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24/09/2008

Lisbonne brûle-t-elle ?

fvallejo3.jpgL’incendie du Chiado
François Vallejo
Viviane Hamy, 2008

(par Frédéric Saenen)

En août 1988, François Vallejo est témoin, depuis sa chambre d’hôtel, de l’incendie qui ravagea l’un des quartiers les plus populaires de Lisbonne, le Chiado. Quelque vingt après, cette catastrophe lui inspire un roman improbable, dans lequel il met en scène quatre figures égarées, en quête de destin.

Les protagonistes – un Français, un photographe de presse, une femme qui a perdu sa fille et un gardien de nuit – se font en effet « prisonniers volontaires » des ruines encore fumantes. Ainsi chacun d’entre eux, au cœur de ce paysage apocalyptique, compte-t-il retrouver à sa façon le sens de son passé ou de sa vie. Pour les assister dans ce dévoilement, un certain Juvenal, émergeant comme par miracle du brouillard cendreux dans un costume impeccable, jouera, pour leurs aveux respectifs, le rôle de Deus ex machina. Et sa présence sur les lieux se révèlera loin d’être anodine…

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22/09/2008

Nos morts

lgaude3.jpgLa porte des enfers
Laurent Gaudé

Actes Sud, 2008

(par Madeline Roth)

 

Ne pas lire les quatrièmes de couverture. Règle d’or. L’entrée dans le dernier roman de Laurent Gaudé se fait peut-être à cette condition. Les premiers chapitres glacent et embarquent, torturent le ventre. Raconter les premières scènes – et même, tenter de « résumer » le livre m’apparaît assez impossible depuis quelques jours, depuis que traînent en moi les rues de Naples et la voix de Matteo.

« Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, professore.
- Non, effectivement, répondit le professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »

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18/09/2008

SF écolo

soon.jpgApocalypse Maya

Frédérique Lorient

 Syros, collection Soon, 2008

 

(par B. Longre)

 

Une nouvelle collection a vu le jour aux éditions Syros : dirigé par Denis Guiot, Soon entend proposer des romans de SF intelligents, ouverts sur l’ailleurs – une façon comme une autre d’inciter à réfléchir à l’ici et au maintenant, mais aussi de divertir le lecteur. Des caractéristiques habilement conjuguées dans Apocalypse Maya, qui peut se lire de diverses manières – comme un roman d’apprentissage relatant l’éveil d’une conscience sociale et environnementale ; comme une fable qui rappellerait que l’Histoire est composée de situations cycliques et d’atrocités (il est ici question de deux génocides, à des décennies de distance) vouées à se répéter à moins d’agir pour en atténuer l’ampleur ; comme une illustration de ce qui ne manque pas d’arriver si on laisse la rentabilité l’emporter sur l’humain, sur l’éthique et sur l’équilibre naturel (le fameux « science sans conscience »…) ; ou encore comme une aventure plutôt bien menée et écrite, qui réserve nombre de rebondissements. Certaines « leçons » écologiques ou historiques sont parfois amenées de manière très explicite (trop, peut-être), mais on lit d’une traite l’histoire du jeune Jové, du vieil Indien qui le convertit à ses valeurs et de l’étonnant peuple des Suris (leur langage, en particulier, fascine, tout comme leur propension artistique), confrontés à l’organisation toute-puissante qui a colonisé la planète Maya.

http://www.syros.fr/nouveautes.asp

17/09/2008

Tragédie historique, tragédie humaine

dgeorget3.jpgUne passion hongroise
Danièle Georget

Plon, 2008

(Par Jean-Pierre Longre)

Les murs sont tombés, les frontières se sont ouvertes, mais on n’a pas oublié les sanglantes tentatives de libération du passé, notamment celle du peuple hongrois en 1956. Danièle Georget, qui après Goodbye Mister President (Plon, 2007) semble se plaire dans le roman historique, s’appuie sur ces événements pour raconter à la fois l’histoire collective et une histoire individuelle – les deux ayant pour point d’intersection la passion et la violence.

