06.12.2008

Corporate unlimited

kafkacola.jpgKafka Cola
Alessandro Mercuri
Léo Scheer, 2008

 

(par Romain Verger)

 

Ovni littéraire, produit marketing à disposer en palettes sur les présentoirs de supermarchés, pamphlet destiné à redresser les illusions d’optique dont souffre notre société ou imposture visant à les créer ? Ce livre est tout cela à la fois, véhicule d’une culture authentique et de références authentifiables allant de la préhistoire au dernier discours d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, comme de sources détournées ou purement inventées. Patrick Le Lay, John Pemberton et Franz Kafka se regardent dans le blanc des yeux, se découvrant des affinités insoupçonnées.

Dans Kafka Cola, table de dissection de notre prétendue modernité, Alessandro Mercuri préside à leur très improbable rencontre, questionne et autopsie ses apparentes contradictions, clivages et autres incompatibilités posées de fait, par tradition ou bonne conscience.

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05.12.2008

De la poule au tigre

adiga.jpgLe Tigre Blanc

Aravind Adiga

Traduction de l’anglais (Inde) par Annick Le Goyat

Éditions Buchet Chastel, 2008

 

(par Samia Hammami)

  

« Car, voyez-vous, j’ai été un serviteur autrefois. Trois nations seulement n’ont jamais courbé l’échine devant des étrangers : la Chine, l’Afghanistan et l’Abyssinie. Par respect pour l’amour de la liberté dont témoigne le peuple chinois, et persuadé que l’avenir du monde est entre les mains de l’homme jaune et de l’homme brun à présent que notre maître d’antan, l’homme blanc, s’est perdu lui-même dans la sodomie, l’usage du portable et l’abus de drogue, je me propose de vous révéler, gracieusement la vérité sur Bengadore. Et cela en vous contant ma propre histoire. » C’est en ces termes, non équivoques, que « Tigre Blanc » initie une série de huit lettres rédigées au cours de sept nuits consécutives. Cette longue missive est adressée à Wen Jiabao, le Premier Ministre chinois, à la veille d’une visite officielle dans le pays du Gange en vue de pénétrer le secret des entrepreneurs indiens.
Balram Halwai, l’auteur de cette correspondance, est l’un de ceux-là. Issu des Ténèbres, il s’en est péniblement arraché pour finalement accéder à la Lumière. Cette extirpation ne se fit pas sans sacrifices car, entre ces deux Indes, des siècles de tradition et un système gangréné aux rouages huilés par l’iniquité et l'arbitraire empêchent tout déplacement d’une réalité à l’autre.

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Affinités rares

peur.jpgArchipels - Cie Dominique Pifarély

3 CD (label : Poros éditions)

Impromptu (acdp 001) - Dominique Visse, Dominique Pifarély, François Couturier. Poèmes de Paul Celan, André du Bouchet, Jacques Dupin. Introduction de François Bon.

Trio (acdp 002) - Dominique Pifarély, Julien Padovani, Eric Groleau

Peur (acdp 003) - François Bon (texte, voix), Dominique Pifarély, François Corneloup, Eric Groleau, Thierry Balasse

 

(par Jacques Chesnel)

 

Dès les années 20, une abondante littérature écrite s’est efforcée de capter l’esprit du jazz sous des formes très diverses ; dont la poésie. Parmi les premiers écrivains, Langston Hugues, Philippe Soupault, Pierre Reverdy, Charles-Albert Cingria… Plus tard, Jack Kerouac et ses poèmes de Mexico City Blues, The Last Poets et LeRoi Jones/Amin Baraka, André Hodeir et Anna Livia Plurabelle de James Joyce, Gil Scott-Heron, Steve Swallow et Robert Creeley (Home) ; plus récemment Yves Buin avec Fou-l’Art-Noir et la musique de Mimi Lorenzini, l’oratorio pour trompette et voix Clameurs de Jacques Coursil sur des textes de Franz Fanon, Edouard Glissant, Monchoachi et Antar…(liste non exhaustive).

