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24/06/2009

Entretien avec Sébastien Doubinsky, créateur du Zaporogue

LE ZAPOROGUE 6 couve.jpg(par Myriam Gallot)

Sébastien Doubinsky est écrivain et enseignant à l’université d’Aarhus, au Danemark. Français de naissance, il a passé une partie de son enfance aux Etats-Unis, et écrit aussi bien en français qu’en anglais.

Pour Sitartmag, il présente son nouveau bébé littéraire : la revue Le Zaporogue, dont le numéro 6 vient de paraître.

Qu’est-ce que le Zaporogue en quelques mots ?

C’est la prolongation naturelle, après 15 d’éclipse (!) d’un fanzine littéraire gratuit que j’avais créé à Tours au début des années 90. J’avais sorti quatre numéros à l’époque – donc la revue sous sa nouvelle forme a débuté l’hiver dernier avec le numéro cinq.

Pourquoi avoir créé cette revue ?

J’avais envie de créer un espace libre, où les écrivains, poètes, artistes et autres fainéants aient tout l’espace nécessaire pour leurs créations. Un magazine sans thèmes particuliers, sans bla-bla intellectuel ou snobinard – mais où entreraient en collision une variété de styles, de voix, de langues, pour montrer que la culture est une mosaïque, qui s’enrichit de toutes ses sources.

Je voulais aussi absolument qu’elle fût gratuite, pour montrer que la culture n’était pas une valeur marchande. À l’époque des « hits », « best-sellers » et autres arnaques, il me semblait essentiel de créer un pacte de respect fondamental avec  les écrivains et les artistes – et ce pacte ne pouvait, bien entendu, fonctionner que sans argent. Comme je le dis dans la présentation de la revue et de la maison d’édition du même nom sur sa page d’accueil Myspace (www.myspace.com/zaporogue) : « Avec moi, vous ne deviendrez pas riches, mais vous deviendrez peut-être célèbres »

Quand je vois ce qui est arrivé à mes auteurs Jerry Wilson et D. James Eldon, aujourd’hui publiés par les toutes nouvelles éditions Zanzibar, je me dis que ce n’était peut-être pas tout à fait faux…

D’où vient ce nom  « Zaporogue » ?

D’Apollinaire, tout d’abord – à cause de La Chanson du Mal-Aimé, dans laquelle se trouve reproduite la fameuse lettre où ils envoient paître le sultan de Constantinople.

Des cosaques Zaporogues eux-mêmes, pour plusieurs raisons : la lettre d’insulte au Sultan, qui symbolise pour moi la liberté et l’humour, deux valeurs absolument essentielles à mes yeux. Ensuite, parce qu’un détachement des Zaporogues a rejoint les troupes anarchistes de Makhno pendant la guerre civile russe – et que mon grand-père était anarchiste et le meilleur ami de Voline, le lieutenant de Makhno.

Tu l’animes seul ?

Comme un grand.

Tu as choisi un mode de diffusion assez original, en téléchargement gratuit ou en version imprimée payante : pourquoi ?

Parce que je pense que si on veut gagner cette guerre culturelle dans laquelle nous nageons en ce moment, il faut se servir des outils que le système capitaliste nous donne pour s’en servir contre lui. C’est ce qui s’est passé avec Myspace, c’est ce qui est en train de se passer avec Facebook -  sans parler de la crétinerie criminelle d’Hadopi.  Le téléchargement gratuit est, comme je l’ai expliqué plus haut, le moyen le plus adéquat de faire connaître des inconnus. Qui va payer, ne serait-ce qu’un euro, pour quelqu’un dont il n’a jamais entendu parler ? Vous, peut-être. Moi, peut-être – mais pas beaucoup. Au moment où j’écris ces lignes, la revue a déjà été téléchargée 121 fois…

Quant à la possibilité papier, c’est un plus – pour ceux qui, comme moi, adorent les « vrais » livres.

C’est une revue internationale, écrite en plusieurs langues, à l’image de ton propre parcours entre la France, les Etats-Unis et le Danemark ?

Oui, je suis un cosmopolite pur et je le revendique. Je crois aux mélanges étonnants, aux diasporas fertiles et aux chocs étincelants des cultures.

Quels sont tes critères pour retenir un texte ou une image ? Suis-tu une ligne éditoriale ou te fies-tu à ta subjectivité ?

