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jean-pierre longre - Page 2

  • Ping-pong verbal

    diablogues.jpgLes Diablogues

    Roland Dubillard

    Théâtre des Célestins, du 7 au 18 janvier 2009 et en tournée

    Mise en scène Anne Bourgeois, avec Jacques Gamblin et François Morel

     

    (Par Jean-Pierre Longre)

     

    A la fin du premier tableau, après maintes hésitations et tentatives de dérobades, après une longue dispute sur la nature du « hop » qui doit entraîner le mouvement, ils se décident à plonger dans le flux du spectacle. Spectacle, à vrai dire, d’une grande sobriété visuelle, à la Beckett : un monticule, deux fauteuils, un éphémère placard, un ou deux accessoires. Selon une mise en scène très adéquate, tout est dans le jeu scénique et dans la parole, cette fameuse parole qui tient dans le mot-valise du titre : diablerie et dialogues.

     

    Entre UN et DEUX – Jacques Gamblin et François Morel qui, jouant de tous les registres, de toutes les formes de complicité et d’incompréhension mutuelles, se complètent admirablement dans leurs échanges dubitatifs, naïfs et logiques jusqu’à l’absurde – entre UN et DEUX donc, s’engage une partie de ping-pong verbal où la balle peut se glisser dans le moindre recoin.

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  • Songes d’une nuit d’été

    peca.jpgThe sunshine play

    Peca Stefan

    Traduit du roumain par Fanny Chartres
    Editions Théâtrales, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Sur un toit brûlant de Bucarest, par une belle nuit de juillet, trois jeunes gens confrontent leurs désirs, leurs doutes, leurs colères, leurs déceptions, leurs espoirs… Il y a là Iza la Roumaine, Trifon le Bulgare et Dan le Roumain, de retour de Colombie après un mariage raté. L’amour et la séparation sont au cœur de leurs dialogues, qui se déroulent tantôt en roumain (et en traduction française pour la présente édition) tantôt en anglais (lorsque Roumains et Bulgare veulent s’entendre mutuellement…) : stéréotype de l’internationalisme linguistique ? En tout cas, on sent bien que ces trentenaires venus d’horizons différents ont des élans similaires, soutenus par les mêmes rêves d’autres choses et d’autres lieux.

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  • Passion et nécessité

    R. Sterian.jpgL’âme tatouée
    Raluca Sterian-Nathan

    Préface de Samuel Pisar
    L’Archipel, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    « Parmi mes nombreux défauts, le plus important est mon manque d’ambition. Il est compensé par une énorme soif de vivre. Je n’agis que par passion ou curiosité, souvent par nécessité. Ce dont j’ai le plus envie, c’est de liberté. » Voilà comment Raluca Sterian-Nathan se définit. Il est vrai que la destinée de cette Franco-Roumaine aux origines multiples fut exceptionnelle : née avec une sorte de réticence peu avant la guerre, elle vécut les dictatures du nazisme et du communisme qui, ajoutées aux tourmentes familiales et amoureuses, lui tissèrent une enfance et une jeunesse marquées par l’accumulation des malheurs. Entre ceux-ci, des appétits insatiables, des rencontres heureuses, des joies profondes, l’amour maternel, le rire jeté « par-dessus les larmes ».

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  • Géographie littéraire

    gard.jpgBalade dans le Gard, sur les pas des écrivains
    Sous la direction de Bernard Bastide, préface de Christian Giudicelli - Editions Alexandrines, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La promenade va s’effectuer dans un département qui marie, comme Christian Giudicelli le dit dans la préface à propos de Nîmes, « un charme italien à une austérité huguenote », et qui permet de passer des montagnes cévenoles à la mer, en faisant étape dans la garrigue. On le sait, les écrivains sont les meilleurs guides pour faire goûter non seulement la saveur des lieux, mais aussi leur histoire, leurs secrets, et même leur imaginaire. Cette Balade dans le Gard propose une belle alliance de la géographie et de la littérature, qui toutes deux se répondent, se font écho, aidées en cela par les textes des écrivains eux-mêmes (natifs, d’adoption ou de passage), par les biographies détaillées (toutes confiées à des spécialistes) et par l’iconographie (photos évocatrices des lieux et des auteurs).

