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  • OVNI littéraire!

    Le_testament_de_Stone.jpgLe Testament de Stone
    Par Celia Rees

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Rarement la lecture d’un roman classé « jeunesse » aura été aussi surprenante pour moi.
    Tout d’abord, l’histoire, après un prologue assez déconcertant, commence de façon lisible, intéressante même, avec l’aventure de Zillah, évadée d’un genre d’affaire du Temple solaire et poursuivie par un genre de moine fou (l’Avocat). Ca décroche avec une organisation en chapitres qui changent de points de vue et portent sur des intrigues qui ont un rapport lâche ou inexistant a priori avec Zillah. Parfois c’est celui de l’Avocat, parfois celui d’un garçon des rues et son ami clochard, puis avec Adam, un jeune homme hospitalisé au même endroit que le clochard (qui se révèle être son père, disparu depuis toujours). On change de niveau avec la lecture des lettres de Stone et de ses divers correspondants, écrites au début du XXe siècle et pleine de choses bizarres. Stone a pour prénom Brice Ambrose – les amateurs auront reconnu Ambrose Bierce, l’auteur du Dictionnaire du diable, c’est normal. Zillah et l’Avocat refond de temps en temps surface, on se dit c’est un peu compliqué, on se demande si on suit bien, si on a tout compris, on sait que non. Vous me suivez ?

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  • Vérité pour soi, vérité des autres


    Sois près de moi
    Andrew O’Hagan
    Traduit de l’anglais par Robert Davreu
    Christian Bourgois, 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Au milieu de la cinquantaine, le père David Anderton a changé de paroisse pour se rapprocher de sa mère qui « prenait de l’âge » à Édimbourg. C’est ainsi qu’il est arrivé à Dalgarnock, dans l’Ayrshire, une région sinistrée, et travaillée par les conflits de l’Irlande du Nord si proche. Dans une Écosse prolétaire, David Anderton est immédiatement perçu, par son éducation et sa langue, comme un symbole malgré lui de l’Angleterre patricienne, et prêtre catholique sur des terres orangistes.

    Son récit est d’emblée marqué par la fatalité d’un environnement hostile : « Des ennuis comme les miens commencent, comme ils finissent, dans des milliers d’endroits, mais mon année en Écosse pourrait bien servir de révélateur. Il n’y a pas d’autre façon de présenter l’affaire. Dalgarnock apparaît maintenant comme le lieu central dans une histoire qui m’était familière depuis le début, comme si chaque année et chaque heure tranquille de ma vie professionnelle n’avaient été qu’une préparation à la noirceur de cette ville, où l’espoir ressemble à une campanule dont les clochettes sonnent la nuit. » (p. 15)

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  • Slumdog de papier

    9782264045331R1.GIFLes fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire
    De Vikas Swarup

    Traduit de l’anglais par Roxane Azimi - 10/18

    (par Anne-Marie Mercier)

    Si vous avez vu le film, Slumdog Millionaire, avez-vous pensé à lire le livre qui est à l’origine du scénario ? Si vous avez aimé le film, faites-le, vous y retrouverez une foule de choses qui ont fait le succès du film : le cadre du jeu télévisé, la peinture d’une grande partie de l’histoire de l’Inde, beaucoup d’humour et de candeur dans un univers de brutes.
    Si vous ne l’avez pas aimé, c’est encore mieux : vous comprendrez encore mieux pourquoi, et le livre vous intéressera. Si le film a eu un prix d’adaptation, c’est sans doute du fait du grand travail de simplification qui a été fait à partir du livre. Adaptation très réussie, pour l’efficacité, mais quel dommage pour la subtilité et la vérité du regard porté sur l’Inde. Vous trouverez le jeu télévisé, mais une organisation des souvenirs radicalement différente, plus éclatée, ne suivant pas l’ordre chronologique. Vous verrez que ce qui conduit le jeune homme dans ce jeu, ce n’est pas un amour fleur bleue plus bolliwood que bolliwood, mais la vengeance ; voila qui est beaucoup plus intéressant !

