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école des loisirs

  • Maman en solo

    ma mère.gif

    Ma mère dans tous ses états

    Gwendoline Raisson, illustré par Magali Bardos

    L’école des loisirs, 2008

     

    (Par Caroline Scandale)

     

    Voici un petit album très drôle écrit du point de vue de l’enfant, qui met en scène le quotidien d’une maman célibataire et de son petit garçon. On s’amuse de l’interprétation qu’il fait des états d’âme de l'adulte et on rit du décalage entre la réalité et le ressenti de l’enfant, perception tantôt judicieuse, tantôt déformée, mais toujours pleine de bon sens. A travers trois petites histoires indépendantes les unes des autres on découvre que sa mère a peur du noir et tente de lui cacher, qu’elle est prête à se ridiculiser pour lui faire manger des légumes verts et qu’elle a un amoureux secret. Mais le petit garçon n’est pas dupe, il lit en elle comme dans de l’eau de roche… Enfin, c’est ce qu’il croit…

    Ma mère dans tous ses états est publié dans la collection Off-Pastel. Cette collection réunit des livres d'humeur et d'humour qui parlent aux enfants et aussi aux plus grands. « Des livres singuliers avec un brin de folie ou de philosophie, qui sortent des rails sans toutefois dérailler. »

     

    http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

  • Oursons facétieux

    oursons.gifOursons

    d’isabelle Gil

    L’école des loisirs, Loulou et compagnie, 2008
    (de 2 à 4 ans)

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Dans un album cartonné pour les petites mains, les oursons en guimauve prennent la pose pour la photo. Combien sont-ils ? 1, 2, 3, 4… 10 Il suffit de les compter. Ils sont adorables, avec leurs grands yeux ronds et leurs poses cocasses.  Et ils nous font des clins d’œil, que ce soit ourson-Ulysse encordé au mât du bateau, ourson-cerf qui fut peut-être l’amant de Diane, oursons se câlinant allongés sur une serviette de plage, ou cachés sous un sapin pendant que les autres s’adonnent aux sports d’hiver. Un album irrésistible, et pas si guimauve. C’est qu’ils sont coquins, ces animaux…

     

    http://www.ecoledesloisirs.fr/

     

    http://isabellegil.over-blog.com/

  • Secrets de famille

    Vermot.jpgQuelque chose à te dire
    Marie-Sophie Vermot
    L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Ariane, 16 ans, se rend sur l’île bretonne où vit sa grand-mère, Julia Legohen, artiste peintre renommée. Elle ne se sont jamais rencontrées : une brouille aux ressorts inconnus sépare la mère d’Ariane, Dominique, de sa propre mère. La jeune fille a pris prétexte d’une recherche scolaire pour prendre contact avec Julia. Elle a été immédiatement invitée à lui rendre visite. Le roman commence à son arrivé sur l’île de Sainte-Barbe et se clôt avec son départ. Sur place, elle fait la connaissance de la compagne de Julia, Marthe, et d’un « jeune homme » qui fut longtemps leur voisin, Nathan. Au fil de promenades avec ce dernier et d’échanges artistiques avec sa grand-mère, Ariane semble s’installer dans un décor tranquille, sans aspérités. Tout bascule dans le dernier tiers du roman, quand un orage vient aiguillonner la curiosité de la jeune fille.

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  • Munch: cris et chuchotements

    E109939.gifEdward Munch, l'enfant terrible de la peinture
    Arnaud Cathrine

    L’école des loisirs, collection Belles vies, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    La vie du peintre norvégien Munch est évoquée par des témoignages de contemporains : sa soeur, d’autres peintres (Krogh), des écrivains (Jaeger, Goldstein, Przybyszewski), un médecin, des historiens d’art, des témoins divers. Si ces témoignages sont fictifs, leur matière ne l’est pas : les événements et les idées du peintre sont tirées de journaux, lettres, entretiens.

