08.01.2009

La burqua ne fait pas le moine

burquette.jpgBurquette

Francis Desharnais
Les 400 coups, collection Mécanique Générale, 2008

 

(par Blandine Longre)

 

 

Un intellectuel québécois en quête d’idées nouvelles à explorer s’inquiète pour sa fille Alberte, « un chef-d’œuvre de superficialité », alors qu’il aimerait tant en faire une « grande intellectuelle », à son image. Afin de provoquer une contre-réaction selon lui nécessaire, il décide de lui imposer le port d’une… burqua. La jeune adolescente se plie difficilement à son nouveau « costume » et on la retrouve, d’une saynète à l’autre, dans diverses situations quotidiennes où l’habit est censé lui compliquer l’existence. Malgré ses réticences et ses tentatives de rébellion (certes de plus en plus marquées au fil du temps), le père ne cède pas, persuadé que cette expérience à la fois individuelle et sociale ne peut être que bénéfique.

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18.12.2008

Il y a cinquante ans: naissance d'une "nouvelle vague"

bossa.jpgSoirée à Copacabana - BD Bossa 

L'histoire de la bossa-nova "volume 1" (2 CD) (Nocturne)

par Marcus Wagner

 

(par Jacques Chesnel)

 

Le mouvement artistique et surtout musical nommé "bossa-nova" est né au Brésil à la fin des années 50 "d'une rencontre entre la samba brésilienne et le jazz moderne" ainsi que le définissait brièvement Antonio Carlos Jobim (1927 - 1994) qui fut avec Vinicius de Moraes (1913 - 1980) et João Gilberto (1931) l'une des premières grandes vedettes populaires. Le jazz avait connu au Brésil une certaine vogue dès les années 30 et suscité des variantes locales dont la gaferia avec notamment le clarinettiste-saxophoniste Paulo Moura, puis s'intègra progressivement à la samba (dont le nom provient vraisemblablement de l'angolais semba) à partir du chorro (le blues brésilien); mais c'est surtout Johnny Alf (1929) qui en sera le précurseur (méconnu) en 1949. C'est à la fin de 1958 que Desafinado (désacordé, faux) de Tom Jobim et Newton Mendoça  devint l'hymne de ce nouveau style musical dont la popularité allait exploser au Brésil avec le succès de l'album de João Gilberto Chega de saudade et dans le monde grâce au film de Marcel Camus Orge Negro. Dans ce superbe coffret en noir & blanc, Marcus Wagner et son équipe de journalistes et historiens nous présente l'ère pré-bossa-nova autrement dit les prémices de ce qui allait devenir le moment le plus important de la musique brésilienne du 20e siècle.

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17.10.2008

Blanc d'hôpital

 fin_decembre2.jpg
Fin décembre
Marianne Ratier
Carabas, mars 2008

(par Madeline Roth)

C’est le blanc qui surprend. Comme un blanc d’hôpital. Quel âge a cette petite fille qui raconte la maladie de sa mère ? Le récit débute il y a trois ans, en vacances, lorsque les premières douleurs se font ressentir. Marianne Ratier raconte ensuite le cancer, avec les traitements, les périodes de rémission, les rechutes. Et puis la mort, et l’après. « Je viens de perdre mes fondations ».

Récit graphique, journal intime dessiné, l’émotion naît le plus souvent du dépouillement avec lequel Marianne Ratier approche la mort. Le dessin est minimal, radical. Deux doubles pages peintes en noir au milieu du récit, mais tout le reste en blanc, croquis, dessins d’une enfant sans âge qui triture au crayon l’invasion du cancer dans le corps maternel.

