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roumanie - Page 2

  • Autour du trou

    Matéi Visniec

    Mais, Maman, ils nous racontent au deuxième acte ce qui s’est passé au premier

    Traduit du roumain par l’auteur.

    Editions L’espace d’un instant, 2004

    Cette « fantaisie, mascarade, bouffonnerie et expérience en deux actes » a été écrite en roumain en 1979, et aussitôt censurée. Matéi Visniec la livre maintenant au public français, et c’est tant mieux. Autour d’un trou, symbole d’on ne sait quoi, mais d’un « on ne sait quoi » dans lequel se tapit, on le subodore, du malheur, de l’oppression, de la séduction, de la résignation… autour de ce trou donc, grouille, se précipite, se dispute, se perd, se retrouve, s’enfuit tout un monde d’humains anonymes ou identifiés, atemporels ou historiques, menteurs ou sincères.

    Et là, dans ce magma d’illusion, émergent quelques instants de vraie vie, quelques instants qui font que la folie vaut d’être exhibée, avec toute la liberté dont dispose le metteur en scène, par la grâce de l’auteur qui précise bien cependant : « Le titre de la pièce est sacré ».

    http://www.sildav.org

    http://www.theatre-contemporain.net

  • Résonances théâtrales

    Matéi Visniec

    Du pain plein les poches et autres pièces courtes
    Actes Sud – Papiers, 2004

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Ce recueil rassemble quatre pièces des années 1990, la première traduite du roumain par Virgil Tanase, les trois autres directement écrites en français. Un ensemble qui pourrait paraître de prime abord artificiel, mais dont la lecture permet de déceler l’unité, une unité qui résulte de caractéristiques tenant à la fois de la sobriété dramaturgique (décors discrets, petit nombre de personnages), des résonances intertextuelles (Beckett au premier plan, mais pas seulement), des jeux de miroirs, de doubles, de mise en abîme du théâtre, et des leçons de dérision, voire de désespoir que dispense cette lecture.

    Du pain plein les poches met en scène deux hommes dont l’esquisse nominale se réduit à un accessoire (« chapeau » et « canne »), et un chien invisible (mais parfois audible), puisqu’il est tombé au fond d’un puits. Le dialogue autour du puits (faut-il secourir la bête, et si oui comment et avec qui, sinon pourquoi et qu’en résultera-t-il ?), tour à tour amical, vindicatif, absurde, argumentatif, rassurant… tourne à la fable politique, sociale, humaine. La richesse symbolique de la pièce multiplie les possibilités de lecture, de l’histoire ancienne à l’actualité, et sa portée est celle d’une véritable tragi-comédie, dont la trame s’adapte à toute situation.

    Le titre suivant, Le dernier Godot, est transparent, mais la pièce a l’épaisseur et la complexité du théâtre dit « de l’absurde ». Le postulat de départ repose sur une double anomalie (ou une double audace) : Godot est enfin arrivé, on n’a plus à l’attendre, et Beckett est devenu un personnage fictif ; tous deux se mettent à ressembler à Vladimir et Estragon, cherchent des preuves de l’existence, des traces d’identité, constatant la mort du théâtre (et ainsi de l’homme, toujours en représentation). Pourrait-on qualifier Le dernier Godot de suite d’En attendant Godot ? Réponse ambiguë, ou non-réponse, puisque la pièce de Visniec finit comme celle de Beckett débute…

    Plus audacieusement encore, L’araignée dans la plaie renvoie au Nouveau Testament, précisément aux derniers instants du Christ en croix, entouré des deux larrons. Ceux-ci, effrayés par une araignée qui menace de monter vers eux, sollicitent les interventions miraculeuses de leur illustre compagnon d’agonie. Il ne peut que manifester son impuissance, et lancer son fameux « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Dérision absolue et pathétique, ce sont les deux larrons qui, dans un geste trivial et désespéré, tout simplement humain, tenteront de protéger de l’araignée de la mort le « minable bavard » en qui ils auraient voulu croire.

    Avec Le Deuxième Tilleul à gauche, triomphe le « théâtre dans le théâtre », démontant les mécanismes de l’illusion. En deux actes rigoureusement parallèles et complémentaires, un homme et une femme font croire à un compagnon-spectateur (et par la même occasion se font croire à eux-mêmes) qu’ils sont maîtres des faits et gestes de leur vis-à-vis. Marionnettistes manipulés, ils mettent en avant les renversements cause-effet / effet-cause, que l’on peut appliquer aussi bien au spectacle théâtral qu’à celui de la vie.