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  • Tourments et apaisement

    3saisons.jpgTrois saisons poétiques

    Magda Carneci
    Collection GRAPHITI

    Editions PHI en coédition avec Les Ecrits des Forges, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Magda Carneci est historienne de l’art, essayiste, traductrice, membre du « Parlement Culturel Européen », directrice de l’Institut Culturel Roumain de Paris… Ses diverses responsabilités, sa participation active à la vie culturelle roumano-française n’occultent pas sa qualité de poète : Trois saisons poétiques, son dernier recueil, témoigne précisément de cette qualité.
    Ecrits directement en français ou traduits du roumain par Odile Serre et Linda Maria Baros, les poèmes, qui mêlent la musique et l’espace au temps, sont ponctués de photographies (de l’auteur) illustrant les distorsions auxquelles sont soumises l’écriture et la quête de soi.

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  • La musique, passionnellement, éternellement

    ladyday.jpgLady Day, histoire d’amours
    Alain Gerber
    Fayard, 2005 / Le Livre de Poche, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il faut toujours prêter attention aux sous-titres, lorsqu’il y en a. Celui du dernier roman d’Alain Gerber, « histoire d’amours », pourrait paraître anodin et passe-partout ; c’est le contraire, et le pluriel y est capital. Car la vie de Billie Holiday (1915-1959), pour brève qu’elle fût, a été une suite d’amours et, il faut bien le dire, de désamours – ce que le récit, en pas moins de 600 pleines pages, fait passionnément découvrir.

     

    Eleanora Fagan, ou Eleanor Halliday, ou Nora, ou Bill, ou Lady, ou Billie Holiday (selon les périodes et les narrateurs) eut-elle la destinée qu’elle méritait ? Si l’on en croit Melissa, journaliste qui l’a bien connue, oui : « Le blues, le jazz et Billie Holiday se contrefichent de l’éternité. Ils ont déjà le plus grand mal à envisager leur avenir, et leur passé les talonne. Ils vont de déboires en excès et se fabriquent ainsi de toutes pièces un parcours semé d’embûches, cachant aux autres et se dissimulant à eux-mêmes qu’ils tournent en rond. Leur vie n’est qu’artifice. Ce sont les acteurs d’un mélodrame écrit de leur propre main ». Pourtant, cette éternité, Alain Gerber et sa verve inimitable contribuent grandement à la forger.

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  • La liberté, et quoi d’autre ?

    grondahl.jpgPiazza Bucarest
    Jens Christian Grondahl

    traduit du danois par Alain Gnaedig
    Folio, 2008 (Gallimard, 2007)

     

     (par Jean-Pierre Longre)

     

    Ce roman de l’un des écrivains les plus en vue actuellement en Europe explore les relations complexes d’un photographe américain résidant au Danemark et d’une jeune Roumaine. Sans préméditation, sur une sorte de coup de tête, Scott, au cours d’un voyage professionnel dans la Roumanie de 1988, propose à Elena le mariage qui lui permettra de fuir la dictature de Ceausescu. Mariage blanc ? Elan amoureux ? Peu à peu, le narrateur, ami de Scott, nous dévoile ce que lui-même a appris de la bouche de l’homme, puis de la jeune femme : son passé tourmenté qui n’est pas sans conséquences sur le présent et l’avenir.

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  • La vie en vers

    1098029996.jpgTransatlantique
    Daniel Labedan

    Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Au-delà des mers, dans les pays du Sud, les espaces naturels et urbains forment comme des toiles de fond pour courts-métrages et clichés saisissant la vie telle qu’elle est, sans fioritures ni arrangements esthétiques, au risque d’estomper les reliefs,

     

    « comme la photo d’une maison

    en lieu et place d’une vraie maison ».

     

    Daniel Labedan fait de chaque poème une tranche d’existence, de la même manière qu’Apollinaire, par exemple, saisissait telle conversation, telle scène quotidienne et la transcrivait sous forme de poème.

