Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/06/2009

Trouver le livre parfait ?

Frappes chirurgicales
Dumitru Tsepeneag 
P.O.L., 2009

(par Jean-Pierre Longre)

Il est toujours utile de tenir compte de regards à la fois étrangers et avertis, extérieurs et intérieurs sur la vie littéraire et culturelle d’un pays, et il n’est pas indifférent que, concernant la France, sa langue et sa littérature, ces regards viennent d’écrivains qui ont la double expérience de la vie locale et de l’émigration. C’est en grande partie sur eux que l’on doit compter pour un véritable renouvellement de la langue et de la littérature.

Le dernier livre que l’écrivain franco-roumain Dumitru Tsepeneag vient de publier en français rassemble des articles critiques diffusés initialement en revue (Seine et Danube, puis La revue littéraire) entre 2003 et 2007. En toute subjectivité, l’écrivain multiplie avec un humour corrosif les angles d’attaque contre les abus de la mode artistique et littéraire, n’hésitant pas même à fustiger les opinions d’autres auteurs francophones : l’une de ses cibles, par exemple, est Nancy Huston, qui dans Professeurs de désespoir dénonce le nihilisme de certaines grandes figures de la littérature européenne comme Beckett, Cioran, Thomas Bernard ou Elfriede Jelinek, mais aussi celui de petites figures médiatisées comme Michel Houllebecq et Christine Angot : « C’est l’esprit démocratique à l’américaine de notre Nancy qui la pousse à mélanger génies et plumitifs ? Ou le populisme franchouillard qu’elle a appris depuis qu’elle vit ici», écrit-il avec une amicale rugosité.

 

Lire la suite

02/06/2009

L'Einsamkeit du directeur de théâtre

peymann2_1.jpgClaus Peymann (triptyque)
Thomas Bernhard
Mise en scène d’Yves Charreton
Avec Stéphane Bernard, Yves Charreton et Edwige Morf
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 26 mai au 5 juin 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Le triptyque
Claus Peymann, c’est une comédie en trois saynètes aux titres explicites : Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater, Claus Peymann s’achète un pantalon et va déjeuner avec moi, et Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese – titres pince-sans-rire qui disent déjà l’ironie lasse et potache des textes que Thomas Bernhard a puisés dans l’expérience autrichienne de son ami allemand Claus Peymann (désormais directeur du Berliner Ensemble, Peymann est par ailleurs attendu à Fourvière cet été). Que ceux qui aiment la misanthropie de Bernhard se réjouissent, il a ici trouvé pire que l’homme : l’Autrichien, et pire encore que l’Autrichien, l’homme de théâtre autrichien… La taloche est un peu systématique, mais encore ravigotante.

Lire la suite

Harmonies méditerranéennes

jpg_pdm28.jpgLa pensée de midi n° 28

Les chants d’Orphée, musique et poésie
Actes Sud, mai 2009

 

(par Jean-Pierre Longre)

Les liens qu’entretiennent les mots et les sons, surtout quand ils se rencontrent dans le chant, sont indissolubles, et cette rencontre est à l’origine des deux formes esthétiques que constituent la musique et la poésie. Dès l’antiquité grecque (et la « poésie lyrique » en est le parfait raccourci), elles se combinent harmonieusement, se complètent, se situant toutes deux au cœur de la mémoire et de l’imaginaire, sacrés ou profanes. Le n° 28 de La pensée de midi, « Les chants d’Orphée », est le bienvenu dans ce monde méditerranéen où les conflits, les combats, les violences de toutes sortes font partie du quotidien. « Il demeure une fraternité humaine, une fraternité inspirée par la musique et le chant, une fraternité mise en mots par la poésie qui n’est pas une incantation illusoire. Elle donne sens et inspire un possible élan pour demain », écrit à juste titre Thierry Fabre dans son éditorial.