Subjectivité totale. Ce qui m’attire, dans un texte ou une image, c’est soit la reconnaissable proximité avec d’autres œuvres qui me sont familières, soit la surprise totale. J’aime autant être bousculé que rassuré. Par contre, il est vrai que je veux tout de même donner une certaine image du Zaporogue, qui est celle de la qualité ou du potentiel. Je veux faire découvrir.

Sais-tu qui sont les lecteurs du Zaporogue ?

Oui et non. Je connais mes ami(e)s et les ami(e)s de mes ami(e)s, mais je ne connais pas tous les lecteurs. Mais je crois que ce sont des gens curieux, qui ont envie de découvrir autre chose, de soutenir un projet un peu fou, mais sincère. Je suis très touché par le soutien de nombreux libraires, même si quelques uns me reprochent mon choix de diffusion – ce que je comprends très bien.

Des souhaits ou des projets pour les futurs numéros du Zaporogue ?

Oui, j’ai surtout un regret : que le Zaporogue soit si blanc. Certes, il est d’un beau blanc, plein de talent, mais j’aimerais vraiment qu’il se bariole et que des écrivains ou des artistes d’autres origines que le Grand Occident me rejoignent. Dans le dernier numéro, j’ai deux écrivains du continent Indien. C’est un début, mais vraiment un tout petit début. Le Zaporogue est un métèque, ne l’oublions pas. Il aime, par conséquent, la métèquerie culturelle.

 

Site du Zaporogue: http://lezaporogue.hautetfort.com/

Au sommaire du numéro 6, poésie, nouvelles, illustrations, créations, etc.

JERRY WILSON – THIBAULT DE VIVIES – ANDRÉ ROBÈR – CATHY YTAK TABISH KHAIR – MÉTIE NAVAJO – DÉBORAH REVERDY VS ENTORTILLÉE STEPAN UEDING – LIONEL OSZTEAN – LUC BARANGER – DANIEL LABEDAN – JEFF SYLVA – ALEX SCHREIBER – JONAS LAUTROP – JEAN-FRANÇOIS MARIOTTI ANNE-SYLVIE SALZMAN MARC BRUNIER MESTAS – JOHANNES HØIE –YANNIS LIVADAS – BLANDINE LONGRE – ERIC BEAUNIE – CELINA OSUNA – FRANÇOIS BONNEAU – SOFIUL AZAM – MYRIAM GALLOT – OLE WESENBERG NIELSEN – CHRIS ROBERTS – OLGA ZERI.

Le Visage Vert en cause ici http://www.zulma.fr/visagevert/?p=170

 

 

02/06/2009

Harmonies méditerranéennes

jpg_pdm28.jpgLa pensée de midi n° 28

Les chants d’Orphée, musique et poésie
Actes Sud, mai 2009

 

(par Jean-Pierre Longre)

Les liens qu’entretiennent les mots et les sons, surtout quand ils se rencontrent dans le chant, sont indissolubles, et cette rencontre est à l’origine des deux formes esthétiques que constituent la musique et la poésie. Dès l’antiquité grecque (et la « poésie lyrique » en est le parfait raccourci), elles se combinent harmonieusement, se complètent, se situant toutes deux au cœur de la mémoire et de l’imaginaire, sacrés ou profanes. Le n° 28 de La pensée de midi, « Les chants d’Orphée », est le bienvenu dans ce monde méditerranéen où les conflits, les combats, les violences de toutes sortes font partie du quotidien. « Il demeure une fraternité humaine, une fraternité inspirée par la musique et le chant, une fraternité mise en mots par la poésie qui n’est pas une incantation illusoire. Elle donne sens et inspire un possible élan pour demain », écrit à juste titre Thierry Fabre dans son éditorial.

Les textes qui composent cette belle publication sont représentatifs de l’exceptionnelle diversité qui, autour de l’axe commun musique / poésie / Méditerranée, révèle la richesse du patrimoine culturel ancien et actuel. Des mondes arabo-musulman et judéo-arabe à l’occident païen et chrétien, du savant au populaire, du religieux au divertissant, le périple artistique est, sinon complet, du moins instructif, surprenant parfois, émouvant souvent.

