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Sitartmag - Page 4

  • Ulysse en Berlusconie

    benni3.jpgAchille au pied léger
    Stefano Benni
    traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli
    Actes Sud, 2005 /
    Babel, 2009

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Depuis 2700 ans, le vieil Homère suscite des iliades et des odyssées à foison, et ce n’est pas Joyce qui aura mis un point final à la série. Chez Stefano Benni, Achille a le pied léger (ou le fauteuil véloce), mais c’est Ulysse qui court, se démène, va et vient pour les autres et pour lui, déjoue des pièges, maîtrise ses peurs, cède à quelques tentations.

    Résumons (très succinctement, car le foisonnement est tel qu’on se perdrait facilement – et délicieusement – dans les itinéraires du héros). Ulysse, qui vit comme ses compatriotes sous l’autorité fascisante d’un «duce» d’aujourd’hui, lit des manuscrits pour une petite maison d’édition, et tâche d’écrire lui-même. Il aime Pilar, qui a des difficultés avec son permis de séjour, et fait la connaissance d’Achille, jeune paralytique à la personnalité envahissante et angoissante. Ils se prennent l’un pour l’autre d’une amitié exigeante (Achille) ou perplexe (Ulysse), et communiquent par ordinateur interposé, dans de longues conversations qui remettent en cause l’ordre du monde (comme toute bonne iliade) et recomposent la personnalité et la destinée du héros (comme toute bonne odyssée).

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  • Voyages, famille, parti

    phpThumb.jpgYankee
    Bernard Chambaz

    Editions du Panama, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    De 1920 à 2007, de l’évocation du communiste américain John Reed à celle du trop puissant George Bush, des débuts exaltants de l’URSS à l’agonie du Parti Communiste Français, Yankee, comme une suite à Kinopanorama, obéit à une structure en double alternance : alternance chronologique, puisque l’autobiographie française et politique s’assortit de retours à des épisodes américains antérieurs ; alternance géographique, pour les mêmes raisons.

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  • Un doux voyage avec Chet

    chet.jpgChet Baker / Enrico Pieranunzi

    Soft Journey
    (réédition, Pieranunzi series, Egea reoords)

     

    (par Jacques Chesnel) 

     

    Il y aurait donc eu des avanies (?) pour que ce disque ne soit réédité qu'au bout de trente années d'attente et c'est à l'occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Chet que cet album paraît enfin.

    Le pianiste romain entre dans sa trente-et-unième année ; d'après la complète discographie sur www.chetbaker.net/, c'était sa première rencontre avec Chet ; ils se retrouveront en mars 1987 (C.B. with the Jazz Space trio) et en duo à la fin de l'année suivante trois mois avant la mort du trompettiste le 13 mai. Début également de la collaboration avec Riccardo Del Fra.

  • Fantasy & cie

    9782081209831_cm.jpgLumina Princesse guerrière. Vol.1 : L’exil de la lumière
    De Alain Grousset, Danielle Martinigol, Paco Porter

    Flammarion, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Réédition en un volume de quatre des dix livres d’une série parue chez Castor Poche entre les années 2000 et 2002, ce livre épais a toute la légèreté nécessaire à ce qu’il vise. Il s’agit de faire rêver de jeunes lecteurs à des aventures pleines de suspens, d’exotisme et d’un brin de merveilleux (quelques animaux de légende : licorne, tigre ailé,…).
    Ajoutez à cela un héros qui est une héroïne, fille d’un bon roi assassiné par traîtrise, belle, naïve et tendre qui devient par obligation une fuyarde puis une guerrière solitaire, mais reste très humaine. Elle a des pouvoirs, aussi, qu’elle découvre progressivement. Il y a une secte de méchantes magiciennes à laquelle elle devrait être intégrée. Les autres méchants ont l’âme noire à souhait, on s’embarrasse peu de descriptions ni de style, le nombre des personnages secondaires est restreint afin de ne pas embrouiller. Mais une invention intéressante, celle d’un personnage qui peut être tantôt fille tantôt garçon (Ninyo ou Ninya). Quelques noms feront sourire et penser que ces trois auteurs ne se prennent pas trop au sérieux (un personnage s’appelle Tolken, un saltimbanque Médranno). Et tout cela est bien mené et reprend de bonnes vieilles ficelles efficaces, comme le montre le titre, désuet à souhait.