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  • Saloperie d’existence

    jpmartinet.jpgCeux qui n’en mènent pas large
    Jean-Pierre Martinet

    Le Dilettante, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Sur la couverture du livre, un dessin de Tardi en noir et blanc campe non seulement l’atmosphère, mais, peut-on dire, la réalité de ce roman aussi fulgurant que désespéré : la tête entre les mains, un homme – Georges Maman, le (très) anti-héros – fait face à son imposant Frigidaire, que l’on devine aussi vide que le compte en banque de son propriétaire (il s’avérera que ce Frigidaire n’est pas tout à fait vide, puisqu’il contient le dénouement du récit). Entre eux, quelques bouteilles de mauvais vin, une boîte de Canigou, le paysage déprimant d’une cuisine inutile.

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  • Vies vécues, vies rêvées

    phpThumb.jpgLa maison des temps rompus
    Pascale Quiviger

    Editions du Panama, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La « maison des temps rompus » existe-t-elle ? Son « plus-que-jardin » grouillant d’animaux, d’arbres et de plantes souriants est-il bien accroché à la réalité du bord de mer ? Adrienne Chantre, l’ancienne propriétaire qui paraît toujours occuper les lieux est-elle une vraie, bonne et vieille femme, un fantôme, une fée, une sorcière ?

    En tout cas, les temps sont vraiment rompus, dans ce récit lui aussi plein de ruptures, de retours et d’anticipations. Plutôt plusieurs récits, qui évoquent des existences féminines, celles d’Aurore et de Suzanne, de leurs filles respectives Lucie et Claire – noms lumineux voués aux promesses de bonheur et à la tragédie –, celle d’Odyssée, le bébé dramatiquement transformé en Ophélie…

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  • Les mystères de l’art et de la mort

    dlabayle.jpgRouge Majeur
    Denis Labayle
    Editions du Panama, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Pourquoi, en mai 1955, Nicolas de Staël, peintre de renom, riche et séduisant, se suicida-t-il en se jetant par la fenêtre de son atelier ? Cette mort prématurée est-elle due à des déboires sentimentaux, aux doutes de l’artiste, à un constat d’impuissance ? De cette énigme, Denis Labayle a fait un roman qui mêle fiction et exactitude historique.
    Tout commence avec un concert en hommage à Anton Webern, dont le peintre sort enthousiasmé, quasiment envoûté, à tel point qu’il projette d’en faire une toile hors du commun : « J’ai déjà peint des instruments de musique, mais là je sens naître en moi un projet fantastique : je veux peindre une impression… Oui, c’est cela, une impression musicale. Ce sera beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus difficile ».

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  • La tragédie et l’espérance, ou le roman d’une Rom

    zoli2.jpgZoli
    Colum McCann

    Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 2007 / 10-18, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre) 

     

    Marienka Novotna, dite Zoli, restera pour toujours marquée par la tragédie inaugurale de son existence : le massacre de sa famille entière par les Hlinkas, ces fascistes qui dans les années 1930 en Slovaquie firent le lit des nazis. Seuls la petite fille de six ans et son grand-père échappèrent à la noyade sadique, et c’est ainsi que Zoli, sous la houlette du vieil homme sage et savant, commença une vie errante et exceptionnelle. Contrairement aux autres fillettes du peuple rom, elle apprit à lire et à écrire : « Très tôt, j’ai aimé tenir un crayon entre mes doigts ».


    Après avoir survécu au nazisme, comment ne pas fêter dans les chants et la liesse la liberté apparemment revenue, Tziganes et « Gadje » au coude à coude ? Et Zoli, remarquée par le journaliste Stansky, séduite par l’idéaliste Stephen Swann venu s’installer dans la Tchécoslovaquie communiste et lui-même fasciné par la jeune femme, va devenir une idole officielle, applaudie par les foules et le régime bénissant ses poèmes qui chantent l’épopée rom.