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16/09/2008

Retenez ce titre...

apercin3.jpgL'âge d'ange

Anne Percin

L'école des loisirs, Médium, 2008

 

(par B. Longre)

 

Retenez ce titre : L'âge d'ange. Un roman dont il est bien difficile de parler, pour diverses raisons dont certaines n'apparaissent qu'au fil de la lecture... Disons simplement qu’il s'agit d'une rencontre inattendue autour d'un livre fascinant (d’abord adoré, puis désacralisé, et pour finir inoubliable), de l'éveil d'une conscience et d’un corps, d’une émancipation et, surtout, du bouleversement intime (« Le choc fut si violent que, des années plus tard, alors que j’écris ces lignes, je tremble. ») qu’éprouve un ange solitaire, au contact d’un autre ange, peut-être : « A la limite, on pouvait presque lui trouver une tête romaine. Un peu comme Marlon Brando, du temps de sa splendeur. » L’histoire, d’une grande justesse, est teintée de nostalgie mais aussi de fatum, et l’intrigue emprunte nécessairement à la tragédie grecque, entre terreur et pitié, violence et tension (mais il faut le lire pour comprendre). L’ensemble va bien au-delà du très conventionnel roman d’apprentissage et le regard rétrospectif de la narration confère une richesse certaine au récit, qui navigue entre impressions et sensations passées et souvenirs au présent de ces moments d’une rare intensité.

http://www.ecoledesloisirs.fr

12/09/2008

Quand Je se fait Tu

marietfemme.jpgMari et femme
de Régis de Sa Moreira

Diable Vauvert, 2008

 

(par B. Longre)

 

Le postulat de départ intrigue d’emblée : un homme, dont le couple bat de l’aile, se réveille un matin dans le corps de sa femme… et vice-versa. D’abord terrifiés par leur nouvelle apparence, mari et femme, contraints et forcés, vont peu à peu découvrir le corps de l’autre, un univers à la fois connu et inconnu, puis s’accoutumer à cette nouvelle enveloppe en passant par différentes phases émotionnelles et situations sociales qui, peut-être, les amèneront à repenser leur relation et le sens à donner à leur vie.

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10/09/2008

Mise en lumière

jbenameur3.jpgLaver les ombres
Jeanne Benameur

Actes Sud, 2008

 

(par Madeline Roth)

 

Laver les ombres, c’est d’abord un très beau titre. « Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ». Deux récits en parallèle, pour deux vies qui se rejoignent forcément. Lea est danseuse et chorégraphe. Elle tente de laisser son corps vivre cette histoire d’amour naissante avec un peintre, Bruno. Mais quelque chose empêche, et ce quelque chose, Lea va aller le chercher dans la parole de sa mère, Romilda. Un soir de tempête, Lea prend la route sans prévenir et roule des heures, les Suites de Bach en boucle, jusqu’à la petite ville près de l’océan. Ce soir Romilda lui dira ce qu’elle a tu pendant des années.

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09/09/2008

Roman d'été

mazard2.jpgUn cow-boy dans les étoiles
Claire Mazard
Seuil jeunesse, collection chapitre, 2008

 

(par B. Longre) 

Une fillette passe des vacances estivales à la Fariguette, où elle a retrouvé ses grands cousins, Louis et Tristan, qu’elle admire ; en leur compagnie, Anne se fait aventurière, partage leurs rêves et découvre un trésor (un vrai, qui sera en quelque sorte l’un des fils conducteurs du récit) et grandit un peu. Ces instants presque idylliques sont pourtant anéantis, peu de temps après, par un coup du sort sur lequel aucun des personnages n’aura de prise. Des années plus tard, Anne se souvient, revenant sur cette période figée dans un passé à jamais révolu, mais pourtant inoubliable, toujours vivante en elle. Une évocation nostalgique de l’insouciance bouleversée, un récit entre enfance et adolescence qui se goûte avec un plaisir rare.