  • Egypte de poche

    21058873772.GIFArchéopolis (t. 3, les tablettes magiques)
    Pierre-Marie Beaude

    Gallimard jeunesse

    (par Anne-Marie Mercier)

    La jeune Alisson accompagne une expédition archéologique en Egypte et grâce à l’usage de son imagination et de sa sensibilité (le cœur) parvient à percer les mystères. Elle arrive même à remonter le temps jusqu’à la princesse, future épouse de Ramses III, à déjouer un complot, favoriser des amoureux, et ainsi de suite. Tout cela est simple comme bonjour, facile.

  • Salir, laver

    resize_sm_media1_fichier_idiot1.jpgIdiot !
    D’après Fedor Dostoïevski

    Spectacle de Vincent Macaigne
    Théâtre National de Chaillot
    Du 4 au 21 mars 2009 (et en tournée)

    (par Nicolas Cavaillès)

    Immense déluge, grosse apocalypse de cynisme, de moralisme, d’ironie et de cruauté : voici qui vient bourdonner dans ton âme, Idiot !, librement adapté de Dostoïevski par le jeune metteur en scène Vincent Macaigne. Celui-ci affiche d’emblée parmi ses icones celle d’Artaud Martyr et Prince machiavélique du théâtre ; ainsi, tous les moyens sont bons, et l’humour, et la harangue, et l’insulte… Aussi bruyant qu’insaisissable, Idiot ! n’a pas peur du contact, et sa débauche de hurlements et de souillures, à laquelle on ne saurait reprocher de la gratuité, stigmatise à feux et à sang ce haut-lieu de la littérature russe : la fin de beuverie, toute de larmes, de hargne et de confessions débordantes ; le cœur de la crise, ramassée, condensée, invivable et d’autant plus puissante.

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  • À voir et à lire

    Couvcalligb.jpgClaude Debon

    Calligrammes dans tous ses états

    « Édition critique du recueil de Guillaume Apollinaire »
    Éditions Calliopées,  2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Calligrammes est un recueil complexe, dont le titre ne dévoile qu’un aspect, celui des fameux « poèmes dessins », et encore… Il fallait l’immense travail de Claude Debon et de son éditrice pour montrer, au plein sens du terme, cette complexité.
    Calligrammes dans tous ses états, livre de grand format, est certes une « édition critique », dont les cinquante premières pages rappellent bon nombre de données indispensables sur l’ancienneté de la tradition (européenne et chinoise) des « poèmes figurés », ainsi que sur les sources livresques et personnelles, dont le goût particulier d’Apollinaire pour le dessin, lui qui n’hésitait pas à écrire : « Il se constitue un art universel, où se mêlent la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, la science même… ». L’étude génétique, rigoureuse à tous égards (scientifique, historique, littéraire) n’évite ni l’analyse subtile (sur l’originalité du recueil, sur  son double aspect visuel et musical) ni la minutie générique : comment désigner ces textes qui sont en même temps des dessins ? « Idéogramme lyrique », « poème figuré », « poème visuel », « poème à voir », « poème dessin », « poème formel »… ? Pour Claude Debon, « ces  hésitations sont à la hauteur de l’innovation, quasiment « innommable » ». Car Calligrammes est un livre résolument moderne, où la recherche de « formes nouvelles » n’entre pas en contradiction avec l’idéal de pureté, voire de dépouillement – ce qui n’a pas forcément été compris lors de la parution, la faveur de la critique ayant porté davantage sur les aspects « classiques » du recueil que sur les « calligrammes » eux-mêmes.

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  • "Un brave ogre des bois, natif de Moscovie, était fort amoureux d'une fée..."

    ogre moscovie.jpgL’ogre de Moscovie

    Textes de Victor Hugo, illustrations de Sacha Poliakova

    Editions Gautier-Languereau, 2008

    A partir de 6 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    On le sait peu, mais Victor Hugo, quand il ne fait pas dans le grandiloquent et le sublime, sait aussi manier le second degré. « L’ogre de Moscovie » est une délicieuse fable comique racontant l’histoire d’un ogre maladroit « fort amoureux d’une fée », qui, sans penser à mal, croque le « marmot » de sa dulcinée… Morale de l’histoire : « aimez, mais soyez fin ; Adorez votre belle, et soyez plein d’astuce ; N’allez pas lui manger, comme cet ogre russe, Son enfant, ou marcher sur la patte à son chien. » Illustrée par une dessinatrice russe dans un album très grand format, la fable s’incarne en personnages marionnettes, où les ficelles et les manipulateurs apparaissent… et où l’ogre n’est pas forcément celui qu’on croit. Une interprétation astucieuse bien dans le ton de la fable, qui s'adresse peut-être plus aux adultes, capables de percevoir le décalage ludique.

