29.06.2009
Roman et adolescence
Des Romans pour la jeunesse ? décryptage
De Marie-Hélène Routisseau,
Belin, 2008
(par Anne-Marie Mercier)
Ce guide s’adresse aux étudiants ou formateurs désireux de mieux connaître la littérature de jeunesse. Dans sa volonté pédagogique, il trace dans son premier chapitre une approche de la théorie du roman qui par sa brièveté (4 p., éternelles contraintes imposées par les éditeurs) ne peut qu’être très schématique et insuffisante pour son public. En revanche, le retour sur les catégories romanesques lui sera utile.
La seconde partie propose une analyse générique des romans pour la jeunesse avec un a priori assez contestable : les romans pour la jeunesse auraient une spécificité par rapport à ceux de la littérature générale. Pour ceux qui en doutent (comme moi) et qui à l’issue de l’argumentation n’en sont toujours pas convaincus sauf dans le domaine des « mondes » autres (« mondes de nulle part ») qui donnent lieu à des pages intéressantes, c’est une position qui reste peu solide. Les autres y trouveront de quoi moudre leur grain. Le débat est toujours intéressant et nécessaire.
La dernière partie (« point de vue sur le roman initiatique pour adolescent ») est plus précise et de ce fait remplie de choses intéressantes. Elle sera extrêmement utile à ceux qui veulent comprendre cette lecture adolescente, son importance, ses racines et ses enjeux.
09:10 Écrit par Anne-Marie Mercier dans Essais, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marie-hélène routisseau, belin, anne-marie mercier
03.06.2009
Trouver le livre parfait ?
Frappes chirurgicales
Dumitru Tsepeneag
P.O.L., 2009
(par Jean-Pierre Longre)
Il est toujours utile de tenir compte de regards à la fois étrangers et avertis, extérieurs et intérieurs sur la vie littéraire et culturelle d’un pays, et il n’est pas indifférent que, concernant la France, sa langue et sa littérature, ces regards viennent d’écrivains qui ont la double expérience de la vie locale et de l’émigration. C’est en grande partie sur eux que l’on doit compter pour un véritable renouvellement de la langue et de la littérature.
Le dernier livre que l’écrivain franco-roumain Dumitru Tsepeneag vient de publier en français rassemble des articles critiques diffusés initialement en revue (Seine et Danube, puis La revue littéraire) entre 2003 et 2007. En toute subjectivité, l’écrivain multiplie avec un humour corrosif les angles d’attaque contre les abus de la mode artistique et littéraire, n’hésitant pas même à fustiger les opinions d’autres auteurs francophones : l’une de ses cibles, par exemple, est Nancy Huston, qui dans Professeurs de désespoir dénonce le nihilisme de certaines grandes figures de la littérature européenne comme Beckett, Cioran, Thomas Bernard ou Elfriede Jelinek, mais aussi celui de petites figures médiatisées comme Michel Houllebecq et Christine Angot : « C’est l’esprit démocratique à l’américaine de notre Nancy qui la pousse à mélanger génies et plumitifs ? Ou le populisme franchouillard qu’elle a appris depuis qu’elle vit ici», écrit-il avec une amicale rugosité.
09:00 Écrit par Jean-Pierre Longre dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, roumanie, critique littéraire, p.o.l., dumitru tsepeneag, jean-pierre longre
07.05.2009
Cheminements et analyses
Transports de sens, Écrits sur Raymond Queneau
Pascal Herlem
Calliopées, 2009
(par Jean-Pierre Longre)
Pascal Herlem, psychanalyste chevronné, est aussi un « quenien » averti, double qualité qui lui permet depuis plus de vingt ans de pénétrer peu à peu dans le monde mystérieux de Queneau et d’en faire profiter les lecteurs. Transports de sens (titre à lui seul plein de promesses polysémiques) s’articule sur une double exploration, de la clarté (« Architecture du visible ») à l’obscurité (« Passages secrets »), proposant une lecture à la fois rigoureuse et sensible des écrits romanesques et poétiques : des romans comme Pierrot mon ami, Un rude hiver, Chêne et chien (une mine pour les disciples de Freud), quelques poèmes de L’instant fatal, Battre la campagne, Courir les rues, Fendre les flots…
08:47 Écrit par Jean-Pierre Longre dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, editions calliopées, raymond queneau, pascal herlem, jean-pierre longre
05.05.2009
Où il ne peut plus être question du roman policier
Une brève histoire du Roman Noir
Jean-Bernard Pouy
L’œil Neuf, 2009
(par Jean-Pierre Longre)
Il n’y va pas de main morte, Jean-Bernard Pouy : « Ça fait un paquet de temps et de textes que le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l’Histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku ». S’il peut se permettre ce genre de constat, c’est qu’il est lui-même auteur (La petite écuyère a cafté, La belle de Fontenay, L’homme à l’oreille croquée, Nous avons brûlé une sainte, RN 86, Spinoza encule Hegel), et qu’ainsi son expérience de lecteur (et de compulseur du « seul dictionnaire mondial » des littératures policières, celui de Claude Mesplède) se double de celle de l’écrivain chevronné.