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  • Olga, la compil

    olga.jpgLe grand livre d'Olga
    Geneviève Brisac, illustrations Michel Gay
    L'Ecole des loisirs, 2008

    (par Blandine Longre)

    Excellente idée que de rassembler les douze histoires d’Olga, la jeune héroïne imaginée par Geneviève Brisac il y a déjà quelques années (en 1990, pour être exact, date de sa première apparition dans la collection Mouche) dans un seul volume grand format d’une belle épaisseur, ponctué des esquisses de Michel Gay : pas moins de 420 pages d’aventures familiales qui mettent en scène une fillette, entre candeur et lucidité, toujours prompte à s’interroger et à enquêter (sur l’existence du Père Noël, dans Le Noël d’Olga), à remettre en question l’ordre des choses, à s’inquiéter de ce qui pourrait passer pour des broutilles aux yeux des adultes (quand il s’agit d’inviter des amies qui risquent de se moquer de sa maison « nid de souris », dans Olga fait une fête), ou à se révolter face à des injustices flagrantes – comme dans Olga et les traitres (où l’arrivée d'une remplaçante terrifiante incite certains enfants à céder à la peur), Chaque histoire dévoile habilement les appréhensions, les bonheurs et les difficultés qui font grandir, à travers les expériences quotidiennes d’une petite fille volontaire et attachante, dans une famille ou la liberté d’expression prévaut.

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  • De la vie des abeilles rêveuses

    E111512.gifLes rêves de Pauline
    De Chris Donner

    L’Ecole des loisirs (Mouche), 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Pauline est une abeille qui n’a pas d’ailes et qui s’endort à tous moments. Mais elle a un talent : elle rêve et ses rêves distraient la reine qui la favorise et la protège. Cette fable pourrait soutenir de nombreux propos lénifiants sur le handicap, ou d’autres qui le sont moins, sur les délices de la paresse, la place des artistes dans un monde utilitariste, la vie en collectivité, le caprice des puissants…
    Mais Chris Donner ne la prend pas au sérieux et mène son récit avec humour, désinvolture, et un ton délicieusement narquois qui évite à cette histoire de tomber dans la leçon de morale à l’usage des écoles. Le dernier rêve de Pauline est d’ailleurs un cauchemar d’école. « Comment peux-tu rêver des choses aussi affreuses ?» dit la maîtresse. « Je ne sais pas. Il faudrait demander à celui qui écrit le livre sur moi ». Nous le direz-vous, Chris Donner ? Pauline est-elle un masque de l’écrivain? Nous le saurons (peut-être) au prochain épisode.
    En attendant, ce tout petit récit est délicieux.

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  • Chroniques d’une vieille taupe - 4e épisode.

    tigrr.jpgMonique la taupe vous invite à découvrir quelques albums...

     

    (par Monique)

     

     

    Me revoilà !

     

    En pleine forme.

    J’vous avais prévenus que je reviendrais vous embêter après les vacances. Et me revoili me revoilou. Ça sent encore les vacances dans la maison des livres. Une petite odeur de vert. Sens un coup, vas-y donc de la reniflette, pour une fois qu’on t’autorise, et « on » c’est pas n’importe qui, c’est Monique. Alors, tu sens ?

    Tu dis ? Un parfum délicat de… bouse ? Tu… tu crois ? J’aurais enfin trouvé ?

    Raté. Encore raté ! C’est l’Arlésienne, ma taupe à la tête crottée. Voilà ce que c’était :

    Une vache dans ma chambre. Meuh non ! moi c’est une taupe, que j’ai dans ma chambre, Bernard de mon cœur. Mais tout de même, par curiosité, j’ai ouvert le livre avec sa vache de couverture à l’envers, dans l’eau, comme en apesanteur et là, c’est ma tête qui s’est mise à tourner, avec les mots, avec les vers libres, ah ! la poésie, ça nous rend la vie plus douce, tout de même. « J’aimerais être un ruminant pour manger l’herbe de ma chambre et digérer le silence de la nuit .» Et moi, Monique, qu’est-ce que j’aimerais être ? J’aimerais être… Si t’as une idée, aide-moi. Tu peux. J’aimerais être… Bidiou ! Je peux avoir un joker, appeler Bernard ? Pas tout de suite ? Je dois réfléchir un peu, avant ? J’aimerais être…

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  • Enfance chinoise, entre gris et rouge.

    maoetmoi.jpgMao et moi
    Chen Jiang Hong
    L’Ecole des loisirs, 2008 

    (par B. Longre)

     

    Chen Jiang Hong, peintre et illustrateur vivant en France depuis une vingtaine d’années, est né dans une grande ville du nord de la Chine, là où commence son récit autobiographique : une suite d’anecdotes et de souvenirs qui défilent dans l'ordre chronologique et laissent apparaitre, en filigrane, la douceur de la vie quotidienne, auprès de parents et de grands-parents aimants, et sa dureté. En 1966, il a trois ans, quand débute la révolution culturelle dont on connaît les conséquences désastreuses qu’elle a pu avoir sur le pays et les individus.

