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Essais

  • Roman et adolescence

    9782701146973.gifDes Romans pour la jeunesse ? décryptage
    De Marie-Hélène Routisseau,

    Belin, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce guide s’adresse aux étudiants ou formateurs désireux de mieux connaître la littérature de jeunesse. Dans sa volonté pédagogique, il trace dans son premier chapitre une approche de la théorie du roman qui par sa brièveté (4 p., éternelles contraintes imposées par les éditeurs) ne peut qu’être très schématique et insuffisante pour son public.  En revanche, le retour sur les catégories romanesques lui sera utile.
    La seconde partie propose une analyse générique des romans pour la jeunesse avec un a priori assez contestable : les romans pour la jeunesse auraient une spécificité par rapport à ceux de la littérature générale. Pour ceux qui en doutent (comme moi) et qui à l’issue de l’argumentation n’en sont toujours pas convaincus sauf dans le domaine des « mondes » autres (« mondes de nulle part ») qui donnent lieu à des pages intéressantes, c’est une position qui reste peu solide. Les autres y trouveront de quoi moudre leur grain. Le débat est toujours intéressant et nécessaire.
    La dernière partie (« point de vue sur le roman initiatique pour adolescent ») est plus précise et de ce fait remplie de choses intéressantes. Elle sera extrêmement utile à ceux qui veulent comprendre cette lecture adolescente, son importance, ses racines et ses enjeux.

  • Trouver le livre parfait ?

    Frappes chirurgicales
    Dumitru Tsepeneag 
    P.O.L., 2009

    (par Jean-Pierre Longre)

    Il est toujours utile de tenir compte de regards à la fois étrangers et avertis, extérieurs et intérieurs sur la vie littéraire et culturelle d’un pays, et il n’est pas indifférent que, concernant la France, sa langue et sa littérature, ces regards viennent d’écrivains qui ont la double expérience de la vie locale et de l’émigration. C’est en grande partie sur eux que l’on doit compter pour un véritable renouvellement de la langue et de la littérature.

    Le dernier livre que l’écrivain franco-roumain Dumitru Tsepeneag vient de publier en français rassemble des articles critiques diffusés initialement en revue (Seine et Danube, puis La revue littéraire) entre 2003 et 2007. En toute subjectivité, l’écrivain multiplie avec un humour corrosif les angles d’attaque contre les abus de la mode artistique et littéraire, n’hésitant pas même à fustiger les opinions d’autres auteurs francophones : l’une de ses cibles, par exemple, est Nancy Huston, qui dans Professeurs de désespoir dénonce le nihilisme de certaines grandes figures de la littérature européenne comme Beckett, Cioran, Thomas Bernard ou Elfriede Jelinek, mais aussi celui de petites figures médiatisées comme Michel Houllebecq et Christine Angot : « C’est l’esprit démocratique à l’américaine de notre Nancy qui la pousse à mélanger génies et plumitifs ? Ou le populisme franchouillard qu’elle a appris depuis qu’elle vit ici», écrit-il avec une amicale rugosité.

     

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  • Cheminements et analyses

    queneau.JPGTransports de sens, Écrits sur Raymond Queneau
    Pascal Herlem
    Calliopées, 2009

    (par Jean-Pierre Longre)


    Pascal Herlem, psychanalyste chevronné, est aussi un « quenien » averti, double qualité qui lui permet depuis plus de vingt ans de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de Queneau et d’en faire profiter les lecteurs. Transports de sens (titre à lui seul plein de promesses polysémiques) s’articule sur une double exploration, de la clarté (« Architecture du visible ») à l’obscurité (« Passages secrets »), proposant une lecture à la fois rigoureuse et sensible des écrits romanesques et poétiques : des romans comme Pierrot mon ami, Un rude hiver, Chêne et chien (une mine pour les disciples de Freud), quelques poèmes de L’instant fatal, Battre la campagne, Courir les rues, Fendre les flots

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  • Où il ne peut plus être question du roman policier

    v_book_27.jpgUne brève histoire du Roman Noir
    Jean-Bernard Pouy
    L’œil Neuf, 2009

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il n’y va pas de main morte, Jean-Bernard Pouy : « Ça fait un paquet de temps et de textes que le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l’Histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku ». S’il peut se permettre ce genre de constat, c’est qu’il est lui-même auteur (La petite écuyère a cafté, La belle de Fontenay, L’homme à l’oreille croquée, Nous avons brûlé une sainte, RN 86, Spinoza encule Hegel), et qu’ainsi son expérience de lecteur (et de compulseur du « seul dictionnaire mondial » des littératures policières, celui de Claude Mesplède) se double de celle de l’écrivain chevronné.