07/09/2008

Fétichistes

fetichi.jpgLe Fantastique des Fétichistes
Le Calepin jaune, Collection « Absinthes », 2008

(par F. Saenen)

Une anthologie qui ravira les inconditionnels du talon aiguille et autres fanatiques du lobe de l’oreille : Le fantastique des fétichistes propose en effet une belle collection de textes à orientation monomaniaque, à propos d’objets ou de parties sacralisées de l’anatomie. En plus d’avoir rassemblé quelques incontournables plumes parnassiennes ou décadentes, la compilatrice de l’ouvrage, Estelle Valls de Gomis, ménage quelques bonnes surprises. Elle a ainsi pensé à convier dans sa galerie le trop injustement oublié Péladan ou encore le bibliomane Théodore, créé par Charles Nodier. Elle parachève son panorama avec des récits d’auteurs contemporains (parfois très jeunes) dont l’inventivité le dispute à l’audace. Si l’ouvrage souffre quelque peu de la solution de continuité chronologique qui rompt son unité, il garantit néanmoins son lot de frissons et d’émoustillements des plus agréables.

http://www.editions.lecalepinjaune.com/

06/09/2008

La fin est trop belle ?

jpnoziere10.jpgTu peux pas rester là de Jean-Paul Nozière - Thierry Magnier, 2008
 
(par Madeline Roth)

Jean-Paul Nozière découpe parfois des faits divers dans les journaux. Il fait aussi des livres sur le terreau le plus friable qui soit, la somme des lâchetés et des silences. A Sponge, la ville qu’il a imaginée, on croise au fil de ses textes des enfants, des adolescents qui n’aspirent qu’à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Leur combat, c’est peut-être avant tout celui-là. Comprendre, creuser dans les silences des adultes ou du monde autour, avant même de se battre ou d’abdiquer.

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Est-ce bien possible ?

cbourgeyx3.jpgDes gens insensés autant qu’imprévisibles

Claude Bourgeyx

Le Castor Astral, coll. « Escales des lettres », 2008

 

 (par Christophe Rubin)

 

 Des gens insensés autant qu’imprévisibles est un recueil de nouvelles. Claude Bourgeyx semble vouloir y explorer les potentialités extrêmes de certaines types de personnalités, de situations ou de projets. On passe ainsi, presque insensiblement, du quotidien banal à un enchaînement d’actes inédits, insensés, presque absurdes, presque invraisemblables…

Pourtant, l’écriture de ces nouvelles, volontairement plate, factuelle et endossée par un narrateur crédible, nous interroge : rien n’est totalement impossible... C’est extraordinaire et parfois effrayant, mais finalement pas davantage qu’un fait divers ou que certains accidents de l’histoire d’une société. Si fantastique il y a, ce n’est pas celui qui rendrait floue la limite entre le naturel et le surnaturel, entre le scientifiquement possible et l’inexplicable, mais plutôt entre le réel psychologique ou social qu’on croit connaître et celui qu’on n’avait pas encore imaginé comme possible dans de telles extrémités. C’est peut-être un peu l’esprit de l’émission de télé-réalité belge « strip-tease », mais sous forme de fiction littéraire et sans exclure la mort et les dérèglements mentaux ou sociaux les plus inquiétants.

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01/09/2008

Une année désarticulée

jpdubois4.jpgLes accommodements raisonnables
de Jean-Paul Dubois
L’Olivier, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

Le titre est presque une redondance, et il résonne dans le livre d’échos multiples : comment s’accommoder «raisonnablement » des aléas de l’existence ? Paul Stern – l’anti-héros favori de Jean-Paul Dubois – est confronté à des difficultés conjugales et familiales. Sa femme Anna souffre de dépression, son père, naguère patriarche rigide, va devenir un galopin septuagénaire et sacrifier à la mode bling-bling, les enfants et petits-enfants vivent leur vie.

