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francophone - Page 5

  • Authentique ?

    djaidani.jpgBoumkoeur

    Rachid Djaïdani

    Le Seuil, collection « Points Virgule »,  2005
    (édition originale : 1999)

     

    (par Christophe Rubin)

     

    Rachid Djaïdani, employant les mots de la cité mélangés à ceux de l’école, alliant tendresse et obscénité, pourrait sembler bien vulgaire et surtout bien insignifiant au premier regard. Voici comment le narrateur du roman présente son projet d’écriture : « J’ai toujours voulu écrire sur les ambiances et les galères du quartier et j’ai toutes les cartes en main. Ma sœur m’a même offert un carnet, avec un stylo de moyenne qualité, mais, comme on dit, c’est le geste qui compte. Elle dit : si j’y mets mon cœur, je pourrais faire un joli travail. »

     

    Il y a pourtant un talent certain dans Boumkoeur, un talent reconnu assez vite, une fois n’est pas coutume. Dès la sortie de ce roman, une place inattendue lui avait été accordée par les institutions littéraires de la télévision et de la presse, notamment par un Bernard Pivot étonné face au texte et au personnage qui se tenait sur son plateau.

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  • Candide en enfer

    9782702139219-V.jpgAu paradis de Candide
    Paul Melki
    Calmann-lévy, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Présenté à la façon du dix-huitième siècle à travers une fiction éditoriale ( un manuscrit perdu et retrouvé par un homme de ménage), ce récit propose une suite des aventures de Candide sous le titre « chapitres inconnus des aventures de Candide ». Frappé par la chute d’une poutre, Candide se retrouve à notre époque, paralysé et bavant, sous l’échangeur de Bagnolet. S’ensuivent toute une série de quiproquos dans lesquels Candide peine à communiquer avec ceux qu’il rencontre.

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  • Merveilleux continent

    roubaud.jpgLa Princesse Hoppy ou le conte du Labrador
    Jacques Roubaud

    Illustrations de François Ayroles et Etienne Lécroart

    Editions Absalon, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Que le lecteur ne compte pas sur le critique pour raconter le conte du Labrador ; il faut qu’il compte sur lui-même, le lecteur, pour se diriger dans le labyrinthe où Jacques Roubaud se complait à conter les aventures du Comte du Labrador, qu’il ne faut pas pour autant prendre pour argent comptant. Dans sa recherche, il sera peut-être content, le lecteur, de lire « L’épluchure du conte-oignon » d’Elvira Laskowski-Caujolle, qui contient un certain nombre d’explications complétant utilement « Le Conte conte le conte et compte » de Jacques Roubaud soi-même, rattachant clairement La Princesse Hoppy à l’influence de Queneau et aux contraintes oulipiennes.

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  • La part manquante

    calouan.jpgCe héros n’est pas mon père

    Calouan

    Les 400 coups, collection Connexion, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Ce livre est l’histoire d’une absence, celle du père. Caroline, jeune adolescente, n’a jamais connu ce dernier. Il les a abandonnées lorsqu’elle était bébé. Ce manque perturbe terriblement son existence au point qu’elle doute constamment d’elle. Préférant cacher la vérité à ses camarades plutôt que de leur faire pitié, elle s’invente un père héroïque trop occupé à sauver le monde pour l’élever. Le mensonge se transforme en déni, sorte de carapace de protection contre le désespoir…

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  • Méfions-nous des apparences

    bnicodeme.jpgMensonges

    Béatrice Nicodème
    Timée, 2008

     

    (par Blandine Longre)

     

    Rien ne va plus entre Jacques Valette, chirurgien renommé qui a entamé la rédaction de ses mémoires, et son épouse Jeanne, journaliste, partie vivre à Paris. Depuis leur séparation, il habite une grande maison isolée, sans se douter qu’un inconnu s’apprête à lui rendre visite et à le séquestrer, pour des raisons encore obscures. Un cambrioleur de passage ? Un ancien patient venu régler ses comptes, suite à une opération qui aurait mal tourné ? L'intrus est en tout cas esthète et habile comédien, comme en témoignent son goût pour la mise en scène et son sens de la théâtralité. De son côté, Jeanne se morfond depuis la disparition de son amant, qui l’a quittée comme « un mirage », et elle se confie à un ami policier. Ensemble, ils retracent les pas du fuyard et découvrent que Valette le connaîtrait…

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  • La francophonie vue du Québec… et d’ailleurs.

    9782896490455PI.jpgPourquoi la Francophonie ?
    Sous la direction de Louise Beaudoin et Stéphane Paquin

    vlb éditeur, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Louise Beaudoin et Stéphane Paquin, dans les domaines de la politique ou de l’enseignement, sont tous deux québécois, et l’on pouvait s’attendre à un ouvrage sur la Francophonie vue de leur pays – ce qui n’eût pas été choquant, au moment où s’y déroulait le Sommet de la Francophonie. C’est beaucoup plus que cela, puisque seuls deux des textes présentés ici (les deux derniers) fournissent des perspectives québécoises. Pour le reste, les contributions, qui émanent d’horizons divers, abordent des questions tant générales que spécifiques.

