lit des nazis. Seuls la petite fille de six ans et son grand-père échappèrent à la noyade sadique, et c’est ainsi que Zoli, sous la houlette du vieil homme sage et savant, commença une vie errante et exceptionnelle. Contrairement aux autres fillettes du peuple rom, elle apprit à lire et à écrire : « Très tôt, j’ai aimé tenir un crayon entre mes doigts ».


    Après avoir survécu au nazisme, comment ne pas fêter dans les chants et la liesse la liberté apparemment revenue, Tziganes et « Gadje » au coude à coude ? Et Zoli, remarquée par le journaliste Stansky, séduite par l’idéaliste Stephen Swann venu s’installer dans la Tchécoslovaquie communiste et lui-même fasciné par la jeune femme, va devenir une idole officielle, applaudie par les foules et le régime bénissant ses poèmes qui chantent l’épopée rom.

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  • Histoire d'exil

    jsoler4.jpgLes exilés de la mémoire
    Jordi Soler

    traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu,
    10-18, 2008 (Belfond, 2007)

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

    Les exilés de la mémoire est le premier livre traduit en français de Jordi Soler, écrivain mexicain qui se replonge ici dans son histoire familiale. Il est plus particulièrement question de celle de son grand-père, Arcadi, combattant républicain espagnol ayant fui au moment de la chute de Barcelone. Commence alors pour cet homme qui, comme ses frères d'armes, pensait rallier l'Espagne quelques mois plus tard, un long périple à la fois épique et tragique qui se termine par l'acceptation déchirante de l'exil au Mexique.


    Mais la première étape de ce périple, l'une des plus douloureuses, confrontera le lecteur français à un oubli, voire un déni sidérant d'un épisode historique. Henri-François Imbert avait consacré un film magnifique (No Pasaran) à ce trou de mémoire collectif touchant l'existence des camps sur les plages d'Argelès-sur-Mer, puis à Saint-Cyprien et Le Barcarès, où furent regroupés plusieurs centaines de milliers de réfugiés espagnols

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  • Frontières

    mattruff.jpgBad Monkeys

    Matt Ruff
    traduction de l’anglais Laurence Viallet

    10-18, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Joli tour de force narratif, Bad Monkeys démarre comme une chronique adolescente, se mue en polar, puis navigue inlassablement entre les genres et les atmosphères, de la farce tragique à la parodie la plus grotesque - sans oublier l’anticipation et le fantastique. On trouve ici un mixe qui a de quoi réjouir : un rythme échevelé, un enchaînement d’événements de prime abord invraisemblables qui obéissent pourtant à une logique implacable, et une narratrice à la fois désinvolte et surmenée, à laquelle on s’attache (est-ce bien raisonnable ?) dès les premières pages – Jane Charlotte, enfermée dans « l’aile des barjots » de la prison de Las Vegas, accusée de meurtre. Là, elle se confie à un psychiatre et tâche de justifier ses actes en racontant qu’elle oeuvre pour le compte d’une société secrète… « L’organisation », qui « lutte contre le mal », rend sa propre justice en surveillant et exécutant sommairement des « malfaisants», forcément irrécupérables – meurtriers, fous dangereux, kidnappeurs d’enfants – en partant du principe que le monde se portera mieux sans eux. Jane Charlotte est-elle une affabulatrice hors pair ? Comme le soupçonne son médecin, ment-elle par omission, préférant laisser dans l’ombre certains pans de son existence ? Qui cherche-t-elle à convaincre ? Ou bien, tout simplement, se contente-t-elle de raconter sa vérité ? À chacun de le découvrir en lisant d’une traite ce roman inclassable, époustouflant, qui s'interroge sur la frontière, décidément perméable, entre bien et mal.

     www.10-18.fr

  • Love

    love3.jpgLove
    Toni Morrison
    trad. de l’anglais (US) : Anne Wicke
    10-18, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Les éditions 10-18 publient en poche les romans de Toni Morrison, prix Nobel de littérature unanimement saluée comme l’une des plus grands écrivains américains vivants. Love, son dernier roman, vient de paraître dans la collection (première publication en français en 2004 chez C. Bourgois). L’histoire se passe dans le milieu afro-américain, deux vieilles dames décadentes se disputent l’héritage de Bill Cosey, directeur d’un hôtel pour Noirs fortunés sur la côte Est des Etats-Unis dans les années 30-40.

