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Sitartmag - Page 7

  • Abrutissement généralisé

    debris.jpgDébris

    Dennis Kelly

    traduit de l’anglais par  Philippe Le Moine et Pauline Sales

    Editions théâtrales, Culturesfrance, collection Traits d'union, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    « Pauvre maman. Elle n’avait pas compris que les gens dans le poste ne sont pas réels, ce n’est qu’un écran magique, les mots ne sont plus qu’une collection chaque jour plus abstraite de sons dans les airs. La réalité était bel et bien dans son ventre, la réalité grandissait là, c’était moi la réalité. Une enfant-plante suçant la mort par sa langue-pomme de terre – c’était ça la réalité. »

     

    Texte saisissant, Débris traite de la déliquescence familiale, sociale et humaine et examine avec acuité la manière dont les rapports (de force ou d'amour) entre les générations évoluent, corrompus par l’incommunicabilité, elle-même engendrée par la télévision, omniprésente : un mal déréalisant qui provoque une perte des repères, du sens et pire encore. Il s’agit là d’un théâtre essentiellement allégorique, où l’horreur des situations exposées sert avant tout à mettre l’accent sur les dysfonctionnements qui agitent les rapports humains, en particulier la relation parent-enfant.

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  • Quête frénétique

    daddy frénésie.jpgDaddy frénésie

    Tristane Banon

    Plon, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Daddy Frénésie est le troisième roman de Tristane Banon. On y retrouve son héroïne, la jeune Flore, dans une quête frénétique dont le but est de blesser celui qui l’a abandonnée à la naissance.

    A vingt sept ans, la jeune femme a depuis bien longtemps cessé de le chercher, persuadée que sa mort lui serait égale. Mais un jour en feuilletant le Figaro, une annonce lui laisse entrevoir la possibilité d’une rencontre avec l'absent. Commence alors une filature digne d’un détective privé pour apercevoir son père sans être découverte.

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  • Neuf regards

    regards9.jpgRegards-9
    Lansman éditeur, 2008

     

    (par Jean-Pierre Tusseau)

     

    A l’occasion des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, neuf auteurs ont été invités à s’imprégner de la ville et à s’en inspirer pour écrire une courte pièce de théâtre, représentée en mars 2008 dans un spectacle créé pour la circonstance par le Théâtre Niveau Parking en collaboration avec le Théâtre de la Bordée.[1]

    Si la majorité des auteurs sont québécois, Marc Prescott vient des grandes plaines du Manitoba et Koffi Kwahulé de Côte d’Ivoire. Le résultat est surprenant tant les pièces sont différentes par le sujet comme par le ton.

    La première, « L’encre bleue », signée Marie Brassard, proche du monologue un peu nostalgique, évoque la transformation d’un quartier populaire en quartier de restaurants exotiques « qui ressemblent à tous les nouveaux restaurants de toutes les villes du monde ». D’autres auteurs comme Jean-Marc Dalpé et Koffi Kwahulé, dans des dialogues très vifs, abordent des problèmes relationnels de couples. Le dernier texte, époustouflant, de Marc Prescott, fait vivre sur un rythme endiablé ces « rencontres rapides », orchestrées par un meneur de jeu, et au cours desquelles un célibataire dispose de trois minutes pour tenter de séduire sa partenaire et réciproquement.

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  • La vieille dame du 3ème étage

    mission bouille grenouille.jpgMission bouille de grenouille
    Muriel Kerba
    Gautier-Languereau, 2007
    A partir de 5 ans

     (par Myriam Gallot)

    Mais qui est cette « bouille de grenouille » ? Une vieille dame bizarrement fichue dont chaque verre de lunette est presque de la taille d’un écran plasma, et qui intrigue les jeunes occupants de son immeuble. On dit d’elle que c’est une vraie peau de vache, mais ne serait-ce pas plutôt une pauvre âme esseulée ? A coups de collages loufoques débordants de détails malicieux, Muriel Kerba peint un monde grave, mais drôle. Un album à large sourire qui apprend aux enfants que se soucier d’autrui est indispensable au bonheur et que la différence est une richesse.

  • Un sujet sensible

    Dorais.jpgÇa arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin
    Michel Dorais
    Typo, « Essai », 2008.