  • Touche pas à mon Bost !

    bost.jpgPorte-Malheur

    Pierre Bost

    Le Dilettante, 2009

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Il serait particulièrement intéressant d’écrire une histoire de la littérature française en dressant le panorama de ses « petits maîtres ». Combien sont ainsi régulièrement redécouverts, qui ne jouèrent de leur temps que des rôles de seconds couteaux dans l’édition ou le monde des revues et ne furent qu’effleurés par les feux de la rampe ? Le cas d’un Emmanuel Bove, écrivain prolifique et de grande qualité qui dut attendre des décennies avant de se voir reconnaître posthumément, a, à cet égard, valeur de paradigme. Le seul vivier des années 1920-1930 réserve encore maintes surprises en la matière. Témoin : Pierre Bost.

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  • Désespoir d’enfance

    blackbird_10.jpgBLACKBIRD

    de David Harrower

    Mise en scène Claudia Stavisky

    Texte français de Zabou Breitman et Léa Drucker

    Création Célestins 2008

     

     (par Françoise Anthonioz)

    « Je hais la vie que j’ai eue… Tu étais dans ma tête tout le temps ».

    Una a fait 7 longues heures de route pour retrouver Ray qui s’appelait Peter dans une autre vie, vie dont elle a dramatiquement fait partie. Dans cette autre vie, Peter, âgé de 36 ans, a aimé Una qui n’en avait que 12. La suite, on l’imagine aisément : la prison pour lui, et elle, questionnée, examinée contre son gré et supportant pendant des années dans sa ville, dans sa famille, la réprobation et la souffrance. La voilà qui arrive après avoir vu dans un magazine une photo souriante de cet homme qui l’avait lamentablement abandonnée. Elle veut connaître enfin la vérité sur ce qui s’est vraiment passé durant cette terrible nuit où elle était « éperdue d’amour ».

    Tenace et déterminée, elle ne lâche pas sa proie. Lui est là, sur son lieu de travail, gêné, balbutiant, cherchant ses mots, fuyant son regard, voulant se débarrasser d’elle le plus rapidement possible. Mais rien n’y fait, elle ira jusqu’au bout… Et cet amour, impossible hier, pourrait-il l’être aujourd’hui ? Les dialogues sont tendus, ambigus et violents, aussi violents que les sentiments d’il y a bien longtemps et peut-être de maintenant… Léa Drucker et Maurice Bénichou, constamment en scène dans ce face à face à huis clos, sont tout simplement exceptionnels.

     

    http://www.celestins-lyon.org 

  • Éclats de vie

    Sean James Rose et nos amours.jpgEt nos amours
    Sean James Rose
    Denoël, 2009

    (par Joannic Arnoi)

    En 150 fragments, Et nos amours explore quatre destins ordinaires, quatre mémoires en éclats émoussés. Il y a Hélène, fille de bonne bourgeoisie, traductrice anglomane, longtemps adonnée à des hommes mariés et plus âgés qu’elle. Martin, lui, a passé une jeunesse que certains diraient « dissolue », entre alcool, drogues, fêtes et séduction – car il a beaucoup séduit : des femmes surtout, et une en particulier, Hannah, qui a fini par renoncer. Il a aussi vécu un temps avec Pierre, critique littéraire, journaliste précaire qui s’est un jour installé dans une vie plus tranquille d’enseignant. Hélène a été un jalon amical dans sa vie, comme elle l’a été pour Marie, une enfant sans père devenue croqueuse d’hommes, au fil d’une existence aussi chaotique la nuit que morne le jour.