    L’Inde décrite y est encore plus impitoyable et plus complexe. La scène scatologique ridicule et invraisemblable du début du film n’existe évidemment pas. On y voit aussi les restes de la présence anglaise, à travers la tragique histoire du brave pèreTimothy qui élève le jeune héros orphelin, et le baptise «Ram Mohamed Thomas », pour ne fâcher personne (mais en indiquant au passage que les sikhs pourraient y trouver à redire. Ainsi, ce soi-disant enfant des bidonvilles est dans la version originale un garçon élevé par des anglicans qui lui apprennent à parler dans leur langue et à chanter « Twinkle, twinkle », ce qui change bien des choses pour l’avenir d’un enfant. Mais rassurez vous, les choses se gâtent très vite et très fort, au rythme endiablé qu’a conservé le film, avec un art de la coupe et du montage parfaits et un humour décapant. Et en plus, ça finit bien, mais vraiment par hasard, et personne n’est dupe.

  • Pas de grand soir

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    Vienne le jour
    Gabriela Adamesteanu

    Traduit du roumain par Marily Le Nir

    Gallimard

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    « Cachée dans les creux du trottoir, la lumière grise frémissait faisant trembler au fond de l’eau les feuilles immobiles ». Cette phrase, choisie un peu au hasard parmi beaucoup d’autres, ne paie pas de mine au premier abord ; pourtant, dans sa densité, elle campe parfaitement l’atmosphère du livre et l’art de la romancière, qui n’a pas son pareil pour tirer d’un paysage grisâtre et du délabrement de l’environnement les éléments naturels (la lumière, l’eau, la terre, la végétation stagnant dans l’air en léger mouvement…), ces éléments reflétant eux-mêmes l’état d’âme du personnage. Il en est ainsi tout au long de ce deuxième roman de Gabriela Adamesteanu traduit en français (après Une matinée perdue en 2005), publié d’abord en 1975 à Bucarest, donné aujourd’hui dans son intégralité, avec restitution des passages censurés dans la première édition.

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  • Le monde merveilleux de Walt Disney

    roi amérique.jpgLe roi de l’Amérique

    de Peter Stephan Jungk

    traduit de l’allemand par Johannes Honigmann

    Editions Jacqueline Chambon, 2009

     

     (par Myriam Gallot)

     

    Son nom est « familier à plus de monde que celui de Jésus-Christ ». C’est lui qui le dit. Aux Etats-Unis, quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende. Et Walt Disney ne s’est pas privé de fabriquer la sienne, lui, la parfaite incarnation du rêve américain, aimant se présenter jusqu’à la fin de sa vie comme un « garçon de la campagne, qui se cache derrière une souris et un canard ».

     

    Le roman-biographie de Peter Stephan Jungk, consacré au personnage, a beau jeu de mesurer, non sans une inévitable cruauté, l’écart entre l’homme et le mythe. On y découvre un Walt Disney vieillissant, presque anachronique dans les années 60, aussi raciste que généreux, réac et visionnaire, tour à tour Peter Pan et grand méchant loup. Un roi de l’ambivalence, père de Mickey, qu’il n’a jamais dessiné, et qui eut surtout le génie d’exploiter celui des autres. Un mégalomane qui rêvait d’immortalité, jusqu’à former des projets de cryogénie, dans l’espoir d’être ramené à la vie un jour. Mais n’est pas Jésus-Christ qui veut. Walt Disney échoua en son ultime projet.

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  • Trompe-l’œil

    couvsiefener.jpgNonnes
    Michael Siefener

    Traduit de l’allemand par Isabelle David et Élisabeth Willenz

    Le visage vert, 2008

     

    (par Romain Verger) 

     

    Tout en recyclant des thèmes traditionnels du fantastique (performativité de l’art, satanisme, hantise et spiritisme), Michael Siefener nous plonge dans un univers envoûtant et déroutant, d’une implacable efficacité. Dans un récit à emboîtements multiples, l’auteur tend un miroir à l’écrivain, scrute les processus menant à la création romanesque, ses motivations et implications. Qu’emprunte celle-ci au réel ? S’en évade-t-elle ou au contraire, le dévoile-t-elle d’autant mieux qu’elle l’aborde par le détour de la fiction ? Dans Nonnes, l’imagination qui apparaît de prime abord comme le dérivatif d’un homme englué dans son insipide vie quotidienne, devient son plus redoutable révélateur. L’écriture s’apparente à un acte thérapeutique, analytique même, et qui une fois enclenché, tourne à l’obsession et débouche sur une effroyable reconnaissance : blessures oubliées et traumatismes ensevelis de l’enfance.