25.07.2008

Vampires

carmilla2.jpgCarmilla
Sofia Terzo

traduit de l’italien par Catherine Siné
Vertige Graphic, 2008

 

(par B. Longre)

 

Directement inspiré du roman du même nom de Joseph Sheridan Le Fanu, publié en 1872 (texte qui aurait en partie inspiré son Dracula à Bram Stoker), l’adaptation bédéesque de Sofia Terzo ne manquera pas d’éveiller la curiosité des amateurs de «oupirs» (ou «vampires»), tout en interpellant ceux qui apprécient généralement le travail de Milo Manara - tant le trait de l’auteure s’apparente à celui du précédent. Tous les ingrédients de la littérature vampirique (dévoration, fascination et répulsion mêlées, transgression, immortalité, etc.) sont là, qui seront maintes fois exploités par des écrivains en mal d’inspiration, et le texte de Sheridan Le Fanu, déjà subversif (dans son évocation de désirs lesbiens et dans l’accent mis sur une héroïne puissante, maléfique et déterminée), est ici interprété avec finesse, même si Sofia Terzo amplifie la thématique sexuelle et se concentre avant tout sur la relation que Carmilla la brune entretient avec une douce jeune fille, une oie blanche dont l’inquiétude va grandissant, face à cette « amie » si atypique. Une réalisation soignée qui incitera, on l’espère, à se pencher sur le texte original.

08.07.2008

Détour

dtronchet.jpgLa gueule du loup
Didier Tronchet

Futuropolis 2008

 

(par Jean-Baptiste Monat)

 

Créateur de la série BD culte Jean-Claude Tergal et pilier de la bande de Fluide Glacial, Didier Tronchet s'autorise souvent des détours dans d'autres genres : un styliste sensible et drôle s'était révélé dans l'excellent essai intitulé Petit traité de Vélosophie (à faire avaler de force à tous les grincheux automobilistes) et plus récemment dans Nous deux moins toi (Flammarion, 2007). Il aborde ici la bande dessinée d'aventure tout en conservant les ingrédients qui ont fait le succès des Jean-Claude Tergal et autres Raymond Calbuth : l'humour noir, d'attachants personnages de débiles profonds et d'adultes régressifs. L'histoire est tortueuse, rebondissante à souhait, penche vers le polar politique et met aux prises un gynécologue un peu paumé avec un réseau mafieux roumain. Une histoire d'amour s'intercale naturellement. Volontiers fleur bleue, parfois franchement naïf, Tronchet livre une bonne bande dessinée à la fois classique (sans folies graphiques) et très personnelle dans son ton.

13.06.2008

Au rendez-vous de la musique, de la poésie et du dessin

gbrassens3.jpgGeorges Brassens
de José Corréa

Nocturne BD, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Illustrateur, affichiste, portraitiste, José Corréa, un an après l’avoir fait pour Léo Ferré, consacre son fin talent d’aquarelliste à Georges Brassens ; et le rendez-vous vaut le coup.


Plus de vingt pages où, de l’enfance à la maturité, l’ami Georges apparaît sous toutes ses facettes : timide et malicieux, pensif et rieur, nostalgique et attentif, gouailleur et crispé, amical et bourru… Toujours lui, jamais le même, et il suffit d’une courbe de plus ou de moins, d’un trait d’ombre ou de lumière soigneusement placé pour faire apparaître les changements. Autour de lui, avec lui, ses parents, ses amis de l’impasse Florimont, la Jeanne et les autres, sa discrète compagne Püppchen, Pierre Nicolas à la contrebasse, Joël Favreau à la guitare, le jazz qui résonne en lui et dans ses mélodies, les poètes qui lui prêtent leurs mots ; et les repères qui jalonnent sa vie et sa personnalité : la plage de Sète, Paris, la moustache, la pipe, la guitare, un chat. Le scénario est beau, et beaux sont les portraits, avec lesquels dialoguent des extraits bien sentis de quelques chansons.

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09.04.2008

Femme, nue et fière de l'être

kbernadou.jpgLa Femme toute nue
Karine Bernadou
Sarbacane, BD, 2008

 

(par B. Longre)

 

D'étonnantes saynètes muettes composent cet album construit autour d'un personnage attachant et plutôt cocasse : LA femme toute nue, telle qu'elle s'affiche d'emblée, qui déambule sur des pages sobres et des décors à peine esquissés, entre rires et larmes, coups de foudre, jouissances et peines de cœur, découverte de soi et des autres, naïveté et lucidité… assumant son statut et sa nudité avec un naturel confondant – et revendiquant avant toute chose le droit à la liberté individuelle, à l'amour libre et à l'erreur, à travers des expériences qui forgent un parcours.

