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24/06/2009

Entretien avec Sébastien Doubinsky, créateur du Zaporogue

LE ZAPOROGUE 6 couve.jpg(par Myriam Gallot)

Sébastien Doubinsky est écrivain et enseignant à l’université d’Aarhus, au Danemark. Français de naissance, il a passé une partie de son enfance aux Etats-Unis, et écrit aussi bien en français qu’en anglais.

Pour Sitartmag, il présente son nouveau bébé littéraire : la revue Le Zaporogue, dont le numéro 6 vient de paraître.

Qu’est-ce que le Zaporogue en quelques mots ?

C’est la prolongation naturelle, après 15 d’éclipse (!) d’un fanzine littéraire gratuit que j’avais créé à Tours au début des années 90. J’avais sorti quatre numéros à l’époque – donc la revue sous sa nouvelle forme a débuté l’hiver dernier avec le numéro cinq.

Pourquoi avoir créé cette revue ?

J’avais envie de créer un espace libre, où les écrivains, poètes, artistes et autres fainéants aient tout l’espace nécessaire pour leurs créations. Un magazine sans thèmes particuliers, sans bla-bla intellectuel ou snobinard – mais où entreraient en collision une variété de styles, de voix, de langues, pour montrer que la culture est une mosaïque, qui s’enrichit de toutes ses sources.

Je voulais aussi absolument qu’elle fût gratuite, pour montrer que la culture n’était pas une valeur marchande. À l’époque des « hits », « best-sellers » et autres arnaques, il me semblait essentiel de créer un pacte de respect fondamental avec  les écrivains et les artistes – et ce pacte ne pouvait, bien entendu, fonctionner que sans argent. Comme je le dis dans la présentation de la revue et de la maison d’édition du même nom sur sa page d’accueil Myspace (www.myspace.com/zaporogue) : « Avec moi, vous ne deviendrez pas riches, mais vous deviendrez peut-être célèbres »

Quand je vois ce qui est arrivé à mes auteurs Jerry Wilson et D. James Eldon, aujourd’hui publiés par les toutes nouvelles éditions Zanzibar, je me dis que ce n’était peut-être pas tout à fait faux…

D’où vient ce nom  « Zaporogue » ?

D’Apollinaire, tout d’abord – à cause de La Chanson du Mal-Aimé, dans laquelle se trouve reproduite la fameuse lettre où ils envoient paître le sultan de Constantinople.

Des cosaques Zaporogues eux-mêmes, pour plusieurs raisons : la lettre d’insulte au Sultan, qui symbolise pour moi la liberté et l’humour, deux valeurs absolument essentielles à mes yeux. Ensuite, parce qu’un détachement des Zaporogues a rejoint les troupes anarchistes de Makhno pendant la guerre civile russe – et que mon grand-père était anarchiste et le meilleur ami de Voline, le lieutenant de Makhno.

Tu l’animes seul ?

Comme un grand.

Tu as choisi un mode de diffusion assez original, en téléchargement gratuit ou en version imprimée payante : pourquoi ?

Parce que je pense que si on veut gagner cette guerre culturelle dans laquelle nous nageons en ce moment, il faut se servir des outils que le système capitaliste nous donne pour s’en servir contre lui. C’est ce qui s’est passé avec Myspace, c’est ce qui est en train de se passer avec Facebook -  sans parler de la crétinerie criminelle d’Hadopi.  Le téléchargement gratuit est, comme je l’ai expliqué plus haut, le moyen le plus adéquat de faire connaître des inconnus. Qui va payer, ne serait-ce qu’un euro, pour quelqu’un dont il n’a jamais entendu parler ? Vous, peut-être. Moi, peut-être – mais pas beaucoup. Au moment où j’écris ces lignes, la revue a déjà été téléchargée 121 fois…

Quant à la possibilité papier, c’est un plus – pour ceux qui, comme moi, adorent les « vrais » livres.

C’est une revue internationale, écrite en plusieurs langues, à l’image de ton propre parcours entre la France, les Etats-Unis et le Danemark ?

Oui, je suis un cosmopolite pur et je le revendique. Je crois aux mélanges étonnants, aux diasporas fertiles et aux chocs étincelants des cultures.

Quels sont tes critères pour retenir un texte ou une image ? Suis-tu une ligne éditoriale ou te fies-tu à ta subjectivité ?