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  • L'éternel mari

    couvcollier.jpgDouble

    Jean Collier

    Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel

    Le visage vert, 2008

     

    (par Romain Verger)

     

    Dans son premier roman, l’auteure anglaise Jean Collier raconte un impossible deuil, celui que tente de surmonter Photis, une jeune femme devenue la veuve de son ami Ian qui s’est noyé lors d’un séjour au Mexique. Pour autant, Ian est omniprésent, jusqu’à tisser son propre récit dans la fiction où alternent narration à la 1e  et à la 3e personne. Présence paradoxale et fantomatique, surgie de l’au-delà pour compter encore dans la nouvelle vie de la femme aimée, peser sur ses choix et s’immiscer dans ses aventures sentimentales. Un défunt coriace, éternel mari que la jalousie est parvenue à sauver des eaux pour hanter les vivants et s’en nourrir : « Je suis cette maison, se dit Photis. Ian est comme la mérule ; il vit dans mes os, dans mon âme ; invisible – mais ses dégâts sont immenses. Il me mange de l’intérieur. Un jour, il ne restera plus de moi qu’une coque vide et desséchée. » Jalousie de Ian à l’égard d’Ottavio qui partage la complicité de Photis, puis à l’égard d’Eric pour lequel elle éprouve du désir et avec lequel elle aimerait refaire sa vie. Alors Ian les épie, les suit, observe ces longues heures de travail qu’ils partagent, va jusqu’à passer la nuit à leurs côtés. Un sentiment qui tourne au délire lorsqu’il l’imagine aimée et possédée par de multiples hommes et femmes : « Photis va d’un garçon à l’autre, et tous cherchent à la retenir […] Mon épousée des ténèbres se faufile dans la foule un verre à la main ; […] dans le vacarme des filles rient ; et l’une lui caresse les cheveux, tout contre un mur tout en miroirs. »

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  • Collectionner, conquérir : l'Inde, l'Égypte

    empire.jpgAux marges de l'Empire
    Conquérants et collectionneurs à l'assaut de l'Orient de 1750 à 1850

    Maya Jasanoff

    Essai traduit de l'anglais (2006) par Isabelle Taudière

    Éditions Héloïse d'Ormesson, 2009

     

    (par Françoise Genevray)

     

    Maya Jasanoff enseigne à Harvard l'histoire impériale et culturelle de la Grande-Bretagne. Analyse comparée de la formation des empires britannique et français, son livre s'articule autour de leur rivalité permanente, avec pour la période traitée ses temps forts (la guerre de Sept Ans, l'expédition d'Égypte) et ses points névralgiques (Amérique du Nord, Inde, rives du Nil). La comparaison est d'autant plus pertinente qu'elle ne peut se borner au parallèle des deux puissances. Si France et Grande-Bretagne évoluent presque simultanément de l'expansion commerciale, étayée d'influences diplomatiques, à la conquête et à l'occupation directe de pays étrangers, c'est que leurs ambitions respectives se forgent dans l'antagonisme et se renforcent dans la confrontation. Le plan de l'ouvrage reflète cette dynamique : entre deux parties consacrées à l'Inde (1750-1799) et à l'Égypte (1801-1840), zones de concurrences marchandes, d'ingérences diplomatiques et de conflits armés, s'insère un volet réunissant ces deux pays, pris en tenaille dans un « choc des Empires (1798-1801) » qui prime sur celui dit plus tard « des civilisations ».

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  • D’encre et de bois

    Masereel2.jpgFrans Masereel. Une biographie.

    Joris van Parys

    Archives du Musée de la Littérature / Luc Pire, 2009

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Un soldat au regard halluciné, rampant et hurlant « Assez ! » face au feu de l’ennemi. Le corps d’une femme se précipitant sous un pont dans des eaux sombres, marquées du mot « désespérance ». Un inconsolé enfouissant son visage dans la poitrine d’un amour vrai – ou peut-être vénal. Un couple enlacé sous une lune complice et l’œil bienveillant d’un chat. La silhouette d’un pendu qui se découpe dans l’encadrement d’une fenêtre. Des grévistes en colère, des marchands de canons repus, des ivrognes vacillant sous le lampadaire. Et puis surtout des villes, foisonnantes, aux mille tentations, aux millions d’embûches et de destinées.

