02.06.2009
L'Einsamkeit du directeur de théâtre
Claus Peymann (triptyque)
Thomas Bernhard
Mise en scène d’Yves Charreton
Avec Stéphane Bernard, Yves Charreton et Edwige Morf
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 26 mai au 5 juin 2009
(par Nicolas Cavaillès)
Le triptyque Claus Peymann, c’est une comédie en trois saynètes aux titres explicites : Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater, Claus Peymann s’achète un pantalon et va déjeuner avec moi, et Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese – titres pince-sans-rire qui disent déjà l’ironie lasse et potache des textes que Thomas Bernhard a puisés dans l’expérience autrichienne de son ami allemand Claus Peymann (désormais directeur du Berliner Ensemble, Peymann est par ailleurs attendu à Fourvière cet été). Que ceux qui aiment la misanthropie de Bernhard se réjouissent, il a ici trouvé pire que l’homme : l’Autrichien, et pire encore que l’Autrichien, l’homme de théâtre autrichien… La taloche est un peu systématique, mais encore ravigotante.
17:42 Ecrit par Nicolas Cavaillès dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thomas bernhard, claus peymann, yves charreton, théâtre des ateliers, nicolas cavaillès
Harmonies méditerranéennes
La pensée de midi n° 28
Les chants d’Orphée, musique et poésie
Actes Sud, mai 2009
(par Jean-Pierre Longre)
Les liens qu’entretiennent les mots et les sons, surtout quand ils se rencontrent dans le chant, sont indissolubles, et cette rencontre est à l’origine des deux formes esthétiques que constituent la musique et la poésie. Dès l’antiquité grecque (et la « poésie lyrique » en est le parfait raccourci), elles se combinent harmonieusement, se complètent, se situant toutes deux au cœur de la mémoire et de l’imaginaire, sacrés ou profanes. Le n° 28 de La pensée de midi, « Les chants d’Orphée », est le bienvenu dans ce monde méditerranéen où les conflits, les combats, les violences de toutes sortes font partie du quotidien. « Il demeure une fraternité humaine, une fraternité inspirée par la musique et le chant, une fraternité mise en mots par la poésie qui n’est pas une incantation illusoire. Elle donne sens et inspire un possible élan pour demain », écrit à juste titre Thierry Fabre dans son éditorial.
Les textes qui composent cette belle publication sont représentatifs de l’exceptionnelle diversité qui, autour de l’axe commun musique / poésie / Méditerranée, révèle la richesse du patrimoine culturel ancien et actuel. Des mondes arabo-musulman et judéo-arabe à l’occident païen et chrétien, du savant au populaire, du religieux au divertissant, le périple artistique est, sinon complet, du moins instructif, surprenant parfois, émouvant souvent.
Pour illustrer le tout, un très beau CD d’accompagnement offre des échantillons musicaux et poétiques, de L’Iliade au « Slam » d’aujourd’hui, des rivages de l’Est, de l’Ouest, du Nord, du Sud. On y revient : les mots et les sons se complètent, concrètement, dans une profonde harmonie.
13:39 Ecrit par Jean-Pierre Longre dans Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, musique, poésie, la pensée de midi, actes sud, jean-pierre longre
29.05.2009
Un merveilleux vieux voisin
Monsieur Rose
de Silke Lambeck,
traduit de l’allemand par Carine Destrumelle,
Seuil jeunesse (collection chapitre), 2008
(par Anne-Marie Mercier)
Ce petit roman commence comme une histoire réaliste : le jeuen Maurice vient de déménager, est un peu perdu, sa mère, divorcée, l’est aussi. Ca va mal à l’école de l’un, mal au travail de l’autre, enfin, pas la joie. Ils font la connaissance d’un voisin, un vieil homme qui vit seul et semble assez désoeuvré pour emmener Maurice au parc, lui offrir à gouter… On se demande où le livre nous emmène et ce que va réserver la suite. Et ça bifurque de façon très joyeuse, très progressivement, très discrètement. Le réalisme sociologique banal et sombre du début se transforme fantaisie légèrement fantastico-merveilleuse avec de bonnes couleurs, histoire de montrer la vie en rose, enfin.
