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myriam gallot - Page 3

  • Beau livre

    jjeanne.jpgJean et Jeanne
    Yves Pinguilly et Aurélie Blanz

    Vilo jeunesse, 2008, à partir de 6 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Un album grand format aux superbes illustrations oniriques très colorées. Une jeune fille prisonnière d’une vilaine sorcière maléfique qui l’a transformée en oiseau. Un jeune amoureux bien décidé à la délivrer. Tels sont les ingrédients de ce bel album qui propose une adaptation d’un conte des frères Grimm (« Jorinde et Joringel »). L’histoire ne brille certes pas par son originalité, puisqu’elle suit le schéma le plus commun des contes de fées, mais les dessins pétillants, qui proposent un univers tendre et fleuri, d’un romantisme non dénué d’humour, font toute la beauté de cet album.

     
    http://www.vilo-groupe.com/

  • Puff

    puff.jpgPuff le dragon

    Lenny Lipton et Eric Puybaret, adaptation-traduction de Christine Beigel

     Gautier-Languereau, 2008 - à partir de 4 ans

     

    (par M. Gallot)

     

    « Puff the magic dragon », chanté par le groupe Peter, Paul and Mary, fut un tube dans les années 60. La chanson, écrite par Lenny Lipton et mise en musique par Peter Yarrow, raconte la relation complice entre un dragon « qui gambade dans la brume du royaume sous le vent » et un petit garçon, jusqu’à ce que ce dernier grandisse et délaisse son vieil ami, qui sombre dans la nostalgie. Cette jolie fable sur la fin de l’enfance et de l’amitié paraît aujourd’hui sous la forme d’un grand album, illustré avec talent par la peinture imaginative et émouvante d’Eric Puybaret. Ce magnifique album, tour à tour joyeux et mélancolique, ravit autant par ses personnages simples au graphisme attachant que par son rythme musical, qui lui confère une remarquable originalité.

  • Penser la responsabilité des hommes à l’égard des animaux

    ethiqueanimale3.jpgEthique animale

    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

    PUF, collection éthique et philosophie morale, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’éthique animale est la branche de la philosophie morale qui cherche à penser la relation entre l’homme et l’animal. Très développée dans les pays anglo-saxons, elle est encore embryonnaire en France, pour des raisons essentiellement culturelles (une tradition culinaire et un humanisme fortement ancrés). Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, chercheur à l’EHESS et enseignant, propose dans cet ouvrage une introduction aux différents courants de pensée en éthique animale, dans une synthèse assez complète qui s’adresse à ceux qui ne connaissent pas bien cette question fondamentale, et de plus en plus présente dans les débats contemporains.

     

    Oubliez tout de suite Brigitte Bardot et ses bébés phoques. Ce n’est pas du tout ce dont il s’agit. Pour l’auteur, ce type d’intervention pour le bien-être des animaux a durablement discrédité leur cause aux yeux de l’opinion, l’assimilant à un sentimentalisme larmoyant dénué de fondement rationnel. Si connaître les différentes formes de maltraitance de l’animal par l’homme constitue bien un point de départ à la réflexion (un exposé exhaustif des problèmes constitue la deuxième partie de l’ouvrage), elle ne saurait suffire pour comprendre les enjeux de la relation entre l’homme et l’animal.

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  • Une photo-reporter dans les camps de réfugiés

    bienvenue à Goma.jpgBienvenue à Goma

    Isabelle Collombat

    Editions du Rouergue – collection doAdo monde, à partir de 14 ans, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’histoire se passe en 1994. Une très jeune fille s’embarque aux côtés d’une journaliste radio pour Goma, au Zaïre, où s’entassent les réfugiés rwandais réchappés du génocide. Elsa a tout juste 18 ans, elle rêve de devenir photographe-reporter. Elle découvre la pénible réalité du terrain et les difficultés du travail de journaliste dans un pays en guerre. Ce roman réaliste est d’inspiration autobiographique, puisque son auteur, fraîchement émoulue d’une école de journalisme, a travaillé pour une radio humanitaire au Zaïre en 1994. L’intérêt de son récit est principalement documentaire : Pourquoi quitte-t-on le confort occidental pour une des régions les plus dangereuses du monde ? Comment, pris en étau entre les demandes d’une rédaction versatile, friande de reportages lacrymaux, et la dangerosité de mener une enquête sérieuse et politiquement compromettante, un journaliste peut-il trouver sa place ? Comment photographier l’horreur avec un regard juste ? Comment créer des relations humaines dans de telles conditions ? La trame romanesque est certes un peu grossière, et le style sans relief, mais ce roman pourra séduire de jeunes lecteurs attirés par le journalisme et curieux de connaître certaines réalités du métier.