    Tous ces arrêts sur images encrés sur bois, dont le noir tranche sur le blanc avec force, portent la même signature : celle de l’artiste gantois Frans Masereel (1889-1972). Témoin des deux conflits mondiaux, ce peintre et illustrateur a saisi avec une lucidité âpre mais généreuse les tourments individuels et les tourbillons collectifs qui agitèrent les années 20 et 30.

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  • Ulysse en Berlusconie

    benni3.jpgAchille au pied léger
    Stefano Benni
    traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli
    Actes Sud, 2005 /
    Babel, 2009

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Depuis 2700 ans, le vieil Homère suscite des iliades et des odyssées à foison, et ce n’est pas Joyce qui aura mis un point final à la série. Chez Stefano Benni, Achille a le pied léger (ou le fauteuil véloce), mais c’est Ulysse qui court, se démène, va et vient pour les autres et pour lui, déjoue des pièges, maîtrise ses peurs, cède à quelques tentations.

    Résumons (très succinctement, car le foisonnement est tel qu’on se perdrait facilement – et délicieusement – dans les itinéraires du héros). Ulysse, qui vit comme ses compatriotes sous l’autorité fascisante d’un «duce» d’aujourd’hui, lit des manuscrits pour une petite maison d’édition, et tâche d’écrire lui-même. Il aime Pilar, qui a des difficultés avec son permis de séjour, et fait la connaissance d’Achille, jeune paralytique à la personnalité envahissante et angoissante. Ils se prennent l’un pour l’autre d’une amitié exigeante (Achille) ou perplexe (Ulysse), et communiquent par ordinateur interposé, dans de longues conversations qui remettent en cause l’ordre du monde (comme toute bonne iliade) et recomposent la personnalité et la destinée du héros (comme toute bonne odyssée).

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  • Biographie énigmatique et roman polyphonique

    ilija.jpgLe collectionneur de mondes

    Ilija Trojanow

    roman traduit de l’allemand par Dominique Venard
    Buchet Chastel, 2008

     

    (par Christophe Rubin)

     

     Si la vie de Richard Francis Burton a été sulfureuse, sa mort a donné l’occasion à sa veuve d’en faire un personnage définitivement mystérieux : non contente de lui avoir fait administrer l’extrême onction malgré des pratiques sexuelles et autres expériences qui n’étaient pas en odeur de sainteté – sans compter une conversion à l’islam – elle a immédiatement brûlé son journal intime et un certain nombre de feuillets manuscrits…

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  • Fugues et labyrinthes

    9782296076174r.jpgEst
    Laura T. Ilea

    Traduit du roumain par Nicolas Cavaillès
    Préface de Marcel Moreau

    L’Harmattan, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Dans l’une des nouvelles qui composent ce recueil, « EscriTore », un vieil écrivain se souvient de ce que lui disait une amie de New York : « Un jour tu rencontreras tes mots en chair et en os. Un jour ce ne seront plus les exhalaisons douloureuses de ton esprit, mais des présences réelles. Alors tu comprendras tout ».

     

    Visiblement, Laura T. Ilea, née en Roumanie, vivant actuellement à Montréal, a fait entre deux continents l’expérience de l’incarnation des mots. Ses personnages, si différents les uns des autres, si semblables dans leur humaine aspiration à trouver la sortie du tunnel, se construisent sur le verbe – les paroles qu’ils échangent, celles qu’ils n’échangent pas mais qui peuplent leur monde, qui hantent leurs rêves et qui guident leurs mouvements.

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  • Ombres danoises

    otage.jpgL’Otage
    Olav Hergel
    traduit du danois par Laurence W. Ø. Larsen
    Gaïa, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    L’aspect roman policier n’est pas celui qui domine ou qui intéresse le plus : on sait d’avance qui a fait quoi et pourquoi, et la chasse à l’homme de la fin du roman tient une faible place. Mais on est pourtant constamment face à une enquête et à des stratégies de dévoilement.
    Une journaliste travaillant pour un grand quotidien conservateur danois est enlevée en Irak. Son jeune ravisseur la fait évader pour lui éviter la mort et lui demande de mentir sur les conditions réelles de sa fuite afin d’éviter d’en subir les conséquences. D’où une première enquête, celle de ceux qui ne se satisfont pas de ses déclarations lorsqu’elle rentre en héroïne dans son pays et qui tentent de comprendre ce qui s’est réellement passé.