Subjectivité totale. Ce qui m’attire, dans un texte ou une image, c’est soit la reconnaissable proximité avec d’autres œuvres qui me sont familières, soit la surprise totale. J’aime autant être bousculé que rassuré. Par contre, il est vrai que je veux tout de même donner une certaine image du Zaporogue, qui est celle de la qualité ou du potentiel. Je veux faire découvrir.

Sais-tu qui sont les lecteurs du Zaporogue ?

Oui et non. Je connais mes ami(e)s et les ami(e)s de mes ami(e)s, mais je ne connais pas tous les lecteurs. Mais je crois que ce sont des gens curieux, qui ont envie de découvrir autre chose, de soutenir un projet un peu fou, mais sincère. Je suis très touché par le soutien de nombreux libraires, même si quelques uns me reprochent mon choix de diffusion – ce que je comprends très bien.

Des souhaits ou des projets pour les futurs numéros du Zaporogue ?

Oui, j’ai surtout un regret : que le Zaporogue soit si blanc. Certes, il est d’un beau blanc, plein de talent, mais j’aimerais vraiment qu’il se bariole et que des écrivains ou des artistes d’autres origines que le Grand Occident me rejoignent. Dans le dernier numéro, j’ai deux écrivains du continent Indien. C’est un début, mais vraiment un tout petit début. Le Zaporogue est un métèque, ne l’oublions pas. Il aime, par conséquent, la métèquerie culturelle.

 

Site du Zaporogue: http://lezaporogue.hautetfort.com/

Au sommaire du numéro 6, poésie, nouvelles, illustrations, créations, etc.

JERRY WILSON – THIBAULT DE VIVIES – ANDRÉ ROBÈR – CATHY YTAK TABISH KHAIR – MÉTIE NAVAJO – DÉBORAH REVERDY VS ENTORTILLÉE STEPAN UEDING – LIONEL OSZTEAN – LUC BARANGER – DANIEL LABEDAN – JEFF SYLVA – ALEX SCHREIBER – JONAS LAUTROP – JEAN-FRANÇOIS MARIOTTI ANNE-SYLVIE SALZMAN MARC BRUNIER MESTAS – JOHANNES HØIE –YANNIS LIVADAS – BLANDINE LONGRE – ERIC BEAUNIE – CELINA OSUNA – FRANÇOIS BONNEAU – SOFIUL AZAM – MYRIAM GALLOT – OLE WESENBERG NIELSEN – CHRIS ROBERTS – OLGA ZERI.

Le Visage Vert en cause ici http://www.zulma.fr/visagevert/?p=170

 

 

02/04/2009

Roland Fuentès : « je n’ai qu’un seul rêve : raconter des histoires »

rfuentes.jpg(Par Myriam Gallot)

Roland Fuentès a une actualité littéraire chargée. Remarqué l’an dernier, son excellent Tonton zéro a été suivi de plusieurs romans jeunesse : Les voleurs de vent, Tics olympiques) et adulte (Le mur et l’arpenteur). Entretien avec un auteur polygraphe à l’imaginaire puissant.

 

Vous êtes né à Oran, et avez grandi en Algérie : que reste-t-il de cette enfance dans votre imaginaire et votre écriture ?

Mon enfance à Oran, et les liens qui m’unissent aujourd’hui encore à l’Algérie, conditionnent ma façon de voir le monde. De façon plus ou moins consciente, certaines impressions accumulées là-bas, dans l’enfance ou lors de plus récents séjours, influencent mon écriture. Je pense notamment aux ambiances, à l’évocation de certaines sensations, et aussi de certains personnages.

L’imaginaire, justement est très présent dans vos textes. Est-ce un parti-pris d’éviter souvent le strict réalisme ?

C’est vrai, je suis plutôt porté sur l’imaginaire. Avoir vécu à différents endroits, et cotoyé des gens très différents, m’a habitué à la diversité du monde, et des possibles. A maintenir toujours en alerte cette petite veilleuse qui nous dit : « Et si les choses étaient autrement… » et si… C’est pourquoi je suis très attiré par l’insolite, l’étrange ou le cocasse, ainsi qu’on les rencontre chez Kafka, Buzzati, Calvino. J’aime ce qui permet de prendre du recul, de remettre en question certaines évidences. Ceci dit, je ne m’interdis aucune direction, pas même celle du réalisme… L’échange, malgré quelques passages loufoques, est un roman réaliste. Tics olympiques aussi.

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18/02/2009

Karpe diem...

karmasutra.jpgKarma Sutra, 30 positions à fantasmer
Maïa Brami et Barroux

Magellan & Cie, 2008

 

Entretien avec l'auteure.