     

    http://www.lerouergue.com

  • Rescapé du Rwanda

    Innocent.jpgInnocent

    Magali Turquin

    Editions du Jasmin, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Le Rwanda est apparemment un sujet littéraire porteur pour les écrivains français. Depuis le prix Médicis 2007 attribué à Jean Hatzfeld pour « La stratégie des antilopes », les récits-témoignages fleurissent. Les éditions du Jasmin publient ainsi le court roman de Magali Turquin, histoire à la première personne d’un rescapé tutsi du génocide. L’auteur cherche à se mettre à la place de celui qui a survécu à l’impossible et nous livre un monologue lyrique de souvenirs décousus et de douleur. Le sujet est inattaquable, et l’intention louable. C’est plutôt bien écrit, le style est limpide et simple, afin que chacun puisse se représenter l’indicible et entendre la voix des victimes. Et pourtant, l’ensemble donne une impression de déjà-vu assez décevante. A réserver à ceux qui n’ont encore rien lu sur le sujet.

     

    http://www.editions-du-jasmin.com

  • Tu seras notable, mon fils

    tstorm3.jpgLe fils du marin (Hans et Heinz Kirch)

    Theodor Storm

    Traduit de l’allemand par Roland Fuentès

    Syros, collection « Les uns les autres », 2007

    Dès 14 ans

     

    (par Myriam Gallot)

      

    En mer baltique, Hans Kirch a travaillé très dur pour réussir à devenir propriétaire de son navire et à s’enrichir grâce au commerce et à la navigation. C’est tout naturellement qu’il ambitionne pour son fils unique, Heinz, de développer l’affaire familiale et de se hisser aux plus hautes fonctions politiques locales, consécration d’une ascension sociale sur plusieurs générations. Comme beaucoup de parents, il envisage l’existence de son fils comme la continuation de sa propre existence et fonde de grands espoirs en son rejeton. Tel est le point de départ de ce roman dense et poignant, un classique de la littérature allemande du XIXème siècle qui paraît dans une nouvelle traduction française.

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  • Photoroman

    portillo.jpgEt que la nuit glisse sur le bleu de ta jupe

    Chantal Portillo et Hally Pancer (photographies)

    T. Magnier, collection photoroman, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    « Une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s’aventure alors dans l’écriture d’un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer » : tel est le point de départ de la jolie collection carrée « photoroman ». Les personnages inventés par Chantal Portillo glissent comme la nuit sur le bleu de la jupe de Bleuet, une jeune prostituée muette installée dans un village, et qui présente la particularité de faire la chose debout. Tous ressemblent plus à des esquisses qu’à de véritables personnages, jusqu’au mystérieux Tim, revenu de ses frasques à la capitale pour se régénérer, et qui réussira enfin, à faire coucher Bleuet. L’auteur a cherché à créer une atmosphère proche de celle du photographe, plus qu’à rebondir sur le potentiel narratif des images, avec lesquelles elle prend une grande liberté. L’intégration des photos dans le récit n’est pas totalement convaincante, et la contrainte se transforme un peu en artifice, laissant une impression d’inachevé à ce petit roman, pourtant pas dénué d’un certain charme.

  • Savourer sa vie

    jtiano3.jpgL’enchanteur et illustrissime gâteau café-café d’Irina Sasson

    Joëlle Tiano

    Intervista, collection Les mues, 2007

     

    (par Myriam Gallot)

      

    « Pour un gâteau de huit convives compter trois paquets de Thé Brun, 125 grammes de beurre fin, de Normandie de préférence, sept cuillères à bouche de sucre en poudre et un sachet de sucre vanillé ou une pointe à couteau des graines d’une gousse fendue en deux… »

     

    Ainsi commence la recette aux contours de laquelle s’écrit la destinée d’Irina Sasson, la clé de voûte d’une existence et d’un roman au ton aussi enchanteur – à défaut d’être illustrissime - que le mythique gâteau café-café. Entre la pâtisserie et la vie, pas de frontière car c’est parfois en cuisine que se dessinent les arcanes d’une psyché féminine, à l’écart des bruits du vaste monde. Les mots de la recette, désuets et envoûtants comme le gâteau d’Irina, récités dans toutes les langues de son histoire, rythment sa mémoire comme une litanie et la bercent au crépuscule de sa vie.