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  • Les débuts sont des moments délicats

    tgornet3.jpgJe n’ai plus dix ans
    Thomas Gornet
    Neuf, L’école des Loisirs, 2008

    (par Madeline Roth)

    « Il y a un film de science-fiction qui commence dans les étoiles. On les voit s’allumer une par une. Et ensuite une tête de femme apparaît, comme si elle flottait dedans. Et elle dit : « Les débuts sont des moments délicats ».

    Je n’ai plus dix ans est le deuxième livre de Thomas Gornet, après Qui suis-je ?, publié dans la collection Medium de L’Ecole des Loisirs, en 2006. Ce premier livre avait déjà ce goût de terre, de cour d’école, de bleus au genou. Il y a des auteurs qui parlent de l’enfance comme s’ils n’en étaient jamais tout à fait partis. Pas quelque chose posé à côté, dissonant. Et puis il faut voir Thomas Gornet sur scène aussi, pour se remplir d’images.

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  • Retenez ce titre...

    apercin3.jpgL'âge d'ange

    Anne Percin

    L'école des loisirs, Médium, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Retenez ce titre : L'âge d'ange. Un roman dont il est bien difficile de parler, pour diverses raisons dont certaines n'apparaissent qu'au fil de la lecture... Disons simplement qu’il s'agit d'une rencontre inattendue autour d'un livre fascinant (d’abord adoré, puis désacralisé, et pour finir inoubliable), de l'éveil d'une conscience et d’un corps, d’une émancipation et, surtout, du bouleversement intime (« Le choc fut si violent que, des années plus tard, alors que j’écris ces lignes, je tremble. ») qu’éprouve un ange solitaire, au contact d’un autre ange, peut-être : « A la limite, on pouvait presque lui trouver une tête romaine. Un peu comme Marlon Brando, du temps de sa splendeur. » L’histoire, d’une grande justesse, est teintée de nostalgie mais aussi de fatum, et l’intrigue emprunte nécessairement à la tragédie grecque, entre terreur et pitié, violence et tension (mais il faut le lire pour comprendre). L’ensemble va bien au-delà du très conventionnel roman d’apprentissage et le regard rétrospectif de la narration confère une richesse certaine au récit, qui navigue entre impressions et sensations passées et souvenirs au présent de ces moments d’une rare intensité.

    http://www.ecoledesloisirs.fr

  • À l’abordage !

    voltz9.jpgLe livre le plus génial que j’ai jamais lu…

    Christian Voltz

    L’École des Loisirs, Collection Off-Pastel, 2008

     

    (par Samia Hammami)

     

     Voici un ouvrage qui tient les promesses de son titre car, oui, Le livre le plus génial que j’ai jamais lu… est tout bonnement génial ! Une jeune fille pirate combattant au pistolet laser et se délectant de saucissons à la queue de chat est incapable de s’endormir sans son nounours et cherche gaîment son Prince Charmant. Le trouvera-t-elle ? Et quel est ce bonhomme grognon qui, muni d’une langue bien pendue, se permet d’interférer entre chaque double page, voire carrément de s’immiscer dans l’histoire narrée par l’auteur ?

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  • Mords-le

    mordsle.jpgMords-le !
    de Michel Backès
    L’école des loisirs, 2007

    (par Anne-Marie Mercier)

    Un cauchemar de chasseur, à rapprocher du Petit humain d’Alain Serres. Le chasseur et son chien prennent un tout petit lapin, qui leur promet de les emmener dans un lieu où il y en a de plus gros. Ils tombent sur des lapins géants qui renversent l’échelle des tailles. Ils se proposent d’engraisser l’humain (bien trop petit à leur goût) pour le repas d’anniversaire de leur petit.
    Cette fable (qui finit bien) est illustrée un peu à la manière de Benjamin Rabier, avec un charme désuet rafraîchissant.

  • La grande aventure de Champlain

    champlain3.jpgVoyages
    Samuel de Champlain

    Abrégé par Marie-Hélène Sabard
    Classiques abrégés, L’Ecole des Loisirs, 2008

     

    (par Jean-Pierre Tusseau)

    Alors qu’on s’apprête à célébrer le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, si on en profitait pour se replonger dans la grande aventure de Champlain telle qu’il l’a lui-même racontée ?