 

(par B. Longre)

 

Caractérisé par un humour léger et un ton vivifiant, cet ouvrage atypique, unique en son genre, énumère des positions sexuelles fantasques tout en égrenant quelques conseils (à ne pas suivre pour certains !) permettant de jouir au mieux de la rencontre amoureuse et/ou charnelle…

Les textes, courts poèmes subtils qui évitent habilement l’écueil de la vulgarité, décrivent chaque acrobatique position (de celle du petit-beurre à celle du bourdon ardent…), et sont accompagnés d’illustrations graphiquement sobres, qui suggèrent plus qu’elles ne montrent – et, quand elles montrent, la fantaisie l’emporte haut la main. Attention, ne vous méprenez pas sur l’objectif de ce beau livre, qui prend le contrepied des guides et autres manuels susceptibles d’éradiquer toute spontanéité : ici, la lecture stimule avant tout le cerveau et l’imagination de chacun.

 

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22/01/2009

Entretien avec Thierry Galibert sur Artaud

bestialite.jpgLa Bestialité

Thierry Galibert

Sulliver, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Thierry Galibert a signé en juin 2008 un essai aussi vaste qu’exigeant sur le thème de la bestialité tel qu’on le rencontre dans la modernité occidentale, et ce à travers le prisme de l’œuvre d’Antonin Artaud. La majorité de la critique, découragée sans doute par les quelque 500 pages serrées de cet ouvrage, semble avoir préféré le passer sous silence. Or, le travail de ce professeur de littérature française à l’université d’Aix-Marseille mérite considération. Il offre en effet des perspectives étonnamment fécondes à propos de sujets que l’on croyait entendus depuis longtemps, des plus particuliers (l’évolution personnelle d’Artaud) aux plus généraux (l’histoire du surréalisme, les idéologies totalitaires, les rapports entre aliénation et création, etc.)

 

À aucun moment pourtant, l’érudition n’apparaît forcée, car Thierry Galibert possède un atout précieux, garant de son crédit : il maîtrise à fond sa matière. Rares sans doute sont les spécialistes patentés d’Artaud qui excellent à citer l’épistolier, le dramaturge, le poète ou l’essayiste avec autant d’aisance, et prouvent de la sorte qu’ils ne méconnaissent aucun recoin de cet esprit tourmenté et déroutant. La démonstration, si ardue soit-elle, finit donc par emporter la conviction. Artaud disait « Définir une vérité, c’est la tuer. ». Nous n’aurons ni cette prétention ni cette cruauté. Voilà pourquoi, plutôt que de résumer pesamment – ou pire : dénaturer – le propos de l’auteur, nous avons préféré lui laisser la parole, dans le cadre de l’entretien qu’on va lire…

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13/01/2009

Synergie transversale et suicide à l'usine

couvtripalium.jpgTripalium
Lilian Robin
les Editeurs libres

Entretien avec l'auteur.
(propos recueillis par Jean-Baptiste Monat)

Tripalium est le premier roman de Lilian Robin, jeune auteur lyonnais qui s'est appuyé sur son expérience du monde de l'industrie pour en exposer les conséquences désastreuses sur le corps et l'esprit de ceux qui y travaillent. Il dépeint le quotidien d'une entreprise imaginaire, « Plastique Avenir », et dresse surtout le portrait au vitriol de ceux qui la font fonctionner, du bas jusqu'au sommet de la hiérarchie. Le personnage principal, Arno Libilin (anagramme transparent du nom de l'auteur), en tant que « responsable sécurité-environnement » se trouve pris en tenaille entre les ouvriers qu'il est censé sécuriser et les cadres, auxquels il appartient. Une crise majeur est sur le point d'éclater... Avec la rage d'un témoin indigné et la plume d'un satiriste, Lilian Robin ouvre plus largement une réflexion sur l'avenir du monde industriel à l'heure des délocalisations et du chômage de masse.

Le roman part d'une expérience personnelle du marché du travail, peux-tu évoquer cet aspect de ta « biographie » ?

Comme Arno, le personnage principal du livre, j’ai été responsable sécurité environnement dans l’industrie durant plusieurs années. C’est mon expérience la plus significative mais mon premier flirt avec le tripalium remonte à un job d’été de colleur d’étiquettes à la chaîne. A l’époque je m’étais juré de ne jamais remettre un pied dans une de ces boîtes grises.