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04.12.2008

On ne nait pas femme, on le devient

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Emma fait de la danse
Susie Morgenstern
Illustré par Sévérine Cordier
Nathan, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

La collection « Emma » propose depuis peu des albums « spécial filles » écrits par Susie Morgenstern. D’abord dubitative face à cet objet littéraire « sexué », censé renvoyer aux petites filles l’image que la société attend d’elles, j’ai été agréablement surprise par l’héroïne aux idées bien arrêtées en matière de construction des sexes. Emma, 4 ans, est vivante et dynamique. A l'image de beaucoup de parents, sa maman aimerait la voir danser comme elle aurait adoré le faire à son âge. Elle décide donc de l’inscrire aux cours et lui achète un joli tutu rose ; mais Emma est réticente. Elle lui annonce son envie de faire du parachutisme, de la plongée et surtout de la pétanque… On imagine le désappointement comique de la maman…

 

http://www.nathan.fr

http://susie.morgenstern.free.fr/siteweb/

Une vie de Pumpkins

392580919.jpgThe Smashing Pumpkins / Tarantula Box Set
Claire Fercak
Le mot et le reste, 2008

 

(par B. Longre)

 

 « Dans notre sang, cadences nerveuses et mélopées fantastiques. »

 

Quand vous écoutez certaines paroles-et-musiques en boucle depuis des années et que vous ouvrez un livre qui vous raconte que cela n’arrive pas qu’à vous, il y a de quoi se réjouir. Après, aimer (ou du moins connaître en néophyte) les Smashing Pumpkins est-il une condition indispensable pour qui voudrait goûter pleinement à cette inclassable fiction musicale ? Pas nécessairement, car dans la trentaine de « pistes » composée par Claire Fercak, on trouve non seulement un fil narratif cohérent (l’histoire d’une fille-chanson enfermée dans sa boîte-refuge, un coffret de musiques d’où elle refuse obstinément de sortir), mais aussi une écriture qui épouse à merveille les sensations, les détresses, les errances et les aventures de l’héroïne changeante, se modifiant au fil des musiques, à l’instar des décors et des atmosphères.

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03.12.2008

Yes, she can

mama miti.jpgMama Miti la mère des arbres

De Claire A. Nivola

Le Sorbier (collection « les ethniques »), 2008

à partir de 7 ans

 

(par Myriam Gallot)

  

Au Kenya, Wangari Maathai est surnommée « Mama Miti », « la mère des arbres » en swahili. Cet album biographique traduit de l’américain retrace à l’aquarelle son parcours, jusqu’au prix nobel de la paix, qu'elle reçut en 2004.

L’œuvre de Mama Miti ? Avoir su réagir à la déforestation massive de son pays, suite à la mise en place de monocultures en remplacement des cultures vivrières traditionnelles, et à ses dramatiques conséquences écologiques et humaines.

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Ici, le temps devient espace...

jspitz.jpgL’Œil du purgatoire

Jacques Spitz

L'Arbre vengeur, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Rares sont les romans qui procurent un véritable vertige en amenant leur lecteur au seuil du vide. L’Œil du purgatoire de Jacques Spitz (1896-1963) fait partie de ces cas-limites qui permettent d’éprouver pour ainsi dire physiquement l’angoisse inhérente aux concepts d’éternité ou d’infini.

« Jacques Spitz ? Connais pas… » Normal, et qui pourra vous en faire grief ? Nous avons affaire ici à l’un des plus éminents représentants de la science-fiction à la française qui, au contraire d’un Pierre Boulle ou d’un René Barjavel, a injustement sombré dans l’oubli. L’essentiel de son œuvre, frappée du sceau de l’imaginaire scientifique, a pourtant été publié chez Gallimard dans les années 30 mais, mystère du tamisage de la postérité, elle n’a pas franchi le cap de la Seconde Guerre mondiale. C’est ainsi que L’Agonie du globe ou encore La Guerre des mouches ne sont plus guère invoqués que par quelques initiés dont le livre de chevet est la monumentale anthologie de Pierre Versins.

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02.12.2008

Un hymne intime à l’échange

tubes.jpgTubes. La philosophie dans le juke-box

Peter Szendy

Les Editions de Minuit, 2008

 

(par Christophe Rubin)

 

Comment expliquer la persistance auditive de certains tubes, un peu comme certaines images lumineuses provoquent une persistance rétinienne ? Ces chansons qui, en dépit de leur « mélodie obsédante », semblent confiner à la plus extrême banalité peuvent-elles prétendre à la dignité d’un objet philosophique ?

L’écrivain Peter Handke avait écrit un Essai sur  le juke-box ; Peter Szendy en a d’ailleurs placé un extrait en exergue de son livre, avant d’explorer le phénomène des « tubes ». C’est Boris Vian qui aurait popularisé ce terme dans ce sens, notamment dans une chanson de 1957 qui portait ce titre et qui révélait « les accessoires pour faire un succès » : une rencontre banale racontée sur un air non moins banal : rien, donc, qui puisse nous empêcher de nous identifier...

