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Sitartmag - Page 8

  • Emmurée vivante

    ofarrell.jpgL’étrange disparition d’Esme Lennox

    Maggie O’Farrell

    Traduit de l’anglais par Michèle Valencia

    Belfond, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Deux jeunes sœurs dans les années 30. L’une fait la fierté de ses parents en se conformant à leurs attentes, l’autre refuse tout compromis.  L’histoire se déroule entre l’Inde et l’Écosse, dans une famille bourgeoise. Esme, petite fille espiègle et rêveuse grandit aux côté de sa douce sœur Kitty et de son petit frère adoré. Les prémices d’une incompréhension parentale à son égard se font sentir. Elle est indomptable et rebelle, ce qui agace et déroute ses géniteurs. Plus tard, la jeune femme repousse les avances des garçons de bonne famille qu’on tente de lui présenter. Elle refuse l’idée du mariage et veut poursuivre ses études. Mais un jour tout bascule, Esme disparaît de la circulation et de la mémoire familiale…

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  • Eclairages sur l’esclavage

    lumieres.jpgEsclavage et Lumières
    Jean Ehrard
    André Versaille, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le livre de Jean Ehrard, dix-huitièmiste de renom, sur la question de « l’esclavage colonial et l’opinion publique en France au 18e siècle » (c’est le sous-titre du livre) est passionnant à de nombreux égards. L’histoire de l’évolution de la pensée du temps sur la question est longue et complexe (Les détours de l’Encyclopédie forment un chapitre entier, avec un tableau fort utile) l’auteur la conduit jusqu’aux années qui précèdent la révolution de 1789 et s’arrête aux projets des réformateurs issus de la société des Amis des Noirs fondée à Paris en 1788. Il intervient dans des débats récents et prend une position claire, celle de l’historien des idées qui demande de revenir aux originaux et de remettre les faits en contexte. Certains propos choqueront sans doute ceux qui attendent une répétition des condamnations portées contre le dix-huitième siècle, ou à l'inverse d'autres qui imaginaient que les Philosophes avaient amené l'abolition. Le propos n’est pas ici pour l’auteur de dénoncer encore une fois (sa position est claire sur l’horreur de l’esclavage), ni d’analyser tous ses aspects, mais de tenter de comprendre comment cela a pu exister dans une époque qui se disait civilisée et comment les esprits ont commencé à s’ouvrir sur ce problème. Son point de vue est donc orienté vers les occidentaux, vers la France.

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  • E C M : Nouvelle Collection

    ecm2.jpgTouchstones  40 Rééditions

    (par Jacques Chesnel)

     

    Le catalogue ECM a maintenant plus de mille références. Le créateur du label munichois, Manfred Eicher (au début avec la collaboration du regretté Tomas Stowsand), qui ne manque de bonnes idées, présente ces 40 premières "pierres de touche" en digisleeve (pochette cartonnée),  disques enregistrés entre 1971 et 1993, pour la plupart indisponibles sur le marché depuis une vingtaine d'années.  

    Bien évidemment, on n'a que l'embarras du choix dans cette occasion de compléter sa discothèque ou, pour certains, de remplacer les vinyles endommagés suite aux écoutes répétées ; on retrouve ici la qualité d'enregistrement : "le plus beau son après le silence", ainsi que le même soin de production et le concept esthétique, caractéristiques du label.

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  • Synergie transversale et suicide à l'usine

    couvtripalium.jpgTripalium
    Lilian Robin
    les Editeurs libres

    Entretien avec l'auteur.
    (propos recueillis par Jean-Baptiste Monat)

    Tripalium est le premier roman de Lilian Robin, jeune auteur lyonnais qui s'est appuyé sur son expérience du monde de l'industrie pour en exposer les conséquences désastreuses sur le corps et l'esprit de ceux qui y travaillent. Il dépeint le quotidien d'une entreprise imaginaire, « Plastique Avenir », et dresse surtout le portrait au vitriol de ceux qui la font fonctionner, du bas jusqu'au sommet de la hiérarchie. Le personnage principal, Arno Libilin (anagramme transparent du nom de l'auteur), en tant que « responsable sécurité-environnement » se trouve pris en tenaille entre les ouvriers qu'il est censé sécuriser et les cadres, auxquels il appartient. Une crise majeur est sur le point d'éclater... Avec la rage d'un témoin indigné et la plume d'un satiriste, Lilian Robin ouvre plus largement une réflexion sur l'avenir du monde industriel à l'heure des délocalisations et du chômage de masse.