Les textes qui composent cette belle publication sont représentatifs de l’exceptionnelle diversité qui, autour de l’axe commun musique / poésie / Méditerranée, révèle la richesse du patrimoine culturel ancien et actuel. Des mondes arabo-musulman et judéo-arabe à l’occident païen et chrétien, du savant au populaire, du religieux au divertissant, le périple artistique est, sinon complet, du moins instructif, surprenant parfois, émouvant souvent.

Pour illustrer le tout, un très beau CD d’accompagnement offre des échantillons musicaux et poétiques, de L’Iliade au « Slam » d’aujourd’hui, des rivages de l’Est, de l’Ouest, du Nord, du Sud. On y revient : les mots et les sons se complètent, concrètement, dans une profonde harmonie.

www.lapenseedemidi.org

www.lapenseedemidi.over-blog.com

www.cairn.info

29/05/2009

Un merveilleux vieux voisin

2fy0x73i.jpgMonsieur Rose
de Silke Lambeck,

traduit de l’allemand par Carine Destrumelle,
Seuil jeunesse (collection chapitre), 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce petit roman commence comme une histoire réaliste : le jeuen Maurice vient de déménager, est un peu perdu, sa mère, divorcée, l’est aussi. Ca va mal à l’école de l’un, mal au travail de l’autre, enfin, pas la joie. Ils font la connaissance d’un voisin, un vieil homme qui vit seul et semble assez désoeuvré pour emmener Maurice au parc, lui offrir à gouter… On se demande où le livre nous emmène et ce que va réserver la suite. Et ça bifurque de façon très joyeuse, très progressivement, très discrètement. Le réalisme sociologique banal et sombre du début se transforme fantaisie légèrement fantastico-merveilleuse avec de bonnes couleurs, histoire de montrer la vie en rose, enfin.

14/05/2009

Heureux qui comme Ulysse…

sclavis.JPGLouis Sclavis
Lost On The Way
(ECM 179 849-7)

(par Jacques Chesnel)

On connaît depuis longtemps les penchants affirmés de notre Louis national, l'un des premiers pionniers du jazz dit européen, pour d'autres territoires musicaux (folklores, musiques ethniques, domaines contemporains), ses relations avec les mondes de Duke Ellington (On the Air) et Jean-Philippe Rameau (Les Violences), le cinéma (autour de Charles Vanel, Dans la Nuit), la danse, les arts plastiques (Ernest Pignon-Ernest, Napoli's Walls) et le langage (L'imparfait des langues).

Douze plages/étapes pour ce périple musical inspiré d'Ulysse dans l'Odyssée écrite par Homère en 24 chants vers la fin du VIII° siècle avant J.C., poursuivant ainsi le travail inauguré avec le précédent quintet et, dixit Louis : inventer de nouvelles musiques dans lesquelles on s'engage pleinement au risque de se perdre… aller vers l'inconnu… me laisser tomber de Charybde en Scylla en essayant de maîtriser le vent et les vagues pour au retour pouvoir raconter le voyage.

Lire la suite

13/05/2009

Entrelacs amoureux dans le prisme d’une mémoire

 

Aciman plus tard ou jamais.jpgPlus tard ou jamais
André Aciman
traduit de l’anglais (USA) par Jean-Pierre Aoustin
Éditions de l’Olivier, 2008

(par Joannic Arnoi)

En un lieu comme un autre de la Riviera italienne, dans un passé vieux de vingt ans, Elio revient sur l’été de ses dix-sept ans et la liaison qu’il vécut alors avec Oliver, un jeune universitaire américain reçu en résidence chez ses parents. La villa familiale forme un havre paradisiaque, ouvrant sur d’autre coins (« spots ») égrenés dans les environs : la ville de « B », sa piazzetta et son afflux humain, le « tertre de Monet », refuge d’Elio, la plage où Shelley s’est noyé, et encore d’autres accès à la mer… Cette existence estivale, simplifiée à l’extrême, ouvre de vastes plages de loisirs et de rêverie. Tout l’effort de réminiscence dont le livre est fait s’attache à celles-ci, sous le regard souverain d’un garçon de dix-sept ans, ses conjectures, pulsions et répressions.

