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nicolas cavaillès - Page 2

  • Albertine vade mecum

    proust.jpgPrécaution inutile
    Marcel Proust
    Le Castor Astral, « Les Inattendus », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Véritable pépite d'or que cette Précaution inutile, roman « inédit et complet », version courte de La Prisonnière. La démarche en elle-même est inédite : Proust recueille ses plus belles pages et donne une trame allégée à son roman, avec la nonchalance pragmatique et sûre qui est celle des génies. L’expansion naturelle de l’écriture proustienne, débordant en mille et unes paperolles, s’arrête ici pour mieux épouser l’écrin éditorial choisi. Sans nullement empêcher, bien au contraire, que l’on se plonge encore et toujours dans l’immensité ciselée de la Recherche du temps perdu, ce court roman s’offre comme une un petit plaisir défendu, en marge de la grande épopée, un joli chef d’œuvre aussi mystérieux qu’irrésistible, à lire « en toute innocence et en toute liberté », selon l’invitation de Frédéric Ferney, préfacier. Un tramway dans la brume matinale, le silence d’Albertine belle endormie – et le narrateur seul avec sa jalousie, amère et polie, lucide et désolée, convoquant les lois secrètes de notre cosmos sentimental pour décrire l’immense catastrophe sourdant vicieusement au cœur de tel ou tel petit mensonge dérisoire, petite griffure lâche et cruelle.

    http://www.castorastral.com/

  • Whisky avec l'accent belge

    indvirg1V.jpg

    Qui a peur de Virginia Woolf ?
    Edward Albee - Mise en scène de Peter Van des Eede
    Théâtre du Point du Jour, Lyon - Du 9 au 13 décembre 2008
    autres dates

    (par Nicolas Cavaillès)

    Une nuit de fête, et deux couples. Des hommes ambitieux, des femmes meurtries, dont le même drame est soit consommé (les amers Martha et George) soit à venir (les naïfs Honey et Nick). L’alcool aidant, des failles apparaissent, des crises éclatent… Les secrets de polichinelle sont incendiés, les vérités douloureuses fouettées au sang – et l’on en rit ! Loin du film de Mike Nichols (1966, avec Liz Taylor et Richard Burton), Qui a peur de Virginia Woolf ? devient entre les mains de la compagnie belge « De KOE » une vaste déconnade vicieuse et jouissive, au centre de laquelle Natali Broods, qui joue Martha, est sensationnelle.

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  • Notre chaos politique

    coriolan.jpgCoriolan
    William Shakespeare
    Mise en scène de Christian Schiaretti

    Créée en novembre 2006 au TNP, Villeurbanne

    Reprise de la pièce en novembre-décembre 2008 au Théâtre Nanterre-Amandiers.
    Cycle de débats, conférences, projections et lecture : “La fin de la démocratie ?” Autour de Coriolan (Shakespeare/Schiaretti) - Un contrechamp conçu et animé par Gérald Garutti ; les lundi 8 et mercredi 10 décembre 2008 de 14h à 19h30 à la Cité Internationale Universitaire de Paris (Collège Franco-Britannique), le samedi 13 décembre de 13h à 18h au Théâtre Nanterre-Amandiers.

    (par Nicolas Cavaillès)

    Drame politique d’une stimulante complexité, Coriolan montre l’ascension puis les revers d’un guerrier invincible et inflexible, Caïus Martius Coriolan, héros trouble que Shakespeare oppose à un peuple et à une classe politique et aristocratique non moins troubles. C’est Wladimir Yurdanoff, égal dans l’excellence, qui profère la rage de Coriolan, au centre d’une impressionnante distribution, Christian Schiaretti rassemblant 30 comédiens, et non des moins connus (on retrouve ainsi Roland Bertin, Nada Strancar), pour son Coriolan résolument grand spectacle. Mise en scène épique et souple de la lutte des classes, dans un vif souci du texte, baigné de pénombres colorées comme les affectionne Schiaretti, ce Coriolan a le rare mérite de détourner le théâtre de lui-même et de son nombril de vendu, pour le diriger vers le public et vers le monde réel ; et la pièce de Shakespeare, tableau vertigineux, chaotique, de l’organisation politique du monde, épouse à merveille cette cause, tant la portée de ce drame latin dépasse largement le cadre de la décadence romaine, et s’offre de plain-pied avec la décadence contemporaine.