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Un autre tout petit monde

affaire.jpgL’Affaire Karen

Mañas José Angel

traduction de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila - Éditions Métailié, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

Karen del Korad est une belle trentenaire très dynamique au charme de qui les représentants de la gent masculine succombent automatiquement. Avec un premier roman à succès, cette séductrice à l’esprit vif a rapidement trouvé son public et gagné les lauriers de la critique. Il ne lui reste qu’à finaliser son deuxième opus s’inscrivant dans une veine plus autobiographique et qui, de l’avis général, rencontrera aussi un engouement immédiat. Dans l’espoir de se ressourcer un peu, la récente coqueluche du Tout Madrid a pris la décision de s’exiler quelque temps à Miami. La veille de son départ, elle organise alors une petite sauterie chez elle, où elle convie tous ceux qui la courtisent : prétendants, éditeurs, agents, créateurs, amis… Amis ?

En effet, dans ce microcosme fourmillant de littéreux pétris d’envie, de frustration et de soif de reconnaissance, les « amis » existent-ils ? Et lorsque l’hôtesse souriante du soir se révèle être une croqueuse d’hommes ne s’embarrassant d’aucune considération morale et foulant de ses talons pointus la fidélité et l’honnêteté envers ses proches, les « amis » sont-ils sincères ? Enfin, quand l’ambition est telle que la propriété intellectuelle et l’inspiration personnelle vous deviennent des concepts étrangers, les « amis » vous veulent-ils vraiment du bien ?

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00:05 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : polar, mañas josé angel, métailié, samia hammami, étranger

01.12.2008

Désirée, née posthume

DesireG.jpgDésirée
Marie Frering
Quidam éditeur, 2008

 

(par Romain Verger)

 

Collaboratrice de longue date de la revue La Main de singe où elle a fait paraître ses premiers textes, Marie Frering signe son premier roman chez Quidam. Un récit bref et dense, composé de fragments, comme autant d’ébauches de cette enfant éponyme, saisies du dedans comme du dehors. Orpheline de père et de mère, Désirée est élevée par Nami et Pelam, ses tante et oncle. Une écriture qui épouse les replis intérieurs, zones de retrait et de compensations oniriques que s’est inventée la petite fille pour dire l’absence et la surmonter.

Désirée, marquée au fer blanc de la coupure, de la séparation, liée presque ombilicalement à ce centre absent, à ce manque d’assise et de fondement, qu’elle entretient et questionne intérieurement et quotidiennement en assistant Nami, marchande en coutellerie et taillanderie sur les marchés. Petite bonimenteuse chantant les mérites des lames familiales et de leur tranchant sans égal. Née sous le signe de la blessure (son « visage écarlate du nouveau-né » labouré de « coups de griffes acérés »), elle trouve dans le mal son remède, par le besoin de se frotter à ce qui coupe et taille pour rapiécer les morceaux de son roman familial, n’hésitant pas à broder, ravaudant trous et lacunes, les mailles manquantes de son histoire et de sa préhistoire. « On peut coudre ensemble des pans de montagne mais si la couture est mal faite, il y aura un jour une avalanche. »

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00:10 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, marie frering, quidam, romain verger

30.11.2008

Notre chaos politique

coriolan.jpgCoriolan
William Shakespeare
Mise en scène de Christian Schiaretti

Créée en novembre 2006 au TNP, Villeurbanne

Reprise de la pièce en novembre-décembre 2008 au Théâtre Nanterre-Amandiers.
Cycle de débats, conférences, projections et lecture : “La fin de la démocratie ?” Autour de Coriolan (Shakespeare/Schiaretti) - Un contrechamp conçu et animé par Gérald Garutti ; les lundi 8 et mercredi 10 décembre 2008 de 14h à 19h30 à la Cité Internationale Universitaire de Paris (Collège Franco-Britannique), le samedi 13 décembre de 13h à 18h au Théâtre Nanterre-Amandiers.

(par Nicolas Cavaillès)

Drame politique d’une stimulante complexité, Coriolan montre l’ascension puis les revers d’un guerrier invincible et inflexible, Caïus Martius Coriolan, héros trouble que Shakespeare oppose à un peuple et à une classe politique et aristocratique non moins troubles. C’est Wladimir Yurdanoff, égal dans l’excellence, qui profère la rage de Coriolan, au centre d’une impressionnante distribution, Christian Schiaretti rassemblant 30 comédiens, et non des moins connus (on retrouve ainsi Roland Bertin, Nada Strancar), pour son Coriolan résolument grand spectacle. Mise en scène épique et souple de la lutte des classes, dans un vif souci du texte, baigné de pénombres colorées comme les affectionne Schiaretti, ce Coriolan a le rare mérite de détourner le théâtre de lui-même et de son nombril de vendu, pour le diriger vers le public et vers le monde réel ; et la pièce de Shakespeare, tableau vertigineux, chaotique, de l’organisation politique du monde, épouse à merveille cette cause, tant la portée de ce drame latin dépasse largement le cadre de la décadence romaine, et s’offre de plain-pied avec la décadence contemporaine.