    Le roman part d'une expérience personnelle du marché du travail, peux-tu évoquer cet aspect de ta « biographie » ?

    Comme Arno, le personnage principal du livre, j’ai été responsable sécurité environnement dans l’industrie durant plusieurs années. C’est mon expérience la plus significative mais mon premier flirt avec le tripalium remonte à un job d’été de colleur d’étiquettes à la chaîne. A l’époque je m’étais juré de ne jamais remettre un pied dans une de ces boîtes grises.

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  • La transfiguration du chagrin

    cygnes.jpgÀ la rencontre des cygnes
    Aurélien Loncke
    L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Tout commence par une sortie à découvert sous la pluie. « Je suis donc resté sous une averse l’année dernière, juste pour essayer. » Timothé vient de perdre son jumeau, Amblin, et cette singulière incursion « dans les trombes d’eau » trouve une explication : « je croyais que, si la pluie pouvait me nettoyer la tête, je n’y penserais plus trop. ». Le récit qui s’ouvre ici va osciller entre souvenirs héroïques (car Amblin était un héros à sa manière) et scènes de deuil, où l’on voit le narrateur aux prises avec la douleur muette de ses parents ou essayant de surmonter sa propre dévastation.
    Cela se passe dans une ville où l’hiver prend des quartiers prolongés, bordée par une forêt opaque, avec un lac en son centre. Forêt où les jumeaux font des prouesses en sculptant la neige ou vont admirer les oiseaux migrateurs ; lac où Amblin s’obstine à patiner, année après année, voulant « glisser avec la légèreté de la libellule et la rapidité du serpent ».

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  • Masochisme montagnard

    culsac.jpgUn cul-de-sac dans le ciel
    Bernard Ascal

    Rhubarbe, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La montagne est capricieuse, difficile, décevante : c’est le paradoxe du grimpeur, que Bernard Ascal développe en courts textes prenant souvent les allures de règlements de comptes entre l’amant masochiste et l’objet de son désir.

     

    La relation entre l’homme et le terrain est paradoxale : platitude de la marche « en dépit des creux et des bosses », inhumanité de la nature, trous d’eau abusivement appelés lacs et en réalité « décharges naturelles », chemins qui n’offrent à la vue que les cailloux sur lesquels caler les pieds, et, surtout, malgré l’immensité spatiale qu’offre l’arrivée au sommet, l’impossibilité d’aller plus loin, le « cul-de-sac dans le ciel » et l’obligation de redescendre. Ultime déception, mais déception de privilégié. Car qui sont ces randonneurs ? Non le tout-venant, mais ceux que la vie quotidienne ménage, ceux qui ont le temps de substituer au couple « Fatigue-Travail » le couple « Fatigue-Loisir »…

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  • Un Chaperon noir américain (ou le Blues du loup)

    loup.jpgLe loup de la 135e
    De Rébecca Dautremer, illustré par Arthur Leboeuf
    Seuil jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Rébecca Dautremer, illustratrice, se fait ici écrivaine pour conter une nouvelle version du Petit Chaperon rouge. Quand la forêt est le Manhattan des années 50, de la 135e rue à Brooklyn Bridge en passant par Central Park et Broadway, le petit chaperon rouge est un gamin noir tout de rouge vêtu et le loup est un voyou, Chili Vince. Le loup propose une course et prend le métro pendant que l’enfant s’émerveille de tout ce qu’il voit à la surface et arrive trop tard… pour pouvoir rentrer en métro chez lui.

