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Poésie

  • Entretien avec Sébastien Doubinsky, créateur du Zaporogue

    LE ZAPOROGUE 6 couve.jpg(par Myriam Gallot)

    Sébastien Doubinsky est écrivain et enseignant à l’université d’Aarhus, au Danemark. Français de naissance, il a passé une partie de son enfance aux Etats-Unis, et écrit aussi bien en français qu’en anglais.

    Pour Sitartmag, il présente son nouveau bébé littéraire : la revue Le Zaporogue, dont le numéro 6 vient de paraître.

    Qu’est-ce que le Zaporogue en quelques mots ?

    C’est la prolongation naturelle, après 15 d’éclipse (!) d’un fanzine littéraire gratuit que j’avais créé à Tours au début des années 90. J’avais sorti quatre numéros à l’époque – donc la revue sous sa nouvelle forme a débuté l’hiver dernier avec le numéro cinq.

    Pourquoi avoir créé cette revue ?

    J’avais envie de créer un espace libre, où les écrivains, poètes, artistes et autres fainéants aient tout l’espace nécessaire pour leurs créations. Un magazine sans thèmes particuliers, sans bla-bla intellectuel ou snobinard – mais où entreraient en collision une variété de styles, de voix, de langues, pour montrer que la culture est une mosaïque, qui s’enrichit de toutes ses sources.

    Je voulais aussi absolument qu’elle fût gratuite, pour montrer que la culture n’était pas une valeur marchande. À l’époque des « hits », « best-sellers » et autres arnaques, il me semblait essentiel de créer un pacte de respect fondamental avec  les écrivains et les artistes – et ce pacte ne pouvait, bien entendu, fonctionner que sans argent. Comme je le dis dans la présentation de la revue et de la maison d’édition du même nom sur sa page d’accueil Myspace (www.myspace.com/zaporogue) : « Avec moi, vous ne deviendrez pas riches, mais vous deviendrez peut-être célèbres »

    Quand je vois ce qui est arrivé à mes auteurs Jerry Wilson et D. James Eldon, aujourd’hui publiés par les toutes nouvelles éditions Zanzibar, je me dis que ce n’était peut-être pas tout à fait faux…

    D’où vient ce nom  « Zaporogue » ?

    D’Apollinaire, tout d’abord – à cause de La Chanson du Mal-Aimé, dans laquelle se trouve reproduite la fameuse lettre où ils envoient paître le sultan de Constantinople.

    Des cosaques Zaporogues eux-mêmes, pour plusieurs raisons : la lettre d’insulte au Sultan, qui symbolise pour moi la liberté et l’humour, deux valeurs absolument essentielles à mes yeux. Ensuite, parce qu’un détachement des Zaporogues a rejoint les troupes anarchistes de Makhno pendant la guerre civile russe – et que mon grand-père était anarchiste et le meilleur ami de Voline, le lieutenant de Makhno.

    Tu l’animes seul ?

    Comme un grand.

    Tu as choisi un mode de diffusion assez original, en téléchargement gratuit ou en version imprimée payante : pourquoi ?

    Parce que je pense que si on veut gagner cette guerre culturelle dans laquelle nous nageons en ce moment, il faut se servir des outils que le système capitaliste nous donne pour s’en servir contre lui. C’est ce qui s’est passé avec Myspace, c’est ce qui est en train de se passer avec Facebook -  sans parler de la crétinerie criminelle d’Hadopi.  Le téléchargement gratuit est, comme je l’ai expliqué plus haut, le moyen le plus adéquat de faire connaître des inconnus. Qui va payer, ne serait-ce qu’un euro, pour quelqu’un dont il n’a jamais entendu parler ? Vous, peut-être. Moi, peut-être – mais pas beaucoup. Au moment où j’écris ces lignes, la revue a déjà été téléchargée 121 fois…

    Quant à la possibilité papier, c’est un plus – pour ceux qui, comme moi, adorent les « vrais » livres.

    C’est une revue internationale, écrite en plusieurs langues, à l’image de ton propre parcours entre la France, les Etats-Unis et le Danemark ?