    (par Joannic Arnoi)

    Les éditions Typo viennent de rééditer cette étude de Michel Dorais, publiée pour la première fois en 1997 au Canada et traduite en anglais en 2002. Ancien travailleur social devenu universitaire, l’auteur est assez connu pour ses recherches sur la prostitution masculine, le suicide des adolescents homosexuels et d’autres questions LGBT* qui font le lien entre recherche savante et travail social, avec un arrière-plan militant très discret. D’une clarté limpide, Ça arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin dresse avec sobriété le tableau d’existences meurtries, voire définitivement bouleversées, tout en suggérant avec une grande retenue quelques pistes d’intervention et, autant que faire se peut, de prévention. Les huit chapitres d’analyse sont entrecoupés par douze récits à la première personne, qui ne cèdent jamais au sensationnel même si ce qu’ils dévoilent est très dur. L’ensemble constitue à la fois un document très riche sur un sujet ultra sensible et une tentative pour dépasser, par la réflexion, les prises de position purement émotionnelles. En ce sens, c’est un travail salutaire et qui mérite d’être lu.

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  • Chemin brisé

    1228925977_Smaus.jpgPetite, allume un feu…
    Martin Smaus

    Traduit du tchèque par Christine Laferrière

    Editions des Syrtes, 2009

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Le clan Dunka représente, en quelque sorte, la synthèse des familles tziganes, de leurs conceptions (ou non conceptions) de l’existence. « Les Dunka ne voulaient faire de mal à personne : ils voulaient vivre. Et ils vivaient comme ils en avaient l’habitude depuis des siècles, oubliant la veille et ne voulant pas savoir ce que leur apporterait le lendemain. Ils vivaient des milliers de vies, naissaient et mouraient sans cesse chaque jour ». C’est dans ce contexte que naît et grandit Andrejko, voleur hors pair, et pour cela choyé par les petits qui profitent de ses cadeaux, jalousé par les grands qui, ne pouvant l’égaler, se dressent contre lui.

     

    Dans la Tchécoslovaquie contemporaine, des dernières années du communisme à la partition du pays, en passant par l’ouverture, la démocratisation et l'avènement du capitalisme, avec les enthousiasmes et les angoisses que cela suscite, Andrejko est ballotté, accompagné d'une famille fluctuante et se délitant peu à peu, d’un lieu à un autre : du hameau campagnard, proche de l’Ukraine, où la tribu vivait selon les traditions, aux villes grises, froides, inhospitalières (Ostrava, Prague, Plzen), d’un appartement délabré à la maison de correction…

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  • Parmi les Iroquois

    fleur.jpgFleur des Iroquois
    Marc Séassau

    Collection Connexion, Les 400 coups, 2008

     

    (par Jean-Pierre Tusseau)

     

    Alors que Montréal n’était encore que Ville-Marie, on y faisait venir pour cinq ans, dans le cadre de la « Grande Recrue », des Français afin d’y soutenir le développement d’une véritable ville sous la responsabilité du sieur Paul Chomedey de Maisonneuve.

    Parmi les arrivants de l’année 1654 figure la jeune Catherine, âgée de 13 ans, qui accompagne son père, le chirurgien Etienne Bouchard, venu oublier son veuvage dans l’aventure du Nouveau Monde.

    Ils sont tout de suite plongés dans la fragilité et la pauvreté, la rudesse des conditions de vie de cette implantation qui n’a guère plus d’une dizaine d’années. Conscient de la fragilité de chacun dans de telles conditions, Etienne envisage d’établir sa fille au plus tôt, c’est-à-dire de la marier.

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  • Mémoires venus du froid

    tchirkov.jpgC'était ainsi... : un adolescent au Goulag

    Iouri Tchirkov

    traduit du russe, préfacé et annoté par Luba Jurgenson

    Éditions des Syrtes, 2009

     

    (par Françoise Genevray)

     

    Iouri Tchirkov (1919-1988) est un écolier de quinze ans quand on l'arrête en 1935 avant de l'envoyer aux îles Solovki. Les chefs d'accusation relèvent de la fantaisie pure : c'est l'époque où l'article 58 fait des ravages avec sa kyrielle d'alinéas (propagande contre-révolutionnaire, « contacts avec la bourgeoisie mondiale », sabotage, espionnage, etc.) et un résultat dramatique pour des millions de gens : un soviétique sur cinq environ eut affaire au Goulag de 1930 à 1953. Sans oublier les étrangers poussés dans ces contrées glacées par la « roue rouge » (Soljenitsyne).

    Les Solovki, archipel situé en mer Blanche à soixante kilomètres du continent, abritaient un vénérable monastère, fermé en 1920 et aussitôt transformé en zone pénitentiaire. Le pouvoir soviétique va anéantir peu à peu l'ancienne élite et la vieille intelligentsia. Le peuplement initial du camp sort tout droit du défunt Empire : hauts fonctionnaires, officiers du tsar, aristocrates, intellectuels, artistes, évêques et archevêques orthodoxes, bientôt rejoints par des révolutionnaires non bolcheviks (mencheviks, anarchistes, SR), puis par des droits communs.