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  • Série écossaise

    bon usage compliments.jpgLe bon usage des compliments

    Alexander McCall Smith

    traduit de l’anglais par Martine Skopan

    Editions des 2 terres, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Prolifique auteur à succès, Alexander McCall Smith est spécialisé dans la création de séries littéraires autour d’un personnage. Le bon usage des compliments est le 4ème titre de la série Isabel Dalhousie, une riche héritière écossaise passionnée de philosophie. Les trois premiers romans de la série sont parus chez 10/18 (Le club des philosophes amateurs, Amis, amants,chocolat, Une question d’attitude) et le cinquième vient de paraître en anglais.

     L’auteur dit avoir créé la série Isabel Dalhousie pour évoquer la ville où il réside, Edimbourg. Et effectivement, le roman est une charmante immersion dans la bourgeoisie d’Edimbourg, partagée entre très vieille Ecosse et modernité.

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  • Un Troie de trop

    resize.php?ref=9782081210981&type=1&w=250&h=250&r=0.4&s=0.6Les Survivants de Troie
    vol. 2 : La Forteresse des oracles

    De Michel Honaker

    Flammarion, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le premier volume n’était pas mal ; fidélité relative à la trame de l’Enéide, mise en lumière d’Ascagne, une dose de fantastique moderne, avec un rythme soutenu, soit. Ce deuxième volume est plus gênant. On y retrouve certes habilement adaptés quelques-uns des épisodes marquants de l’épopée, notamment le combat contre Turnus avec l’infernale Alecto. Mais d’autres sont transformés inutilement ou totalement inventés (comme l’invention du supplice d’Ascagne dans le palais de Didon). Pourquoi s’inspirer de textes existants et célèbres, si c’est pour y greffer ses propres inventions et ainsi les trahir de façon bien simpliste ?

    Le Tome 1

    Editions Flammarion 

  • De l'indianité, de l'humanité.

    shermanalexie3.jpg

    Dix Petits indiens
    Sherman Alexie
    traduit de l'anglais par Michel Lederer
    Albin Michel, Terres d'Amerique, 2004
    Parution en 10-18, janvier 2009

     

    Ten Little Indians (Secker & Warburg, 2004)

     

    (par B. Longre)

     

    Le titre de ce recueil évoque instantanément la chansonnette des "Dix petits nègres" (aux affreux relents colonialistes, popularisée par Agatha Christie dans un roman policier devenu en politiquement correct And Then There Were None) et l'autre version de la comptine, plus connue aux États-Unis, qui parle de « dix petits indiens » ; mais contrairement à l'écrivaine britannique, Sherman Alexie est conscient de la provocation contenue dans ce titre : peut-être une manière de mettre sur le même plan Noirs et Indiens d'Amérique (les deux peuples ayant subi des souffrances plus ou moins similaires de la part des "colons" américains) ou bien une façon de contrer les stéréotypes indélébilement attachés au "Native American", l'Amérindien. Car Sherman Alexie, Indien Spokane/Cœur d'Alène, né en 1966 dans une réserve de l'État de Washington, sait de quoi il parle quand, tout au long de ses récits et de ses romans, il ne cesse de raconter la condition indienne, thème récurrent de son œuvre ; mais ces parcours spécifiques (moins pathétiques ici que dans son recueil précédent, Phoenix, Arizona, qui se centrait sur la vie à l'intérieur de la réserve) lui permettent aussi d'explorer avec finesse les dysfonctionnements inhérents à la société américaine et de remonter aux sources de ce qui compose la «spécificité» de l'identité indienne — pour peu qu'on puisse la définir vraiment — et plus généralement, les méandres et les complexités de l'âme humaine et la difficulté d'être différent, ou... des avantages que l'on peut en tirer.