Pour illustrer le tout, un très beau CD d’accompagnement offre des échantillons musicaux et poétiques, de L’Iliade au « Slam » d’aujourd’hui, des rivages de l’Est, de l’Ouest, du Nord, du Sud. On y revient : les mots et les sons se complètent, concrètement, dans une profonde harmonie.

www.lapenseedemidi.org

www.lapenseedemidi.over-blog.com

www.cairn.info

19/01/2009

Hantises et malédictions

vv15.jpgLe Visage Vert, n°15
revue de littérature, parution annuelle, juin 2008
Editions Zulma

(par Romain Verger)

Cette nouvelle livraison du Visage Vert explore le thème des hantises et malédictions à partir d’un large corpus de nouvelles fantastiques appartenant au domaine français (Jean Cassou, Jules Bois, Anne-Sylvie Salzman, Norbert Sevestre) et étranger (Ralph Adams Cram, Leopoldo Lugones…). La richesse de cette revue et le plaisir qu’on prend à la lire ne vient pas uniquement de cette pluralité de voix convoquées pour illustrer le thème, mais de ce que les textes de création se doublent d’éclairages critiques précieux qui permettent au lecteur de recontextualiser chacune des nouvelles présentées, de l’inscrire dans son réseau d’influences, autre forme de hantise, littéraire cette fois.
Trois nouvelles ont plus particulièrement retenu mon attention, toutes en rapport avec le motif de l’œil, histoires de l’œil pourrait-on dire, où celui-ci joue tour à tour ou simultanément le rôle de mauvais œil, de supra-conscience maléfique, d’organe permettant la communication entre le monde des vivants et des morts, de pompe aspirante et dévitalisante. Autant d’histoires générées par un dérèglement initial — le fait de mourir yeux grand ouverts — qui vient brouiller la frontière entre vivants et morts et autorise toutes les subversions. Dans Le Succube, Jules Blois raconte le calvaire enduré par un homme que sa veuve revient hanter, se rappelant à lui sous la forme obsessionnelle d’un œil scrutant jusqu’à ses ébats avec une prostituée. Il se réveille chaque matin plus exsangue, dévitalisé par cette femme succube qui parviendra à le ramener à elle : « Il me semble que ses yeux veulent m’arracher de la terre, que ses lèvres veulent aspirer mon âme… ».

http://www.levisagevert.com/

04/09/2008

Mirbeau

mirbeau1.jpgCahiers Octave Mirbeau, n°15

 

(par F. Saenen)

 

Infatigable Pierre Michel… Non content d’être l’éditeur des correspondances, des recueils d’articles et des œuvres de Mirbeau, il préside la société qui entretient la mémoire de son idole. La vigilance conjuguée à la ferveur débouche donc annuellement sur un Cahier richement documenté, qui intéressera autant les inconditionnels de l’auteur de Dingo que les amateurs de la Belle-Époque. Le millésime 2008 recèle de nombreuses études, consacrées majoritairement au récit de voyage automobile La 628-E8, mais aussi à la présence de Mirbeau dans la Revue Blanche, à la représentation du féminin dans Le Calvaire ou encore à ses rapports avec l’œuvre du philosophe Kierkegaard. On y trouvera également de très nombreux comptes-rendus d’ouvrages au centre ou à la périphérie de l’actualité mirbellienne. Un bel esprit règne sur cette publication, dans laquelle érudition, approche spécialisée et souffle libertaire se côtoient, sans hiatus.

 

Société Octave Mirbeau, 10 bis, rue André-Gautier, 49000, Angers

22/04/2008

Des auteurs libres, des lecteurs libres

breves0120083.jpgLes retourneurs d’idées
Revue Brèves n°84, janvier 2008
L'Atelier du Gué, revue trimestrielle 

 

(par B. Longre)

 

"Un livre n'est pas un évangile à prendre en entier ou à laisser. Il est une suggestion, une proposition - rien de plus. C'est à nous de réfléchir, de voir ce qu'il contient de bon et à rejeter ce que nous y trouverons d'erroné." (Kropotkine, 1909)

 

Les livres relatant, commentant, louant, commémorant (etc.) Mai 68 pullulent dans les librairies (et pas seulement libertaires) et puisqu’on se trouve en plein revival rebelle, parlons aussi du numéro 84 de la revue Brèves (créée en 1976 par Martine et Daniel Delort - « doyenne des revues de nouvelles », comme l’écrit René Godenne dans La nouvelle de A à Z – éditions Rhubarbe), consacré aux « retourneurs d’idées » : les écrivains anarchistes de la fin du XIXe siècle. L’anarchie, un « mouvement qui va le mieux permettre aux écrivains de concilier engagement et liberté » (nous dit Caroline Granier dans sa lumineuse introduction), très loin de toute idéologie figée, du dogmatisme et de la langue de bois des politiciens (de droite ou de gauche), et les amener à transmettre et à s’engager par le biais de leurs écrits, prenant conscience du rôle « social » de l’écrivain mais aussi de son indépendance, vis-à-vis des pouvoirs en place ou de leurs pairs.