    De 1603 à 1635, ce navigateur, découvreur, cartographe, a relaté dans le détail ses douze voyages entre la France et la Nouvelle-France, ses explorations et ses relations avec les « sauvages » dont il décrit les habitations, le mode de vie, les croyances, les rivalités entre tribus. Il évoque aussi la complexité des problèmes, évidemment d’ordre climatique, mais aussi techniques et politiques, rencontrés dans sa tentative d’installation d’une véritable colonie et l’édification d’une ville française, celle dont on va célébrer le 400e anniversaire et qu’il ne désigne encore que par « l’habitation ». Le découvreur, gouverneur, gestionnaire porte sur le monde qui l’entoure un véritable regard d’ethnologue.
    Chose exceptionnelle, en publiant ses récits dès 1613 puis entre 1619 et 1632, il a été le premier découvreur et fondateur à diffuser largement, presque « en direct » la progression de ses découvertes.

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  • L’art de prendre des gants… avec les mots

    almassy1.jpgAutobiographie d’un fantôme et autres fictions
    Eva Almassy

    Médium de l'Ecole des loisirs, 2007

    (Par Caroline Scandale)

    Madeleine Delande est la seule écrivaine au monde à n’écrire qu’avec des gants. Ses contes, nouvelles, lettres ou récits rivalisent d’inventivité. Les pensées surgissent à vau-l’eau, comme furieusement inspirées par la matière, l’apparence et l’utilisation de l’habit. D’ailleurs qu’il soit de tissu, de laine ou de cuir, l’écrin lui va comme un gant.

    Il suffit à Madeleine de glisser ses mains dans des mitaines en cuir pour qu’elle devienne un instant la jeune Emma, éprise d’un bel inconnu à l’odeur sauvage. Parée de gants délicatement œuvrés en dentelle d’Irlande, Annaig, apprentie dentellière sur son île bretonne, est convoquée à la table d’écriture. Affublée de gants rouges très longs, Madeleine imagine la romance cruellement délicieuse de Zita et Antonio. L’insaisissable amoureux disparaît subitement de l’existence de sa belle en lui laissant d’ardents messages de rupture : « Mon amour, mon âme, mon tout. Ma demoiselle, ma Zita, mon orageuse…Si tu me regrettes, tu me reverras. Si tu me revois, tu le regretteras… »

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  • Jacques, cet inconnu…

    jcartier3.jpgJacques Cartier
    Claire Ubac
    L’école des loisirs, collection belles vies, 2006


    (par B. Longre)

    ou comment (ré)concilier fiction et documentaire biographique.

    Adolescent, Jacques Cartier rêve d’horizons lointains, imagine voguer dans le sillage des navires qui font escale à Saint-Malo (ce « vaisseau de pierres ») et suit avec passion les récits de voyages qui arrivent jusqu’à ses oreilles… Né l’année qui précède la découverte des «Indes» (les occidentales) par Colomb, il baigne dans cet univers stimulant et novateur, et très vite, s’engage comme marin sur des navires de pêche — à l’époque, les Malouins partent régulièrement pour Terre-Neuve et ses eaux poissonneuses. On ne sait pas avec exactitude où l’ont mené ses premiers « pas », mais il est certain qu’en 1520, quand il rencontre François 1er (en personne !) il est déjà un navigateur chevronné (même si, comme ses contemporains, il mesure encore la longitude «à l’estime »…). Le roi voudrait rentrer dans la course aux richesses bien entamée par les Portugais ou les Espagnols et cherche des marins capables d’investir de nouveaux territoires en son nom et, au mieux, de découvrir cette fameuse route vers l’Orient, ce passage que tous s’évertuent à ne pas trouver, avec l’idée de partir du nord, aux alentours de Terre-Neuve — Magellan découvrira son détroit deux ans plus tard, mais y perdra la vie (18 marins sur plus de 200 rentreront à bon port au bout de trois ans…). Jacques doit toutefois se montrer patient (François guerroie du côté de l’Italie et a d’autres chats politico-financiers à fouetter), et ce n’est qu’en 1532 (déjà 41 ans) qu’il est enfin engagé par le roi pour mener à bien une première expédition vers « les Indes »…

    Biographie romancée aux allures de docu-fiction, le Jacques Cartier de Claire Ubac vaut son pesant d’écus et il serait fort dommage de passer à côté de si bonnes pages, d’un récit aussi enlevé, vivant – et « instructif »… chose qu’on tendrait presque à oublier tant l’auteure sait jongler entre fiction et biographie.