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  • Intelligence et Amour de Pierre Leroux

    9782351220542.jpgPierre Leroux, Penseur de l'humanité

    Bruno Viard

    Sulliver, 2009

    (par Frédéric Saenen)

     

    Dans une étude consacrée en 1973 aux précurseurs de Marx, Jacqueline Russ expédiait en moins de quatre pages le cas de Pierre Leroux (1797-1871), qu’elle classait parmi les dissidents du saint-simonisme et, plus généralement, dans le panthéon sans visiteurs du « socialisme romantique ». Elle s’attelait surtout à montrer que les composantes essentielles de la réflexion de Leroux étaient un mélange de « messianisme de l’humanité souffrante et de pensée néo-sociale chrétienne ». Bruno Viard, professeur de littérature à l’Université de Provence, estime quant à lui que l’auteur de Malthus et les économistes (1846) mérite une pleine réhabilitation intellectuelle, et n’hésite pas à le hisser au rang des penseurs français majeurs du XIXe siècle.

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  • Collectionner, conquérir : l'Inde, l'Égypte

    empire.jpgAux marges de l'Empire
    Conquérants et collectionneurs à l'assaut de l'Orient de 1750 à 1850

    Maya Jasanoff

    Essai traduit de l'anglais (2006) par Isabelle Taudière

    Éditions Héloïse d'Ormesson, 2009

     

    (par Françoise Genevray)

     

    Maya Jasanoff enseigne à Harvard l'histoire impériale et culturelle de la Grande-Bretagne. Analyse comparée de la formation des empires britannique et français, son livre s'articule autour de leur rivalité permanente, avec pour la période traitée ses temps forts (la guerre de Sept Ans, l'expédition d'Égypte) et ses points névralgiques (Amérique du Nord, Inde, rives du Nil). La comparaison est d'autant plus pertinente qu'elle ne peut se borner au parallèle des deux puissances. Si France et Grande-Bretagne évoluent presque simultanément de l'expansion commerciale, étayée d'influences diplomatiques, à la conquête et à l'occupation directe de pays étrangers, c'est que leurs ambitions respectives se forgent dans l'antagonisme et se renforcent dans la confrontation. Le plan de l'ouvrage reflète cette dynamique : entre deux parties consacrées à l'Inde (1750-1799) et à l'Égypte (1801-1840), zones de concurrences marchandes, d'ingérences diplomatiques et de conflits armés, s'insère un volet réunissant ces deux pays, pris en tenaille dans un « choc des Empires (1798-1801) » qui prime sur celui dit plus tard « des civilisations ».

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  • À voir et à lire

    Couvcalligb.jpgClaude Debon

    Calligrammes dans tous ses états

    « Édition critique du recueil de Guillaume Apollinaire »
    Éditions Calliopées,  2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Calligrammes est un recueil complexe, dont le titre ne dévoile qu’un aspect, celui des fameux « poèmes dessins », et encore… Il fallait l’immense travail de Claude Debon et de son éditrice pour montrer, au plein sens du terme, cette complexité.
    Calligrammes dans tous ses états, livre de grand format, est certes une « édition critique », dont les cinquante premières pages rappellent bon nombre de données indispensables sur l’ancienneté de la tradition (européenne et chinoise) des « poèmes figurés », ainsi que sur les sources livresques et personnelles, dont le goût particulier d’Apollinaire pour le dessin, lui qui n’hésitait pas à écrire : « Il se constitue un art universel, où se mêlent la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, la science même… ». L’étude génétique, rigoureuse à tous égards (scientifique, historique, littéraire) n’évite ni l’analyse subtile (sur l’originalité du recueil, sur  son double aspect visuel et musical) ni la minutie générique : comment désigner ces textes qui sont en même temps des dessins ? « Idéogramme lyrique », « poème figuré », « poème visuel », « poème à voir », « poème dessin », « poème formel »… ? Pour Claude Debon, « ces  hésitations sont à la hauteur de l’innovation, quasiment « innommable » ». Car Calligrammes est un livre résolument moderne, où la recherche de « formes nouvelles » n’entre pas en contradiction avec l’idéal de pureté, voire de dépouillement – ce qui n’a pas forcément été compris lors de la parution, la faveur de la critique ayant porté davantage sur les aspects « classiques » du recueil que sur les « calligrammes » eux-mêmes.