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18/02/2008

Un peu de sérieux !

decapage.jpgRevue Décapage, n° 33
La Table Ronde, janvier 2008 

 

(par B. Longre)

 

 

Le dernier numéro de la revue littéraire Décapage propose chroniques, traductions, nouvelles, analyses ou maximes en alternance et dans le désordre ; de la même façon, la mise en page, plutôt fluctuante, donne par instants une impression de fouillis (contrôlé) qui reflète l’esprit général de la publication, un sérieux apparent souvent mâtiné d’autodérision aux accents potaches – ainsi, il nous est dit du rédacteur en chef, Jean-Baptiste Gendarme, qu’il « décide de tout et il a raison. Ça évite la zizanie. Et il a horreur de ça», ou encore de Baudouin, photographe, qu’il « se charge de la couverture », et « veut nous faire croire que c’est lui qui a le plus de travail. », et ainsi de suite... Dans le même ordre d’idées, on trouvera un article de JB Gendarme dans lequel celui-ci s’empare d’un sujet qui tient généralement à cœur aux auteurs : leur attachée de presse (pourquoi le féminin ? il me semblait que la profession comptait aussi des hommes…).

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04/02/2008

Indispensable

ausud4.jpgRevue Au sud de l’Est n° 3,
Editions Non lieu, hiver 2007

(par Jean-Pierre Longre)  

La revue Au Sud de l’Est poursuit son exploration de la culture des Balkans, selon une démarche qui a commencé à faire ses preuves dans les deux premiers numéros. Cette fois, sont passés au crible et dénoncés les « mythes identitaires », sur lesquels certaines communautés s’appuient pour nourrir l’histoire « de tous leurs fantasmes nationalistes », refusant « un dialogue moderne entre gens de bonne volonté » (Adrian Marashi).

Aux antipodes de cette attitude, quelques pages dressent le portrait de Mireille Robin, traductrice, « passeur de culture », à qui l’on doit de pouvoir lire en français de très nombreux auteurs serbes, croates, bosniaques – car, comme le rappelle Snjezana Kordic, « le serbo-croate est une seule et même langue », pratiquée en Croatie, Serbie, Bosnie et au Monténégro… Un dossier entier est d’ailleurs consacré aux langues et à leurs rapports avec les peuples, prenant en compte les particularités de minorités propres à cette région d’Europe marquée par la pluralité (les Lipovènes de Roumanie, la « langue moldave » – invention stalinienne –, la langue religieuse de Bulgarie, les « poètes aroumains » d’Albanie…). Une autre section rappelle à bon escient que le surréalisme est international, et que le « sud de l’est » en est l’un des creusets les plus bouillonnants : Radovan Ivsic (Croatie), Gellu Naum (Roumanie), Jules Perahim (Roumanie), en particulier, le prouvent dans leurs œuvres.

Revue documentaire, d’initiation, d’information, de réflexion, d’investigation, Au Sud de l’Est est aussi support de création : textes, dessins, photos… La formule est bonne, la combinaison séduisante. Souhaitons heureuse continuation à une revue qui devient indispensable dans le paysage européen.

Non lieu, 2 rue de l’Adjudant Réau, 75020 Paris
editionsnonlieu@yahoo

26/01/2008

« Le droit à la beauté et à la poésie »

mercure3.jpgMercure liquide, revue littéraire et graphique

Numéro 8 (janvier 2008)

 

(par Myriam Gallot)

 

« Mercure liquide construit, depuis huit numéros maintenant, une esthétique de la diversité et de la sensibilité. Son moteur est toujours le sentiment d’une urgence : celle d’un dialogue créatif entre les arts.»

 

Petite promenade subjective dans ce dernier numéro.