    Comment, justement, tenir un jeune (ou moins jeune) lecteur en haleine et l’inciter à aller toujours plus loin, à partir d’une thématique historique qui n’est certes pas rébarbative, mais dont le caractère même pourrait bien avoir raison de sa motivation ? Pour ce faire, l’auteure, fine stratège, apporte à l’écriture une pointe de fantaisie qui allège le sérieux du sujet – sans pour autant manquer de rigueur historique. Plusieurs surprises narratives nous attendent : l’intervention inopinée d’un conférencier, les dialogues récurrents de deux marins malouins, Le jeune et Morbihan, qui commentent à leur façon les progrès des trois voyages de Cartier, des adresses aux lecteurs dans le plus pur esprit classique, ou encore l'intervention directe de la romancière, qui va jusqu'à remettre son travail en question... des procédés qui font de cet ouvrage un artefact hybride, entre fiction et récit historique, entre imaginaire et réalité...

     

    Les passages relatant rencontres et échanges avec les autochtones sont savoureux, et on s’amuse beaucoup de l’exposition des préjugés des uns et des autres ou des tentatives (infructueuses et frisant le ridicule) de Cartier pour convertir les « sauvages » un peu retors (mais on les comprend) et forcément très réticents, voire hostiles (voir entre autres la scène où Cartier, très inspiré, lit des passages de l’évangile aux Indiens…) — la justesse de l’humour servant à mettre l’accent sur les absurdités et les hypocrisies des expéditions (la promesse de convertir des peuples indiens allant de pair avec l’intention de s’approprier impunément territoires et richesses) sans pourtant déprécier entièrement le personnage et son parcours : Cartier reste un héros au Canada (nom issu du terme générique « Kanata », signifiant «village» en huron et que le navigateur aurait pris pour le nom d’une ville indienne) et on ne saurait nier ses qualités (affrontant courageusement ses responsabilités, mais aussi le froid, la maladie, les pertes humaines et les déceptions, se montrant rarement cruel ou destructeur).

    Claire Ubac évoque avec précision le contexte d’un siècle qui s’ouvre tout juste à l’humanisme, d’un temps agité par de nombreuses découvertes (et pas seulement territoriales), où les occidentaux rejettent peu à peu l’immuabilité en toutes choses que l’église chrétienne a instaurée depuis des siècles : « La vision du monde ne cesse alors de se modifier et de se préciser. L’idée se répand que les mers reliées entre elles, loin d’être une étendue de perdition, offrent des routes multiples pour accéder aux terres émergées ! » Et plus loin, d’ajouter : «C’est alors que la vieille vision chrétienne oscille sur sa base. » — enfin !
    Un seul regret pour le lecteur désireux de parfaire ses connaissances : ne pas disposer, en fin d’ouvrage, d’une courte bibliographie permettant d’aller plus loin ou de découvrir les sources de l’auteure. En revanche, on apprécie les cartes retraçant les différents itinéraires de Cartier lors de ses explorations et que l’on suivra parallèlement au texte, ainsi qu’un dossier iconographique de quelques pages au centre de l’ouvrage.
    Un conseil et un seul : lire ce Jacques Cartier plein d’allant comme on lirait un roman, sans se désoler des inévitables lacunes biographiques ; au contraire, en profiter, comme le conseille habilement l’auteure (en partie pour justifier les libertés prises avec l'histoire), pour laisser libre cours à son imagination.

     

    Lire aussi
    Les voyages de Jacques Cartier
    de Maryse Lamigeon et François Vincent
    L'école des Loisirs, Archimède, 2006 - dès 6 ans

     

    http://www.ecoledesloisirs.fr/index1.htm

  • Les voyages forment la jeunesse, c’est bien connu...

    genevievebrisac6.jpgAngleterre
    Geneviève Brisac
    Médium de L’Ecole des Loisirs, 2005

     

    (par B. Longre)

    Les parents d’Adélaïde décident de l’envoyer en séjour linguistique sans l’avoir consultée au préalable (pour des raisons d'abord obscures), la toute jeune fille est révoltée – et se plie malgré tout à l’autorité parentale… Quand elle arrive en Angleterre, elle va de surprises en déconvenues, portant un regard critique sur tout et sur tous – transformant ainsi certaines scènes au demeurant banales en une comédie très acide : la famille d’accueil en prend pour son grade, mais les Français qui l’accompagnent aussi.