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  • Laissez-les lire

    lire.jpgComment apprendre à ses parents à aimer les livres pour enfants
    Alain Serres, illustrations de Bruno Heitz
    Rue du monde, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Propos paradoxal, puisque ce sont les parents qui achètent les livres pour enfants et qui insistent pour que leurs enfants aiment lire, mais on ne sait jamais ! Il demeure que la liste des raisons de ne pas aimer ces livres est réjouissante et peut s’adresser aussi aux enfants pour leur donner envie de lire ; il faut fuir les livres pour enfants: on y trouve des loups, ça parle de choses qui n’existent pas, ou de la mort, ou de crottes, ou pire, c’est pas utile pour l’école, et puis ça oblige les parents à les lire soir et matin à leurs enfants, horreur.

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  • Concordance des temps ?

    boltanski.jpgRendre la réalité inacceptable
    À propos de
    La Production de l’idéologie dominante
    Luc Boltanski
    Demopolis, 2008

    (par Olivier Orain)

    Rendre la réalité inacceptable est présenté par son éditeur comme « destiné à accompagner la lecture de La Production de l’idéologie dominante de Pierre Bourdieu et Luc Boltanski », texte majeur « publié pour la première fois en 1976 dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales » et réédité cet automne par Demopolis et Raisons d’agir. Ce statut un peu ingrat de livre-compagnon cache un propos plus ample, dont l’intérêt est (au moins) triple : outre son rôle de commentaire d’un article (fleuve !), c’est aussi une évocation circonstanciée des débuts de la revue de Pierre Bourdieu dans le sillage (indirect) de Mai 68, et une réflexion magistrale sur l’évolution de la société française depuis trente ans.

    Rendre la réalité inacceptable est avant tout un récit, mais dégraissé de toute complaisance autobiographique. Il s’ouvre par une Élégie qui synthétise magistralement l’esprit des « années 68 » (et des rédacteurs des Actes…) — ce qu’un spécialiste de l’époque (Boris Gobille) appelle leur « vocation d’hétérodoxie ».

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  • Oursons facétieux

    oursons.gifOursons

    d’isabelle Gil

    L’école des loisirs, Loulou et compagnie, 2008
    (de 2 à 4 ans)

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Dans un album cartonné pour les petites mains, les oursons en guimauve prennent la pose pour la photo. Combien sont-ils ? 1, 2, 3, 4… 10 Il suffit de les compter. Ils sont adorables, avec leurs grands yeux ronds et leurs poses cocasses.  Et ils nous font des clins d’œil, que ce soit ourson-Ulysse encordé au mât du bateau, ourson-cerf qui fut peut-être l’amant de Diane, oursons se câlinant allongés sur une serviette de plage, ou cachés sous un sapin pendant que les autres s’adonnent aux sports d’hiver. Un album irrésistible, et pas si guimauve. C’est qu’ils sont coquins, ces animaux…

     

    http://www.ecoledesloisirs.fr/

     

    http://isabellegil.over-blog.com/

  • Entretien avec Thierry Galibert sur Artaud

    bestialite.jpgLa Bestialité

    Thierry Galibert

    Sulliver, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Thierry Galibert a signé en juin 2008 un essai aussi vaste qu’exigeant sur le thème de la bestialité tel qu’on le rencontre dans la modernité occidentale, et ce à travers le prisme de l’œuvre d’Antonin Artaud. La majorité de la critique, découragée sans doute par les quelque 500 pages serrées de cet ouvrage, semble avoir préféré le passer sous silence. Or, le travail de ce professeur de littérature française à l’université d’Aix-Marseille mérite considération. Il offre en effet des perspectives étonnamment fécondes à propos de sujets que l’on croyait entendus depuis longtemps, des plus particuliers (l’évolution personnelle d’Artaud) aux plus généraux (l’histoire du surréalisme, les idéologies totalitaires, les rapports entre aliénation et création, etc.)