    Oui, je suis un cosmopolite pur et je le revendique. Je crois aux mélanges étonnants, aux diasporas fertiles et aux chocs étincelants des cultures.

    Quels sont tes critères pour retenir un texte ou une image ? Suis-tu une ligne éditoriale ou te fies-tu à ta subjectivité ?

    Subjectivité totale. Ce qui m’attire, dans un texte ou une image, c’est soit la reconnaissable proximité avec d’autres œuvres qui me sont familières, soit la surprise totale. J’aime autant être bousculé que rassuré. Par contre, il est vrai que je veux tout de même donner une certaine image du Zaporogue, qui est celle de la qualité ou du potentiel. Je veux faire découvrir.

    Sais-tu qui sont les lecteurs du Zaporogue ?

    Oui et non. Je connais mes ami(e)s et les ami(e)s de mes ami(e)s, mais je ne connais pas tous les lecteurs. Mais je crois que ce sont des gens curieux, qui ont envie de découvrir autre chose, de soutenir un projet un peu fou, mais sincère. Je suis très touché par le soutien de nombreux libraires, même si quelques uns me reprochent mon choix de diffusion – ce que je comprends très bien.

    Des souhaits ou des projets pour les futurs numéros du Zaporogue ?

    Oui, j’ai surtout un regret : que le Zaporogue soit si blanc. Certes, il est d’un beau blanc, plein de talent, mais j’aimerais vraiment qu’il se bariole et que des écrivains ou des artistes d’autres origines que le Grand Occident me rejoignent. Dans le dernier numéro, j’ai deux écrivains du continent Indien. C’est un début, mais vraiment un tout petit début. Le Zaporogue est un métèque, ne l’oublions pas. Il aime, par conséquent, la métèquerie culturelle.

     

    Site du Zaporogue: http://lezaporogue.hautetfort.com/

    Au sommaire du numéro 6, poésie, nouvelles, illustrations, créations, etc.

    JERRY WILSON – THIBAULT DE VIVIES – ANDRÉ ROBÈR – CATHY YTAK TABISH KHAIR – MÉTIE NAVAJO – DÉBORAH REVERDY VS ENTORTILLÉE STEPAN UEDING – LIONEL OSZTEAN – LUC BARANGER – DANIEL LABEDAN – JEFF SYLVA – ALEX SCHREIBER – JONAS LAUTROP – JEAN-FRANÇOIS MARIOTTI ANNE-SYLVIE SALZMAN MARC BRUNIER MESTAS – JOHANNES HØIE –YANNIS LIVADAS – BLANDINE LONGRE – ERIC BEAUNIE – CELINA OSUNA – FRANÇOIS BONNEAU – SOFIUL AZAM – MYRIAM GALLOT – OLE WESENBERG NIELSEN – CHRIS ROBERTS – OLGA ZERI.

    Le Visage Vert en cause ici http://www.zulma.fr/visagevert/?p=170

     

     

  • À voir et à lire

    Couvcalligb.jpgClaude Debon

    Calligrammes dans tous ses états

    « Édition critique du recueil de Guillaume Apollinaire »
    Éditions Calliopées,  2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Calligrammes est un recueil complexe, dont le titre ne dévoile qu’un aspect, celui des fameux « poèmes dessins », et encore… Il fallait l’immense travail de Claude Debon et de son éditrice pour montrer, au plein sens du terme, cette complexité.
    Calligrammes dans tous ses états, livre de grand format, est certes une « édition critique », dont les cinquante premières pages rappellent bon nombre de données indispensables sur l’ancienneté de la tradition (européenne et chinoise) des « poèmes figurés », ainsi que sur les sources livresques et personnelles, dont le goût particulier d’Apollinaire pour le dessin, lui qui n’hésitait pas à écrire : « Il se constitue un art universel, où se mêlent la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, la science même… ». L’étude génétique, rigoureuse à tous égards (scientifique, historique, littéraire) n’évite ni l’analyse subtile (sur l’originalité du recueil, sur  son double aspect visuel et musical) ni la minutie générique : comment désigner ces textes qui sont en même temps des dessins ? « Idéogramme lyrique », « poème figuré », « poème visuel », « poème à voir », « poème dessin », « poème formel »… ? Pour Claude Debon, « ces  hésitations sont à la hauteur de l’innovation, quasiment « innommable » ». Car Calligrammes est un livre résolument moderne, où la recherche de « formes nouvelles » n’entre pas en contradiction avec l’idéal de pureté, voire de dépouillement – ce qui n’a pas forcément été compris lors de la parution, la faveur de la critique ayant porté davantage sur les aspects « classiques » du recueil que sur les « calligrammes » eux-mêmes.