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  • Fragmenter le naturaliste

    acc-photo-therese.jpgThérèse Raquin
    d'après Émile Zola
    Mise en scène de Philippe Faure
    Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
    21-29 novembre, 9-19 décembre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)


    C’est à la transformation du célèbre roman de Zola en petit conte morbide que s’est essayé Philippe Faure pour sa Thérèse Raquin, proposant un enchaînement de moments clefs et de dialogues symboliques fondus dans les alternances binaires d’une lumière crue – le lit sans étreintes et le sol des tourments. Purger Zola le truculent, est-ce lui bien rendre hommage ? La difficulté de la simplification narrative trouve souvent sa réponse dans des spectacles à la pâleur squelettique, à la Carmelo Bene, expérimentaux et périlleux.

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  • La significative candeur du lyrisme

    l-echange.jpgL’Échange
    de Paul Claudel, Mise en scène d’Yves Beaunesne
    Théâtre de la Colline, du 12 novembre au 14 décembre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Des personnages caricaturaux, une trame sans grande surprise, une mise en scène plutôt aride… Et pourtant, cet Échange de Claudel monté par Yves Beaunesne est une réussite certaine, donnant à entendre le meilleur du texte, et sa beauté désuète, et son souffle atemporel ; et ses curieux emplois de l’imparfait du subjonctif, et ses puissants élans lyriques. Drame à deux couples dont il semble assez vite évident qu’ils sont voués à l’échec, L’Échange traite avec sincérité et intensité un carré amoureux vieux comme le monde, ici placé sur la côte Est des Etats-Unis, entre une impuissance océanique houleuse et une immense liberté continentale.

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  • Au pays du grand n'importe quoi

    img_321.jpgGombrowiczshow
    Mise en scène de Sophie Perez et Xavier Boussiron
    Compagnie du Zerep
    Les Subsistances, Lyon
    Du 5 au 7 novembre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Witold Gombrowicz, anti-conformiste rageur, théoricien surdéployé, romancier libéré, mais aussi dramaturge malgré lui, Gombrowicz le Polonais chaotique fait peur. Il faut une bonne dose d’auto-critique et d’audace pour se lancer dans la gageure d’un spectacle inspiré par son œuvre. Sophie Perez et Xavier Boussiron relèvent le défi, et, s’armant d’une incontrôlable folie ne lésinant sur rien, parviennent à rendre hommage sans dénaturer, à faire vivre sans statufier, à dynamiter sans trahir. Gorgé de Gombrowicz, leur Gombrowiczshow déborde de second degré, d’intelligence et d’ironie ; truffé d’allusions à la vie et à l’œuvre du maître (Les envoûtés, Opérette, des entretiens), il respecte parfois la lettre, et toujours l’esprit.

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  • Esquisses funéraires

    salog.jpgSalogi’s de Barlen Pyamootoo - Éditions de l’Olivier, 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)

     

     « J’entends encore nos cris de détresse et les menaces de mon père, puis ma mère qui lui a dit d’une voix blanche de ne pas nous frapper, que le monde était assez cruel comme ça […] »

     

    Avec deux extraordinaires romans (Bénarès, et Le Tour de Babylone), et un film (Bénarès, premier film mauricien), Barlen Pyamootoo semblait mener à merveille sa barque poétique et tranquille : « tout était bien », comme il l’écrit poliment dans Salogi’s – jusqu’à ce que la mort ne vînt accidentellement enlever Salogi, la mère du romancier.

    C’est à elle qu’il consacre son troisième roman, fort différent des deux premiers, troquant l’errance géographique pour un parcours biographique, pour un voyage dans le temps et pour une déclaration proustienne d’amour à la mère, doucement encadrée dans la misère de l’île Maurice, loin des clichés touristiques comme de tout exotisme.

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  • Sans qu'il soit dit

    fa110c0dfa.jpgLa seconde surprise de l’amour
    Marivaux

    Mise en scène de Luc Bondy
    Théâtre des Célestins, Lyon
    Du 8 au 26 octobre 2008

    (par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)

    Partition féconde, impeccablement interprétée, que cette Seconde surprise de l’amour de Marivaux, ciselée chez Luc Bondy d’une ironie acide et très cocasse, jouant de sa sobriété noire et blanche pour mieux faire éclater les couleurs ahurissantes qui sont celles de l’âme humaine quand elle est, bien malgré elle et sans qu’il soit dit, heureuse, installée dans le monde, chez elle jusqu’à se permettre d’être douillette.