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29/12/2008

Plus qu’une musique métissée : une musique de l’altérité

jazzoccident.jpgLe jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie

Christian Béthune

Klincksieck, 2008 (collection d’esthétique)

 

Entretien avec l’auteur

 

(Par Christophe Rubin)

 

Je commençais une thèse de linguistique sur les textes de rap, lorsqu’un ami m’a appelé pour me dire à peu près ceci : « J’étais à un salon du livre et il y avait une conférence d’un philosophe sur le rap… j’y suis allé par curiosité. Tu as sûrement dû t’inspirer de son bouquin car ce que tu m’as expliqué, c’est exactement ce qu’il a dit. Mais, sans vouloir te vexer, ça allait plus loin, c’était formidable. J’ai pensé à toi : j’ai été lui demandé son adresse à la fin, si tu veux lui écrire...»

 

Non, je ne connaissais ni le philosophe, ni le livre en question : Le rap, une esthétique hors la loi (éditions Autrement, collection « Mutations », 1999, réédité en 2003 avec beaucoup d’enrichissements)… Mais je me suis dépêché de le lire, avec un certain scepticisme : j’avais lu quelques rares ouvrages instructifs sur la question, mais rien qui ait pu me permettre d’avancer vraiment. Plongé dans le détail de mes analyses stylistiques et rythmiques, j’observais des phénomènes qui dépassaient largement ce que je m’attendais à trouver : une organisation très élaborée mais dont la logique m’échappait et que j’étais incapable de mettre en relation avec ce que je ressentais à l’écoute de certains enregistrements. Je pouvais certes poursuivre mes analyses mais je m’impatientais de ne pouvoir établir de liens entre mes divers résultats : de donner du sens à mes observations… Je pouvais concevoir une interprétation très générale – psychologique ou anthropologique – à certains aspects rythmiques et vocaux mis en place par l’écriture de ces textes, mais je ne parvenais pas à cerner leur spécificité.

 

Dès les premières pages de l’ouvrage de Christian Béthune, ce fut une série de surprises, qui me faisaient passer de la dénégation à l’enthousiasme de trouver enfin un sens humain aux phénomènes qui m’avaient été révélés en partie par l’analyse stylistique. J’avais l’habitude d’imaginer un lien lointain entre le rap et certaines pratiques culturelles d’Afrique de l’ouest, de la Jamaïque voire le gospel ; mais, au delà de la pure actualité afro-américaine de ce mouvement, je n’avais jamais vraiment songé à y voir un lien très fort avec le blues ou le jazz. Or c’était bien une conscience ontologique particulière née de l’esclavage que Béthune décrivait de façon cohérente et très documentée dans les divers aspects vocaux, textuels, musicaux et sociologiques du rap, en montrant que celui-ci était finalement un parent direct de toutes les autres formes d’expression afro-américaine, à commencer par le jazz.

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12/11/2008

Du crash d'une soutenance à la révélation de l'écriture

jbernard.jpgQui trop embrasse
Judith Bernard
Stock, 2008

Entretien avec l’auteure

(Par Christophe Rubin)

 

J’ai rencontré Judith Bernard à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à Albi en juillet 2000. Le hasard l’avait amenée à faire sa communication juste après la mienne. J’avais alors été impressionné par l’aisance intellectuelle et oratoire d’une jeune normalienne – agrégée devenue théoricienne et praticienne de la mise en scène théâtrale – particulièrement brillante pour ne pas dire intimidante au premier abord. Nous y étions revenus, l’année suivante, charmés par l’ambiance conviviale de ce colloque très international et en même temps familial. Un soir, avec trois ou quatre autres jeunes chercheurs, nous nous étions retrouvés sur une terrasse de restaurant du vieil Albi et j’avais été ébahi à l’écoute de son récit de thèse, de la préparation à la soutenance et aux conséquences : ébahi de l’intensité de ce qu’elle pouvait ressentir et exprimer à ce sujet, sur un mode intime qui tranchait peut-être avec la théâtralité de ses différents métiers : d’enseignante, de conférencière, de comédienne et, un peu plus tard, de chroniqueuse dans une émission de télévision. Un nouveau genre de récit était né.

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15/09/2008

La peau et le cœur des livres

alzamora3.jpgLa fleur de peau
Sébastià Alzamora
traduit du catalan par Cathy Ytak
Métailié, 2007

Lire aussi, en fin d'article, l'entretien avec Cathy Ytak et le point de vue de Sébastià Alzamora.