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  • Une histoire à la Prévert

    scotton.jpgLe Ventre de la baleine.

    Stanislas Cotton

    Théâtre, Lansman éditeur, 2008

     

    (par Annie Forest Abou-Mansour)

     

    Le Ventre de la Baleine de Stanilas Cotton est un soliloque de trente neuf pages, privé de ponctuation, hésitant entre le théâtre et la poésie. Ce texte débordant  de modernité et de fantaisie linguistique donne à entendre une histoire à la Prévert, celle d’Aphrodite, une femme banale, malgré son prénom : « Oui je suis une idiote Une imbécile Une souillon Bonne à rien », une déesse de l’amour paradoxalement mal aimée : « Pourquoi un si gentil Un ami Un amant Pourquoi mutent ses mains douces en mains dures ».

    Cette histoire ordinaire n’exclut cependant pas la poésie de l’écriture, la hardiesse des jeux de langage, les clins d’œil complices.  Le narrateur transforme le langage, opère des substitutions surprenantes en inversant les expressions : « Moi l’envolée au volant de ma vie l’embardement hors de l’alignement des jours ».

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  • Métamorphoses poétiques

    L59240.jpgFleur bleue
    Flynn Maria Bergmann
    Navarino Editions, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Si l’écriture est une recherche, il semble que pour Flynn Maria Bergmann, comme pour Novalis dans Heinrich von Ofterdingen ou pour Raymond Queneau dans plusieurs de ses romans, ce soit la recherche d’un idéal que tous trois (et accessoirement quelques autres) nomment « fleur bleue ». Et si écrire veut dire quelque chose (car « avant le verbe », le signe, le singe et l’herbe il y avait « l’eau » qui « ne voulait rien dire »), il semble que ce soit ce que les poètes ont toujours voulu exprimer, mais avec des mots, des vers, des phrases, des strophes bien à eux.

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  • Esquisses funéraires

    salog.jpgSalogi’s de Barlen Pyamootoo - Éditions de l’Olivier, 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)

     

     « J’entends encore nos cris de détresse et les menaces de mon père, puis ma mère qui lui a dit d’une voix blanche de ne pas nous frapper, que le monde était assez cruel comme ça […] »

     

    Avec deux extraordinaires romans (Bénarès, et Le Tour de Babylone), et un film (Bénarès, premier film mauricien), Barlen Pyamootoo semblait mener à merveille sa barque poétique et tranquille : « tout était bien », comme il l’écrit poliment dans Salogi’s – jusqu’à ce que la mort ne vînt accidentellement enlever Salogi, la mère du romancier.

    C’est à elle qu’il consacre son troisième roman, fort différent des deux premiers, troquant l’errance géographique pour un parcours biographique, pour un voyage dans le temps et pour une déclaration proustienne d’amour à la mère, doucement encadrée dans la misère de l’île Maurice, loin des clichés touristiques comme de tout exotisme.

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  • En écho

    88715971.jpg289687767.jpgRendez-vous sur le lac
    Cathy Ytak
    La cabane sur le chien, mars 2008

    Rien que ta peau

    Cathy Ytak

    D’une seule voix, Actes Sud Junior, octobre 2008

     

    (par Madeline Roth)

     

    Mises côte à côte, les deux couvertures ont presque le même vert, et puis les mains qui se touchent… Les deux derniers romans de Cathy Ytak se ressemblent étrangement, et même si le premier est une réédition d’un roman paru en 2003 chez J’ai lu, ces deux textes semblent se suivre, étrangement, et se répondre même, parfois.

     

    En simplifiant, les deux récits racontent une histoire d’amour au bord d’un lac de montagne. Ensuite, tout est évidemment plus compliqué que cela. Dans Rendez-vous sur le lac, Marion a quinze ans. Elle vit dans une ferme isolée, attendant de quitter le lycée le week-end pour se réfugier en forêt. Elle se moque pas mal d’être cette fille franche et taiseuse qui ne se reconnait pas dans les caprices de son amie Aurélie. Et quand Clément arrive dans sa vie, elle découvre qu’elle peut partager avec lui sa passion pour la nature, le nom des fleurs et des oiseaux que lui apprend encore sa grand-mère.

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  • Blanc d'hôpital

     fin_decembre2.jpg
    Fin décembre
    Marianne Ratier
    Carabas, mars 2008

    (par Madeline Roth)

    C’est le blanc qui surprend. Comme un blanc d’hôpital. Quel âge a cette petite fille qui raconte la maladie de sa mère ? Le récit débute il y a trois ans, en vacances, lorsque les premières douleurs se font ressentir. Marianne Ratier raconte ensuite le cancer, avec les traitements, les périodes de rémission, les rechutes. Et puis la mort, et l’après. « Je viens de perdre mes fondations ».

    Récit graphique, journal intime dessiné, l’émotion naît le plus souvent du dépouillement avec lequel Marianne Ratier approche la mort. Le dessin est minimal, radical. Deux doubles pages peintes en noir au milieu du récit, mais tout le reste en blanc, croquis, dessins d’une enfant sans âge qui triture au crayon l’invasion du cancer dans le corps maternel.