     

    À aucun moment pourtant, l’érudition n’apparaît forcée, car Thierry Galibert possède un atout précieux, garant de son crédit : il maîtrise à fond sa matière. Rares sans doute sont les spécialistes patentés d’Artaud qui excellent à citer l’épistolier, le dramaturge, le poète ou l’essayiste avec autant d’aisance, et prouvent de la sorte qu’ils ne méconnaissent aucun recoin de cet esprit tourmenté et déroutant. La démonstration, si ardue soit-elle, finit donc par emporter la conviction. Artaud disait « Définir une vérité, c’est la tuer. ». Nous n’aurons ni cette prétention ni cette cruauté. Voilà pourquoi, plutôt que de résumer pesamment – ou pire : dénaturer – le propos de l’auteur, nous avons préféré lui laisser la parole, dans le cadre de l’entretien qu’on va lire…

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  • Vie en ligne

    9782350122014TN.gifLe Monde de Warcraft
    Jean-Paul Bourre

    Scali, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Sous-titré « ma vie en ligne parmi neuf millions d’accros », ce texte n’est pas une analyse du phénomène qu’a été le jeu numérique en ligne « World of Warcraft » lancé par la Société Blizzard en 2004, mais plutôt un témoignage de qui y a passé un an et a subi cette addiction.
    C’est cette addiction qui est au centre de l’écriture et de la composition du texte : le « temps réel » est à peine présent, de même que le lieu réel, ils n’existent que par allusions ou négations. En revanche, le temps du jeu (des nuits sans dormir, un désir de ne pas s’arrêter, une urgence permanente : le cas extrême des « no life ») et les lieux du jeu sont omniprésents (fascination pour la beauté des paysages, des architectures, des rites, des costumes, des « visages »).

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  • Les garçons de la plaza Real

    L60580.jpgAlberto
    Daniel Arsand, illustré par José Maria Gonzalez

    Les éditions du Chemin de fer, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Dans les années 1970, jeune homme choyé par ses parents, Daniel s’aventure à Barcelone, entraîné par un ami, ses faux désirs de voyages et ses illusions. « J’avais vingt-cinq ans. Ma jeunesse ne s’était pas colletée vraiment avec le réel, elle se croyait infatigable, incorruptible et éternelle ». Malgré le franquisme déclinant, la ville espagnole apparaît comme « un gouffre luxuriant » plein de libertés, de promesses et de rencontres. C’est dans ce contexte qu’apparaissent Alberto et la passion qu’il suscite d’emblée auprès du narrateur.

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  • Old wave

    vague.jpgLa Vague

    Todd Strasser

    traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier

    Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2008

     

    (par Samia Hammami)

     

    En avril 1967, dans un lycée à Palo Alto (Californie), se serait déroulée une étrange expérience initiée par Ron Jones. Ce professeur d’histoire, devant son incapacité à sensibiliser ses élèves aux mécanismes dont relève un parti tel que le NSDAP, aurait tenté d’appréhender le concept de totalitarisme par un biais moins conforme. Il leur aurait démontré comment des citoyens ont pu soutenir les principes nazis et laisser opérer le génocide que l’on connaît sans éveiller la désapprobation des foules en créant, au sein de sa classe, le mouvement « La Troisième Vague ». Cette émanation fascisto-scolaire aurait alors déferlé pendant une semaine dans l’établissement avant de se voir finalement endiguée avec fermeté.

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  • Hantises et malédictions

    vv15.jpgLe Visage Vert, n°15
    revue de littérature, parution annuelle, juin 2008
    Editions Zulma

    (par Romain Verger)

    Cette nouvelle livraison du Visage Vert explore le thème des hantises et malédictions à partir d’un large corpus de nouvelles fantastiques appartenant au domaine français (Jean Cassou, Jules Bois, Anne-Sylvie Salzman, Norbert Sevestre) et étranger (Ralph Adams Cram, Leopoldo Lugones…). La richesse de cette revue et le plaisir qu’on prend à la lire ne vient pas uniquement de cette pluralité de voix convoquées pour illustrer le thème, mais de ce que les textes de création se doublent d’éclairages critiques précieux qui permettent au lecteur de recontextualiser chacune des nouvelles présentées, de l’inscrire dans son réseau d’influences, autre forme de hantise, littéraire cette fois.
    Trois nouvelles ont plus particulièrement retenu mon attention, toutes en rapport avec le motif de l’œil, histoires de l’œil pourrait-on dire, où celui-ci joue tour à tour ou simultanément le rôle de mauvais œil, de supra-conscience maléfique, d’organe permettant la communication entre le monde des vivants et des morts, de pompe aspirante et dévitalisante. Autant d’histoires générées par un dérèglement initial — le fait de mourir yeux grand ouverts — qui vient brouiller la frontière entre vivants et morts et autorise toutes les subversions. Dans Le Succube, Jules Blois raconte le calvaire enduré par un homme que sa veuve revient hanter, se rappelant à lui sous la forme obsessionnelle d’un œil scrutant jusqu’à ses ébats avec une prostituée. Il se réveille chaque matin plus exsangue, dévitalisé par cette femme succube qui parviendra à le ramener à elle : « Il me semble que ses yeux veulent m’arracher de la terre, que ses lèvres veulent aspirer mon âme… ».