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  • Karpe diem...

    karmasutra.jpgKarma Sutra, 30 positions à fantasmer
    Maïa Brami et Barroux

    Magellan & Cie, 2008

     

    Entretien avec l'auteure.

     

    (par B. Longre)

     

    Caractérisé par un humour léger et un ton vivifiant, cet ouvrage atypique, unique en son genre, énumère des positions sexuelles fantasques tout en égrenant quelques conseils (à ne pas suivre pour certains !) permettant de jouir au mieux de la rencontre amoureuse et/ou charnelle…

    Les textes, courts poèmes subtils qui évitent habilement l’écueil de la vulgarité, décrivent chaque acrobatique position (de celle du petit-beurre à celle du bourdon ardent…), et sont accompagnés d’illustrations graphiquement sobres, qui suggèrent plus qu’elles ne montrent – et, quand elles montrent, la fantaisie l’emporte haut la main. Attention, ne vous méprenez pas sur l’objectif de ce beau livre, qui prend le contrepied des guides et autres manuels susceptibles d’éradiquer toute spontanéité : ici, la lecture stimule avant tout le cerveau et l’imagination de chacun.

     

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  • L’épopée du vulgaire

    plouktown.jpgPlouk Town
    Ian Monk

    Introduit par Jacques Roubaud
    Éditions Cambourakis, 2007

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Au commencement était la contrainte et la contrainte s’est faite verbe et le verbe s’est fait avalanche. Ainsi : Plouk Town est un long texte poétique en onze parties : la première contient un poème (x) d’un vers (x2) d’un mot (x), la seconde deux parties (x) de quatre vers (x2) de deux mots (x), la troisième trois poèmes (x) de neuf vers (x2) de trois mots (x) et ainsi de suite, jusqu’à la dernière partie contenant 11 poèmes de 121 vers de 11 mots… L’avalanche, extension du principe oulipien de « boule de neige », sert donc à l’auteur de contrainte rythmique, et au texte de cadre poétique, à l’intérieur duquel d’autres contraintes (anaphores, rimes et antérimes, recherche de toutes les combinaisons possibles d’un ensemble de 9 mots aboutissant à la composition de 81 vers (99)…) guident le texte.

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  • Masochisme montagnard

    culsac.jpgUn cul-de-sac dans le ciel
    Bernard Ascal

    Rhubarbe, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La montagne est capricieuse, difficile, décevante : c’est le paradoxe du grimpeur, que Bernard Ascal développe en courts textes prenant souvent les allures de règlements de comptes entre l’amant masochiste et l’objet de son désir.

     

    La relation entre l’homme et le terrain est paradoxale : platitude de la marche « en dépit des creux et des bosses », inhumanité de la nature, trous d’eau abusivement appelés lacs et en réalité « décharges naturelles », chemins qui n’offrent à la vue que les cailloux sur lesquels caler les pieds, et, surtout, malgré l’immensité spatiale qu’offre l’arrivée au sommet, l’impossibilité d’aller plus loin, le « cul-de-sac dans le ciel » et l’obligation de redescendre. Ultime déception, mais déception de privilégié. Car qui sont ces randonneurs ? Non le tout-venant, mais ceux que la vie quotidienne ménage, ceux qui ont le temps de substituer au couple « Fatigue-Travail » le couple « Fatigue-Loisir »…

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  • Inacessible à la lumière du dedans

    cforget.jpgLa nudité ne dévoile pas une femme émue

    Carole Forget

    L’hexagone, coll. « L’appel des mots », 2008

     