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  • Biographie énigmatique et roman polyphonique

    ilija.jpgLe collectionneur de mondes

    Ilija Trojanow

    roman traduit de l’allemand par Dominique Venard
    Buchet Chastel, 2008

     

    (par Christophe Rubin)

     

     Si la vie de Richard Francis Burton a été sulfureuse, sa mort a donné l’occasion à sa veuve d’en faire un personnage définitivement mystérieux : non contente de lui avoir fait administrer l’extrême onction malgré des pratiques sexuelles et autres expériences qui n’étaient pas en odeur de sainteté – sans compter une conversion à l’islam – elle a immédiatement brûlé son journal intime et un certain nombre de feuillets manuscrits…

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  • Chaperons du monde

    chaperons.gifLes Histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde
    Fabienne Morel et Gilles Bizouerne
    Illustrées par Julia Wauters

    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    On trouve ici des versions du Chaperon rouge proches de la tradition orale française, dans toute leur crudité. Dans une version française la petite fille est invitée à fricasser le sang de sa grand mère , dans une version africaine, le corps de la mère grand disparaît membre après membre, dévoré non par des fourmis comme le croit l’enfant, mais par le lion ; ailleurs, c’est un tigre qui la met en morceaux…
    Autre motif : les ruses des Chaperons pour s’échapper, pleines d’inventivité, les objets, les mets, la couleur des chemins… On trouve dans cet album de multiples variations, si riches qu’on ne se lasse pas d’entendre toujours la même histoire. L’illustration suit deux modèles. Chaque histoire est accompagnée d’une page aux tons de rouge imitant les papiers découpés et reproduisant des motifs dans le style du pays de la version proposée. Tous les récits sont illustrés de dessins à l’esthétique naïve, crayonnés et colorés de manière à donner une « couleur » particulière à chaque scène.

  • Chaperon rose

    9782844206893.jpgLe Chaperon rouge
    Illustrations de Nathalie Choux, adaptation d’Olivier Cohen, musique de Pierre Choley
    raconté par Roland Giraud

    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Encore un Chaperon, proche au début de celui de Perrault, mais avec des variantes curieuses et peu convaincantes. Une fin qui donne le beau rôle au chaperon et qui dissout toute l’angoisse possible du conte. Les illustrations sont elles aussi un peu mièvres (esthétique Charlie Brown, la cruauté en moins) et la mise en son assez traditionnelle, avec quelques effets de dramatisation et de suspens bien calculés.

  • 60 recettes ludiques et chamarrées

    cuisine des week-ends.gifLa cuisine des week-ends en famille – 60 recettes faciles et festives

    Nathaly Nicolas-Ianniello, photographies de Laurence Mouton

    Nathan, collection faire ensemble, 2008

    A partir de 5 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Surtout ne pas se fier à l’apparence de ce livre de cuisine familiale : la couverture ni le titre ne laisseraient présager des recettes dans un esprit très cuisine nouvelle (steak à la chantilly de tomate, crêpes vertes au thé matcha, tarte tatin pamplemousse-réglisse), avec une nette préférence pour le sucré-salé (sandwichs de pommes aux bleus, rôti de porc aux trois glaces, et même un osé coulis de poivrons rouges et fraises). Tout le monde n’est pas amateur !

     

    Les recettes sont à faire avec les enfants, mais certaines manipulations risquent de se révéler difficiles, même pour les parents, à moins qu’ils ne soient cordons bleus. Il est plutôt technique d’ouvrir un œuf cru comme un œuf coque, le vider de son blanc en conservant le jaune et le faire cuire en équilibre sur l’eau chaude pendant 6 minutes à 60°C. A l’inverse, est-il vraiment nécessaire d’utiliser un livre de recettes pour placer un disque de jambon dans une tranche de pain de mie à faire gratiner au four parsemée de fromage râpé ? Pour fourrer des pruneaux au foie gras ?

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  • Du terrorisme en dissertation

    rubon9064.jpgLes Justes
    Albert Camus
    Mise en scène de Guy Pierre Couleau

    Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
    Du 4 au 13 mars 2009
    (Suivi des Mains sales de Sartre, du 18 au 27 mars)

    (par Nicolas Cavaillès)