 

Tout de suite explose à la figure la déflagration des mots de « Party incendiaire »,  qui vomit la société française et sa reproduction de la caste dominante. FP. Meny, « à la rue », exclu d’un système absurde et violent, le dénonce avec l’énergie de celui qui ne veut pas crever : « Je n’ai demandé qu’une chose. Elle m’a toujours été refusée. J’ai lutté pour l’obtenir, vraiment. Cette chose, mes semblables l’ont sans la chercher. Cette chose n’est ni l’argent, ni l’amitié, ni la gloire. C’est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu’ils reconnaîtraient comme mienne sans l’envier, puisqu’elle n’aurait rien d’enviable. »

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10/07/2007

Un ange passe

soeurdelange3.jpgLa Sœur de l’Ange n°5
(Printemps 2007)
Dossier « À quoi bon résister ? »

Le Grand Souffle

 

(par Frédéric Saenen)  

 

Force est de constater que, dans le paysage revuistique français contemporain, La Sœur de l’Ange occupe une place à part. Après une absence dont la durée se faisait presque inquiétante, la voici de retour, sous l’égide des non moins atypiques éditions Le Grand Souffle. Un peu plus fine – on se souviendra des précédentes livraisons qui flirtaient volontiers avec les 400 pages ! –, la publication gagne en élégance tout en conservant son format et sa présentation soignée. Passé l’agréable tâtonnement de cet objet, que certains jugeront peut-être trop sophistiqué à leur goût, immergeons-nous dans le foisonnement des regards, des orientations et des figures qui surgissent au détour de chaque article.

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14/05/2007

Au sud de l’Est n° 2

ausud3.jpgAu sud de l’Est n° 2
Revue biannuelle
éditions Non lieu, 2007

 

(par Jean-Pierre Longre) 

 


« Donner à voir l’au-delà des frontières », telle est la généreuse perspective de cette revue consacrée aux cultures des Balkans. De cette région d’Europe si diverse, de ces « espaces de liberté » si ouverts nous parviennent « l’humour, l’insolite, le sens de l’absurde et une certaine façon d’être en phase avec le monde », selon les mots d’Anne Madelain, rédactrice en chef. Il nous reste à accueillir et à faire nôtres ces formes culturelles, ce à quoi contribue efficacement Au sud de l’Est dans ses différentes rubriques.

 

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10/05/2007

L’étoile, la mer, la terre, les hommes

nejma3.jpgRevue Nejma
Tanger, 2007
 

 

(par Jean-Pierre Longre)

 


Carrefour entre les continents, entre les mers, entre les pays, entre les langues, Tanger est sans doute la ville la plus apte à donner le jour à une revue littéraire à vocation pluraliste telle que Nejma, « bonne étoile » née au bord du détroit de Gibraltar.

 

Il y a d’abord la pluralité des genres et des formes : poésie, prose narrative, prose poétique, et aussi dessins, aquarelles, photographies. De la création, rien que de la création ! Aucun discours superflu, tout est laissé à la libre disposition du lecteur, de sa réflexion, de son imagination.

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02/05/2007

Fauchage central

matiere.jpgMatières à Poésie, Gazette de chantiers poétiques
Hors série n° 12 et 13
Jacques Bernimolin (1923-1995), Des inédits – Des parutions

 

(par Frédéric Saenen)

 

L’œuvre et la personnalité de Jacques Bernimolin méritaient d’être enfin sorties de leur purgatoire. Voilà qui est chose faite grâce à l’initiative de la revue liégeoise Matières à poésie, qui a mis les bouchées doubles en consacrant ses deux dernières livraisons à cette figure éminemment protéiforme.

 

C’est en effet en jazzman ésotériste, en collagiste burroughsien, en highjacker des sens et des sons, en encreur sauvage, en diseur de malaventure, enfin en rappeur sans musique, sans personne, sans rien, que ce pharmacien-chimiste de formation aura traversé la vie. Son activité créatrice, peu reconnue, étouffée par un positionnement résolument marginal, est marquée par un bouillonnement et une audace qui se situent à la convergence du surréalisme, du mouvement et de l’oralité. Chaud devant donc : nitroglycérine verbale en veux-tu en voilà, dans ces proses déhanchées où déboulent calembours et bouts rimés, où giguent phonèmes et monèmes, où hallucinations et associations libres de mots se superposent aux images d’un zapping infini.