     

    Love est un roman complexe et foisonnant, composé d’incessants allers-retours entre passé et présent, dans une composition très libre et jazzistique, qui fait apparaître progressivement chaque personnage dans son décor et ses actes, par ajouts de détails successifs, sur une toile de fond au début très impressionniste. Un roman exigeant dans lequel le lecteur doit accepter de ne comprendre que très progressivement, jusqu’à la clé finalement révélée dans les dernières pages (ce que d’aucuns trouveront peut-être agaçant). Avec une grande maîtrise, Toni Morrison aborde l’amour sous l’angle de la haine, qui en est l’une de ses formes les plus élaborées et imaginatives, nous fait-elle comprendre. Les mobiles de ses personnages intransigeants apparaîtront dans toute leur vanité, au crépuscule de vies chahutées, desquelles l’horreur étalée au grand jour aura saccagé le glamour.

    www.10-18.fr

  • Conte, botanique, histoires...

    mbail3.jpgEucalyptus
    Murray Bail

    traduit de l'anglais par Michèle Albaret-Maatsch
    10/18, 2008

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Ce livre inclassable et passionnant est à la fois une plongée dans l’univers fascinant de la botanique, un conte moderne et un recueil de petites histoires courtes, souvent fragmentaires, à la manière du Calvino de Si par une nuit d’hiver un voyageur

    Conte : un père offre la main de sa fille à celui qui résoudra une épreuve impossible : reconnaître et nommer les centaines d’eucalyptus communs ou rares de sa propriété ; de multiples soupirants échouent ; en arrive un autre qui réussit une à une toutes les épreuves, au grand dam de la fille qui ne sait comment se sauver de ce destin.

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  • Adieux

    pbesson.jpgSe résoudre aux adieux
    Philippe Besson
    10/18, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Abandonnée par l’homme qu’elle aimait, Louise parcourt le monde (Cuba, New York, Venise, Paris), en quête d’on ne sait quoi : l’oubli (de soi, de l’autre) ? le renouveau ? la certitude ? Mais elle sait bien qu’aimer, « c’est prendre des risques ». Apparemment, elle tente de les reprendre, ces risques, par correspondance. Le livre entier est composé des lettres, que depuis ses résidences lointaines elle adresse à Clément. Ces lettres rassemblent « les pièces dispersées d’un puzzle », celui de la vie amoureuse, des instants de bonheur et de doute, elles effectuent des retours sur un passé en dents de scie, sur la vie à deux, sur la solitude. Roman épistolaire à sens unique (aucune réponse ne parviendra, Louise en est vite persuadée), Se résoudre aux adieux tisse des variations sensibles et subtiles sur la désillusion, sans fermer la porte à l’espoir.

  • Dans le mal se trouve toute volupté…

    gordon3.jpgGordon

    Edith Templeton

    traduit de l'anglais par Marie-Hélène Sabard
    10/18, 2007

     

    (par Caroline Scandale) 

     

    « Quand il me possédait avec un acharnement tel qu’il m’entraînait au bord des ténèbres, il me donnait cette extase : savoir que j’avais atteint la chose, la seule chose que j’eusse jamais voulue... » Le ton de cette scandaleuse histoire d’amour est donné.

    Louisa Walbrook, 28 ans, rencontre dans un pub un inconnu de vingt ans son aîné, dont elle devient la maîtresse ou, plutôt, l’unique objet de perversion. L’inconnu, Gordon, qui est psychiatre, entraîne Louisa dans un rapport de domination/soumission et prend plaisir à exhumer les souvenirs refoulés dans l’inconscient de sa partenaire. Entre chaque séance d’intrusions mentales, Gordon la pénètre froidement et en tire une satisfaction éclair. A son corps défendant, Louisa jouit comme jamais de cette exquise sensation d’impuissance et quand, à deux reprises, Gordon la viole, elle est heureuse d’être mortifiée de la sorte car son emprise lui donne la « délicieuse impression d’être à l’abri ».

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  • Le jeu de l’amour et des incertitudes

    loe2.jpgAutant en emporte la femme
    Erlend Loe

    traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
    Gaïa, collection taille Unique, 2005 - Parution en 10-18, mars 2008

     

    (par B. Longre)

     

    De la difficulté de vivre à deux – de la difficulté d’être soi-même.

     

    Présentation audacieuse pour ce deuxième roman du Norvégien Erlend Loe traduit en français, après Naïf (paru récemment en 10-18) : des entrées numérotées, signe, en surface, d’un parcours balisé, d’un récit maîtrisé et d’un enchaînement narratif connu d’avance – un ordonnancement chronologique qui est un leurre car le narrateur, dont les doutes et les hésitations, les anxiétés et les incertitudes presque maladives ne cessent d’imprégner le récit, fait plutôt penser à ces autistes qui ont un besoin vital de repères, de jalons répétitifs et rassurants pour avoir la sensation de posséder quelque contrôle sur une existence et un monde angoissants.
    Une personnalité sans relief, des désirs informulés (en apparence presque inexistants), le sentiment d’être en décalage, une platitude et une circonspection qui marquent sa crainte de s’impliquer plus avant dans ses rapports avec les autres : ce portrait au départ peu flatteur du protagoniste central, soudain livré aux assauts amoureux de Marianne, dont la fantaisie est contagieuse, évolue au fur et à mesure que la relation entre les deux jeunes gens se transforme et s’amplifie, au point de devenir essentielle.

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