    On connaît les défauts du texte de Camus, écolier disserteur enthousiaste, au goût prononcé pour la formule journalistique (question d’époque), encadrant ses débats dans une trame particulièrement efficace : cinq « socialistes révolutionnaires » russes organisent au nom de la Justice sociale la mort d’un nanti, grand-duc de son état. Ces cinq Justes dépourvus d’ambiguïté, hélas, «  disent tout ce qu’ils pensent, et pensent tout ce qu’ils disent » (pour paraphraser Lessing), ce qui, chez le spectateur, laisse peu de place pour l’incertitude et pour sa précarité, autrement féconde. On ne connaît que trop le sérieux philosophique de l’auteur de La Chute, aussi généreux que laborieux, et ses bonnes intentions cousues de morale blanche. Demeurent de belles images littéraires, un lyrisme qui ne vieillit pas si mal, une réelle vivacité des ébats, et (pour en venir enfin au théâtre) les efforts des comédiens pour éviter que le tout ne tourne au clash artificiel de lycéens apprentis révolutionnaires. Efforts généralement récompensés, du reste, tant le succès de l’œuvre de Camus résiste bien aux années – quand il ne se continue pas dans le succès d’un Wajdi Mouawad, par exemple.

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  • Voyage au pays des mages

    puybaret.jpgLes îlots de Piédestal – voyage au pays des mages

    Textes et illustrations d’Eric Puybaret

    Editions Gauthier-Languereau, 2008

    A partir de 7 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    A bord de leur roulotte scientifique amphibie, le professeur Azarias et ses deux assistants partent explorer le pays des mages. Il paraît que ces êtres mystérieux ont des pouvoirs fascinants. Sur les îlots de Piédestal, de hautes tours comme des « clous de pierre », les mages ne sont pas très disciplinés et mènent la vie dure à nos explorateurs…avant de choir de leurs tours, renversés par un poisson géant. Que d’aventures !

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  • Fleurs de mots

    9782020982313.gifHenri au jardin d’enfants
    De Gérard Dubois

    Seuil, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)


    Henri, en costume marin, et ses amis les deux jumeaux jouent dans un jardin public qui ressemble au Luxembourg. Tout près d’eux une fille les observe. A partir de là, tout dérape : le ballon expédié trop fort de la page de droite file sur la page de gauche et explose les mots, les lignes. Les pages se défont progressivement des mots qui tombent en tas et laissent le rêve émerger, à travers quelques mots cueillis par les deux enfants, le garçon et la fille : « jardin », « fleur », « poisson », « étang »… jusqu’au baiser final qui fait revenir au réel.
    Une belle variation graphique sur les mots et les rêves.

  • De voix de maître

    Riboulet amant morts.jpgL’Amant des morts
    Mathieu Riboulet

    Verdier, 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Mathieu Riboulet est un écrivain frugal. Ses récits se tiennent souvent à la centaine de pages. À rebours d’une littérature romanesque composant de vastes tableaux, leur trame évoque un voile que l’on relève sur un infime fragment du monde.
    L’Amant des morts ne déroge pas à la règle, même si davantage qu’auparavant l’auteur élargit la focale pour embrasser un sentiment nouveau : l’Histoire — qu’il côtoie ou qu’il accompagne plutôt qu’il ne l’embrasse.

    Au centre, un personnage, Jérôme Alleyrat, que la narration suit avec une fidélité à peu près chronologique, mais en se tenant en léger retrait, de telle sorte que persistera toujours une certaine opacité.

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  • Le Yiddish dégourdi

    9782732039152.gifFilourdi le dégourdi
    de Mani Leib et El Lissitsky,
    Traduction de Françoise Morvan
    Sorbier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Intitulé dans sa version originale, Yingl Tsingl khvat (gamin à la langue bien pendue et dégourdi), ce poème yiddish a été publié pour la première fois à New York en 1914, puis réédité à Kiev avec les illustrations de El Lissitsky, qui s’engagea par la suite aux côtés de Malévitch.
    Histoire bondissante et surprenante d’un enfant qui rêve de neige, elle est proposée ici dans un bel objet à l’esthétique très soignée. L’album se lit "à l'envers", c'est-à-dire de la dernière à la première page, chaque page de droite présentant la traduction du texte original dans une typographie intéressante. Le texte en yiddish s’inscrit à gauche, à l’intérieur des gravures en noir et blanc d’El Lissitsky qui évoquent le trait de Chagall (à moins que ce ne soit Chagall qui… puisque le dessinateur a collaboré avec lui après avoir développé un travail inspiré par les fresques des synagogues).
    Une belle réédition, qui propose en postface des clefs pour resituer le livre.