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09/04/2007

« Apollinaire, mes enfants, Apollinaire n’est pas mort »

apollinaire3.jpgApollinaire, revue d’études apollinariennes, n° 1
éditions Calliopées, 2007

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Blaise Cendrars, racontant l’enterrement d’Apollinaire, proclamait en ces termes l’immortalité du « flâneur des deux rives » – et c’est cette immortalité (artistique, s’entend) que se propose d’entretenir la toute nouvelle revue qui, en une élogieuse sobriété, a pour titre le simple nom du poète.
Tout ici fournit matière à lecture et relecture. Placé à juste titre sous l’égide et le parrainage de Michel Décaudin, décédé en mars 2004, ce premier numéro, élaboré par Jean Burgos, Pierre Caizergues, Claude Debon, Daniel Delbreil et Etienne-Alain Hubert, est composé de cinq rubriques : un dossier biographique à suivre, la « saga des Kostrowitzky » que Michel Décaudin laissa avant de disparaître et dont les numéros suivants poursuivront la passionnante narration ; des études d’Etienne-Alain Hubert et Claude Debon sur des inédits prouvant bien qu’« Apollinaire n’a pas dit son dernier mot », comme l’affirme Jean Burgos dans son éditorial ; des « perspectives » précises sur la bibliothèque de Guillaume Apollinaire (Pierre Caizergues») et sur « l’état actuel de la critique universitaire » (Daniel Delbreil) ; enfin, des comptes rendus d’ouvrages et des informations diverses.

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19/03/2007

Que devient le roman ?

inculte3.jpgDevenirs du roman
Revue Inculte, éditions Naïve 2007, Textes et entretiens (entre autres : Stéphane Audeguy, François Bégaudeau, Arno Bertina, Eric Chevillard, Yves Pagès, Pierre Senge, Joy Sorman, Philippe Vasset, Antoine Volodine...)

 

(par Jean-Baptiste Monat)

 

Des piles de livres jusqu'au ciel, des billions de kilomètres de pellicule, des séries télés ultra-scénarisées, des nuées de narrateurs accouchant leur petite histoire : notre monde déborde de fictions de toutes sortes (et cependant, le réel court toujours). Source majeure de cette débauche narrative, dépassé sur son propre terrain, que devient le roman aujourd'hui ? À quoi travaille t-il ? La revue « Inculte » propose dans sa dernière livraison une palette de réponses correspondant à autant d'auteurs priés de s'interroger sur leur pratique.

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06/11/2006

Des nouvelles des Antipodes

breves79.jpgRevue Brèves n° 79
Automne 2006
L'Atelier du Gué, revue trimestrielle

 

(par B. Longre)

 

La littérature néo-zélandaise, invitée des Belles Etrangères cet automne (après la Roumanie en 2005), est conjointement à l’honneur dans le dernier numéro de la revue Brèves, grâce à un dossier préparé par Claire Julier et Christiane Rolland Hasler (toutes deux nouvellistes).
C'est d'abord par le biais de leurs écrits que l'on découvre cinq auteur(e)s (pas tous nécessairement invités par les Belles Etrangères), des nouvelles qui ouvrent sur des univers littéraires et intimes inévitablement hétérogènes.


On s'arrêtera plus particulièrement sur Les papillons de Patricia Grace, romancière maori, l'une des premières à avoir été publiée dans son pays dans les années 1970 et à laquelle on doit, entre autres, le beau roman Cousins (1992). Les papillons met en scène une petite fille qui fait la fierté de ses grands-parents depuis qu'elle va à l'école, mais son travail sur les papillons ("J'ai tué tous les papillons") ne plaît visiblement pas à la maîtresse, qui vit certes dans le même pays, mais selon des valeurs qui ne correspondent en rien à celles du quotidien de l'enfant et de sa famille.

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17/10/2006

Placere et docere

larevuelitt3.jpgLa revue Littéraire
n° 28, automne 2006
Ed. Léo Scheer

 

 (par Jean-Pierre Longre)

 

 

La revue Littéraire, après 27 livraisons mensuelles, change de périodicité : elle devient trimestrielle, ce qui pourrait décevoir ; mais dans sa nouvelle formule, elle offre bien pour trois mois de lecture, en particulier grâce à l’introduction d’un« dossier » sur un écrivain. Pour ce numéro d’automne, c’est d’Hélène Bessette qu’il s’agit : écrivaine trop méconnue – malgré les éloges et le soutien de Raymond Queneau et de Marguerite Duras notamment – , elle est l’auteur de « l’une des œuvres les plus originales, acides, déstabilisantes de ce temps, ce qui met toujours vraiment un peu de temps à être, sinon accepté, du moins simplement vu et connu », selon Laure Limongi. D’autres voix se joignent à ce bel hommage : celles de Mathieu Bénézet, Julien Doussinault, Céline Minard, Frédéric Léal et Nathalie Quintane.