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31/08/2008

Mortelle Résidence

rslocombe.jpgMortelle Résidence
Romain Slocombe

Éditions du Masque, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

« Ah, quel drame ! Quel lieu, Lyon… Quelle énergie…Ça m’inspire ! ». Cette réflexion de l’un des personnages résume en quelque sorte la teneur et l’esprit de ce livre foisonnant, qui entrecroise en Rhône et Saône les récits semi-historiques et semi-fictionnels, toujours sanguinaires et terriblement humains. De la Terreur (et même en deçà) à nos jours en passant par l’occupation nazie, du Chili à la France en passant par les camps d’extermination, des pires bains de sang au « performances » du pseudo art contemporain, Mortelle Résidence laisse à peine le temps de souffler. A flux tendu, certains hauts lieux lyonnais du passé et du présent, réels ou à peine déguisés (telle cette « Délivrance » dans laquelle les autochtones reconnaîtront les « Subsistances ») sont le théâtre d’épisodes qui ne laissent pas indifférents. A lire d’un élan, si possible.

29/08/2008

De l’art du melting-pot culturel

cgatard3.jpgBureau d’études (récit de société)
Christian Gatard
Les impressions nouvelles, 2008

 (par Myriam Gallot)

 

Christian Gatard, sociologue de formation, est le fondateur de Gatard et associés, institut d’étude et de recherche en marketing et communication pour le compte d’entreprises et de publicitaires. Depuis plusieurs décennies, il sillonne le monde et hume l’air du temps pour conseiller ses clients sur la meilleure manière de « construire un univers, un imaginaire qui va charger le produit d’une désirabilité nouvelle. » « La consommation est une fécondation. L’industrie est en couches perpétuelles. Nous assistons les sages-femmes du commerce, nos clients » résume-t-il.

Dans Bureau d’études, il puise dans ses souvenirs des anecdotes tirées de son quotidien professionnel, bien moins insignifiantes qu’on pourrait le croire a priori. Le dada de Christian Gatard : comment le mythe travaille la réalité et la transfigure sans cesse – toutes les sciences molles, philosophie, sémiologie, sociologie, psychanalyse, ethnologie et cetera seront convoquées sans complexe tour à tour, ou plus souvent concomitamment, dans un art du coq à l’âne international parfaitement assumé. Entre impératifs économiques et pensée magique, Christian Gatard ébauche ainsi un syncrétisme furieusement contemporain, et idiosyncrasique, s’il en est.

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28/08/2008

Rien de plus

edleve3.jpgSuicide
Édouard Levé
P.O.L., 2008

(par Nicolas Cavaillès)

 

Texte remis à l’éditeur peu avant que l’auteur ne mette fin à ses jours, Suicide est, par-delà son titre imposant, aussi terrible qu’ambitieux, le roman à la deuxième personne d’un homme revenant sur le suicide d’un ami, jeune homme ténébreux, solitaire, partout étranger, austère et rigoureux, rêveur impitoyable, intelligent et fragile, ne goûtant que le retrait. D’une plume soucieuse et blafarde, Édouard Levé recompose la somme d’une vie dans une accumulation de vérités, de sensations et de sentiments qui furent ceux du suicidé, ou de ceux qui l’ont connu, avant ou après sa mort. Son écriture blanche, lestée de tout artifice de quelque ton que ce soit (« En art, retirer c’est parfaire »), et baignée d’indifférence, offre un texte assurément éprouvant, faisant feu d’un bois fort ambigu – celui de l’amour de la possibilité de mourir.

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27/08/2008

Le Restif du XIXe siècle

houssaye3.jpgDu danger de vivre en artiste quand on n’est que millionnaire
Arsène Houssaye
illustré par Anne Carreil

postface d’Éric Vauthier
Éditions de l’arbre vengeur, 2008

(par Frédéric Saenen)

 

 

La postérité a retenu bien peu de choses d’Arsène Houssaye (1815-1896). Pourtant, celui dont certains se souviennent parce qu’il fut le dédicataire du Spleen de Paris de Baudelaire en 1869 a laissé derrière lui nombre de poèmes, de romans, de nouvelles, d’articles de critique ou encore de pièces de théâtre. Bref, un auteur qui mérite d’être redécouvert, moins pour l’importance quantitative de sa production que pour le style de ses récits finement ciselés.