    (par Madeline Roth)

     

    « d’une place à l’autre

    toujours marchant vers la suivante

    nous allons    méconnaissables

                il manque la photo

                que les passants prendraient de nous

    en suspens

    dans l’entre-deux qui fait périr

    un peu moins rapidement »

     

    La nudité ne dévoile pas une femme émue est le troisième recueil de poésie de Carole Forget. Après Elle habite une metropolis (Editions David, 2002) et Comme si le vide avait un lieu (sur des photographies de l’artiste Melvin Charney, Editions du Passage, 2006), l’auteure s’interroge sur les signes, les objets, les photographies, le dehors, le regard. Sur ces choses qui répondent à un besoin de confirmation de ce que l’on vit. Les signes que l’on attend de notre présence auprès de l’autre. « Dans cet état de fragilité et de perte de références par rapport au monde extérieur, le regard et la photographie se présentent tout spécialement comme des preuves pouvant servir de points d’orientations ».

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  • Le romancier descendu des collines

    pavese.jpgŒuvres
    Cesare Pavese
    Édition de Martin Rueff
    Gallimard, « Quarto », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    On réunit dans ce volume toutes les œuvres dont Cesare Pavese agréa la publication ; y figure ainsi son immense journal posthume, Le métier de vivre, mais pas, hélas, les poésies publiées par d’autres que leur exigeant auteur, recueillies ailleurs sous le titre extraordinaire La mort viendra et elle aura tes yeux. Dû à Martin Rueff, l’apparat critique découpant l’œuvre peut trop souvent faire sentir sa présence, et le lecteur pourra, plus que d’ordinaire, regretter ici ou là de ne savoir lire le texte original, mais la parution de ces quelques 1800 pages de vademecum pavésien constitue bien un événement. Sans doute faut-il encore libérer Pavese des deux rengaines méprisantes dont on abuse pour contourner la complexité de l’œuvre : le suicide et l’impuissance sexuelle. Le suicide, d’une part, et tout récemment encore, un Immortel s’autorisait la privauté d’un classement des écrivains de l’autodestruction selon qu’ils ont commis ou non l’irréparable (« garantie de sincérité», le suicide de Pavese placerait son œuvre « bien plus haut que celle des deux grands pessimistes contemporains auxquels on l'a  comparé, Cioran et Pessoa »). Sur ce point, et sans nier d’aucune manière l’intensité ni l’efficience littéraire de la tentation suicidaire pavésienne, bien au contraire, nous préférerons citer avec M. Rueff cette admirable phrase d’Italo Calvino : « on parle trop de Pavese à la lumière de son dernier geste, et pas assez à celle de la bataille gagnée jour après jour contre sa propre tendance à l’autodestruction » ; le journal témoigne explicitement de cette âpre guerre, et l’œuvre tout entière, par la cruauté roide qui la sous-tend. L’impuissance, d’autre part, souffrance parmi d’autres mais dont on use souvent comme d’une clef de lecture unique, poisseux ragot pour salonards autrement expéditifs.

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  • Tourments et apaisement

    3saisons.jpgTrois saisons poétiques

    Magda Carneci
    Collection GRAPHITI

    Editions PHI en coédition avec Les Ecrits des Forges, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Magda Carneci est historienne de l’art, essayiste, traductrice, membre du « Parlement Culturel Européen », directrice de l’Institut Culturel Roumain de Paris… Ses diverses responsabilités, sa participation active à la vie culturelle roumano-française n’occultent pas sa qualité de poète : Trois saisons poétiques, son dernier recueil, témoigne précisément de cette qualité.
    Ecrits directement en français ou traduits du roumain par Odile Serre et Linda Maria Baros, les poèmes, qui mêlent la musique et l’espace au temps, sont ponctués de photographies (de l’auteur) illustrant les distorsions auxquelles sont soumises l’écriture et la quête de soi.