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06/03/2006

Le Jibrile nouveau est arrivé !

Jibrile n°6 - printemps 2006
« Les (nouveaux) Maîtres du soupçon »
96 pp., 7 €

 

(par Samia Hammami)

 

Pour sa sixième livraison, Jibrile, la revue belge de critique politique et littéraire animée par Frédéric Dufoing et Frédéric Saenen, s’attaque, comme elle nous y a accoutumés au fil de ses précédents dossiers, à un morceau de taille : les (nouveaux) Maîtres du soupçon. Adoptant le parti de quitter les pas de Marx, Nietzsche et Freud (bien qu’elle fasse une entorse en accueillant l’excellente contribution de François Bousquet sur l’héritage du père de la psychanalyse), Jibrile brosse un panorama de figures-clefs moins communément convoquées mais pourtant essentielles à la compréhension et au décodage du réel qui nous entoure, de la modernité et de ses rouages.

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16/01/2006

Le foisonnement francophone

riveneuve2.jpgRiveneuve Continents n°3
Revue des littératures de langue française
L’écrivain dans ses langues
automne 2005

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Un sous-titre peut en dire plus qu’il n’en a l’air. Dans celui de Riveneuve, « Revue des littératures de langue française », tout est pesé : le pluriel de littératures, le singulier de langue, mais un singulier indéfini, comme pour signifier que la francophonie (qui ne concerne évidemment pas que les littératures) n’est pas circonscrite une fois pour toutes, puisqu’elle est marquée par la diversité des cinq continents. « Francopolyphonie », dit l’écrivain guadeloupéen Daniel Maximin : toutes les voix, tous les registres peuvent s’approprier la langue française ; c’est ainsi que Bernard Mouralis peut écrire que le français, comme toute langue, « ne peut exister qu’à travers les énoncés particuliers produits dans cette langue ».

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05/01/2006

De la fiction avant tout !

kwak.jpgKwak – tout finit par être vrai
Revue (semestrielle) - n°1 L’Assassinat
Editions du Panama, 2005

 

(par Blandine Longre)

 

Les éditions du Panama (nées en 2005 et dirigées par Jacques Binsztok) proposent déjà un intéressant catalogue – des œuvres de fiction, des ouvrages pour la jeunesse, des essais et une revue de belle facture, graphiquement originale, destinée à paraître deux fois l’an.

 

Ce premier numéro s’intéresse de très près à l’assassinat, au meurtre et à la fascination que la violence individuelle exerce sur l’imaginaire – quelles que soient les motivations premières des comportements décrits. Plus d’une quinzaine de nouvelles rassemblées ici abordent la thématique : nouvelles policières, de suspense, mini-polars ou drames humains, dans tous les genres et tous les styles. Une façon de (re)découvrir plusieurs voix littéraires, une grande diversité présidant naturellement à l’ensemble.

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05/06/2000

Une revue pour la nouvelle

arton2733.jpgBrèves, l'actualité de la nouvelle
revue trimestrielle, l'Atelier du Gué

(par Jean-Pierre Longre)

Combien de revues littéraires les vingt dernières années ont-elles vu naître pour rapidement disparaître ? Combien de publications sur la nouvelle, genre qui, paradoxalement, se " vend(ait) mal " mais envahi(ssai)t les pages ouvertes aux jeunes auteurs et fai(sai)t l'objet de multiples concours, dans des circuits parallèles à ceux des grandes maisons d'édition ?

Brèves, en toutes circonstances, maintient son cap obstiné. A l'Atelier du Gué, dans l'Aude, crue ou sécheresse, tempête ou calme plat, on a l'esprit de suite, on traverse coûte que coûte, et c'est tant mieux. Daniel et Martine Delors savent où ils vont. Ils ont su composer avec le temps, avec les modes, avec les obstacles techniques, administratifs et financiers (sûrement), humains (peut-être), sans faire de concessions aux lois du commerce. Et tout en ayant vocation à éditer des livres, ils continuent depuis 60 numéros à publier leur revue, qui mêle en toute harmonie dossiers et entretiens littéraires, auteurs consacrés ou inconnus, textes inédits, notes critiques, recensions et informations.

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