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  • Abrutissement généralisé

    debris.jpgDébris

    Dennis Kelly

    traduit de l’anglais par  Philippe Le Moine et Pauline Sales

    Editions théâtrales, Culturesfrance, collection Traits d'union, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    « Pauvre maman. Elle n’avait pas compris que les gens dans le poste ne sont pas réels, ce n’est qu’un écran magique, les mots ne sont plus qu’une collection chaque jour plus abstraite de sons dans les airs. La réalité était bel et bien dans son ventre, la réalité grandissait là, c’était moi la réalité. Une enfant-plante suçant la mort par sa langue-pomme de terre – c’était ça la réalité. »

     

    Texte saisissant, Débris traite de la déliquescence familiale, sociale et humaine et examine avec acuité la manière dont les rapports (de force ou d'amour) entre les générations évoluent, corrompus par l’incommunicabilité, elle-même engendrée par la télévision, omniprésente : un mal déréalisant qui provoque une perte des repères, du sens et pire encore. Il s’agit là d’un théâtre essentiellement allégorique, où l’horreur des situations exposées sert avant tout à mettre l’accent sur les dysfonctionnements qui agitent les rapports humains, en particulier la relation parent-enfant.

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  • Chemin brisé

    1228925977_Smaus.jpgPetite, allume un feu…
    Martin Smaus

    Traduit du tchèque par Christine Laferrière

    Editions des Syrtes, 2009

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Le clan Dunka représente, en quelque sorte, la synthèse des familles tziganes, de leurs conceptions (ou non conceptions) de l’existence. « Les Dunka ne voulaient faire de mal à personne : ils voulaient vivre. Et ils vivaient comme ils en avaient l’habitude depuis des siècles, oubliant la veille et ne voulant pas savoir ce que leur apporterait le lendemain. Ils vivaient des milliers de vies, naissaient et mouraient sans cesse chaque jour ». C’est dans ce contexte que naît et grandit Andrejko, voleur hors pair, et pour cela choyé par les petits qui profitent de ses cadeaux, jalousé par les grands qui, ne pouvant l’égaler, se dressent contre lui.

     

    Dans la Tchécoslovaquie contemporaine, des dernières années du communisme à la partition du pays, en passant par l’ouverture, la démocratisation et l'avènement du capitalisme, avec les enthousiasmes et les angoisses que cela suscite, Andrejko est ballotté, accompagné d'une famille fluctuante et se délitant peu à peu, d’un lieu à un autre : du hameau campagnard, proche de l’Ukraine, où la tribu vivait selon les traditions, aux villes grises, froides, inhospitalières (Ostrava, Prague, Plzen), d’un appartement délabré à la maison de correction…

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  • Mémoires venus du froid

    tchirkov.jpgC'était ainsi... : un adolescent au Goulag

    Iouri Tchirkov

    traduit du russe, préfacé et annoté par Luba Jurgenson

    Éditions des Syrtes, 2009

     

    (par Françoise Genevray)

     

    Iouri Tchirkov (1919-1988) est un écolier de quinze ans quand on l'arrête en 1935 avant de l'envoyer aux îles Solovki. Les chefs d'accusation relèvent de la fantaisie pure : c'est l'époque où l'article 58 fait des ravages avec sa kyrielle d'alinéas (propagande contre-révolutionnaire, « contacts avec la bourgeoisie mondiale », sabotage, espionnage, etc.) et un résultat dramatique pour des millions de gens : un soviétique sur cinq environ eut affaire au Goulag de 1930 à 1953. Sans oublier les étrangers poussés dans ces contrées glacées par la « roue rouge » (Soljenitsyne).

    Les Solovki, archipel situé en mer Blanche à soixante kilomètres du continent, abritaient un vénérable monastère, fermé en 1920 et aussitôt transformé en zone pénitentiaire. Le pouvoir soviétique va anéantir peu à peu l'ancienne élite et la vieille intelligentsia. Le peuplement initial du camp sort tout droit du défunt Empire : hauts fonctionnaires, officiers du tsar, aristocrates, intellectuels, artistes, évêques et archevêques orthodoxes, bientôt rejoints par des révolutionnaires non bolcheviks (mencheviks, anarchistes, SR), puis par des droits communs.