04:17 Ecrit par Anne-Marie Mercier dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : silke lambeck, seuil, anne-marie mercier, fantastique, voisin, vieux
14.05.2009
Heureux qui comme Ulysse…
Louis Sclavis
Lost On The Way
(ECM 179 849-7)
(par Jacques Chesnel)
On connaît depuis longtemps les penchants affirmés de notre Louis national, l'un des premiers pionniers du jazz dit européen, pour d'autres territoires musicaux (folklores, musiques ethniques, domaines contemporains), ses relations avec les mondes de Duke Ellington (On the Air) et Jean-Philippe Rameau (Les Violences), le cinéma (autour de Charles Vanel, Dans la Nuit), la danse, les arts plastiques (Ernest Pignon-Ernest, Napoli's Walls) et le langage (L'imparfait des langues).
Douze plages/étapes pour ce périple musical inspiré d'Ulysse dans l'Odyssée écrite par Homère en 24 chants vers la fin du VIII° siècle avant J.C., poursuivant ainsi le travail inauguré avec le précédent quintet et, dixit Louis : inventer de nouvelles musiques dans lesquelles on s'engage pleinement au risque de se perdre… aller vers l'inconnu… me laisser tomber de Charybde en Scylla en essayant de maîtriser le vent et les vagues pour au retour pouvoir raconter le voyage.
09:20 Ecrit par sitartmag dans Musiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jazz, louis sclavis, jacques chesnel
13.05.2009
Entrelacs amoureux dans le prisme d’une mémoire
Plus tard ou jamais
André Aciman
traduit de l’anglais (USA) par Jean-Pierre Aoustin
Éditions de l’Olivier, 2008
(par Joannic Arnoi)
En un lieu comme un autre de la Riviera italienne, dans un passé vieux de vingt ans, Elio revient sur l’été de ses dix-sept ans et la liaison qu’il vécut alors avec Oliver, un jeune universitaire américain reçu en résidence chez ses parents. La villa familiale forme un havre paradisiaque, ouvrant sur d’autre coins (« spots ») égrenés dans les environs : la ville de « B », sa piazzetta et son afflux humain, le « tertre de Monet », refuge d’Elio, la plage où Shelley s’est noyé, et encore d’autres accès à la mer… Cette existence estivale, simplifiée à l’extrême, ouvre de vastes plages de loisirs et de rêverie. Tout l’effort de réminiscence dont le livre est fait s’attache à celles-ci, sous le regard souverain d’un garçon de dix-sept ans, ses conjectures, pulsions et répressions.
Jusqu’à un certain point, Plus tard ou jamais pourrait se lire comme l’histoire, relativement linéaire, d’un amour d’été, avec son cadre (idyllique), sa galerie bigarrée de personnages secondaires (famille, domesticité, voisins), ses étapes, hésitations, revirements, et son terme annoncé. Mais le narrateur, pas dupe, a ménagé de nombreuses chausse-trappes, ellipses, modulations, qui brouillent le canevas (pour peu qu’on s’y attarde). L’incertitude trouve moins son principe dans les failles de la mémoire d’Elio que dans les effets secondaires d’un point de vue unique : les spéculations sophistiquées, alambiquées, d’un jeune homme, recréées vingt ans après. Lorsqu’elles se trouvent démenties ou lézardées, c’est l’ensemble de l’échafaudage narratif qui se tasse sur lui-même. La frontière entre rêveries et accomplissements est ténue et il suffit de quelques pages pour qu’elle se déplace, au gré d’actualisations de la mémoire. Et si Oliver garde l’essentiel de son opacité jusqu’au terme du roman, c’est un magnifique portrait de jeune homme, ignorant de lui-même malgré sa sagacité, qui se dégage d’Elio, dans le miroir de son moi ultérieur, fait narrateur.
14:01 Ecrit par Olivier Orain dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire d'amour, andré aciman, jean-pierre aoustin, l'olivier, joannic arnoi
12.05.2009
Pas de grand soir

Vienne le jour
Gabriela Adamesteanu
Traduit du roumain par Marily Le Nir
Gallimard
(par Jean-Pierre Longre)
« Cachée dans les creux du trottoir, la lumière grise frémissait faisant trembler au fond de l’eau les feuilles immobiles ». Cette phrase, choisie un peu au hasard parmi beaucoup d’autres, ne paie pas de mine au premier abord ; pourtant, dans sa densité, elle campe parfaitement l’atmosphère du livre et l’art de la romancière, qui n’a pas son pareil pour tirer d’un paysage grisâtre et du délabrement de l’environnement les éléments naturels (la lumière, l’eau, la terre, la végétation stagnant dans l’air en léger mouvement…), ces éléments reflétant eux-mêmes l’état d’âme du personnage. Il en est ainsi tout au long de ce deuxième roman de Gabriela Adamesteanu traduit en français (après Une matinée perdue en 2005), publié d’abord en 1975 à Bucarest, donné aujourd’hui dans son intégralité, avec restitution des passages censurés dans la première édition.