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La vie en vers

1098029996.jpgTransatlantique
Daniel Labedan

Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Au-delà des mers, dans les pays du Sud, les espaces naturels et urbains forment comme des toiles de fond pour courts-métrages et clichés saisissant la vie telle qu’elle est, sans fioritures ni arrangements esthétiques, au risque d’estomper les reliefs,

 

« comme la photo d’une maison

en lieu et place d’une vraie maison ».

 

Daniel Labedan fait de chaque poème une tranche d’existence, de la même manière qu’Apollinaire, par exemple, saisissait telle conversation, telle scène quotidienne et la transcrivait sous forme de poème.

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L’obsession et l’obstination d’une mère

9782714444714.jpgAilleurs, plus loin

Amy Bloom

Traduit de l’anglais (U.S.A) par Michèle Lévy-Bram

Belfond, 2008

 

(par Jacques Chesnel)

 

Que faire lorsqu’une jeune mère juive russe apprend que sa fille est vivante quelque part en Sibérie alors qu’elle la croyait tuée avec toute sa famille lors d’un progrom en 1924 ?… tandis qu’elle a trouvé refuge à New York, s’y est établi et a recommencé à vivre. Partir illico, sans un sou vaillant, avec une carte de l’Ouest du continent nord-américain donnée par un amoureux et cousue dans son manteau, traverser le pays, des bas-fonds du Lower East Side jusqu’en Alaska et le détroit de Béring pour rejoindre la Sibérie orientale.

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00:47 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, amy bloom, beldond, sibérie, jacques chesnel

29.11.2008

Archéofuturisme

afranklin.jpgLes Ruines de Paris en 4908

Alfred Franklin

L'Arbre vengeur, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

On ne se méfie jamais assez des bibliothécaires. Quand ils ne s’amusent pas à empoisonner le coin des pages des ouvrages sulfureux ou à se débaucher égoïstement dans l’Enfer dont on leur a confié la clef, ils affabulent, inventent des livres qui n’existent pas, signalent des cotes introuvables et échafaudent des uchronies apocryphes.

 

Là résidait sans doute le plaisir majeur d’Alfred Franklin (1831-1917) qui fut longtemps Conservateur de la prestigieuse Mazarine, mais aussi typographe à ses heures. Dans l’une de ses nombreuses brochures, joliment rééditée par les Éditions de l’Arbre vengeur, Franklin imagine sur quoi tomberait les archéologues partis à la recherche des ruines de l’antique cité de Paris… en 4908 !

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Paroles échappées de Mai

68.jpgMai 68. Soyons réalistes, demandons l’impossible
Philippe Godard
Syros, collection « Les documents », 2008

(par Olivier Orain)

Ce recueil de réflexions autobiographiques (cinq au total) s’inscrit dans un mouvement de « retour aux sources » de Mai 68, qui essaie de s’affranchir des discours idéologiques abstraits pour serrer au plus près les expériences vécues. Les témoins choisis par Philippe Godard ne sont ni de parfaits inconnus (comme dans le livre de Nicolas Daum, Mai 68 raconté par des anonymes aux éditions Amsterdam) ni les vedettes obligées que l’on retrouve un peu partout (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, etc.). L’ouvrage est accompagné par la chronologie de rigueur, quelques images (photographies, affiches) et une bibliographie qui fait la part belle aux souvenirs militants, un peu au détriment des références savantes.

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28.11.2008

Refusez de la faire

2soldats.jpgLes deux soldats

Michel Piquemal, illustrations de Julien Billaudeau

Rue du monde (collection Pas comme les autres), 2008

A partir de 5 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

Ils étaient deux « braves gars », celui de chez nous s’appelait Thomas, celui de là-bas Tibo. Tous deux goûtaient la vie, aimaient la nature et une belle jeune fille de leur pays. Tous deux moururent au front, sacrifiés par la mère patrie, absurdement opposés l’un à l’autre. Sans savoir qu’ils étaient frères. C’était il y a 90 ans. C’était la première guerre mondiale, racontée aux enfants avec des mots simples, dans cet album-miroir aux couleurs de fraternité et de poésie.
Mais ce sont aussi toutes les guerres, dont les bénéfices reviennent aux puissants. La manipulation et la souffrance seront toujours dans les deux camps et il n’y aura jamais qu’un vainqueur : les marchands d’armes scandaleusement enrichis sur le sang des « petits gars d’ici et de là-bas ». Du moins jusqu’au jour où les « petits gars » refuseront d’y aller et préfèreront « compter les étoiles réunies, celles de là-bas et celles d’ici, dans le grand mystère de la nuit ». Un message de paix universel porté par les illustrations-collages vibrantes, au style très personnel d’un tout jeune artiste-dessinateur, Julien Billaudeau, et les rimes de Michel Piquemal.