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25/08/2008

L’impossible armistice

aronica.jpgL’impossible armistice
Claire Aronica

Éd. de l’Armançon, 2008

 

(par N. Cavaillès)

 

Roman de l’après première-guerre entremêlant les déboires commerciaux d’une petite bijouterie familiale de Bourgogne et les récits de guerre du père, L’impossible armistice est celui des petites gens pour lesquelles la guerre ne s’est jamais terminée, dont la paix finale a été rendue impossible par l’absence d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un ami..., soit tout un pays coincé entre l’horreur et l’oubli. Rondement mené de la plume sensible et riche de sa jeune auteure Claire Aronica, L’impossible armistice déroule une trame dynamique autour d’un conflit de générations entre le père, ancien caporal rigoureux, et sa fille, active et passionnée, le tout baignant avec justesse dans le traumatisme général de 1919. Gouaille de poilu et littérature moderniste, joaillerie raffinée et cauchemar des tranchées – ce premier roman établit de vigoureuses et séduisantes « correspondances » (comme dans le beau chapitre ainsi intitulé) sur fond de siècle en mouvement et d’humanisme chaleureux.

23/08/2008

L’ami Mirbeau

omirbeau3.jpgLes mémoires de mon ami
Octave Mirbeau

Éditions L’Arbre vengeur, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

On n’en finira jamais de remettre à l’honneur le génie et la saine violence qui animent l’écriture d’Octave Mirbeau. Quand ce ne sont pas ses chroniques littéraires ou politiques qui sont republiées, c’est un roman méconnu qui resurgit et dont on ne peut interrompre la lecture, happé que l’on est par la force d’attraction de ce style dévastateur, énervé et sans concessions.

Publié à un moment charnière de la production romanesque de Mirbeau – soit entre l’échec de Sébastien Roch en 1890 et la sortie de son chef d’œuvre, Le Journal d’une femme de chambre, en 1901 – Les Mémoires de mon ami est un récit bref, dont l’ironie de fond est noircie au charbon de la révolte.

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20/07/2008

La Grèce, toujours

ccogne.jpgToute une nuit au Pirée

Christian Cogné

 L’Age d’Homme, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Une femme étrange veut retrouver « l’homme qui voulait devenir écrivain », et dans ce but engage un détective qui doit aller le rechercher jusqu’en Grèce. Que lui veut-elle ? Elle l’attend, rien de plus. Simultanément, l’écrivain tente de rattraper le temps perdu en déroulant cinq nouvelles réunies par quelques fils conducteurs communs : le mystère, la tonalité fantastique, la Grèce, toujours, à un moment ou à un autre. Par-dessus tout, comme l’ombre de la mort, comme un fatal avertissement, plane le vol d’animaux fabuleux, « oiseau non identifié » ou papillons énigmatiques… Mise en abyme de la création littéraire, Toute une nuit au Pirée est aussi une plongée dans les secrets insondables de la destinée humaine.

18/07/2008

Kaléidoscope

ptesta3.jpgFar West / Extrême-Orient
Philippe Testa

éditions Navarino

 

(par B. Longre)

 

« Les aéroports sont des sas d’accès au monde, les points de départ des routes aériennes. C’est là que le voyage commence et que l’attention s’éveille. »

Ces quelques mots ouvrent un carnet de voyage atypique et fragmenté, des USA au Vietnam en passant par le Japon, mais les saynètes à la fois dépaysantes et triviales qui le composent pourraient se dérouler, semble-t-il, dans une multitude d’endroits différents. L’auteur s’empare ici d’un matériau vivant (on rencontre en effet peu de passages sans présence humaine en leur centre) mais la plupart du temps, il s’efface devant les scènes décrites sur un ton laconique, minutieusement, cédant la place aux personnages, à des parcelles d’humanité qui, accumulées, forment un kaléidoscope déroutant et d’une grande justesse, des instantanés de la banalité ordinaire qui ne durent parfois que quelques secondes et possèdent une qualité quasiment cinématographique.

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