09:29 Ecrit par Jean-Pierre Longre dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, roumanie, gallimard, gabriela adamesteanu, marily le nir, jean-pierre longre
07.05.2009
Cheminements et analyses
Transports de sens, Écrits sur Raymond Queneau
Pascal Herlem
Calliopées, 2009
(par Jean-Pierre Longre)
Pascal Herlem, psychanalyste chevronné, est aussi un « quenien » averti, double qualité qui lui permet depuis plus de vingt ans de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de Queneau et d’en faire profiter les lecteurs. Transports de sens (titre à lui seul plein de promesses polysémiques) s’articule sur une double exploration, de la clarté (« Architecture du visible ») à l’obscurité (« Passages secrets »), proposant une lecture à la fois rigoureuse et sensible des écrits romanesques et poétiques : des romans comme Pierrot mon ami, Un rude hiver, Chêne et chien (une mine pour les disciples de Freud), quelques poèmes de L’instant fatal, Battre la campagne, Courir les rues, Fendre les flots…
08:47 Ecrit par Jean-Pierre Longre dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, editions calliopées, raymond queneau, pascal herlem, jean-pierre longre
06.05.2009
Cyrano de Bergerac raconté aux enfants
Texte Taï-Marc Le Thanh, illustrations Rebecca Dautremer
Editions Gautier-Languereau
réédition dans les collections « petits bonheurs », 2008 et « les petits Gautier », 2009
à partir de 6 ans
(par Myriam Gallot)
Excellente surprise que cette adaptation en album de la célébrissime histoire de Cyrano De Bergerac, soupirant malheureux et épistolier exceptionnel. La qualité du texte, d’abord, un conte poétique et fantaisiste, volontiers désuet dans le ton, avec de vraies-fausses définitions des mots compliqués ou anciens. « Un air inspiré est le contraire d’un air expiré. Un air expiré est déjà passé dans les poumons et il donne une teinte rougeaude au visage (ce qui n’est pas très joli pour dire de la poésie). »
Les illustrations ensuite, dans un style médiéval japonisant fleuri, à dominante de rouges et de verts du plus bel effet. Exotiques, douces, évocatrices. On rit. On a le cœur serré. Une interprétation libre et pourtant fidèle à l'esprit de l'original. Et surtout une belle manière de découvrir un classique que ce petit album parfait, à prix très doux (réédité dans deux collections, respectivement à 7,50€ et 5,20€).
08:07 Ecrit par Myriam Gallot dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : album jeunesse, francophone, taï-marc le thanh, rebecca dautremer, gautier-languereau, myriam gallot
05.05.2009
Où il ne peut plus être question du roman policier
Une brève histoire du Roman Noir
Jean-Bernard Pouy
L’œil Neuf, 2009
(par Jean-Pierre Longre)
Il n’y va pas de main morte, Jean-Bernard Pouy : « Ça fait un paquet de temps et de textes que le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l’Histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku ». S’il peut se permettre ce genre de constat, c’est qu’il est lui-même auteur (La petite écuyère a cafté, La belle de Fontenay, L’homme à l’oreille croquée, Nous avons brûlé une sainte, RN 86, Spinoza encule Hegel), et qu’ainsi son expérience de lecteur (et de compulseur du « seul dictionnaire mondial » des littératures policières, celui de Claude Mesplède) se double de celle de l’écrivain chevronné.
09:02 Ecrit par Jean-Pierre Longre dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, roman noir, l'oeil neuf éditions, jean-bernard pouy, jean-pierre longre
04.05.2009
"Que tu es belle..."
Amours crues
Christian Libens
Luc Pire, 2009
(par Samia Hammami)
Christian Libens est un esprit curieux et, surtout, un infatigable explorateur. Les villes, les rues, les gens, la littérature, ses champs d’investigation n’ont de cesse de se multiplier. Auteur de guides érudits, de récits, de chroniques, de préfaces, de livres pour enfants et pour adultes, de poèmes, il nous délivre avec Amours crues un roman, longuement couvé et enfin éclos, s’inscrivant dans une veine voluptueuse.