 

« Il est important que nous les laissions nous protéger, il est très important que notre peau mortelle se laisse imprégner par ce qu’il y a d’éternel dans la peau des livres. »

Quels liens complexes et incertains peuvent s’échafauder entre Puppa, un vieil homme énigmatique, ancien héros devenu relieur, un tailleur de pierre unijambiste, une religieuse versée dans les livres, une gitane ensorcelante qui cherche un « progéniteur », une princesse, « personnification de la beauté pure », une reine nymphomane, un rabbin célèbre pour avoir accompli l’impensable ? Entre le treizième chant de l’Odyssée, les rivalités religieuses et les sombres manœuvres politiques qui agitent la ville de Prague à la veille de la guerre de Trente ans ? Au lecteur de démêler peu à peu cet enchevêtrement fascinant, proprement irracontable, à la limite du conte et de la mascarade théâtrale, oscillant entre fantasmagorie et onirisme, tout en se laissant porter par l’épopée de Puppa, récit qui nous est rapporté par un autre conteur, installé dans une taverne un soir de tempête...

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22/01/2008

À chacun son secret…

vdurand3.jpgCes gens-là
Virgile Durand

Plon, 2008

 

Entretien avec l'auteur à la suite de cet article.

 

(par B. Longre)

 

Ces gens-là, premier roman de Virgile Durand, retrace plusieurs parcours d’existence plus ou moins liés, sur plusieurs générations ; un entrelacs d’histoires impeccablement échafaudé, dont il est bien difficile de s’extirper tant on se laisse porter par une écriture volontairement sobre et par les personnages qui se voient attribuer chacun un long chapitre : Jens, d’abord, jeune soldat de l’armée allemande, qui a subi une terrible mutilation quand il était enfant, un secret qu’il confiera pourtant à Simon, l’un des prisonniers dont il a la charge… La guerre terminée, Simon s’installe avec Louise, qui a connu les mêmes épreuves et privations que lui.

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04/01/2008

« Le clou dans le fer » : une expérience continue

clou.jpgLes éditions le Clou dans le fer

 

Entretien avec Stéphane Pihet, Michaël Batalla & Florent Fajole à la suite de cet article.

 

(par Frédéric Saenen)


Derrière la voix des gens, en filigrane de la voix des gens, au-delà de la voix des gens, il y a la Poésie. Un rythme vertical ou concentrique. Des phrases hachées qui se cherchent, se mordent la queue, se grattent frénétiquement là où ça les démange. Des mots noirs qui vont se perdre dans le blanc originel. Des murmures si entêtés qu’on les confondrait volontiers avec des cris. Le Clou dans le fer n’est pas une énième « jeune structure éditoriale » – étiquette presque infâmante, tant elle semble porter en germe les perspectives du tarissement et de la disparition. Le Clou dans le fer est un chantier à ciel ouvert, où les artisans s’ingénient à river des matériaux volatils sur le blindage du Sens. Le Clou dans le fer est un travail de rencontres, de choix affirmés, de soigneuse mise en page, qui dénote une profonde maturité littéraire.

À travers les quatre premiers livres de la collection « Expériences poétiques », une cohérence d’ensemble se dégage, qui jamais n’occulte les individualités en présence. Commençons par la Colonne d’aveugles d’Andrea Inglese qui se dresse au beau milieu du quotidien, et autour de laquelle s’organise progressivement l’émiettement autobiographique du poète. L’esprit, entre rêve et absence, avance en somnambule, achoppe à ses souvenirs ou aux machines sourdement présentes de l’appartement. Face « au peu de monde concédé », il se veut passant. Le lecteur oscille à sa suite, tantôt en italien dans le texte, tantôt en français au fil de la traduction – exemplaire – de Pascal Leclercq. Au sortir de ce flux d’images et de questions, une seule certitude s’impose : en poésie, deux voix valent mieux qu’une.

On croise ensuite Arlette Robert, Alias Osiris, Salah Kaler ou encore Catherine Benoît. Ou du moins Sebastian Dicenaire nous immerge-t-il, à la faveur de quelques instantanés logorrhéiques, dans des fragments de leurs discours.