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  • Pour les enfants qui n’aiment pas la plage

    genevievebrisac5.jpgViolette et la boîte de sable
    Geneviève Brisac
    Mouche de L’Ecole des Loisirs, 2004

     

    (par Louise Charbonnier)

     

    C’est les vacances. Violette et son petit frère Bruno doivent se dépêcher car Maryse la baby-sitter est pressée d’aller rejoindre son amoureux à la plage. Puis Bruno part jouer avec son copain, laissant Violette seule avec son ennui. Car Violette n’aime pas la plage. Elle a beau essayer de décalquer sur le sable les formes que prennent les nuages, la mer vient inexorablement effacer son œuvre. Violette se sent plus que jamais « seule, abandonnée et sans forces » dans un monde « décidément décevant. Pas solide. Non, pas solide du tout ». C’est alors que Violette aperçoit une boîte en bois ballottée par les vagues. De cette boîte surgit tout un monde, le monde intérieur de Violette, plein de sensations agréables qui s’assemblent et esquissent un sourire.

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  • Petite Anthologie du mystérieux

    mysterieuxdelits3.jpgMystérieux Délits
    L'Ecole des loisirs, 2003 - collection Médium

    (par B. Longre)

    Six nouvelles "policières" de facture plutôt classique composent cette anthologie du mystérieux, dans laquelle les Anglo-saxons dominent : les Américains Lilian Jackson Braun, bien connue pour ses chats détectives, Fredric Brown, auteur prolifique, mort en 1972, et John Dickson Carr, que l'on ne présente plus ; les trois autres récits sont signés Peter Lovesey (auteur britannique dont le fils, Phil Lovesey, suit fidèlement les traces) et deux français : Paul Halter (un Alsacien...), dont l'oeuvre est influencée par Carr, et Michel Lebrun, "le pape du polar", qui livre ici une fable absurde assez réussie.
    Christian Poslaniec, l'anthologiste, explique ses choix (dans une introduction destinée à des lecteurs un peu aguerris au genre) et redéfinit brièvement les caractéristiques du genre policier, une veine qui, peu à peu, quitte le monde de la "paralittérature" pour entrer dans celui de la "véritable" littérature, contredisant ainsi les puristes. Charles Poslaniec a opté pour des nouvelles semi-fantastiques, dont le dénouement est généralement suspendu, en point d'interrogation ; la plupart des intrigues sont habiles et les solutions proposées retorses, souvent imprévisibles.

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  • Un classique

    nadja1.gifChien bleu
    Nadja
    L'Ecole des loisirs , 2002 - Petite bibliothèque

    (par B. Longre)

    Chien bleu est un ouvrage dont les illustrations, de véritables peintures à la gouache, sont les premiers éléments qui accrochent le regard ; le travail sur les visages, souvent mélancoliques et très expressifs, est en harmonie avec l'histoire elle-même : celle de la petite Charlotte, qui reçoit chaque soir la visite d'un chien bleu ; il vient de nulle part, et pourtant, l'on ne remet pas en question son existence, comme la petite fille, qui accepte spontanément ce nouveau compagnon. Mais sa mère, que cette nouveauté inquiète, refuse de garder ce chien à la maison.
    Chien bleu est pourtant un chien qui, si l'on oublie sa couleur, a tout du chien ordinaire ; il en possède du moins les qualités légendaires : fidèle, affectueux, doux et courageux, capable de protéger la fillette lorsque l'esprit des bois (encore une créature dont on admettra qu'elle existe vraiment, elle aussi), transformé en panthère noire, cherche un bon repas.
    L'atmosphère évolue de page en page et l'on doit ce sentiment à une étude approfondie des couleurs et de la chaleur des tons, qui sont susceptibles de transmettre diverses émotions au lecteur (peur, anxiété, joie, chagrin...). Aujourd'hui réédité dans un petit format, ce conte surnaturel et tendre, qui narre une amitié à la fois banale et étrange, attise l’imagination.

    http://www.ecoledesloisirs.fr