    Car c’est bien là l’un des mérites importants de l’art de Matéi Visniec : son écriture traduit à coup sûr une parfaite maîtrise du théâtre, qui plus est du théâtre moderne, utilisant les acquis du passé pour mieux en démonter les procédés, faisant intervenir des personnages en quête d’eux-mêmes, ne se berçant pas d’illusions et ne se privant pas de faire « réfléchir » le langage scénique sur lui-même, et ainsi de faire réfléchir le spectateur sur ce qu’il voit et entend. Mais surtout, c’est de la littérature, celle qui met l’homme devant lui-même, devant ses mensonges et ses vérités : de la littérature de tous les temps.

    http://www.actes-sud.fr

  • Quinze pièces brèves

    Matéi Visniec

    Attention aux vieilles dames rongées par la solitude
    Lansman, 2004

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Chez Matéi Visniec, écrivain d’origine roumaine, la dramaturgie passe d’abord par le goût de la langue d’adoption, cette langue française qui lui fournit des titres sonores et percutants (voir Petit boulot pour vieux clown, L’histoire des ours panda racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort, L’histoire du communisme racontée aux malades mentaux etc.). Attention aux vieilles dames rongées par la solitude (titre du volume et de l’un des textes qui le composent) est un recueil de 15 pièces brèves groupées autour de trois thèmes spatiaux : « Frontières », « Agoraphobies », « Désert ». Structure ferme, laissant pourtant aux metteurs en scène « le soin de choisir et organiser les scènes en fonction de leurs propres options dramaturgiques ».

    Ce compromis entre la rigueur et la liberté, entre l’unité et la pluralité se retrouve dans la conduite de ces mini-pièces, dont la brièveté pourrait faire penser au Théâtre de chambre de Jean Tardieu, mais qui abordent une grande diversité de sujets dans des tonalités non moins variées : la guerre et ses drames, la mort et ses cas de figure, le désespoir et sa violence, le désir de bonheur et ses déceptions, la vie et ses fantômes, la destinée et son absurdité… Les personnages et les situations dans lesquelles ils se laissent surprendre représentent un panel à la fois surprenant et familier, attendrissant et repoussant, de l’humanité (le sous-titre précise : « Théâtre de la tendresse et de la folie ordinaire ») : serveuses et clients, vieil indien et son fils, photographe des « grandes marées », petits et grands chefs, morts au champ d’honneur en quête de reconnaissance, snipers, victimes des hommes ou de la fatalité, conseiller en mendicité, auto-stoppeuse indifférente, amoureuse déçue, mère-porteuse virginale, homme blessé et passant curieux, aveugle et son chien etc.

    Mais ce n’est pas un « théâtre de situation ». Il y a de la satire, de la revendication, de l’humour (noir le plus souvent), de la tragédie, de l’absurde (généralement point de départ des intrigues), de la provocation, des crises, du mystère aussi… Au théâtre, tout est signe, comme on le sait (ou « tout est langage », selon Ionesco). Ici, Visniec fait naviguer le lecteur (le spectateur potentiel) entre « engagement » et « absurde », mais aussi et finalement déborde cet apparent dilemme ; l’essentiel est la création, une création d’une profonde humanité, qui passe avant tout par les mots. On a affaire à de vrais textes théâtraux, riches, ambigus, poétiques, et ainsi à une véritable mise en scène du langage.

    http://www.lansman.org/

  • L'homme, les anges et les bêtes

    tsepeneag1.jpgAttente

    Dumitru Tsepeneag

    Traduit du roumain par Alain Paruit
    Éditions P.O.L., 2003

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Au début, l’un des éléments du décor général est planté : un jardin public où des enfants heureux, sous la surveillance des bonnes et des nurses, jouent entre les bancs occupés par des personnes âgées, et contemplent fascinés un vieillard qui fabrique des ailes. Rassurant ? Pas vraiment, car dès ces premières lignes, l’image de ce joli parc apparemment anodin se peuple d’animaux étranges qui s’allongent sur le sol ou sautent lentement, de chiens « aux pattes torses » comme les bancs, et le vieillard est en passe de transformer l’un des enfants en être volant. À la fin, aux confins d’une forêt dangereusement mystérieuse, le long d’une voie où plus aucun train ne passera, un aigle de plus en plus grand plane comme un vautour et descend sur une halte ferroviaire et mortifère où le dernier chef de gare, isolé depuis des jours et des semaines, n’attend plus que sa propre métamorphose en oiseau géant.

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  • Le pont des rats...

    tsepeneag3.jpgPont des arts

    Dumitru Tsepeneag
    Éditions P.O.L.
    Traduit du roumain par Alain Paruit

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Dumitru Tsepeneag, après avoir publié trois ouvrages en français (Le mot sablier, qui relate le difficile passage d'une langue à l'autre, Roman de gare et Pigeon vole) est revenu au roumain avec Hôtel Europa, puis Pont des arts.

    On peut soupçonner l'auteur de profiter de son bilinguisme pour, tout en rédigeant dans sa langue natale, penser en français des passages entiers du roman. Pont des arts se présente comme une suite d'Hôtel Europa, aussi bouillonnante dans l'écriture et les relations des personnages entre eux. Personnages que l'on retrouve d'un roman à l'autre, mais qui mêlent sans vergogne l'Auteur à leurs intrigues (Auteur qui, par là, prend le statut de personnage fictif, d'autant plus qu'il s'adjoint un double, Ed Pastenague - anagramme de D. Tsepeneag et pseudonyme sous lequel il publia Pigeon vole...).

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