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  • Affinités rares

    peur.jpgArchipels - Cie Dominique Pifarély

    3 CD (label : Poros éditions)

    Impromptu (acdp 001) - Dominique Visse, Dominique Pifarély, François Couturier. Poèmes de Paul Celan, André du Bouchet, Jacques Dupin. Introduction de François Bon.

    Trio (acdp 002) - Dominique Pifarély, Julien Padovani, Eric Groleau

    Peur (acdp 003) - François Bon (texte, voix), Dominique Pifarély, François Corneloup, Eric Groleau, Thierry Balasse

     

    (par Jacques Chesnel)

     

    Dès les années 20, une abondante littérature écrite s’est efforcée de capter l’esprit du jazz sous des formes très diverses ; dont la poésie. Parmi les premiers écrivains, Langston Hugues, Philippe Soupault, Pierre Reverdy, Charles-Albert Cingria… Plus tard, Jack Kerouac et ses poèmes de Mexico City Blues, The Last Poets et LeRoi Jones/Amin Baraka, André Hodeir et Anna Livia Plurabelle de James Joyce, Gil Scott-Heron, Steve Swallow et Robert Creeley (Home) ; plus récemment Yves Buin avec Fou-l’Art-Noir et la musique de Mimi Lorenzini, l’oratorio pour trompette et voix Clameurs de Jacques Coursil sur des textes de Franz Fanon, Edouard Glissant, Monchoachi et Antar…(liste non exhaustive).

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  • Une vie de Pumpkins

    392580919.jpgThe Smashing Pumpkins / Tarantula Box Set
    Claire Fercak
    Le mot et le reste, 2008

     

    (par B. Longre)

     

     « Dans notre sang, cadences nerveuses et mélopées fantastiques. »

     

    Quand vous écoutez certaines paroles-et-musiques en boucle depuis des années et que vous ouvrez un livre qui vous raconte que cela n’arrive pas qu’à vous, il y a de quoi se réjouir. Après, aimer (ou du moins connaître en néophyte) les Smashing Pumpkins est-il une condition indispensable pour qui voudrait goûter pleinement à cette inclassable fiction musicale ? Pas nécessairement, car dans la trentaine de « pistes » composée par Claire Fercak, on trouve non seulement un fil narratif cohérent (l’histoire d’une fille-chanson enfermée dans sa boîte-refuge, un coffret de musiques d’où elle refuse obstinément de sortir), mais aussi une écriture qui épouse à merveille les sensations, les détresses, les errances et les aventures de l’héroïne changeante, se modifiant au fil des musiques, à l’instar des décors et des atmosphères.

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  • La vie en vers

    1098029996.jpgTransatlantique
    Daniel Labedan

    Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Au-delà des mers, dans les pays du Sud, les espaces naturels et urbains forment comme des toiles de fond pour courts-métrages et clichés saisissant la vie telle qu’elle est, sans fioritures ni arrangements esthétiques, au risque d’estomper les reliefs,

     

    « comme la photo d’une maison

    en lieu et place d’une vraie maison ».

     

    Daniel Labedan fait de chaque poème une tranche d’existence, de la même manière qu’Apollinaire, par exemple, saisissait telle conversation, telle scène quotidienne et la transcrivait sous forme de poème.

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  • Amour partagé

    stjean.jpgL’amant de Saint-Jean
    Vedrana Donić

    Vedrana éditions, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    En accord avec l’un des objectifs de la petite structure éditoriale montée par l’auteure, qui entend inciter les lecteurs « à trouver, lier, relier, tisser les éléments pour tisser lui-même sa propre lecture », ce livre en apparence déstructuré se présente comme un puzzle amoureux et ludique à éventuellement reconstituer, à feuilleter, à lire dans le désordre (ou non). Pas de trame narrative à proprement parler, mais des instantanés évoquant des sensations, quelques gestes, des moments captés en quelques mots (« Comme deux fleurs d’églantiers, nos tiges sont enlacées », « Tu te cambres, parfum d’ambre »…). Les poèmes en vers libres sont accompagnés de créations visuelles réussies, composées de papiers déchirés, collages, découpages, gribouillages, pochoirs, superpositions, où les corps, morcelés ou non, se devinent. Ce livre atypique m’a rappelé, peut-être pour sa liberté de ton et son audace formelle, Amourons-nous de Geert De Kockere et Sabien Clement (Le Rouergue), un ouvrage poétique en images qui lui aussi parlait d’amour partagé.