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  • « Comment effacer la vitre »

    9782213637587-V.jpgFrankie, Le sultan des pâmoisons
    Alain Gerber

    Fayard, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    On connaît l’érudition musicale d’Alain Gerber. On connaît les grands romans qu’il a consacrés au jazz et à certains de ses héros (Louis Armstrong, Chet Baker, Charlie Parker, Billie Holiday, Paul Desmond, Miles Davis…). Erudition et récit romanesque font encore bon ménage dans Frankie, dont l’auteur précise bien qu’il ne s’agit pas d’une biographie.
    Effectivement. Le récit se fait portrait ; ou plutôt, les récits se font portraits : celui de Frank Sinatra, bien sûr, mais aussi – puisque, selon un type de composition maintenant bien ancré dans l’écriture de l’auteur, celui-ci donne la parole aux proches du héros – ceux des proches en question, triés sur le volet : Dolly, la mère aimante et décidée, Bernard « Buddy » Rich le batteur, Ava Gardner, pour qui il quitta la mère de ses enfants, Sam Giancana le mafieux.

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  • Merveilleux continent

    roubaud.jpgLa Princesse Hoppy ou le conte du Labrador
    Jacques Roubaud

    Illustrations de François Ayroles et Etienne Lécroart

    Editions Absalon, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Que le lecteur ne compte pas sur le critique pour raconter le conte du Labrador ; il faut qu’il compte sur lui-même, le lecteur, pour se diriger dans le labyrinthe où Jacques Roubaud se complait à conter les aventures du Comte du Labrador, qu’il ne faut pas pour autant prendre pour argent comptant. Dans sa recherche, il sera peut-être content, le lecteur, de lire « L’épluchure du conte-oignon » d’Elvira Laskowski-Caujolle, qui contient un certain nombre d’explications complétant utilement « Le Conte conte le conte et compte » de Jacques Roubaud soi-même, rattachant clairement La Princesse Hoppy à l’influence de Queneau et aux contraintes oulipiennes.

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  • La francophonie vue du Québec… et d’ailleurs.

    9782896490455PI.jpgPourquoi la Francophonie ?
    Sous la direction de Louise Beaudoin et Stéphane Paquin

    vlb éditeur, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Louise Beaudoin et Stéphane Paquin, dans les domaines de la politique ou de l’enseignement, sont tous deux québécois, et l’on pouvait s’attendre à un ouvrage sur la Francophonie vue de leur pays – ce qui n’eût pas été choquant, au moment où s’y déroulait le Sommet de la Francophonie. C’est beaucoup plus que cela, puisque seuls deux des textes présentés ici (les deux derniers) fournissent des perspectives québécoises. Pour le reste, les contributions, qui émanent d’horizons divers, abordent des questions tant générales que spécifiques.

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  • Métamorphoses poétiques

    L59240.jpgFleur bleue
    Flynn Maria Bergmann
    Navarino Editions, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Si l’écriture est une recherche, il semble que pour Flynn Maria Bergmann, comme pour Novalis dans Heinrich von Ofterdingen ou pour Raymond Queneau dans plusieurs de ses romans, ce soit la recherche d’un idéal que tous trois (et accessoirement quelques autres) nomment « fleur bleue ». Et si écrire veut dire quelque chose (car « avant le verbe », le signe, le singe et l’herbe il y avait « l’eau » qui « ne voulait rien dire »), il semble que ce soit ce que les poètes ont toujours voulu exprimer, mais avec des mots, des vers, des phrases, des strophes bien à eux.

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  • « Un écrivain frustré » ou San Antonio en Sorbonne

    2903.jpgFaut pas pisser sur les vieilles recettes, San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque
    Françoise Rullier-Theuret

    Academia Bruylant, Louvain-la-Neuve, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Dans Bérurier au sérail, Frédéric Dard invente un pays qui, par « dérivation suffixale », n’est pas très éloigné, lexicalement parlant, de ses voisins : le Kelsaltan. Le « travestissement graphique » est à la base d’un système de variations diverses, puisque « la capitale s’appelle Kelsalmecque et les habitants […] les Kelsaltipes », et que, selon une « mécanique linguistique répétitive et systématique », se multiplient les calembours loufoques : « L’Iman Komirespir, l’émirat d’Aigou, l’émir Obolan, l’émir Oton, l’émir Akulé, l’émir Ab El, l’émir Ifik, l’émir Liton »…