09:02 Écrit par Jean-Pierre Longre dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, roman noir, l'oeil neuf éditions, jean-bernard pouy, jean-pierre longre
17.04.2009
Intelligence et Amour de Pierre Leroux
Pierre Leroux, Penseur de l'humanité
Bruno Viard
Sulliver, 2009
(par Frédéric Saenen)
Dans une étude consacrée en 1973 aux précurseurs de Marx, Jacqueline Russ expédiait en moins de quatre pages le cas de Pierre Leroux (1797-1871), qu’elle classait parmi les dissidents du saint-simonisme et, plus généralement, dans le panthéon sans visiteurs du « socialisme romantique ». Elle s’attelait surtout à montrer que les composantes essentielles de la réflexion de Leroux étaient un mélange de « messianisme de l’humanité souffrante et de pensée néo-sociale chrétienne ». Bruno Viard, professeur de littérature à l’Université de Provence, estime quant à lui que l’auteur de Malthus et les économistes (1846) mérite une pleine réhabilitation intellectuelle, et n’hésite pas à le hisser au rang des penseurs français majeurs du XIXe siècle.
09:15 Écrit par Frédéric Saenen dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bruno viard, politique, sulliver, frédéric saenen, francophone
11.04.2009
Collectionner, conquérir : l'Inde, l'Égypte
Aux marges de l'Empire
Conquérants et collectionneurs à l'assaut de l'Orient de 1750 à 1850
Maya Jasanoff
Essai traduit de l'anglais (2006) par Isabelle Taudière
Éditions Héloïse d'Ormesson, 2009
(par Françoise Genevray)
Maya Jasanoff enseigne à Harvard l'histoire impériale et culturelle de la Grande-Bretagne. Analyse comparée de la formation des empires britannique et français, son livre s'articule autour de leur rivalité permanente, avec pour la période traitée ses temps forts (la guerre de Sept Ans, l'expédition d'Égypte) et ses points névralgiques (Amérique du Nord, Inde, rives du Nil). La comparaison est d'autant plus pertinente qu'elle ne peut se borner au parallèle des deux puissances. Si France et Grande-Bretagne évoluent presque simultanément de l'expansion commerciale, étayée d'influences diplomatiques, à la conquête et à l'occupation directe de pays étrangers, c'est que leurs ambitions respectives se forgent dans l'antagonisme et se renforcent dans la confrontation. Le plan de l'ouvrage reflète cette dynamique : entre deux parties consacrées à l'Inde (1750-1799) et à l'Égypte (1801-1840), zones de concurrences marchandes, d'ingérences diplomatiques et de conflits armés, s'insère un volet réunissant ces deux pays, pris en tenaille dans un « choc des Empires (1798-1801) » qui prime sur celui dit plus tard « des civilisations ».
23:57 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, maya jasanoff, Éditions héloïse d'ormesson, france, grande-bretagne, françoise genevray
13.03.2009
À voir et à lire
Claude Debon
Calligrammes dans tous ses états
« Édition critique du recueil de Guillaume Apollinaire »
Éditions Calliopées, 2008
(par Jean-Pierre Longre)
Calligrammes est un recueil complexe, dont le titre ne dévoile qu’un aspect, celui des fameux « poèmes dessins », et encore… Il fallait l’immense travail de Claude Debon et de son éditrice pour montrer, au plein sens du terme, cette complexité.
Calligrammes dans tous ses états, livre de grand format, est certes une « édition critique », dont les cinquante premières pages rappellent bon nombre de données indispensables sur l’ancienneté de la tradition (européenne et chinoise) des « poèmes figurés », ainsi que sur les sources livresques et personnelles, dont le goût particulier d’Apollinaire pour le dessin, lui qui n’hésitait pas à écrire : « Il se constitue un art universel, où se mêlent la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, la science même… ». L’étude génétique, rigoureuse à tous égards (scientifique, historique, littéraire) n’évite ni l’analyse subtile (sur l’originalité du recueil, sur son double aspect visuel et musical) ni la minutie générique : comment désigner ces textes qui sont en même temps des dessins ? « Idéogramme lyrique », « poème figuré », « poème visuel », « poème à voir », « poème dessin », « poème formel »… ? Pour Claude Debon, « ces hésitations sont à la hauteur de l’innovation, quasiment « innommable » ». Car Calligrammes est un livre résolument moderne, où la recherche de « formes nouvelles » n’entre pas en contradiction avec l’idéal de pureté, voire de dépouillement – ce qui n’a pas forcément été compris lors de la parution, la faveur de la critique ayant porté davantage sur les aspects « classiques » du recueil que sur les « calligrammes » eux-mêmes.