Jusqu’à un certain point, Plus tard ou jamais pourrait se lire comme l’histoire, relativement linéaire, d’un amour d’été, avec son cadre (idyllique), sa galerie bigarrée de personnages secondaires (famille, domesticité, voisins), ses étapes, hésitations, revirements, et son terme annoncé. Mais le narrateur, pas dupe, a ménagé de nombreuses chausse-trappes, ellipses, modulations, qui brouillent le canevas (pour peu qu’on s’y attarde). L’incertitude trouve moins son principe dans les failles de la mémoire d’Elio que dans les effets secondaires d’un point de vue unique : les spéculations sophistiquées, alambiquées, d’un jeune homme, recréées vingt ans après. Lorsqu’elles se trouvent démenties ou lézardées, c’est l’ensemble de l’échafaudage narratif qui se tasse sur lui-même. La frontière entre rêveries et accomplissements est ténue et il suffit de quelques pages pour qu’elle se déplace, au gré d’actualisations de la mémoire. Et si Oliver garde l’essentiel de son opacité jusqu’au terme du roman, c’est un magnifique portrait de jeune homme, ignorant de lui-même malgré sa sagacité, qui se dégage d’Elio, dans le miroir de son moi ultérieur, fait narrateur.

Lire la suite

12/05/2009

Pas de grand soir

01061295031.gif

Vienne le jour
Gabriela Adamesteanu

Traduit du roumain par Marily Le Nir

Gallimard

 

(par Jean-Pierre Longre)

« Cachée dans les creux du trottoir, la lumière grise frémissait faisant trembler au fond de l’eau les feuilles immobiles ». Cette phrase, choisie un peu au hasard parmi beaucoup d’autres, ne paie pas de mine au premier abord ; pourtant, dans sa densité, elle campe parfaitement l’atmosphère du livre et l’art de la romancière, qui n’a pas son pareil pour tirer d’un paysage grisâtre et du délabrement de l’environnement les éléments naturels (la lumière, l’eau, la terre, la végétation stagnant dans l’air en léger mouvement…), ces éléments reflétant eux-mêmes l’état d’âme du personnage. Il en est ainsi tout au long de ce deuxième roman de Gabriela Adamesteanu traduit en français (après Une matinée perdue en 2005), publié d’abord en 1975 à Bucarest, donné aujourd’hui dans son intégralité, avec restitution des passages censurés dans la première édition.

Lire la suite

07/05/2009

Cheminements et analyses

queneau.JPGTransports de sens, Écrits sur Raymond Queneau
Pascal Herlem
Calliopées, 2009

(par Jean-Pierre Longre)


Pascal Herlem, psychanalyste chevronné, est aussi un « quenien » averti, double qualité qui lui permet depuis plus de vingt ans de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de Queneau et d’en faire profiter les lecteurs. Transports de sens (titre à lui seul plein de promesses polysémiques) s’articule sur une double exploration, de la clarté (« Architecture du visible ») à l’obscurité (« Passages secrets »), proposant une lecture à la fois rigoureuse et sensible des écrits romanesques et poétiques : des romans comme Pierrot mon ami, Un rude hiver, Chêne et chien (une mine pour les disciples de Freud), quelques poèmes de L’instant fatal, Battre la campagne, Courir les rues, Fendre les flots

Lire la suite

06/05/2009

Cyrano de Bergerac raconté aux enfants

cyrano.jpgCyrano

Texte Taï-Marc Le Thanh, illustrations Rebecca Dautremer

Editions Gautier-Languereau
réédition dans les collections « petits bonheurs », 2008 et « les petits Gautier », 2009

à partir de 6 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

Excellente surprise que cette adaptation en album de la célébrissime histoire de Cyrano De Bergerac, soupirant malheureux et épistolier exceptionnel. La qualité du texte, d’abord, un conte poétique et fantaisiste, volontiers désuet dans le ton, avec de vraies-fausses définitions des mots compliqués ou anciens. « Un air inspiré est le contraire d’un air expiré. Un air expiré est déjà passé dans les poumons et il donne une teinte rougeaude au visage (ce qui n’est pas très joli pour dire de la poésie). »
Les illustrations ensuite, dans un style médiéval japonisant fleuri, à dominante de rouges et de verts du plus bel effet. Exotiques, douces, évocatrices. On rit. On a le cœur serré. Une interprétation libre et pourtant fidèle à l'esprit de l'original. Et surtout une belle manière de découvrir un classique que ce petit album parfait, à prix très doux (réédité dans deux collections, respectivement à 7,50 et 5,20€).