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04.04.2008

Where is my mind ?

abouvier.jpgLes enfants sans têtes

Antoine Bouvier

Les impressions Nouvelles, 2008

 

(par B. Longre)

Le titre fait référence à la chanson des Pixies (Where is my mind ?) que chantent les cinq personnages autour d’un feu, une nuit d’été. Cinq jeunes gens, garçons et filles, qui s’interrogent sur leur existence, sur l’amour physique et les sentiments qui vont ou non avec, se cherchent – se trouvent ou se perdent – à l’âge frontière de tous les possibles, quand on croit encore que rien n’est déterminé. Le trait fluide et souple d’Antoine Bouvier épouse harmonieusement la fragilité des sensations et des pulsions, les questionnements sans réponses, entre vie en groupe, aspirations à la solitude et tentation d’être à deux. Un joli roman graphique, un brin mélancolique, qui plaira tout autant aux adolescents d’aujourd’hui qu’à ceux d’antan.

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/

11.03.2008

Dragons

dragons.jpgSur la piste des dragons oubliés, troisième carnet
d’Elian Black Mor, Carine M. et Patrick Jézéquel,
Au Bords des Continents, 2007

 

(par B. Longre)

 

Qui se cache derrière Elian Black Mor, à la fois auteur, personnage, dessinateur et narrateur ? Brouillant délibérément les pistes, ce dernier se dit « reporter d’images » et parcourt le monde à la recherche de créatures dont l’existence serait bel et bien prouvée. Composé à la manière d’un carnet de route très sophistiqué, présenté sous la forme d’un manuscrit, ce troisième opus sous le patronage posthume d’Edgar Alan Poe, cité en exergue, dévoile un univers étonnant, à mi-chemin entre la bande dessinée et le journal intime, entre veine fantastico-onirique et littérature gothique – une impression renforcée par les illustrations torturées, les croquis, les cartes dessinées à main levée et les reproductions d’objets anciens ou imaginaires qui émaillent les pages ; sans parler des planches dédiées aux créatures qui sont au fondement de la quête du voyageur. Foisonnant, inquiétant, empreint de mélancolie, un ouvrage atypique dont on aura du mal à s’extraire.

 

http://www.au-bord-des-continents.com/

 

http://www.elian-black-mor.com/

 

Sur la piste des dragons oubliés – exposition, dans le cadre des rencontres du 9ème art – Aix-en-Provence - Muséum d'Histoire Naturelle - du 19 mars au 25 mai 2008 http://www.bd-aix.com/expo-dragons.php

25.02.2008

Toujours haute en couleurs

zazie2.jpgLes chansons de Zazie en BD

Editions petit à petit, Collection Chansons en BD, 2007

(par Apoline Saybec)

Zazie sur fond violine, quelques pages biographiques entre deux chansons dessinées… voilà une idée qu’elle est intéressante. Certes, il est nécessaire d’aimer un minimum l’artiste pour y trouver de l’intérêt et, quand c’est le cas, c’est un petit bouquin terriblement agréable à lire qui laisse carte blanche à six jeunes illustrateurs, pour six chansons : la Zizanie, Rodéo, Rue de la Paix, Adam et Yves, le formidable Excuse-moi par Marie Decavel et Je suis un homme. Alors, chacun a mis sa touche personnelle aux textes que Zazie compose elle-même. Les scénarii ont également été laissés à l’appréciation des artistes. Comme quoi une chanson (art mineur comme le disait l’ami Gainsbarre) peut se voir comme une œuvre d’art car on y trouve ce que l’on ressent personnellement. C’est très beau, très gai et fortement diversifié tant les styles de graphismes et de dessins sont éclectiques. Une idée originale ; un très bel hommage à l’une des artistes les plus talentueuses de sa génération ; une petite bulle d’oxygène dans la vie quotidienne ; bref du pur bonheur !

http://www.petitapetit.fr

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