Rien de vulgairement trash ici, ni de grivois inutile. Comme le titre le suggère, les êtres et leurs unions sont mis à nu, certes sans fard, mais avec doigté. Plus qu’un énième texte érotique, ces pages se veulent un hommage. C’est d’abord une célébration de la femme (Macha, Maryse, Marie-Marthe, Maria et les autres Marie) à travers les courbes, les peaux, les chevilles, les pieds, les chevelures, mais également les lacérations, les mutilations et les cicatrices. Les tabous se révèlent alors religion du corps malmené par la grossesse, la torture ou une tache de vin. De la sublimation, pas du sublime.
21:58 Ecrit par Frédéric Saenen dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amours crues, christian libens, luc pire, samia hammami, francophone
27.04.2009
Intrusion familiale
Ce type est un vautour
Texte de Sara et illustrations de Bruno Heitz
Editions Casterman (collection « les albums Casterman »), 2009
(par Myriam Gallot)
Voici un singulier album qui risque d’embarrasser libraires et bibliothécaires. En apparence, c’est un album jeunesse à la réalisation cartonnée d’ailleurs très soignée (à partir de 8 ans, dixit l’éditeur). Pourquoi pas, vu le thème abordé : l’intrusion d’un homme dans une famille monoparentale. Le traitement, pourtant, n’est guère enfantin.
Un trait appuyé, épais, presque grossier. Pas de visages, à part celui du chien et de la petite fille, comme si les adultes étaient finalement interchangeables (ils semblent d’ailleurs découpés dans du papier et collés). Une femme. Un homme. Chabadabada. Sauf que l’homme est un séducteur égoïste, observé avec lucidité et dégoût par le chien narrateur, qui flaire le danger. Une vraie bonne idée, pour témoigner de manière médiate du vécu de la petite fille, sans larmoiement mais avec une émotion réelle.
09:07 Ecrit par Myriam Gallot dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : album jeunesse, francophone, caterman, sara, bruno heitz, myriam gallot
25.04.2009
Le monde merveilleux de Walt Disney
de Peter Stephan Jungk
traduit de l’allemand par Johannes Honigmann
Editions Jacqueline Chambon, 2009
(par Myriam Gallot)
Son nom est « familier à plus de monde que celui de Jésus-Christ ». C’est lui qui le dit. Aux Etats-Unis, quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende. Et Walt Disney ne s’est pas privé de fabriquer la sienne, lui, la parfaite incarnation du rêve américain, aimant se présenter jusqu’à la fin de sa vie comme un « garçon de la campagne, qui se cache derrière une souris et un canard ».
Le roman-biographie de Peter Stephan Jungk, consacré au personnage, a beau jeu de mesurer, non sans une inévitable cruauté, l’écart entre l’homme et le mythe. On y découvre un Walt Disney vieillissant, presque anachronique dans les années 60, aussi raciste que généreux, réac et visionnaire, tour à tour Peter Pan et grand méchant loup. Un roi de l’ambivalence, père de Mickey, qu’il n’a jamais dessiné, et qui eut surtout le génie d’exploiter celui des autres. Un mégalomane qui rêvait d’immortalité, jusqu’à former des projets de cryogénie, dans l’espoir d’être ramené à la vie un jour. Mais n’est pas Jésus-Christ qui veut. Walt Disney échoua en son ultime projet.
10:02 Ecrit par Myriam Gallot dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amérique, étranger, peter stephan jungk, johannes honigmann, jacqueline chambon, myriam gallot
24.04.2009
Simpleticité
François d’Assise
D’après Joseph Delteil
Mise en scène d’Adel Hakim
Avec Robert Bouvier
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 21 au 26 avril 2009
(par Nicolas Cavaillès)
Fort d’un texte à la beauté sonore et suggestive, presque comique, dû au marginal Joseph Delteil (1894-1978), Adel Hakim met en scène Robert Bouvier, campant seul dans la terre informelle un François d’Assise sensuel et gentillet, terrestre et chaleureux, efféminé et réjoui, simplet initiant une révolution de la simplicité chrétienne. Malgré toute sa fameuse et jolie sensibilité aviaire, est-on obligé de concevoir le père des Franciscains comme un homme aussi guilleret, profondément naïf et gourmand ?