 

http://www.rebeccadautremer.com/

05/05/2009

Où il ne peut plus être question du roman policier

v_book_27.jpgUne brève histoire du Roman Noir
Jean-Bernard Pouy
L’œil Neuf, 2009

(par Jean-Pierre Longre)

 

Il n’y va pas de main morte, Jean-Bernard Pouy : « Ça fait un paquet de temps et de textes que le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l’Histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku ». S’il peut se permettre ce genre de constat, c’est qu’il est lui-même auteur (La petite écuyère a cafté, La belle de Fontenay, L’homme à l’oreille croquée, Nous avons brûlé une sainte, RN 86, Spinoza encule Hegel), et qu’ainsi son expérience de lecteur (et de compulseur du « seul dictionnaire mondial » des littératures policières, celui de Claude Mesplède) se double de celle de l’écrivain chevronné.

Lire la suite

04/05/2009

"Que tu es belle..."

libens.jpgAmours crues

Christian Libens

Luc Pire, 2009

 

(par Samia Hammami)

 

Christian Libens est un esprit curieux et, surtout, un infatigable explorateur. Les villes, les rues, les gens, la littérature, ses champs d’investigation n’ont de cesse de se multiplier. Auteur de guides érudits, de récits, de chroniques, de préfaces, de livres pour enfants et pour adultes, de poèmes, il nous délivre avec Amours crues un roman, longuement couvé et enfin éclos, s’inscrivant dans une veine voluptueuse.

Rien de vulgairement trash ici, ni de grivois inutile. Comme le titre le suggère, les êtres et leurs unions sont mis à nu, certes sans fard, mais avec doigté. Plus qu’un énième texte érotique, ces pages se veulent un hommage. C’est d’abord une célébration de la femme (Macha, Maryse, Marie-Marthe, Maria et les autres Marie) à travers les courbes, les peaux, les chevilles, les pieds, les chevelures, mais également les lacérations, les mutilations et les cicatrices. Les tabous se révèlent alors religion du corps malmené par la grossesse, la torture ou une tache de vin. De la sublimation, pas du sublime.

Lire la suite

27/04/2009

Intrusion familiale

type vautour.jpgCe type est un vautour
Texte de Sara et illustrations de Bruno Heitz
Editions Casterman (collection « les albums Casterman »), 2009

(par Myriam Gallot)

Voici un singulier album qui risque d’embarrasser libraires et bibliothécaires. En apparence, c’est un album jeunesse à la réalisation cartonnée d’ailleurs très soignée (à partir de 8 ans, dixit l’éditeur). Pourquoi pas, vu le thème abordé : l’intrusion d’un homme dans une famille monoparentale. Le traitement, pourtant, n’est guère enfantin.

Un trait appuyé, épais, presque grossier. Pas de visages, à part celui du chien et de la petite fille, comme si les adultes étaient finalement interchangeables (ils semblent d’ailleurs découpés dans du papier et collés). Une femme. Un homme. Chabadabada. Sauf que l’homme est un séducteur égoïste, observé avec lucidité et dégoût par le chien narrateur, qui flaire le danger. Une vraie bonne idée, pour témoigner de manière médiate du vécu de la petite fille, sans larmoiement mais avec une émotion réelle.