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  • Explosion originelle

    acc-photo-soleil.jpgLe soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face
    de Wajdi Mouawad
    Mise en scène de Dominique Pitoiset
    Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
    Du 8 au 11 octobre 2008

    (par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)

    C’est au lyrisme originel, au lyrisme intense et monologique des grands mythes et des tragédies d’Eschyle, que le dramaturge libano-franco-canadien Wajdi Mouawad s’en est remis, pour retracer l’épopée trans-générationnelle des descendants de Cadmos, Laïos et Œdipe.

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  • Carrousel des beuveries romantiques

    fantasio_cb.jpgFantasio

    Alfred de Musset

    Mise en scène de Denis Podalydès

    Comédie-Française, salle Richelieu

    En alternance du 18 septembre au 15 mars 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)

     

    Comédie en deux actes d’Alfred de Musset, Fantasio est une sorte de Lorenzaccio des tavernes de Bavière, un jeune homme trop doué pour faire quoi que ce soit de sa vie à part la boire, chanter ses malheurs et pleurer son ivresse – à l’instar de Musset lui-même, comme on sait.

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  • Ballade glissée

    oldmariner.jpgLa Ballade du vieux marin
    Samuel Taylor Coleridge

    Mise en scène de Jean-Baptiste Sastre
    Avec Jean-Marie Patte
    Théâtre de Chaillot, du 17 septembre au 11 octobre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Seul en scène dans un hangar délabré – le studio – sous Chaillot, Jean-Marie Patte déroule avec humilité et brio la Ballade du vieux marin de Coleridge, traversée des océans les plus houleux de la conscience, gorgée de visions et de révélations auxquelles le comédien se livre avec une placidité somme toute haletante. La diction sobre et parfaite suit l’extraordinaire traduction libre faite par Alfred Jarry de ce texte hallucinant, et le petit bonhomme usé qui tient mal en place glisse sur la scène déserte, théâtralement simple, simplement théâtrale, sans décor ni éclairage particulier, le lecteur précautionneux livre une partition sensible et subtile, calme et retirée. En vieux marin, il distille son alcool avec une régularité rare, précise et d’autant plus troublante – loin des virulentes volutes romantiques auxquelles on associe d’ordinaire ce célèbre poème de Coleridge : que l’on se souvienne par exemple de Denis Lavant dans un récent Burroughs surpris en possession du Chant du vieux marin, impressionnant dans un tout autre genre, cette diversité même des lectures étant bien sûr une autre preuve éclatante de la richesse du texte. Ici, dans un silence assourdissant et une lumière crue, les mots découlent en discontinu, mais sans écarts de voix, et font toujours mouche, les images s’impriment et les pauses résonnent – et l’albatros, et l’arbalète, comme une sorte de lecture tolstoïenne d’un fragment dostoïevskien, ou valéryenne du Bateau ivre. Preuve encore que les poèmes ont plus d’une vie.

    http://www.theatre-chaillot.fr/

  • Rien de plus

    edleve3.jpgSuicide
    Édouard Levé
    P.O.L., 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

     

    Texte remis à l’éditeur peu avant que l’auteur ne mette fin à ses jours, Suicide est, par-delà son titre imposant, aussi terrible qu’ambitieux, le roman à la deuxième personne d’un homme revenant sur le suicide d’un ami, jeune homme ténébreux, solitaire, partout étranger, austère et rigoureux, rêveur impitoyable, intelligent et fragile, ne goûtant que le retrait. D’une plume soucieuse et blafarde, Édouard Levé recompose la somme d’une vie dans une accumulation de vérités, de sensations et de sentiments qui furent ceux du suicidé, ou de ceux qui l’ont connu, avant ou après sa mort. Son écriture blanche, lestée de tout artifice de quelque ton que ce soit (« En art, retirer c’est parfaire »), et baignée d’indifférence, offre un texte assurément éprouvant, faisant feu d’un bois fort ambigu – celui de l’amour de la possibilité de mourir.

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  • L’impossible armistice

    aronica.jpgL’impossible armistice
    Claire Aronica

    Éd. de l’Armançon, 2008

     

    (par N. Cavaillès)

     

    Roman de l’après première-guerre entremêlant les déboires commerciaux d’une petite bijouterie familiale de Bourgogne et les récits de guerre du père, L’impossible armistice est celui des petites gens pour lesquelles la guerre ne s’est jamais terminée, dont la paix finale a été rendue impossible par l’absence d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un ami..., soit tout un pays coincé entre l’horreur et l’oubli. Rondement mené de la plume sensible et riche de sa jeune auteure Claire Aronica, L’impossible armistice déroule une trame dynamique autour d’un conflit de générations entre le père, ancien caporal rigoureux, et sa fille, active et passionnée, le tout baignant avec justesse dans le traumatisme général de 1919. Gouaille de poilu et littérature moderniste, joaillerie raffinée et cauchemar des tranchées – ce premier roman établit de vigoureuses et séduisantes « correspondances » (comme dans le beau chapitre ainsi intitulé) sur fond de siècle en mouvement et d’humanisme chaleureux.