10:05 Ecrit par Nicolas Cavaillès dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois d'assise, joseph delteil, adel hakim, théâtre des ateliers, nicolas cavaillès
23.04.2009
L’homme naturel
Ilû, l’homme venu de nulle part
Pierre Barthe
VLB éditeur, 2008
(par Annie Forest-Abou Mansour)
Pierre Barthe, dans son premier et très beau roman à l’écriture limpide et imagée (« Hiver » se dit « longue neige », la marmotte est « le siffleux » pour les hommes préhistoriques), nous fait vivre, pendant plus de six cents pages, la vie, telle qu’il l’imagine, de nos lointains ancêtres d’il y a 35000 ans. Nous suivons avec angoisse ou ravissement Ilû - devenu amnésique à la suite d’une terrible agression - et ses amis du clan-des-Hommes-Vrais dans des lieux hostiles et glacés aujourd’hui enfouis sous les mers de Tchoukotka et de Béring.
07:02 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, pierre barthe, vlb éditeur, annie forest-abou mansour
21.04.2009
Trompe-l’œil
Nonnes
Michael Siefener
Traduit de l’allemand par Isabelle David et Élisabeth Willenz
Le visage vert, 2008
(par Romain Verger)
Tout en recyclant des thèmes traditionnels du fantastique (performativité de l’art, satanisme, hantise et spiritisme), Michael Siefener nous plonge dans un univers envoûtant et déroutant, d’une implacable efficacité. Dans un récit à emboîtements multiples, l’auteur tend un miroir à l’écrivain, scrute les processus menant à la création romanesque, ses motivations et implications. Qu’emprunte celle-ci au réel ? S’en évade-t-elle ou au contraire, le dévoile-t-elle d’autant mieux qu’elle l’aborde par le détour de la fiction ? Dans Nonnes, l’imagination qui apparaît de prime abord comme le dérivatif d’un homme englué dans son insipide vie quotidienne, devient son plus redoutable révélateur. L’écriture s’apparente à un acte thérapeutique, analytique même, et qui une fois enclenché, tourne à l’obsession et débouche sur une effroyable reconnaissance : blessures oubliées et traumatismes ensevelis de l’enfance.
09:00 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, michael siefener, le visage vert, romain verger
20.04.2009
Hippolyte emporté par le monstre
La Troade / Hippolyte
Robert Garnier
Mise en scène par Christian Schiaretti
ENSATT, Promotion 68
Du 11 au 23 avril 2009
(par Nicolas Cavaillès)
Épreuve de scansion, d’hypotypose et d’hybris pour la 68ème promotion de l’E.N.S.A.T.T., avec les deux tragédies de Robert Garnier (1545-1590) La Troade et Hippolyte, que met en scène Christian Schiaretti, assisté de Mohamed Brikat. Traduisant les drames antiques dans un seizième siècle des extrêmes, provoquant dans le décor d’une Renaissance des plus angéliques les élans baroques les plus furieux, le spectacle relève sans manières ni condescendance le défi d’une langue sur-datée, farouchement expressive, au service de sentiments dépassant toute mesure, et le tout s’avère d’un dynamisme abyssal.
01:41 Ecrit par Nicolas Cavaillès dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : robert garnier, sénèque, tragédie, phèdre, troyennes, christian schiaretti, ensatt, nicolas cavaillès
17.04.2009
Intelligence et Amour de Pierre Leroux
Pierre Leroux, Penseur de l'humanité
Bruno Viard
Sulliver, 2009
(par Frédéric Saenen)
Dans une étude consacrée en 1973 aux précurseurs de Marx, Jacqueline Russ expédiait en moins de quatre pages le cas de Pierre Leroux (1797-1871), qu’elle classait parmi les dissidents du saint-simonisme et, plus généralement, dans le panthéon sans visiteurs du « socialisme romantique ». Elle s’attelait surtout à montrer que les composantes essentielles de la réflexion de Leroux étaient un mélange de « messianisme de l’humanité souffrante et de pensée néo-sociale chrétienne ». Bruno Viard, professeur de littérature à l’Université de Provence, estime quant à lui que l’auteur de Malthus et les économistes (1846) mérite une pleine réhabilitation intellectuelle, et n’hésite pas à le hisser au rang des penseurs français majeurs du XIXe siècle.