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  • Corneille, Céline et Audiard à Sarcelles

    insasane.jpgDu plomb dans le crâne

    Insa Sané

    Sarbacane, collection « Exprim’ », 2008

     

     (par Christophe Rubin)

     

    Deux ans après Sarcelles-Dakar, Insa Sané publie ce nouveau roman, qui est en quelque sorte la suite du premier : l’action se déroule toujours à Sarcelles et les personnages (« nés du mauvais côté du périph’ ») ont des liens avec les précédents, mais le centre de gravité s’est déplacé d’une famille à l’autre. Le personnage principal de Sarcelles-Dakar est toujours présent, mais il est cantonné à l’arrière-plan. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir lu ce précédent roman pour aborder le nouveau, qui sonne d’ailleurs un peu différemment.

    Cette fois, les frères-ennemis, Prince et Sony, qui constituent à eux deux le double personnage principal, ne sont pas originaires du Sénégal mais de la Martinique. Le roman familial est d’ailleurs entaché de beaucoup de violence. Mais si l’ambiance est parfois racinienne, entre inceste et folie, la plume d’Insa Sané est explicitement plus attirée par l’énergie cornélienne.

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  • Ping-pong verbal

    diablogues.jpgLes Diablogues

    Roland Dubillard

    Théâtre des Célestins, du 7 au 18 janvier 2009 et en tournée

    Mise en scène Anne Bourgeois, avec Jacques Gamblin et François Morel

     

    (Par Jean-Pierre Longre)

     

    A la fin du premier tableau, après maintes hésitations et tentatives de dérobades, après une longue dispute sur la nature du « hop » qui doit entraîner le mouvement, ils se décident à plonger dans le flux du spectacle. Spectacle, à vrai dire, d’une grande sobriété visuelle, à la Beckett : un monticule, deux fauteuils, un éphémère placard, un ou deux accessoires. Selon une mise en scène très adéquate, tout est dans le jeu scénique et dans la parole, cette fameuse parole qui tient dans le mot-valise du titre : diablerie et dialogues.

     

    Entre UN et DEUX – Jacques Gamblin et François Morel qui, jouant de tous les registres, de toutes les formes de complicité et d’incompréhension mutuelles, se complètent admirablement dans leurs échanges dubitatifs, naïfs et logiques jusqu’à l’absurde – entre UN et DEUX donc, s’engage une partie de ping-pong verbal où la balle peut se glisser dans le moindre recoin.

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  • Inacessible à la lumière du dedans

    cforget.jpgLa nudité ne dévoile pas une femme émue

    Carole Forget

    L’hexagone, coll. « L’appel des mots », 2008

     

    (par Madeline Roth)

     

    « d’une place à l’autre

    toujours marchant vers la suivante

    nous allons    méconnaissables

                il manque la photo

                que les passants prendraient de nous

    en suspens

    dans l’entre-deux qui fait périr

    un peu moins rapidement »

     

    La nudité ne dévoile pas une femme émue est le troisième recueil de poésie de Carole Forget. Après Elle habite une metropolis (Editions David, 2002) et Comme si le vide avait un lieu (sur des photographies de l’artiste Melvin Charney, Editions du Passage, 2006), l’auteure s’interroge sur les signes, les objets, les photographies, le dehors, le regard. Sur ces choses qui répondent à un besoin de confirmation de ce que l’on vit. Les signes que l’on attend de notre présence auprès de l’autre. « Dans cet état de fragilité et de perte de références par rapport au monde extérieur, le regard et la photographie se présentent tout spécialement comme des preuves pouvant servir de points d’orientations ».

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  • Procès futuriste

    kgeorges.jpgLa mue de l’hermaphrodite
    Karoline Georges
    Ere, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    982 jours après le verdict qui l’a condamnée à la réclusion à perpétuité, l’hermaphrodite bénéficie d’une expérimentation judiciaire : elle doit, devant le public de la toile, se livrer à une performance de 97 minutes livrant le « comment du pourquoi » de son crime. Suit un long monologue, coupé de remarques techniques de son interrogateur-médecin, d’indication du nombre de captations signalant l’intérêt du public mondial, ou de notations horaires. L’hermaphrodite parle, éructe, chante, soupire, murmure sa confession, sans interlocuteur.
    Née hermaphrodite, dotée d’une aura, capable de beaucoup de choses étranges et fortes, l’être qui finit par se nommer au bout de quelques années Hermany Mésange apparaît dans la première partie de la performance comme un produit de la médecine (insémination artificielle par un procédé révolutionnaire, chez une mère à la dérive qui se suicide peu après sa naissance).