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27/10/2005

Chacun cherche son éléphant...

elephant3.jpgUn éléphant peut en cacher un autre
collectif d'illustrateurs - textes de François David
Sarbacane, 2005

(suivi d'un entretien avec Emmanuelle Beulque, éditrice)

(par B. Longre)

Imaginez que l'on demande à des illustrateurs aux univers très différents de représenter un éléphant : jeu auquel se sont prêtés plus d'une trentaine d'entre eux - à la demande des éditions Sarbacane, chacun proposant une vision personnelle de l'animal : du réalisme au merveilleux, du naïvisme à l’ultra graphique, chaque représentation animale reflète des mondes intérieurs uniques.
La plupart de ces illustrations grand format en disent beaucoup à elles seules et on se surprend à "écouter" ces récits muets, en y superposant ses propres histoires ; un second fil conducteur, cette fois textuel, permet néanmoins de donner une belle cohérence à l'ensemble : les textes en vers libres de François David (dont on ne présente plus le travail par crainte de se répéter, tant il est abondant et de qualité…), qui s'est penché sur chaque illustration et qui livre son regard d'écrivain et ses réflexions tour à tour amusantes (par le biais de nombreux jeux de mots), mélancoliques ou oniriques.

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05/09/2005

Sous le signe du bouleversement

lviallet.jpgUn entretien avec...
Laurence Viallet, éditrice
Editions Désordres

 

 

Le nom choisi pour la structure éditoriale créée et dirigée par Laurence Viallet évoque d'emblée un désir légitime de subversion qui prend appui sur une tradition littéraire en marge des grands courants conventionnels - de Sade à Hulbert Selby Jr., en passant par Burroughs ou Genet ; c'est ainsi que dans les ouvrages publiés jusqu'à présent on trouve des actes d'écriture délibérément transgressifs (transgression qui n'écarte pas nécessairement le poétique, comme par exemple dans le travail de David Wojnarowicz), et des auteurs qui triturent sans concession le langage et les codes narratifs, les poussant vers d'inimaginables extrémités : des écrivains appartenant à des contre-cultures salutaires, qui renversent les normes et bousculent nos horizons de lecture, et dont les oeuvres, comme celles de leurs prédécesseurs, sont parfois susceptibles d'être mises à l'index (comme ce fut le cas pour Sang et Stupre au lycée en Allemagne), encore aujourd'hui...
Laurence Viallet défend une littérature "inventive, vivante", nécessairement désordonnée, et présente Yapou, bétail humain, de Shozo Numa, à paraître en octobre prochain.

 

Laurence Viallet, vous avez créé Désordres en 1999 – d’abord une collection à La Musardine, puis au Serpent à Plumes et maintenant une "marque" à part entière depuis son rachat par Le Rocher. A posteriori et en toute subjectivité, quel regard portez-vous sur cette aventure éditoriale mouvementée, six ans après la parution du premier ouvrage, Index de Peter Sotos ?

 

L’histoire mouvementée de Désordres (à laquelle s’ajoute le récent rachat des éditions du Rocher par les éditions Privat – appartenant elles-mêmes au groupe pharmaceutique Pierre Fabre) reflète les soubresauts et les mouvements tectoniques qui traversent l’édition.
Malgré cette relative instabilité, je pense avoir réussi à conserver une cohérence éditoriale, qui se traduit par une politique d’auteurs (on a retrouvé cette année Peter Sotos, que j’avais publié à La Musardine en 1999, lors de la création de la collection Désordres ; David Wojnarowicz, que j’ai publié pour la première fois au Serpent à plumes en 2004. Je publierai également de nouveaux textes de Kathy Acker en 2006.)
Je me félicite aujourd’hui de la visibilité récemment acquise par Désordres, devenue une marque, dotée d’une maquette spécifique, et du fait que la production va modestement augmenter en 2006 – avec notamment une ouverture sur les essais, prolongement naturel des problématiques approchées dans le domaine littéraire.

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23/01/2002

Mises au point

robbegrillet1.gifLe Voyageur

Alain Robbe-Grillet
Articles et entretiens réunis et présentés par O.Corpet avec la collaboration d'E.Lambert
Christian Bourgois Éditeur, 2001

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

À l'automne 2001, un triple événement a consacré une manière de retour sur la scène éditoriale d'un Robbe-Grillet buriné mais toujours alerte (80 ans) : La reprise, roman (Minuit), un double numéro de Critique (n° 651-652, août-septembre 2001), et Le voyageur, Textes, causeries et entretiens (1947-2001) ; sans compter les articles, intervious (orthographe robbe-griettienne), dossiers et autres publications voulus par la circonstance.

Le voyageur fut, de l'aveu même de l'auteur, le premier titre de son roman Le voyeur (1955) : le romancier circule, et dans ses déambulations perçoit et analyse à la fois les choses et sa propre perception des choses. Selon le même principe que Pour un nouveau roman, paru en 1963, Le voyageur se présente comme un recueil de textes théoriques rassemblés dans un ordre chronologique, suivis d'entretiens publiés dans des journaux et revues entre 1959 et 2000.

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