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  • Le pays réel...

    cuba.gifLe Roman de Cuba
    Louis-Philippe Dalembert
    Editons du Rocher, 2009

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

    La genèse de Cuba, bien que d'une extrême richesse, est peu connue du  public. Le panorama historique et culturel de cette grande île des Caraïbes proposé  par Louis-Philippe Dalembert, au moment où sortent au cinéma deux films sur le Che, arrive opportunément. Dans son dernier ouvrage,  il nous  fait pénétrer l'âme de la société cubaine en dehors de tous les mythes et de tous les préjugés circulant depuis fort longtemps sur ce « pays (qui) a existé avant et continuera d'exister après la Révolution et après Castro ». Ce dossier historique dense, au vaste travail de recherche dont témoigne l'imposante bibliographie,  relève de la thèse de doctorat. C'est Grannie, sa grand mère tendrement aimée, qui donna à l'auteur « le goût de Cuba, à une époque où l'île voisine était à la mode partout ou presque, sauf en Haïti, (s)on pays natal ».   Elle  lui parlait  de ce pays utopique  et  l'appelait, pour sa plus grande joie, « mi Cubano ! ». De ce rêve d'enfant  sont nés une passion et un rigoureux travail de recherche sur le « pays réel et non celui de la propagande des deux bords », (les pro et les anti-castristes).

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  • Images d’hier et de demain

    couchot.jpgDes Images, du temps et des machines dans les arts et la communication
    Edmond Couchot

    Editions Jacqueline Chambon, 2007

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce livre traite de la question fondamentale des rapports entre les images et le temps. Le temps de faire, de transmettre, de regarder, les conditions du regard, tout cela entre en ligne de compte dans l’examen de ce que sont, ont été et seront les images. Mais au-delà se posent aussi celles de nos rapports au temps et à l’Histoire.
    Si la première moitié de l’ouvrage évoque des choses assez connues (développées notamment par R. Debray dans Vie et mort de l’image), la seconde explore un champ plus nouveau, celui des nouvelles images, tant artistiques que documentaires ou ludiques et pose des questions passionnantes en interrogeant le nouveau rapport au temps et au réel qui se dessine à travers notre pratique de celles ci. Les images interactives posent la question de l’auctorialité : comment définir l’auteur et le récepteur de ces œuvres ? de nouvelles machines-images sont capables de simuler des émotions, de décrypter les émotions de ceux qui les manipulent, et de les manipuler à leur tour. Tout peut être remis en question par la révolution numérique, pas seulement les techniques.

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  • Un sujet sensible

    Dorais.jpgÇa arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin
    Michel Dorais
    Typo, « Essai », 2008.

    (par Joannic Arnoi)

    Les éditions Typo viennent de rééditer cette étude de Michel Dorais, publiée pour la première fois en 1997 au Canada et traduite en anglais en 2002. Ancien travailleur social devenu universitaire, l’auteur est assez connu pour ses recherches sur la prostitution masculine, le suicide des adolescents homosexuels et d’autres questions LGBT* qui font le lien entre recherche savante et travail social, avec un arrière-plan militant très discret. D’une clarté limpide, Ça arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin dresse avec sobriété le tableau d’existences meurtries, voire définitivement bouleversées, tout en suggérant avec une grande retenue quelques pistes d’intervention et, autant que faire se peut, de prévention. Les huit chapitres d’analyse sont entrecoupés par douze récits à la première personne, qui ne cèdent jamais au sensationnel même si ce qu’ils dévoilent est très dur. L’ensemble constitue à la fois un document très riche sur un sujet ultra sensible et une tentative pour dépasser, par la réflexion, les prises de position purement émotionnelles. En ce sens, c’est un travail salutaire et qui mérite d’être lu.

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  • Concordance des temps ?

    boltanski.jpgRendre la réalité inacceptable
    À propos de
    La Production de l’idéologie dominante
    Luc Boltanski
    Demopolis, 2008

    (par Olivier Orain)

    Rendre la réalité inacceptable est présenté par son éditeur comme « destiné à accompagner la lecture de La Production de l’idéologie dominante de Pierre Bourdieu et Luc Boltanski », texte majeur « publié pour la première fois en 1976 dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales » et réédité cet automne par Demopolis et Raisons d’agir. Ce statut un peu ingrat de livre-compagnon cache un propos plus ample, dont l’intérêt est (au moins) triple : outre son rôle de commentaire d’un article (fleuve !), c’est aussi une évocation circonstanciée des débuts de la revue de Pierre Bourdieu dans le sillage (indirect) de Mai 68, et une réflexion magistrale sur l’évolution de la société française depuis trente ans.