  • Mort naturelle et sagesse indienne

    jharrison3.jpgRetour en terre
    Jim Harrison

    traduit de l’anglais par Brice Matthieussent
    Christian Bourgois, 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)


    Tel Tolstoï pour La Mort d’Ivan Ilitch, il a fallu à Jim Harrison une certaine maturité (une bonne dizaine de très bons romans) pour approcher le thème de la mort et s’aventurer dans ces contrées éprouvantes, insupportables si l’on se garde de sombrer dans le mélo-dramatique. Son dernier ouvrage, Retour en terre, s’inscrit d’emblée sur le fil de cette corde raide, précisément pour raconter les déboires d’une famille confrontée à la mort précoce du pater, Donald, métis Indien-Finnois atteint d’une sclérose en plaques : comment mourir, comment vivre avec un mourant, comment survivre à un mort – il faut une certaine expérience à la fois de la vie et de la littérature pour servir en romancier cette manne universelle et délicate, souvent traitée, très souvent maltraitée. Puisant dans la spiritualité indienne, et armé comme toujours de son extraordinaire verve truculente et humaniste, Jim Harrison traverse avec justesse et sensibilité la forêt sombre et sauvage de la mort et du deuil, poursuivant par ailleurs l’immense fresque de l’Amérique dont son œuvre chante les drames distendus et les menus répits.

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  • D'une "furieuse" ironie

    moliere.jpgCinq comédies de Molière
    (Sganarelle ou le Cocu imaginaire, L’École des maris, Les Précieuses ridicules, La Jalousie du Barbouillé, Le Médecin volant)
    Mise en scène de Christian Schiaretti
    TNP, du 6 au 17 novembre 2007 – et en tournée


    (par Nicolas Cavaillès, novembre 2007)

    Le bon vieux Molière de derrière les tréteaux n’en a pas fini de faire rire. Avec ces quelques farces des débuts, Christian Schiaretti enrichit de deux pièces l’ensemble créé la saison dernière, pour deux soirées alternées d’une « furieuse » ironie (dans les costumes, dans la musique, dans le jeu), avec des pièces éternelles et fraîches, faciles et fines, à la plaisante sagesse populaire. Rapprochant toujours plus le public et les comédiens, la chaleureuse universalité des textes occasionne un rire léger et intelligent : maris cocufiés, précieuses ridiculisées, quiproquos efficaces mettent à jour la bêtise humaine comme l’humaine capacité au bonheur…
    Entouré d’une jeune troupe largement cueillie à l’ENSATT, dans laquelle l’on retrouve avec plaisir Clémentine Verdier ou Julien Tiphaine, par exemple, le metteur en scène offre ainsi des divertissements vifs, servis par une économie textuelle bienvenue, pour notre jubilation d’êtres modernes (rapides). Ne pas manquer Sganarelle ou le Cocu imaginaire, où Xavier Legrand excelle, jolie pépite dans ce grand jeu de distanciation et de fraternité généreux, qui régale d’autant plus qu’il n’entend pas impressionner.

    www.tnp-villeurbanne.com

  • Une caravane pour l’égalité des sexes

    allez3.jpgAllez Yallah !
    Documentaire de Jean-Pierre Thorn

    France, 2006

    (par Nicolas Cavaillès)

    Dans la caravane, une joyeuse bande de femmes bien décidées à lutter contre les discriminations dont leur sexe est victime, de part et d’autre de la Méditerrannée, au Maghreb comme en France. Jean-Pierre Thorn les a suivies, de petits villages marocains en austères cités de la région lyonnaise, caméra sur l’épaule et bonnes intentions affichées, dans le contexte ô combien brûlant de la sur-médiatisation du port du voile.