Lire la suite

25/04/2009

Le monde merveilleux de Walt Disney

roi amérique.jpgLe roi de l’Amérique

de Peter Stephan Jungk

traduit de l’allemand par Johannes Honigmann

Editions Jacqueline Chambon, 2009

 

 (par Myriam Gallot)

 

Son nom est « familier à plus de monde que celui de Jésus-Christ ». C’est lui qui le dit. Aux Etats-Unis, quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende. Et Walt Disney ne s’est pas privé de fabriquer la sienne, lui, la parfaite incarnation du rêve américain, aimant se présenter jusqu’à la fin de sa vie comme un « garçon de la campagne, qui se cache derrière une souris et un canard ».

 

Le roman-biographie de Peter Stephan Jungk, consacré au personnage, a beau jeu de mesurer, non sans une inévitable cruauté, l’écart entre l’homme et le mythe. On y découvre un Walt Disney vieillissant, presque anachronique dans les années 60, aussi raciste que généreux, réac et visionnaire, tour à tour Peter Pan et grand méchant loup. Un roi de l’ambivalence, père de Mickey, qu’il n’a jamais dessiné, et qui eut surtout le génie d’exploiter celui des autres. Un mégalomane qui rêvait d’immortalité, jusqu’à former des projets de cryogénie, dans l’espoir d’être ramené à la vie un jour. Mais n’est pas Jésus-Christ qui veut. Walt Disney échoua en son ultime projet.

Lire la suite

24/04/2009

Simpleticité

240_450_zurbaran-francois.jpgFrançois d’Assise
D’après Joseph Delteil
Mise en scène d’Adel Hakim
Avec Robert Bouvier
Théâtre des Ateliers, Lyon
Du 21 au 26 avril 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Fort d’un texte à la beauté sonore et suggestive, presque comique, dû au marginal Joseph Delteil (1894-1978), Adel Hakim met en scène Robert Bouvier, campant seul dans la terre informelle un François d’Assise sensuel et gentillet, terrestre et chaleureux, efféminé et réjoui, simplet initiant une révolution de la simplicité chrétienne. Malgré toute sa fameuse et jolie sensibilité aviaire, est-on obligé de concevoir le père des Franciscains comme un homme aussi guilleret, profondément naïf et gourmand ?

Lire la suite

23/04/2009

L’homme naturel

ilu.gifIlû, l’homme venu de nulle part

Pierre Barthe

VLB éditeur, 2008

 

(par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Pierre Barthe, dans son premier et très beau roman à l’écriture limpide et imagée (« Hiver » se dit « longue neige », la marmotte est « le siffleux » pour les hommes préhistoriques), nous fait vivre, pendant plus de six cents pages, la vie, telle qu’il l’imagine, de nos lointains ancêtres d’il y a 35000 ans. Nous suivons avec angoisse ou ravissement Ilû - devenu amnésique à la suite d’une terrible agression - et ses amis du clan-des-Hommes-Vrais dans des lieux hostiles et glacés aujourd’hui enfouis sous les mers de  Tchoukotka et de Béring.

Lire la suite

21/04/2009

Trompe-l’œil

couvsiefener.jpgNonnes
Michael Siefener

Traduit de l’allemand par Isabelle David et Élisabeth Willenz

Le visage vert, 2008

 

(par Romain Verger) 

 

Tout en recyclant des thèmes traditionnels du fantastique (performativité de l’art, satanisme, hantise et spiritisme), Michael Siefener nous plonge dans un univers envoûtant et déroutant, d’une implacable efficacité. Dans un récit à emboîtements multiples, l’auteur tend un miroir à l’écrivain, scrute les processus menant à la création romanesque, ses motivations et implications. Qu’emprunte celle-ci au réel ? S’en évade-t-elle ou au contraire, le dévoile-t-elle d’autant mieux qu’elle l’aborde par le détour de la fiction ? Dans Nonnes, l’imagination qui apparaît de prime abord comme le dérivatif d’un homme englué dans son insipide vie quotidienne, devient son plus redoutable révélateur. L’écriture s’apparente à un acte thérapeutique, analytique même, et qui une fois enclenché, tourne à l’obsession et débouche sur une effroyable reconnaissance : blessures oubliées et traumatismes ensevelis de l’enfance.