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  • Nous aimons avec un cerveau d’enfant

    cata.gifPourquoi nous aimons les femmes

    de Mircea Cartarescu,

    Nouvelles traduites du roumain par Laure Hinckel

    Denoël, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Pourquoi, vraiment ? Peut-on répondre autrement que par la pirouette finale qui, entre autres merveilleuses raisons, clôt le livre : « Parce qu’elle sont des femmes, parce qu’elles ne sont pas des hommes, et rien d’autre » ? Dans cas, le double « parce que », et même le « rien d’autre » sont développés par anticipation, illustrés par l’expérience, dans les vingt nouvelles qui précèdent.

     

    Ces vingt nouvelles mettent scène, dans le style métaphorique et saisissant de Cartarescu, des rencontres inoubliables, telle celle de cette « jeune Noire » qui « n’était pas belle, mais […] représentait l’exacte image sensible de la beauté » et qui fascine tout un wagon du métro de San Francisco, ou celle de la « Bombe en or », sorte de déesse antique et mythique, image de « l’idéal de beauté de presque toute l’humanité », fixant le regard dévorant des hommes et des femmes nus rassemblés sur une petite plage d’été.

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  • La Grande Gidouille en minilivre

    25645.jpgLa Grande Gidouille en minilivre

     

    Le Cercle des Pataphysiciens

    Collège de ’Pataphysique

    Mille et une nuits, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Pataphysiciens, nous le sommes tous, consciemment ou inconsciemment. « Science des solutions imaginaires » selon Alfred Jarry, « la ’Pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir », fait-il dire au Père Ubu. L’avantage, c’est que les définitions peuvent se multiplier et s’élargir sans préjudice pour ladite science (dont le nom, rappelons-le, doit s’orner d’une apostrophe initiale, alors que l’adjectif en est dispensé), au point que « le monde est dans toute sa dimension le véritable Collège de ’Pataphysique », ou que « la ’Pataphysique est une machine à explorer le monde ».

    Mais les recherches ne doivent pas partir à vau l’eau, et le Collège est là pour régenter ce qui pourrait devenir, selon le vœu d’Umberto Eco, « la science des solutions inimaginables ». Le Collège de ’Pataphysique, fondé en 1948 (exactement le 1er décervelage 76 de l’ère pataphysique), est donc là, avec son immuable hiérarchie (dans l’ordre décroissant : le « Curateur Inamovible » - Jarry en personne -, le « Vice-Curateur » - chef suprême temporel - , puis les « Provéditeurs », « Satrapes », « Régents », « Dataires », et enfin les « Auditeurs » et « Correspondants »), ses « commissions », « sous-commissions », « intermissions », son Ordre de la Grande Gidouille, son Calendrier (qui commence à la Nativité d’Alfred Jarry), ses publications, ses membres…

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  • L’Eau et le Feu

    jchauvire3.jpgLa Terre et la Guerre
    Jacques Chauviré

    Le temps qu’il fait, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Certains romanciers assaisonnés à la sauce médiatique actuelle devraient lire le discret docteur Jacques Chauviré (1915-2005), et particulièrement La Terre et La Guerre. Ils y verraient peut-être, s’ils en sont capables, comment un récit de fiction peut à la fois traduire et transfigurer la réalité, comment l’écriture peut investir événements et personnages, comment un vrai roman doit être une somme susceptible de planter dans l’esprit du lecteur les bouleversements du monde et des individus, et ainsi de bouleverser le lecteur lui-même.

    La famille Calvière vit dans les Dombes, près de la Saône que l’auteur a bien connue et si bien évoquée dans d’autres livres. Du début à la fin de la guerre de 14-18, Jérôme et sa femme Lucie, leurs enfants Laurence, Jean et Amélie vont connaître et subir ce qu’ont connu et subi bien des familles françaises durant cette période : départs pour la guerre, blessures morales et physiques, deuils, changements imperceptibles ou éclatants dans la manière d’appréhender la vie.

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