09:00 Écrit par Jean-Pierre Longre dans Beaux livres, Essais, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, guillaume apollinaire, editions calliopées, claude debon, jean-pierre longre
23.02.2009
Le pays réel...
Le Roman de Cuba
Louis-Philippe Dalembert
Editons du Rocher, 2009
(par Annie Forest-Abou Mansour)
La genèse de Cuba, bien que d'une extrême richesse, est peu connue du public. Le panorama historique et culturel de cette grande île des Caraïbes proposé par Louis-Philippe Dalembert, au moment où sortent au cinéma deux films sur le Che, arrive opportunément. Dans son dernier ouvrage, il nous fait pénétrer l'âme de la société cubaine en dehors de tous les mythes et de tous les préjugés circulant depuis fort longtemps sur ce « pays (qui) a existé avant et continuera d'exister après la Révolution et après Castro ». Ce dossier historique dense, au vaste travail de recherche dont témoigne l'imposante bibliographie, relève de la thèse de doctorat. C'est Grannie, sa grand mère tendrement aimée, qui donna à l'auteur « le goût de Cuba, à une époque où l'île voisine était à la mode partout ou presque, sauf en Haïti, (s)on pays natal ». Elle lui parlait de ce pays utopique et l'appelait, pour sa plus grande joie, « mi Cubano ! ». De ce rêve d'enfant sont nés une passion et un rigoureux travail de recherche sur le « pays réel et non celui de la propagande des deux bords », (les pro et les anti-castristes).
09:00 Écrit par sitartmag (Webmaster) dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, cuba, louis-philippe dalembert, le rocher, annie forest-abou mansour
03.02.2009
Images d’hier et de demain
Des Images, du temps et des machines dans les arts et la communication
Edmond Couchot
Editions Jacqueline Chambon, 2007
(par Anne-Marie Mercier)
Ce livre traite de la question fondamentale des rapports entre les images et le temps. Le temps de faire, de transmettre, de regarder, les conditions du regard, tout cela entre en ligne de compte dans l’examen de ce que sont, ont été et seront les images. Mais au-delà se posent aussi celles de nos rapports au temps et à l’Histoire.
Si la première moitié de l’ouvrage évoque des choses assez connues (développées notamment par R. Debray dans Vie et mort de l’image), la seconde explore un champ plus nouveau, celui des nouvelles images, tant artistiques que documentaires ou ludiques et pose des questions passionnantes en interrogeant le nouveau rapport au temps et au réel qui se dessine à travers notre pratique de celles ci. Les images interactives posent la question de l’auctorialité : comment définir l’auteur et le récepteur de ces œuvres ? de nouvelles machines-images sont capables de simuler des émotions, de décrypter les émotions de ceux qui les manipulent, et de les manipuler à leur tour. Tout peut être remis en question par la révolution numérique, pas seulement les techniques.
00:13 Écrit par Anne-Marie Mercier dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : edmond couchot, jacqueline chambon, anne-marie mercier, images, art, numérique
27.01.2009
Un sujet sensible
Ça arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin
Michel Dorais
Typo, « Essai », 2008.
(par Joannic Arnoi)
Les éditions Typo viennent de rééditer cette étude de Michel Dorais, publiée pour la première fois en 1997 au Canada et traduite en anglais en 2002. Ancien travailleur social devenu universitaire, l’auteur est assez connu pour ses recherches sur la prostitution masculine, le suicide des adolescents homosexuels et d’autres questions LGBT* qui font le lien entre recherche savante et travail social, avec un arrière-plan militant très discret. D’une clarté limpide, Ça arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin dresse avec sobriété le tableau d’existences meurtries, voire définitivement bouleversées, tout en suggérant avec une grande retenue quelques pistes d’intervention et, autant que faire se peut, de prévention. Les huit chapitres d’analyse sont entrecoupés par douze récits à la première personne, qui ne cèdent jamais au sensationnel même si ce qu’ils dévoilent est très dur. L’ensemble constitue à la fois un document très riche sur un sujet ultra sensible et une tentative pour dépasser, par la réflexion, les prises de position purement émotionnelles. En ce sens, c’est un travail salutaire et qui mérite d’être lu.
00:05 Écrit par Olivier Orain dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : typo, michel dorais, joannic arnoi, sciences sociales





