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  • Plus légers que l’air

    maupassant3.jpgEn l’air et autres chroniques d’altitude
    Guy de Maupassant
    Editions du sonneur, 2008

    (par Myriam Gallot)

    Les sympathiques éditions du sonneur proposent trois belles chroniques littéraires sur le vol en dirigeable, signées Maupassant, parues dans Le Figaro en 1887. L’écrivain a embarqué deux fois à bord de ces géants tour à tour placides et nerveux. En lisant ses articles, on comprend que se promener dans les airs n’était pas sans risque, vu dans quelles conditions étaient gérés la direction, l’altitude, puis – plus artisanal et folklorique encore – l’atterrissage.

    Conscient d’être privilégié, Maupassant nous fait voyager avec lui sur l’aérostat, « De Paris à Heyst » (deuxième chronique). Cet étonnant reportage est cinématographique avant l’heure, tant il nous donne à voir et à imaginer. Croquée de là-haut, Paris devient « une plaque sombre, bleuâtre, hachée par les rues, et d’où s’élancent de place en place, des dômes, des tours, des flèches ».

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  • Enorme

    varenne.jpgLe gâteau mexicain

    Antonin Varenne

    Editions Toute latitude, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Voici un polar énorme. Un flic obèse et pétomane, des prostituées paumées, un manouche philosophe, rassemblés dans une intrigue retorse, pour ne pas dire franchement farfelue. Entre pseudo-réalisme se plaisant dans l’abject et grosse blague façon canular, cette histoire brillante et labyrinthique balance – et apparemment l’auteur s’en balance, à en juger par le récit qui encadre le polar. Si on est charmé au début par les personnages hauts en couleur et quelques belles trouvailles d’écriture (Antonin Varenne possède incontestablement un style bien à lui), le rythme effréné parvient de moins en moins à cacher la vacuité de ce divertissement compliqué et de ses rebondissements au forceps aussi peu crédibles les uns que les autres. Les amateurs de fantaisie débridée apprécieront sûrement, ceux qui recherchent du sens et de la profondeur auront plus de mal à trouver leur bonheur dans cette démonstration de bravoure.

  • Bernard Vargaftig, poète

    jardins père.gifDans les jardins de mon père (DVD)
    Valérie Minetto et Cécile Vargaftig
    L’aveu même d’être là (Le livre du film)
    Textes de Bernard Vargaftig
    Au diable Vauvert, 2008

    (par Myriam Gallot)

    Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un père poète. Valérie Vargaftig fait partie de ce happy few. Elle nous conte ce père, si singulier, dans un film biographique fait de tendresse et douceur, de patience et beauté : « Dans les jardins de mon père ».

    L’histoire de Bernard Vargaftig est celle de son siècle, une famille d’immigrés juifs ukrainiens pris dans la guerre, l’exode, la fuite, puis acculés à la clandestinité autour de Limoges. Cécile retourne avec son père sur les lieux d’enfance, la matrice imaginaire du poète et lui demande de raconter le passé, le présent, et surtout la poésie qui fait le lien.

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  • Inquiétante étrangeté

    extraterrestres mode d'emploi.gifExtraterrestres, mode d’emploi

    Jérôme Boivin

    Syros (collection les uns les autres), 2008, à partir de 12 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’histoire part d’une idée peu banale : un jeune adolescent, Zacharie, soupçonne ses parents, naturistes adeptes de la bio-attitude, d’être des extraterrestres. Cette inquiétante étrangeté le pousse à mener une enquête, afin d’en avoir le cœur net. Pourtant, très vite, le récit donne une impression d’inconsistance et ne se révèle pas aussi captivant qu’il le laissait supposer au premier abord. On a du mal à croire à ces personnages trop caricaturaux, allant du motard tatoué au jeune homosexuel qui se fait appeler « Suzanne ». On a du mal à croire que Zacharie continue à se persuader de l’appartenance de ses parents à une race extraterrestre au fil des mois. Ce fil rouge, rigolo au départ, s’effiloche vite, et semble délivrer une morale somme toutes très convenue (savoir apprécier l’originalité, et ne pas croire que c’est toujours mieux chez les autres). L’auteur pédale dans l’encrier pour essayer de faire tenir l’ensemble, et qui n’est sauvé que par quelques pointes d’humour.