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  • La politique comme fiction

    amindada.jpgBarbet Schroeder
    Général Didi Amin Dada, autoportrait
    France, 1974
    DVD Carlotta Films 2006

     

     (par Nicolas Cavaillès)

    " Un monde sans tyrans serait aussi ennuyeux qu’un jardin zoologique sans hyènes." - Cioran

     

    Récompensée par un Oscar, la performance de Forest Whitaker jouant le rôle d’Amin Dada dans The Last King of Scotland était impressionnante ; celle d’Amin Dada lui-même, dans le documentaire de Barbet Schroeder Général Didi Amin Dada, autorportrait l’est plus encore. La comparaison n’est pas insignifiante : dans cet « autoportrait » d’Amin par Schroeder, dans ce document exceptionnel relatant quelques semaines de la vie du tyran ubuesque d’Ouganda, Amin dépasse très largement le cadre du politique et du réel pour créer instinctivement sa propre fiction, pour se forger lui-même sa propre dimension mythologique. Nous sommes en 1974, Barbet Schroeder en est à ses débuts, lorsqu’il décide, moins scandalisé que fasciné (ce n’est pas peu dire), de filmer un homme de pouvoir dont la monstruosité, toute d’égotisme, de force physique et de naïveté déconcertante, constitue une terrifiante exacerbation de l’ego démesuré des puissants de tous temps, de Néron, Louis XIV, ou Mao, jusqu’à Mobutu, Mitterrand, ou Berlusconi (liste non exhaustive).


    " Un monde sans tyrans serait aussi ennuyeux qu’un jardin zoologique sans hyènes." - Cioran

     

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  • La grande famille tzigane

    gypsycaravan3.jpgGypsy Caravan – When the road bends…
    un film de Jasmine Dellal

    Etats-Unis, 2007

     

    (par Nicolas cavaillès)

     

    Raga, lautari, flamenco… La musique traditionnelle tzigane jaillit dans toute sa richesse, avec ce documentaire américain sur la tournée commune de cinq groupes tziganes aux Etats-Unis et au Canada : dans le même bus, on entend chanter et rire tous ensemble la célèbre chanteuse macédonienne Esma Redzepova, la non moins fameuse Fanfare Ciocarlia, de Roumanie (qui accompagna notamment Goran Bregovic, ou Ovidiu Lipan Tandarica), et, également roumain, le Taraf de Haïdouks (introduit par Johnny Depp, qui a côtoyé le Taraf pour The Man who cried), mais encore le danseur flamenco espagnol Antonio El Pipa, et enfin, venu du Rajasthan, l’impressionnant groupe Maharaja.

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  • Avortement avec vue sur New-York

    donq1.jpgDon Quixote which was a dream
    d’après Kathy Acker

    Mise en scène d’Hélène Mathon
    Avec Sébastien Chollet, Hélène Mathon, Rachel Benitah
    Subsistances, Festival Les Intranquilles, juin 2007

     

    (par Nicolas Cavaillès)


     

    « On peut faire théâtre de tout », disait Vitez, même du roman d’un avortement aux dimensions politico-métaphysique comme Don Quixote which was a dream de l’écrivain new-yorkaise Kathy Acker, publié en 1986 ; le passage du narratif au théâtral s’opère même avec aisance et puissance, si, comme Hélène Mathon, l’on s’en donne les moyens. À l’ère post-moderne le roman comme le théâtre sont ouverts au même foisonnement polyphonique/multimedia.

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  • Le désert de notre conscience

    daratt3.jpgDaratt (saison sèche)
    de Mahamat-Saleh Haroun
    Prix du Jury à Venise 2006

    Sortie le 27 décembre 2006
    Avec Ali Bacha Barkai, Youssouf Djoro, Aziza Hisseine
    Film français, belge, autrichien, français, 2006
    Durée : 1h 35min

    (par Nicolas Cavaillès)

    Dans un pays sec, miséreux, ravagé par une guerre civile qui dure depuis 41 ans, comme c’est le cas du Tchad, la mort a toujours une longueur d’avance : même un jeune homme réservé comme Atim (l’Orphelin, joué par Ali Bacha Barkaï) est né avec un meurtre à accomplir, celui du meurtrier de son père. Poussé par son grand-père aveugle, le héros introverti de Daratt (Saison sèche) se lance donc à la recherche de l’homme qu’il doit tuer, Nassara, et il quitte son village pour N’djamena, où l’ancien criminel de guerre tient maintenant une paisible boulangerie : partagé entre le besoin d’un père et le devoir instinctif de vengeance, entre le désir d’avoir un guide et la tentation de tout abandonner au chaos général, Atim devient petit à petit l’apprenti de Nassara.

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