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  • Secrets de famille

    Vermot.jpgQuelque chose à te dire
    Marie-Sophie Vermot
    L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Ariane, 16 ans, se rend sur l’île bretonne où vit sa grand-mère, Julia Legohen, artiste peintre renommée. Elle ne se sont jamais rencontrées : une brouille aux ressorts inconnus sépare la mère d’Ariane, Dominique, de sa propre mère. La jeune fille a pris prétexte d’une recherche scolaire pour prendre contact avec Julia. Elle a été immédiatement invitée à lui rendre visite. Le roman commence à son arrivé sur l’île de Sainte-Barbe et se clôt avec son départ. Sur place, elle fait la connaissance de la compagne de Julia, Marthe, et d’un « jeune homme » qui fut longtemps leur voisin, Nathan. Au fil de promenades avec ce dernier et d’échanges artistiques avec sa grand-mère, Ariane semble s’installer dans un décor tranquille, sans aspérités. Tout bascule dans le dernier tiers du roman, quand un orage vient aiguillonner la curiosité de la jeune fille.

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  • Le romancier descendu des collines

    pavese.jpgŒuvres
    Cesare Pavese
    Édition de Martin Rueff
    Gallimard, « Quarto », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    On réunit dans ce volume toutes les œuvres dont Cesare Pavese agréa la publication ; y figure ainsi son immense journal posthume, Le métier de vivre, mais pas, hélas, les poésies publiées par d’autres que leur exigeant auteur, recueillies ailleurs sous le titre extraordinaire La mort viendra et elle aura tes yeux. Dû à Martin Rueff, l’apparat critique découpant l’œuvre peut trop souvent faire sentir sa présence, et le lecteur pourra, plus que d’ordinaire, regretter ici ou là de ne savoir lire le texte original, mais la parution de ces quelques 1800 pages de vademecum pavésien constitue bien un événement. Sans doute faut-il encore libérer Pavese des deux rengaines méprisantes dont on abuse pour contourner la complexité de l’œuvre : le suicide et l’impuissance sexuelle. Le suicide, d’une part, et tout récemment encore, un Immortel s’autorisait la privauté d’un classement des écrivains de l’autodestruction selon qu’ils ont commis ou non l’irréparable (« garantie de sincérité», le suicide de Pavese placerait son œuvre « bien plus haut que celle des deux grands pessimistes contemporains auxquels on l'a  comparé, Cioran et Pessoa »). Sur ce point, et sans nier d’aucune manière l’intensité ni l’efficience littéraire de la tentation suicidaire pavésienne, bien au contraire, nous préférerons citer avec M. Rueff cette admirable phrase d’Italo Calvino : « on parle trop de Pavese à la lumière de son dernier geste, et pas assez à celle de la bataille gagnée jour après jour contre sa propre tendance à l’autodestruction » ; le journal témoigne explicitement de cette âpre guerre, et l’œuvre tout entière, par la cruauté roide qui la sous-tend. L’impuissance, d’autre part, souffrance parmi d’autres mais dont on use souvent comme d’une clef de lecture unique, poisseux ragot pour salonards autrement expéditifs.

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  • Munch: cris et chuchotements

    E109939.gifEdward Munch, l'enfant terrible de la peinture
    Arnaud Cathrine

    L’école des loisirs, collection Belles vies, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    La vie du peintre norvégien Munch est évoquée par des témoignages de contemporains : sa soeur, d’autres peintres (Krogh), des écrivains (Jaeger, Goldstein, Przybyszewski), un médecin, des historiens d’art, des témoins divers. Si ces témoignages sont fictifs, leur matière ne l’est pas : les événements et les idées du peintre sont tirées de journaux, lettres, entretiens.