     

    www.syros.com 

  • Une vie pour la démocratie

    benazir bhutto autobio.jpgFille de l’orient

    Benazir Bhutto

    Autobiographie traduite de l’anglais par Simone Lamblin et Isabelle Taudière

    Editions Héloïse d’Ormesson, janvier 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’autobiographie de Benazir Bhutto devait à l’origine être sous-titrée « Demain la liberté ! », le sort en a décidé autrement puisque son auteur est tuée dans un attentat quelques semaines à peine avant la date de sortie prévue, en décembre 2007, et l’éditeur a substitué à la mention initiale le sous-titre « une vie pour la démocratie ».

     

    Cette volumineuse réédition est très détaillée jusqu’en 1988, date de première édition (avant que l’auteur ne soit premier ministre). Elle propose quelques ajouts : le prologue et le dernier chapitre, qui résument les années 1988-2007, dont on peut regretter qu’elles ne soient par conséquent que peu développées par rapport à ce qui précède.

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  • Utopie

    sikah.jpgSikah

    Hilaire Dovonon

    D’un noir si bleu, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Sikah est une courte fable généreuse et chantante, mûrie sous le soleil d’Afrique et poétiquement mise en mots par le Béninois Hilaire Dovonon. Elle nous amène « à nous poser la question qui fonde l’esprit même de nos rapports humains » écrit Franck Pavloff dans sa préface. Appel à la tolérance et apologie de la différence, Sikah est empreinte d’un humanisme optimiste, sans doute un peu simpliste. Une utopie cependant très plaisante à lire, dépaysante et régénératrice.

     

    http://www.dunnoirsibleu.com

  • Friandise

    fleutiaux.jpgL’os d’aurochs

    Pierrette Fleutiaux, vu par Cristine Guinamand

    Editions du Chemin de fer, 2007

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Encore un excellent choix des éditions du chemin de fer que cette pétillante fable canine signée Pierrette Fleutiaux. Véritable friandise pour lecteur que cet os malicieux que l’on dévore jusqu’à la dernière ligne dès qu’on a le bonheur de l’avoir entre les mains. L’histoire ? Chien perdu rencontre un jour chien-errant, à moins que ce soit plutôt chien-malin, ou chien-crétin, ou chien-méchant, ou chien-collant… car rien n’est plus difficile que de cerner le caractère d’un humain – pardon, d’un chien ! Quand en plus le hasard et l’amour s’en mêlent, c’est à n’y plus retrouver ses petits. Toute ressemblance avec un bipède existant ou ayant existé serait bien entendu fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur.

     

    http://www.chemindefer.org/

  • Grandir, c’est renoncer

    ailes contrebasse.jpgLes ailes de la contrebasse

    Hervé Mestron

    Syros (tempo +), 2008

    A partir de 12 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Il n’est pas facile d’avoir 13 ans et de quitter son moi enfant, surtout quand l’adolescence vous surprend au saut du lit. Evans, le personnage d’Hervé Mestron découvre du jour au lendemain cette dure réalité : son doudou disparaît et ses parents lui offrent un nécessaire à rasage pour son anniversaire. Quand en plus son professeur de contrebasse lui demande d’abandonner sa chère « Denise » pour un nouvel instrument plus adapté à sa taille, c’en est trop et Evans ne sait comment gérer autant de bouleversements simultanés.

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  • Cachez ce sein…

    idelette3.jpgLa garde-robe ou Les phrases de taffetas

    Idelette de Bure

    Arléa, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Certains noms de tissus et de vêtements sont presque aussi beaux que les étoffes et les atours qu’ils désignent. Caraco, cardigan, gabardine, catogan, corsage, soie grège, capeline, houppelande : comment rester insensible à la puissance de suggestion de ces mots un peu magiciens ?