     

    http://www.vedranaeditions.com/

  • Une histoire à la Prévert

    scotton.jpgLe Ventre de la baleine.

    Stanislas Cotton

    Théâtre, Lansman éditeur, 2008

     

    (par Annie Forest Abou-Mansour)

     

    Le Ventre de la Baleine de Stanilas Cotton est un soliloque de trente neuf pages, privé de ponctuation, hésitant entre le théâtre et la poésie. Ce texte débordant  de modernité et de fantaisie linguistique donne à entendre une histoire à la Prévert, celle d’Aphrodite, une femme banale, malgré son prénom : « Oui je suis une idiote Une imbécile Une souillon Bonne à rien », une déesse de l’amour paradoxalement mal aimée : « Pourquoi un si gentil Un ami Un amant Pourquoi mutent ses mains douces en mains dures ».

    Cette histoire ordinaire n’exclut cependant pas la poésie de l’écriture, la hardiesse des jeux de langage, les clins d’œil complices.  Le narrateur transforme le langage, opère des substitutions surprenantes en inversant les expressions : « Moi l’envolée au volant de ma vie l’embardement hors de l’alignement des jours ».

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  • Métamorphoses poétiques

    L59240.jpgFleur bleue
    Flynn Maria Bergmann
    Navarino Editions, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Si l’écriture est une recherche, il semble que pour Flynn Maria Bergmann, comme pour Novalis dans Heinrich von Ofterdingen ou pour Raymond Queneau dans plusieurs de ses romans, ce soit la recherche d’un idéal que tous trois (et accessoirement quelques autres) nomment « fleur bleue ». Et si écrire veut dire quelque chose (car « avant le verbe », le signe, le singe et l’herbe il y avait « l’eau » qui « ne voulait rien dire »), il semble que ce soit ce que les poètes ont toujours voulu exprimer, mais avec des mots, des vers, des phrases, des strophes bien à eux.

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  • Avec Philippe Jaccottet

    jaccocepeudebruits.GIFCe peu de bruits de Philippe Jaccottet - Gallimard
    (Par Jean-Baptiste Monat)

    Philippe Jaccottet a aujourd'hui quatre-vingt trois ans. C'est avec L'Effraie, paru en 1953 chez Gallimard qu'il commenca une oeuvre essentielle de la seconde moitié de ce siècle. Une oeuvre qui trouvait un écho et des appuis dans une génération exceptionnelle de poètes : Du Bouchet, Bonnefoy, Dupin et d'autres auteurs ayant gravité notamment autour de la revue L'Ephémère.

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  • Pour ceux qui en rêvent...

    merenpoemes.jpgMer en poèmes

    de Michelle Daufresne

    Seuil jeunesse, 2008

    (par Myriam Gallot)

     

    Des collages de matériaux divers peints à l’aquarelle sur un beau papier mat épais créent de changeants effets de matière et de lumière. Chaque double page illustre et définit un mot de la mer (grève, falaises, jeux de plage, oiseaux de mer, etc.), assorti d’un ou plusieurs courts poèmes marins qui correspondent au mot. Aimé Césaire, Baudelaire, Blaise Cendrars et bien d’autres – dont l’auteur elle-même - prêtent leur plume à cet album propice à l’imagination, qui compose une belle initiation au pouvoir d’évocation des mots et à la poésie. « C’est la mer pour la mer/ et pour ceux qui en rêvent » (Supervielle).