    Rendre la réalité inacceptable est avant tout un récit, mais dégraissé de toute complaisance autobiographique. Il s’ouvre par une Élégie qui synthétise magistralement l’esprit des « années 68 » (et des rédacteurs des Actes…) — ce qu’un spécialiste de l’époque (Boris Gobille) appelle leur « vocation d’hétérodoxie ».

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  • Entretien avec Thierry Galibert sur Artaud

    bestialite.jpgLa Bestialité

    Thierry Galibert

    Sulliver, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Thierry Galibert a signé en juin 2008 un essai aussi vaste qu’exigeant sur le thème de la bestialité tel qu’on le rencontre dans la modernité occidentale, et ce à travers le prisme de l’œuvre d’Antonin Artaud. La majorité de la critique, découragée sans doute par les quelque 500 pages serrées de cet ouvrage, semble avoir préféré le passer sous silence. Or, le travail de ce professeur de littérature française à l’université d’Aix-Marseille mérite considération. Il offre en effet des perspectives étonnamment fécondes à propos de sujets que l’on croyait entendus depuis longtemps, des plus particuliers (l’évolution personnelle d’Artaud) aux plus généraux (l’histoire du surréalisme, les idéologies totalitaires, les rapports entre aliénation et création, etc.)

     

    À aucun moment pourtant, l’érudition n’apparaît forcée, car Thierry Galibert possède un atout précieux, garant de son crédit : il maîtrise à fond sa matière. Rares sans doute sont les spécialistes patentés d’Artaud qui excellent à citer l’épistolier, le dramaturge, le poète ou l’essayiste avec autant d’aisance, et prouvent de la sorte qu’ils ne méconnaissent aucun recoin de cet esprit tourmenté et déroutant. La démonstration, si ardue soit-elle, finit donc par emporter la conviction. Artaud disait « Définir une vérité, c’est la tuer. ». Nous n’aurons ni cette prétention ni cette cruauté. Voilà pourquoi, plutôt que de résumer pesamment – ou pire : dénaturer – le propos de l’auteur, nous avons préféré lui laisser la parole, dans le cadre de l’entretien qu’on va lire…

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  • Eclairages sur l’esclavage

    lumieres.jpgEsclavage et Lumières
    Jean Ehrard
    André Versaille, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le livre de Jean Ehrard, dix-huitièmiste de renom, sur la question de « l’esclavage colonial et l’opinion publique en France au 18e siècle » (c’est le sous-titre du livre) est passionnant à de nombreux égards. L’histoire de l’évolution de la pensée du temps sur la question est longue et complexe (Les détours de l’Encyclopédie forment un chapitre entier, avec un tableau fort utile) l’auteur la conduit jusqu’aux années qui précèdent la révolution de 1789 et s’arrête aux projets des réformateurs issus de la société des Amis des Noirs fondée à Paris en 1788. Il intervient dans des débats récents et prend une position claire, celle de l’historien des idées qui demande de revenir aux originaux et de remettre les faits en contexte. Certains propos choqueront sans doute ceux qui attendent une répétition des condamnations portées contre le dix-huitième siècle, ou à l'inverse d'autres qui imaginaient que les Philosophes avaient amené l'abolition. Le propos n’est pas ici pour l’auteur de dénoncer encore une fois (sa position est claire sur l’horreur de l’esclavage), ni d’analyser tous ses aspects, mais de tenter de comprendre comment cela a pu exister dans une époque qui se disait civilisée et comment les esprits ont commencé à s’ouvrir sur ce problème. Son point de vue est donc orienté vers les occidentaux, vers la France.

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  • Le romancier descendu des collines