    http://www.levisagevert.com/

  • Le bonheur est dans la forêt

    doppler3.jpgDoppler
    Erlend Loe
    traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
    Gaïa, collection taille Unique, 2006 / parution en 10-18 janvier 2009

     

    (par B. Longre)

     

    Qui est réellement ce Doppler qui donne son nom au quatrième roman d’Erlend Loe publié en français et qui, soit dit en passant, nous fait tant rire ? Un irrécupérable ahuri ? Un asocial invétéré ? Ou tout simplement un sage, qui a bien raison de fuir travail, épouse et enfants, d’aller trouver refuge dans la forêt proche d’Oslo et d’adopter un jeune élan comme seul compagnon ? Certes, Doppler reconnaît ouvertement sa misanthropie en admettant ne pas aimer les gens (surtout les Norvégiens…) et son départ s’accorde à la logique jusqu’au-boutiste qu’il a décidé de suivre désormais. Avide de silence, il vit depuis six mois dans la forêt où il a planté sa tente dans un coin tranquille et érige petit à petit un système de valeurs dont le premier commandement est le suivant : fuir l’application humaine, qui caractérisait la vie étriquée qu’il menait avant, faite de petites obsessions matérielles et de préoccupations déshumanisantes, vécue au rythme des Teletubbies, héros de son fils téléphage, ou des élucubrations tolkieniennes de son adolescente de fille.

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  • Tribulations d’un ethnolinguiste en Afrique de l’Est

    serval noir.gif

    Le serval noir

    Marc Vassart

    Au diable Vauvert, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Somerset Bienvenue est ethnolinguiste au musée de l’homme, menacé de fermeture suite à l’inauguration du musée du quai Branly. Un éclair de génie – à moins que ce soit de folie - le conduit au Kenya, dans le berceau de l’humanité, alors sous les bombes américaines, pour y dénicher une poterie ancienne. L’un de ses confrères a en effet découvert une machine permettant de lire dans les sillons d’une poterie comme sur ceux d’un disque vinyle, et donc de restituer les paroles prononcées pendant la fabrication d’une poterie. Si Somerset Bienvenue réussit à ramener la poterie hadzabé, il pourra peut-être remonter à la langue-mère, à l’origine de toutes les autres, et – qui sait ? – parvenir ainsi à sauver le musée de l’homme par cette découverte majeure.

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  • Contes tordus

    pef.jpgMotordu, Sang-de-Grillon et autres contes
    De Pef
    Gallimard jeunesse, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Motordu se met aux contes et les revisite avec une virtuosité toujours étonnante. Dans l’histoire que raconte sa fille Marie-Parlotte pour endormir le Prince de Motordu, celle qu’on nomme Sang-de Grillon (Cendrillon), car toujours fourrée dans une cheminée, épouse le très vache Barbe-Meuh. Elle s’enfuit et rencontre la Belle au bois mordant dont le bois est vraiment redoutable, et aussi Planche Beige et sa méchante Belle-Amère, le Chat Empoté et le marquis de quatre Cabas, l’Appétit poussé qui a toujours très faim… De nombreux personnages secondaires complètent le tableau, dont le spirituel Gars rosse qui la transporte et menace de se transformer après minuit en six trouilles, voire davantage.

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  • Culpabilité collective

    lward.jpgOutside Valentine

    Liza Ward

    Traduit de l’américain par Françoise Jaouën, coll. « Domaine étranger », Editions 10/18

     

    (par Madeline Roth)

     

    Au début on ne comprend rien. « Dans mon rêve, la neige tombait partout dans mon bon vieux Nebraska. » On a en tête la très belle image de couverture, ce rouge sang dans la neige blanche, et pendant toute la lecture on a froid. Au début on ne comprend rien mais on est embarqué. Trois années, 1991, 1957, 1962, et trois voix, trois personnes dont on essaie de deviner les liens, jusqu’à ce que tout se mette en place. Et c’est magistral.
     En 1958, dans l’hiver du Nebraska, Charles Starkweather, 19 ans, et Caril Ann Fugate, 14 ans, tuent onze personnes, au terme d’une des plus célèbres tragédies américaines. Liza Ward, l’auteure du texte, a perdu ses grands-parents dans ce drame.

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