09:15 Ecrit par Frédéric Saenen dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bruno viard, politique, sulliver, frédéric saenen, francophone
16.04.2009
Lueurs de l’intérieur
La maison des lumières
Didier Van Cauwelaert
Albin Michel, 2009
(par Radu Bataturesco)
L’illusion prend le pas sur le réel. Dans “Mille et une nuits” comme dans la vie.
Didier Van Cauwelaert, amphitryon d’un établissement à stroboscope ! Le nouveau numéro d’illusionnisme concocté par “Magic Didier” s’appelle, à plus d’un titre, La maison des lumières. Encore un tour de passe-passe littéraire (voir sur www.sitartmag.com la chronique de “La nuit dernière au XVème siècle”) et pas des moindres, si l’on en juge le pitch : un apprenti boulanger d’Arcachon, Jérémie Rex (!), entre dans un tableau de maître pour revivre pendant 4 minutes 30 le bonheur paroxystique de son histoire d’amour, passion qui se trouve en cul-de-sac ! La ficelle est grosse et pourtant, on la mange comme du petit pain chaud, s’il vous plaît. D’un trait, d’un seul. D’une mastication. Pétrie par DVC, la pâte du paranormal a, dans votre assiette, le goût du soleil et du croissant de lune.
09:21 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, didier van cauwelaert, albin michel, radu bataturesco
15.04.2009
Atmosphère envoûtante
Original pimpant
Émile Parisien Quartet
(Laborie Jazz Lj 07 ; distribution Naïve)
(par Jacques Chesnel)
1/ La couverture de pochette : le titre pourrait être une sorte d'oxymoron auquel s'ajouterait le dessin d'une affreuse bestiole évoquant le porc-épic, petit rongeur qui possède les plus grands piquants ; au verso, les titres des cinq morceaux (compositions collectives sauf Le Bel à l'agonie d'après le prélude du troisième acte de l'opéra Tristan et Ysolde de Richard Wagner) ne rassurent pas non plus, lecture sépulcrale; d'où cette interrogation sur le "pimpant" (impression de fraîcheur et d'élégance) ; quant à "original" pas de doute à entretenir sur la musique quand on se souvient du premier CD du quartet Au revoir porc-épic (tiens !, déjà). Mais alors !
09:12 Ecrit par sitartmag dans Musiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jazz, Émile parisien quartet, jacques chesnel
14.04.2009
L'éternel mari
Double
Jean Collier
Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel
Le visage vert, 2008
(par Romain Verger)
Dans son premier roman, l’auteure anglaise Jean Collier raconte un impossible deuil, celui que tente de surmonter Photis, une jeune femme devenue la veuve de son ami Ian qui s’est noyé lors d’un séjour au Mexique. Pour autant, Ian est omniprésent, jusqu’à tisser son propre récit dans la fiction où alternent narration à la 1e et à la 3e personne. Présence paradoxale et fantomatique, surgie de l’au-delà pour compter encore dans la nouvelle vie de la femme aimée, peser sur ses choix et s’immiscer dans ses aventures sentimentales. Un défunt coriace, éternel mari que la jalousie est parvenue à sauver des eaux pour hanter les vivants et s’en nourrir : « Je suis cette maison, se dit Photis. Ian est comme la mérule ; il vit dans mes os, dans mon âme ; invisible – mais ses dégâts sont immenses. Il me mange de l’intérieur. Un jour, il ne restera plus de moi qu’une coque vide et desséchée. » Jalousie de Ian à l’égard d’Ottavio qui partage la complicité de Photis, puis à l’égard d’Eric pour lequel elle éprouve du désir et avec lequel elle aimerait refaire sa vie. Alors Ian les épie, les suit, observe ces longues heures de travail qu’ils partagent, va jusqu’à passer la nuit à leurs côtés. Un sentiment qui tourne au délire lorsqu’il l’imagine aimée et possédée par de multiples hommes et femmes : « Photis va d’un garçon à l’autre, et tous cherchent à la retenir […] Mon épousée des ténèbres se faufile dans la foule un verre à la main ; […] dans le vacarme des filles rient ; et l’une lui caresse les cheveux, tout contre un mur tout en miroirs. »
07:50 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, le visage vert, jean collier, anne-sylvie homassel, romain verger







