    pavese.jpgŒuvres
    Cesare Pavese
    Édition de Martin Rueff
    Gallimard, « Quarto », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    On réunit dans ce volume toutes les œuvres dont Cesare Pavese agréa la publication ; y figure ainsi son immense journal posthume, Le métier de vivre, mais pas, hélas, les poésies publiées par d’autres que leur exigeant auteur, recueillies ailleurs sous le titre extraordinaire La mort viendra et elle aura tes yeux. Dû à Martin Rueff, l’apparat critique découpant l’œuvre peut trop souvent faire sentir sa présence, et le lecteur pourra, plus que d’ordinaire, regretter ici ou là de ne savoir lire le texte original, mais la parution de ces quelques 1800 pages de vademecum pavésien constitue bien un événement. Sans doute faut-il encore libérer Pavese des deux rengaines méprisantes dont on abuse pour contourner la complexité de l’œuvre : le suicide et l’impuissance sexuelle. Le suicide, d’une part, et tout récemment encore, un Immortel s’autorisait la privauté d’un classement des écrivains de l’autodestruction selon qu’ils ont commis ou non l’irréparable (« garantie de sincérité», le suicide de Pavese placerait son œuvre « bien plus haut que celle des deux grands pessimistes contemporains auxquels on l'a  comparé, Cioran et Pessoa »). Sur ce point, et sans nier d’aucune manière l’intensité ni l’efficience littéraire de la tentation suicidaire pavésienne, bien au contraire, nous préférerons citer avec M. Rueff cette admirable phrase d’Italo Calvino : « on parle trop de Pavese à la lumière de son dernier geste, et pas assez à celle de la bataille gagnée jour après jour contre sa propre tendance à l’autodestruction » ; le journal témoigne explicitement de cette âpre guerre, et l’œuvre tout entière, par la cruauté roide qui la sous-tend. L’impuissance, d’autre part, souffrance parmi d’autres mais dont on use souvent comme d’une clef de lecture unique, poisseux ragot pour salonards autrement expéditifs.

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  • Munch: cris et chuchotements

    E109939.gifEdward Munch, l'enfant terrible de la peinture
    Arnaud Cathrine

    L’école des loisirs, collection Belles vies, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    La vie du peintre norvégien Munch est évoquée par des témoignages de contemporains : sa soeur, d’autres peintres (Krogh), des écrivains (Jaeger, Goldstein, Przybyszewski), un médecin, des historiens d’art, des témoins divers. Si ces témoignages sont fictifs, leur matière ne l’est pas : les événements et les idées du peintre sont tirées de journaux, lettres, entretiens.

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  • Comment aborder la sexualité avec ses enfants ?

    la sexualité.gif

    La sexualité

    Pascale Poulain

    Nathan, 2008

     

    (Caroline Scandale)

     

    « J’en parle avec mon enfant » est une nouvelle collection qui aide les parents à aborder des sujets délicats avec leur progéniture. Elle traite simplement de tous les aspects de thèmes comme la mort, la séparation ou la sexualité. Pascale Poulain, psychologue clinicienne, aborde celui de la sexualité infantile de manière tout à fait pertinente.

    « En 1905, Freud fit la découverte scandaleuse que l’enfant a une vie sexuelle. Il insista beaucoup sur l’importance de répondre à l’intérêt de l’enfant pour les choses de l’amour et du sexe […] L’amour et la sexualité sont liés par le langage… ».

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  • Plus qu’une musique métissée : une musique de l’altérité

    jazzoccident.jpgLe jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie

    Christian Béthune

    Klincksieck, 2008 (collection d’esthétique)

     

    Entretien avec l’auteur

     

    (Par Christophe Rubin)

     

    Je commençais une thèse de linguistique sur les textes de rap, lorsqu’un ami m’a appelé pour me dire à peu près ceci : « J’étais à un salon du livre et il y avait une conférence d’un philosophe sur le rap… j’y suis allé par curiosité. Tu as sûrement dû t’inspirer de son bouquin car ce que tu m’as expliqué, c’est exactement ce qu’il a dit. Mais, sans vouloir te vexer, ça allait plus loin, c’était formidable. J’ai pensé à toi : j’ai été lui demandé son adresse à la fin, si tu veux lui écrire...»

     

    Non, je ne connaissais ni le philosophe, ni le livre en question : Le rap, une esthétique hors la loi (éditions Autrement, collection « Mutations », 1999, réédité en 2003 avec beaucoup d’enrichissements)… Mais je me suis dépêché de le lire, avec un certain scepticisme : j’avais lu quelques rares ouvrages instructifs sur la question, mais rien qui ait pu me permettre d’avancer vraiment. Plongé dans le détail de mes analyses stylistiques et rythmiques, j’observais des phénomènes qui dépassaient largement ce que je m’attendais à trouver : une organisation très élaborée mais dont la logique m’échappait et que j’étais incapable de mettre en relation avec ce que je ressentais à l’écoute de certains enregistrements. Je pouvais certes poursuivre mes analyses mais je m’impatientais de ne pouvoir établir de liens entre mes divers résultats : de donner du sens à mes observations… Je pouvais concevoir une interprétation très générale – psychologique ou anthropologique – à certains aspects rythmiques et vocaux mis en place par l’écriture de ces textes, mais je ne parvenais pas à cerner leur spécificité.