  • Dakodak

    bou3.jpgBou et les 3 Zours

    Elsa Valentin et Ilya Green

    Le Poisson soluble, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    « L’était une fois une petite Bou qui livait dans la forest avec sa maïe et son païe.
    Un jour, elle partit caminer dans la forest pour groupir des flores.
    — Petite Bou, ne t’élonge pas troppe, lui dirent sa maïe et son païe.
    — Dakodak, respondit Bou. »

    Et ainsi de suite… Bou rencontre le piaf, le scargot, la flore mini piquinote, etc. jusqu’à la casa des zours… La trame de l’histoire, on la connaît, mais la variante imaginée par Elsa Valentin et illustrée avec humour et candeur par Ilya Green est savoureuse à souhait, dans ce langage à la fois enfantin, joueur et très savant, que l’enfant lecteur décryptera sans mal, tandis que les plus grands s’amuseront à reconnaître archaïsmes, emprunts (à l’espagnol, à l’italien, à l’anglais…), à distinguer les registres de langue et à décortiquer les néologismes polysémiques (qui rappellent par instants l’imaginaire d’un Claude Ponti), comme cette chaise «confordouillette » qui « se bricassa » sous le poids de la fillette. On ne se lasse pas de citer le texte, qui se déguste mieux s’il est lu à haute voix.

    L'éditeur

  • Miradors de l’abîme

    hbadescu3.jpgMiradors de l’abîme
    de Horia Badescu

    L’Arbre à paroles, collection Résidences, 2007

     (par Jean-Pierre Longre)

    Pour Horia Badescu, personnalité du monde culturel et diplomatique franco-roumain, le français est une « langue bien aimée », « fascinante », « pas plus poétique que la mienne mais magnifiquement autre ». C’est ainsi, dit-il dans la revue Arpa, en juin 2007, qu’il veut « voir si l’imaginaire poétique roumain, mon imaginaire peut s’exprimer pleinement par les outils du français, tout en restant lui-même ou, parfois, en forçant la structure du français à s’y adapter, comme l’a si bien fait, par exemple, Cioran. »

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  • Dans les arbres

    jedors.jpgJe dors parfois dans les arbres

    Paul Vincensini, illustrations Jean-Paul Galeron

    Motus, 2007

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Plusieurs idées de la poésie sont à l’œuvre ici. Poèmes brefs presque classiques : « Le cheval / Tout en buvant l’eau du ciel / Broute un peu l’ombre de ses yeux ». Inventions langagières : « Les noiseaux mangent des noisettes / Les crapauds des pâquerettes / les chats des chalumettes / Quand il fait frais / Des chalumeaux / Quand il fait chaud ». Confidences proposant un autre regard : « Ce n’est pas l’arbre / Qui m’intéresse / Mais de voir à travers ses branches / De voir aussi un peu les branches / Peut-être ». Fantaisies d’invention, soit sur les mots, soit sur le monde, toutes belles et simples, mais pas sans profondeur.
    Les illustrations au crayon sont drôles, inventives, sur un papier légèrement gaufré, gris bleu. Elles aident à voir et proposent une lecture tantôt au pied de la lettre tantôt décalée. Un très joli livre pour de beaux textes.

    L'éditeur

  • « Un manifeste [poétique] poivré » : « il faut [bien] loger fureur meurtrière quelque part »

    tdimanche3.jpgD’où que la parole théâtre

    Thierry Dimanche

    Éditions de L’Hexagone, Montréal, 2007

    (par Christophe Rubin)

    Le poète québécois Thierry Dimanche poursuit le cycle de ses Encycliques désaxées, avec ce troisième recueil composé de cinq chapitres – ou mouvements musicaux, puisque chacun se voit attribuer un tempo, comme une partition. Si le premier, intitulé « Sur les ruines les plus fraîches » s’annonce furioso, c’est aussi parce qu’il énonce un projet qui tranche avec toute mièvrerie parfois attribuée à la parole poétique : il s’agit de libérer les identités possibles d’une voix qui surgit avec fougue et cruauté, en faisant déraper la syntaxe et en revendiquant une brutalité prosodique et imaginative.

    « D’où que théâtre parole
    il faut loger fureur meurtrière quelque part
    brûler / dicter l’horrible et qui lacère la voix
    (…) que syllabes accélèrent destruction de l’atone
    ou neutralisent apathie dans une illusion utile
    (…)
    j’assassine la page minée par d’autres à satiété de mollesse »

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