Lire la suite

20/04/2009

Hippolyte emporté par le monstre

images.jpegLa Troade / Hippolyte
Robert Garnier
Mise en scène par Christian Schiaretti
ENSATT, Promotion 68
Du 11 au 23 avril 2009

(par Nicolas Cavaillès)


Épreuve de scansion, d’hypotypose et d’hybris pour la 68ème promotion de l’E.N.S.A.T.T., avec les deux tragédies de Robert Garnier (1545-1590) La Troade et Hippolyte, que met en scène Christian Schiaretti, assisté de Mohamed Brikat. Traduisant les drames antiques dans un seizième siècle des extrêmes, provoquant dans le décor d’une Renaissance des plus angéliques les élans baroques les plus furieux, le spectacle relève sans manières ni condescendance le défi d’une langue sur-datée, farouchement expressive, au service de sentiments dépassant toute mesure, et le tout s’avère d’un dynamisme abyssal.

Lire la suite

17/04/2009

Intelligence et Amour de Pierre Leroux

9782351220542.jpgPierre Leroux, Penseur de l'humanité

Bruno Viard

Sulliver, 2009

(par Frédéric Saenen)

 

Dans une étude consacrée en 1973 aux précurseurs de Marx, Jacqueline Russ expédiait en moins de quatre pages le cas de Pierre Leroux (1797-1871), qu’elle classait parmi les dissidents du saint-simonisme et, plus généralement, dans le panthéon sans visiteurs du « socialisme romantique ». Elle s’attelait surtout à montrer que les composantes essentielles de la réflexion de Leroux étaient un mélange de « messianisme de l’humanité souffrante et de pensée néo-sociale chrétienne ». Bruno Viard, professeur de littérature à l’Université de Provence, estime quant à lui que l’auteur de Malthus et les économistes (1846) mérite une pleine réhabilitation intellectuelle, et n’hésite pas à le hisser au rang des penseurs français majeurs du XIXe siècle.

Lire la suite

16/04/2009

Lueurs de l’intérieur

dvc.jpgLa maison des lumières

Didier Van Cauwelaert

Albin Michel, 2009

 

(par Radu Bataturesco)

 

 

L’illusion prend le pas sur le réel. Dans “Mille et une nuits” comme dans la vie. 

Didier Van Cauwelaert, amphitryon d’un établissement à stroboscope ! Le nouveau numéro d’illusionnisme concocté par “Magic Didier” s’appelle, à plus d’un titre, La maison des lumières. Encore un tour de passe-passe littéraire (voir sur www.sitartmag.com la chronique de “La nuit dernière au XVème siècle”) et pas des moindres, si l’on en juge le pitch : un apprenti boulanger d’Arcachon, Jérémie Rex (!), entre dans un tableau de maître pour revivre pendant 4 minutes 30 le bonheur paroxystique de son histoire d’amour, passion qui se trouve en cul-de-sac ! La ficelle est grosse et pourtant, on la mange comme du petit pain chaud, s’il vous plaît. D’un trait, d’un seul. D’une mastication. Pétrie par DVC, la pâte du paranormal a, dans votre assiette, le goût du soleil et du croissant de lune.

Lire la suite

15/04/2009

Atmosphère envoûtante

originalpimpant.jpgOriginal pimpant
Émile Parisien Quartet

(Laborie Jazz Lj 07 ; distribution Naïve)

 

(par Jacques Chesnel)

  

1/ La couverture de pochette : le titre pourrait être une sorte d'oxymoron auquel s'ajouterait le dessin d'une affreuse bestiole évoquant le porc-épic, petit rongeur qui possède les plus grands piquants ; au verso, les titres des cinq morceaux (compositions collectives sauf Le Bel à l'agonie d'après le prélude du troisième acte de l'opéra Tristan et Ysolde de Richard Wagner) ne rassurent pas non plus, lecture sépulcrale; d'où cette interrogation sur le "pimpant" (impression de fraîcheur et d'élégance) ; quant à "original" pas de doute à entretenir sur la musique quand on se souvient du premier CD du quartet Au revoir porc-épic (tiens !, déjà). Mais alors !

Lire la suite