     

    Dès les premières pages de l’ouvrage de Christian Béthune, ce fut une série de surprises, qui me faisaient passer de la dénégation à l’enthousiasme de trouver enfin un sens humain aux phénomènes qui m’avaient été révélés en partie par l’analyse stylistique. J’avais l’habitude d’imaginer un lien lointain entre le rap et certaines pratiques culturelles d’Afrique de l’ouest, de la Jamaïque voire le gospel ; mais, au delà de la pure actualité afro-américaine de ce mouvement, je n’avais jamais vraiment songé à y voir un lien très fort avec le blues ou le jazz. Or c’était bien une conscience ontologique particulière née de l’esclavage que Béthune décrivait de façon cohérente et très documentée dans les divers aspects vocaux, textuels, musicaux et sociologiques du rap, en montrant que celui-ci était finalement un parent direct de toutes les autres formes d’expression afro-américaine, à commencer par le jazz.

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  • Céline, autre et tel qu'en lui-même

    autreceline.jpgUn autre Céline
    De la fureur à la féérie - deux cahiers de prison

    Henri Godard
    Editions textuel, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Présente-t-on encore Henri Godard ? Henri Godard, l’auteur en 1994 de l’indispensable synthèse que constituait Céline scandale et, plus encore, quelque dix ans auparavant, d’une Poétique de Céline qui fit entrer de plain-pied l’argotier absolu dans le giron de l’Alma mater, jusque là réticente à l’accueillir. Henri Godard, surtout, l’éditeur des quatre volumes de la Pléiade. C’est de cette prestigieuse signature que s’enrichit un coffret de ce que l’on qualifie de « beaux livres ». Si vous comptez parmi vos amis un célinolâtre, ne cherchez pas plus loin ce que vous lui déposerez sous le sapin.

    Le but poursuivi dans Un autre Céline est annoncé sans ambages : « Ce panorama, dressé hors de toute visée biographique et même hors chronologie, afin de donner leurs justes proportions à quelques-unes des composantes du paysage de Céline, ne cherche pas à en faire une étude systématique. Mais l’iconographie est là pour prendre le relais de l’analyse. Elle aussi, de manière différente, est de nature à enrichir la lecture des textes en montrant visuellement des images que le romancier ne laisse affleurer que par des coups de projecteurs toujours brefs ».

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  • Corporate unlimited

    kafkacola.jpgKafka Cola
    Alessandro Mercuri
    Léo Scheer, 2008

     

    (par Romain Verger)

     

    Ovni littéraire, produit marketing à disposer en palettes sur les présentoirs de supermarchés, pamphlet destiné à redresser les illusions d’optique dont souffre notre société ou imposture visant à les créer ? Ce livre est tout cela à la fois, véhicule d’une culture authentique et de références authentifiables allant de la préhistoire au dernier discours d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, comme de sources détournées ou purement inventées. Patrick Le Lay, John Pemberton et Franz Kafka se regardent dans le blanc des yeux, se découvrant des affinités insoupçonnées.

    Dans Kafka Cola, table de dissection de notre prétendue modernité, Alessandro Mercuri préside à leur très improbable rencontre, questionne et autopsie ses apparentes contradictions, clivages et autres incompatibilités posées de fait, par tradition ou bonne conscience.

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  • Un hymne intime à l’échange

    tubes.jpgTubes. La philosophie dans le juke-box

    Peter Szendy

    Les Editions de Minuit, 2008

     

    (par Christophe Rubin)

     

    Comment expliquer la persistance auditive de certains tubes, un peu comme certaines images lumineuses provoquent une persistance rétinienne ? Ces chansons qui, en dépit de leur « mélodie obsédante », semblent confiner à la plus extrême banalité peuvent-elles prétendre à la dignité d’un objet philosophique ?

    L’écrivain Peter Handke avait écrit un Essai sur  le juke-box ; Peter Szendy en a d’ailleurs placé un extrait en exergue de son livre, avant d’explorer le phénomène des « tubes ». C’est Boris Vian qui aurait popularisé ce terme dans ce sens, notamment dans une chanson de 1957 qui portait ce titre et qui révélait « les accessoires pour faire un succès » : une rencontre banale racontée sur un air non moins banal : rien, donc, qui puisse nous empêcher de nous identifier...

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