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  • Old wave

    vague.jpgLa Vague

    Todd Strasser

    traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier

    Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2008

     

    (par Samia Hammami)

     

    En avril 1967, dans un lycée à Palo Alto (Californie), se serait déroulée une étrange expérience initiée par Ron Jones. Ce professeur d’histoire, devant son incapacité à sensibiliser ses élèves aux mécanismes dont relève un parti tel que le NSDAP, aurait tenté d’appréhender le concept de totalitarisme par un biais moins conforme. Il leur aurait démontré comment des citoyens ont pu soutenir les principes nazis et laisser opérer le génocide que l’on connaît sans éveiller la désapprobation des foules en créant, au sein de sa classe, le mouvement « La Troisième Vague ». Cette émanation fascisto-scolaire aurait alors déferlé pendant une semaine dans l’établissement avant de se voir finalement endiguée avec fermeté.

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  • Le bonheur est dans la forêt

    doppler3.jpgDoppler
    Erlend Loe
    traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
    Gaïa, collection taille Unique, 2006 / parution en 10-18 janvier 2009

     

    (par B. Longre)

     

    Qui est réellement ce Doppler qui donne son nom au quatrième roman d’Erlend Loe publié en français et qui, soit dit en passant, nous fait tant rire ? Un irrécupérable ahuri ? Un asocial invétéré ? Ou tout simplement un sage, qui a bien raison de fuir travail, épouse et enfants, d’aller trouver refuge dans la forêt proche d’Oslo et d’adopter un jeune élan comme seul compagnon ? Certes, Doppler reconnaît ouvertement sa misanthropie en admettant ne pas aimer les gens (surtout les Norvégiens…) et son départ s’accorde à la logique jusqu’au-boutiste qu’il a décidé de suivre désormais. Avide de silence, il vit depuis six mois dans la forêt où il a planté sa tente dans un coin tranquille et érige petit à petit un système de valeurs dont le premier commandement est le suivant : fuir l’application humaine, qui caractérisait la vie étriquée qu’il menait avant, faite de petites obsessions matérielles et de préoccupations déshumanisantes, vécue au rythme des Teletubbies, héros de son fils téléphage, ou des élucubrations tolkieniennes de son adolescente de fille.

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  • Culpabilité collective

    lward.jpgOutside Valentine

    Liza Ward

    Traduit de l’américain par Françoise Jaouën, coll. « Domaine étranger », Editions 10/18

     

    (par Madeline Roth)

     

    Au début on ne comprend rien. « Dans mon rêve, la neige tombait partout dans mon bon vieux Nebraska. » On a en tête la très belle image de couverture, ce rouge sang dans la neige blanche, et pendant toute la lecture on a froid. Au début on ne comprend rien mais on est embarqué. Trois années, 1991, 1957, 1962, et trois voix, trois personnes dont on essaie de deviner les liens, jusqu’à ce que tout se mette en place. Et c’est magistral.
     En 1958, dans l’hiver du Nebraska, Charles Starkweather, 19 ans, et Caril Ann Fugate, 14 ans, tuent onze personnes, au terme d’une des plus célèbres tragédies américaines. Liza Ward, l’auteure du texte, a perdu ses grands-parents dans ce drame.

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  • Emmurée vivante

    ofarrell.jpgL’étrange disparition d’Esme Lennox

    Maggie O’Farrell

    Traduit de l’anglais par Michèle Valencia

    Belfond, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Deux jeunes sœurs dans les années 30. L’une fait la fierté de ses parents en se conformant à leurs attentes, l’autre refuse tout compromis.  L’histoire se déroule entre l’Inde et l’Écosse, dans une famille bourgeoise. Esme, petite fille espiègle et rêveuse grandit aux côté de sa douce sœur Kitty et de son petit frère adoré. Les prémices d’une incompréhension parentale à son égard se font sentir. Elle est indomptable et rebelle, ce qui agace et déroute ses géniteurs. Plus tard, la jeune femme repousse les avances des garçons de bonne famille qu’on tente de lui présenter. Elle refuse l’idée du mariage et veut poursuivre ses études. Mais un jour tout bascule, Esme disparaît de la circulation et de la mémoire familiale…

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