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  • « Comme si en chaque mot, une chose avait son talisman... »

    vbergen.jpgFleuve de cendres

    Véronique Bergen

    Denoël, 2008

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

    Fleuves de cendres : le titre de Véronique Bergen est déjà toute une histoire, une clef magique menant aux arcanes de son ouvrage. Il lie les contraires et les inconciliables. L’oxymore dit déjà l’horreur de l’Histoire, de ce XXe siècle mortifère, plongé dans  « l’orgie de sang des années de guerre »  – et la Beauté intangible de l’écriture révélée dès l’incipit : « Des épées d’argent cinglaient le corps turquoise qui, habile à engloutir la lune au fond de ses abysses, ne livrait aucun récit stable, reine sans roi à l’immense traînée d’écume que fendaient des cormorans ». Il ouvre l’accès à un livre multiple : poétique, philosophique, historique.

    Les amours saphiques d’Ambre, la narratrice, et de Chloé sont un tremplin permettant l’accès à l’histoire du peuple de Judée et à l’Histoire. Les linéaments du passé se dessinent toujours sous le présent. Violée par le faux Jacob, Sarah devient Chloé : « De mon ventre montaient les cris des douze tribus d’Israël piétinées. Sarah, en moi, n’existait plus ». A partir de là, le lecteur plonge dans un univers de féminité exacerbée où le mâle devient le mal : le faux Jacob, le nazi. Et l’histoire s’envole, imbriquant le présent et le passé, le discours d’Ambre et les extraits du journal intime de Chloé, la jeune femme aux origines sémitiques.

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  • Ouesterne du Nord

    nord.jpgIl était une fois dans le nord
    De Philip Pullman
    traduit de l'anglais par Jean Esch
    Gallimard Jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    On retrouve dans ce petit volume des personnages de la fameuse trilogie de Pullman, A la croisée des mondes : Lee Scoresby, ici jeune aérostatier novice et Iorek Byrnison, l’ours en armure, jeune lui aussi, et ne portant alors qu’un casque. Le récit fait connaître les circonstances de leur rencontre dans une lutte commune au service des opprimés, contre les méchants et les pourris.
    Altercations de saloon, belle inconnue à secourir, coups de winchester contre les hommes de main recrutés par les riches, combat inégal dans un entrepôt, suspens… tout cela ressemble à un western classique. Mais on retrouve un peu de l’ambiance des Royaumes du nord avec les daemons qui ajoutent une touche d’humour, et surtout le « lapin» Hester, donneur de conseil peureux qui se découvre à la fin de l’histoire lièvre arctique.
    Les gravures de John Lawrence rappellent les livres d’aventure d’antan, tout comme la présentation du livre, toilé, et les fausses reproductions de documents d’ « époque » (un procédé semblable se trouvait dans J’étais un rat ! du même auteur). Un jeu de société est fourni, sous la forme d’un plateau de jeu, d’une « boussole » et de pions de papier, délicieux pastiche des jeux de l’oie qui rendent fous.

    http://www.philip-pullman.com/

    http://www.gallimard-jeunesse.fr/

  • Comment aborder la sexualité avec ses enfants ?

    la sexualité.gif

    La sexualité

    Pascale Poulain

    Nathan, 2008

     

    (Caroline Scandale)

     

    « J’en parle avec mon enfant » est une nouvelle collection qui aide les parents à aborder des sujets délicats avec leur progéniture. Elle traite simplement de tous les aspects de thèmes comme la mort, la séparation ou la sexualité. Pascale Poulain, psychologue clinicienne, aborde celui de la sexualité infantile de manière tout à fait pertinente.

    « En 1905, Freud fit la découverte scandaleuse que l’enfant a une vie sexuelle. Il insista beaucoup sur l’importance de répondre à l’intérêt de l’enfant pour les choses de l’amour et du sexe […] L’amour et la sexualité sont liés par le langage… ».

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