     

    C’est un envoûtement que la belle écriture ô combien sensuelle et féminine d’Idelette de Bure. Une délicieuse poésie de l’artifice, dont la légèreté n’a rien de superficiel. Bien au contraire, une femme - la narratrice - se drape et se dévoile dans ses parures, tour à tour mousseline transparente et carapace, en un jeu de cache-cache à la malice duquel le pseudonyme de l’auteur vient encore ajouter (mais oui ! souvenez-vous ! Idelette, la discrète épouse de Jean Calvin, celui-là même qui refusait que les bons chrétiens portent des vêtements ostentatoires ou fassent preuve de fantaisie…)

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  • Impartiale ?

    mmoore.jpgMichael Moore, Au-delà du miroir

    de Guy Millière

    Le rocher, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

    « Faire tomber le masque de Michael Moore », tel est le dessein de cet essai écrit par un universitaire français fervent supporter de George W. Bush. Autant dire que ce n’est pas une analyse objective et impartiale des films de Michael Moore que propose Guy Millière, mais un pamphlet de la plus grande virulence. Il attaque Moore en tant que personne, lui reproche, en substance, d’être un gauchiste paresseux, inculte, tyrannique, vulgaire, anti-américain primaire, d’être nuisible à tout le monde, y compris ses propres partisans et de flatter l’anti-américanisme européen. L’essai se révèle intéressant quand Guy Millière décortique point par point les erreurs et approximations des faits présentés dans les films de Moore qui distordent la réalité et manipulent un spectateur passif en le bombardant d’informations. Mais son jugement est aussi manichéen que la vision de Moore qu’il dénonce, et Guy Millière n’a rien à envier à son ennemi en matière de mauvaise foi. Sa haine le conduit à ressasser toujours les mêmes arguments, rendant son essai trop répétitif pour ne pas ennuyer le lecteur et trop catégorique et unilatéral pour être complètement crédible.

  • Mise au point

    proust.jpgMarcel Proust, Idées reçues

    Bernard Brun

    Le cavalier bleu, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    « Les idées reçues en littérature ne sont pas forcément des idées fausses », mais plutôt des constructions soigneusement bâties par les critiques d’une part, l’auteur lui-même ainsi que ceux qui l’ont connu, et entretenues par éditeurs et manuels scolaires. Bernard Brun, très érudit sur le sujet (il est responsable du programme Marcel Proust à l’Institut des textes et manuscrits modernes, chercheur au CNRS), cherche à établir la part de vérité des clichés, à séparer la réalité du mythe avec une préoccupation constante : l’œuvre, rien que l’œuvre, à l’exclusion de tout le reste qui vient brouiller plus qu’éclaircir. Tout y passe : Proust, snob laborieux – Proust, grand malade – Balbec, c’est Cabourg – La recherche, roman de la mémoire, roman à clefs – Proust, juif sodomite, etc. Précis et rigoureux, cet ouvrage n’est pas aussi grand public que son apparence le laisse penser, et nécessite pour être apprécié une bonne connaissance de l’œuvre de Proust, dans laquelle l’auteur navigue avec une aisance de spécialiste (l’éditeur a d’ailleurs pris soin de mettre en annexes un mémento des principaux personnages de la Recherche du temps perdu, ainsi qu’un résumé des différents tomes). Une intéressante mise au point nourrie des recherches actuelles sur le texte proustien, mais à réserver aux amateurs éclairés.

    www.lecavalierbleu.com/f/index.php

  • Dans les forges de Billancourt

    msonnet3.jpgAtelier 62

    Martine Sonnet

    éditions Le temps qu’il fait, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Le père de Martine Sonnet a travaillé à l’usine Renault à Billancourt pendant une quinzaine d’années, quittant au début des années 50 son métier de charron-forgeron et la vie rurale pour la fournaise et le vacarme des forges de l’industrie automobile, l’atelier 62, réputé le plus dur de toute l’usine, et s’installant avec toute sa famille dans un appartement de banlieue.

     

    Martine Sonnet a grandi dans ce milieu néo-ouvrier, auprès de ce colosse inconnu et pudique qu’était son père, mort depuis une vingtaine d’années. Elle est ingénieure de recherche en Histoire au CNRS, mais sa démarche dans Atelier 62 n’est pas exactement celle d’une historienne. C’est plutôt celle d’une fille cherchant dans les archives et les souvenirs la trace de ce que fut l’existence de son père et celle des milliers d’ouvriers de la régie Renault – 38 000 à la grande époque, autant que d’habitants à la ville de Chartres. Vies dont il ne reste plus rien sur cette île où tout a été détruit pour laisser place à de nouveaux projets immobiliers.

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