 

Présentation de la maison d'édition Rue du monde

Fragmenter le naturaliste

acc-photo-therese.jpgThérèse Raquin
d'après Émile Zola
Mise en scène de Philippe Faure
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
21-29 novembre, 9-19 décembre 2008

(par Nicolas Cavaillès)


C’est à la transformation du célèbre roman de Zola en petit conte morbide que s’est essayé Philippe Faure pour sa Thérèse Raquin, proposant un enchaînement de moments clefs et de dialogues symboliques fondus dans les alternances binaires d’une lumière crue – le lit sans étreintes et le sol des tourments. Purger Zola le truculent, est-ce lui bien rendre hommage ? La difficulté de la simplification narrative trouve souvent sa réponse dans des spectacles à la pâleur squelettique, à la Carmelo Bene, expérimentaux et périlleux.

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27.11.2008

La batterie pense elle aussi

0794881899821_230.jpgDrums immersion
Gérard Siracusa  

(Radio France, Signature  SIG 11065; distr. Harmonia Mundi HM CD 83

 

(par Jacques Chesnel)

 

Gérard Siracusa un inconnu, loin de là ; né en 1957 à Tunis, il participe à Marseille en 1978 à la création du GRIM (Groupe de Recherche et d’Improvisation Musicales) qu’il quittera sept ans plus tard, collabore à divers projets dont le Tour de France de Louis Sclavis, fait partie de l’ensemble Musique Vivante de Diégo Masson et du groupe Un Drame Musical Instantané. Particularité, et non des moindres, il est bien le premier percussionniste improvisateur français à enregistrer tout un disque en solo, Jardins de paille (1983). Il a travaillé avec de nombreux réalisateurs de radio (France Culture) et avec des comédiens et des écrivains.

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26.11.2008

Saloperie d’existence

jpmartinet.jpgCeux qui n’en mènent pas large
Jean-Pierre Martinet

Le Dilettante, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Sur la couverture du livre, un dessin de Tardi en noir et blanc campe non seulement l’atmosphère, mais, peut-on dire, la réalité de ce roman aussi fulgurant que désespéré : la tête entre les mains, un homme – Georges Maman, le (très) anti-héros – fait face à son imposant Frigidaire, que l’on devine aussi vide que le compte en banque de son propriétaire (il s’avérera que ce Frigidaire n’est pas tout à fait vide, puisqu’il contient le dénouement du récit). Entre eux, quelques bouteilles de mauvais vin, une boîte de Canigou, le paysage déprimant d’une cuisine inutile.

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Un apprentissage doux-amer

v_book_3.jpgLa Petite Cloche au son grêle
Paul Vacca
Philippe Rey, 2008

(par Joannic Arnoi)

Cela se passe dans une bourgade du nord de la France, « le long de la Solène, la tendre Solène qui coule entre les villas fleuries de la bourgeoisie de Montigny ». Le narrateur, fils unique d’« Aldo » et « Paola », a treize ans à l’époque et des origines plutôt plébéiennes : ses parents tiennent un café où tout est « bleu, de la couleur des tenues de travail des clients qui se massent en une bourdonnante mêlée autour du comptoir ». Car à Montigny, la rivière sépare les « deux côtés » qui se regardent en chien de faïence. Mais l’horizon premier de l’adolescent, c’est d’abord une complicité sans tâche avec sa mère, et, de plus en plus, une attraction irrésistible pour « le monde mystérieux des femmes ».

L’histoire se noue autour d’un exemplaire de Du côté de chez Swann, oublié par Suzanne Maréchal, une actrice, célébrité locale de la petite ville. Le jeune narrateur s’est emparé du livre abandonné, qui semble lui offrir un passage secret vers cette femme inaccessible qui le trouble. Mais quand Paola découvre le larcin, c’est son rêve d’avoir un fils écrivain qui se trouve conforté, malgré des résultats scolaires calamiteux. Proust devient la grande affaire du triangle familial : miroir des fantasmagories du fils, symbole pour la mère, source d’anxiétés pour le père. De cette rencontre improbable chacun ressortira transformé.

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