  • A l'impératif féminin

    fenetresurlabime.jpgFenêtre sur l'abîme
    Sumana Sinha
    Editions de la différence, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Peut-on survivre à son appétit de vivre ? Madhuban, jeune indienne éprise de liberté, n’en doute pas quand elle quitte Calcutta pour Paris, fuyant le regard inquisiteur de ses parents sur sa vie amoureuse qu’ils réprouvent, au nom de la tradition.

    Madhuban, femme passionnée à la présence vive, s’enivre de la vie parisienne et de ses découvertes, rencontre un professeur d’université qu’elle épouse, malgré leur différence d’âge – comment rester à Paris sans papiers ? – s’étourdit dans les bras d’un amant par besoin de mettre des couleurs dans sa vie. Elle finit par se perdre à force de chercher des fenêtres à travers les corps et les mots, chercher le souffle et la lumière qui parviendraient à exprimer son être, cette intensité, « le vibrato intime nommé poésie ».

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  • La Grande Gidouille en minilivre

    25645.jpgLa Grande Gidouille en minilivre

     

    Le Cercle des Pataphysiciens

    Collège de ’Pataphysique

    Mille et une nuits, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Pataphysiciens, nous le sommes tous, consciemment ou inconsciemment. « Science des solutions imaginaires » selon Alfred Jarry, « la ’Pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir », fait-il dire au Père Ubu. L’avantage, c’est que les définitions peuvent se multiplier et s’élargir sans préjudice pour ladite science (dont le nom, rappelons-le, doit s’orner d’une apostrophe initiale, alors que l’adjectif en est dispensé), au point que « le monde est dans toute sa dimension le véritable Collège de ’Pataphysique », ou que « la ’Pataphysique est une machine à explorer le monde ».

    Mais les recherches ne doivent pas partir à vau l’eau, et le Collège est là pour régenter ce qui pourrait devenir, selon le vœu d’Umberto Eco, « la science des solutions inimaginables ». Le Collège de ’Pataphysique, fondé en 1948 (exactement le 1er décervelage 76 de l’ère pataphysique), est donc là, avec son immuable hiérarchie (dans l’ordre décroissant : le « Curateur Inamovible » - Jarry en personne -, le « Vice-Curateur » - chef suprême temporel - , puis les « Provéditeurs », « Satrapes », « Régents », « Dataires », et enfin les « Auditeurs » et « Correspondants »), ses « commissions », « sous-commissions », « intermissions », son Ordre de la Grande Gidouille, son Calendrier (qui commence à la Nativité d’Alfred Jarry), ses publications, ses membres…

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  • Gus, un enfant d'aujourd'hui

    gus.jpgLe petit Gus
    Claudine Desmarteau
    Panama, 2008

    A partir de 9 ans

     

    (Par Catherine Gentile)

     

    Le 29 mars 1959, la première histoire du Petit Nicolas paraît dans Sud-Ouest dimanche et conquiert rapidement les faveurs du public. Aujourd’hui ce personnage et ses copains font toujours rire les enfants et les grands, malgré leur ancrage dans les années soixante, il y a donc bien longtemps …

    Le 28 août 2008, Le petit Gus (dédié à René Goscinny et à Jean-Jacques Sempé) paraît au Panama, imaginé, écrit et dessiné par Claudine Desmarteau qui fait preuve d’une belle énergie et d’une langue drôle et inventive. Espérons qu’il aura une aussi belle longévité !

     

    Gus, notre narrateur, c’est donc Gustave, « tout ça parce que les vieux prénoms moches étaient à la mode le jour où je suis né. » Il a dix ans, un père qui perd ses cheveux, une mère petite et brune, qui fait un régime, une grande sœur de 14 ans, Delphine, qui écoute Nirvana en boucle sur son i-Pod, un plus grand frère, Romain, 17 ans, qui porte des pantalons trop horribles complètement collés aux mollets, mais qui sont « style » d’après lui (prononcer « style » comme dans « ail »), trois grands-parents (parce que l’une de ses grands-mères est « dessoudée » !), et une chatte, Monica, (à cause de Monica Belluchi) qui attend des chatons. Gus va à l’école, il est en CM2 avec Arthur, Victor, Aboubakar, Romane, Sofiane, Ahmed, Rachid, Guondo, Alice, Jamila et Ryan. Pas en avance, le Ryan : 13 ans, 80 kg, qui « traverse toujours la cour de l’école comme un taureau sans regarder en dessous de lui si un humain croise sa route ».

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  • Art d’Emmanuel Carrère

    ecarrere.jpgUn roman russe
    Emmanuel CARRÈRE
    Folio n°4771, 2008

    (par Frédéric Saenen)

     

    Faut-il nécessairement mener une vie d’écrivain – soit digne d’intérêt au point d’être racontée – pour être écrivain ou, à l’inverse, faut-il être a priori écrivain pour saisir que tout événement qui survient est voué à devenir matériau littéraire ? C’est cette interrogation principielle, aussi insoluble sans doute que celle de l’œuf et de la poule, qu’Emmanuel Carrère approfondit, chaque fois un peu plus vertigineusement, depuis une vingtaine d’années.
    L’Adversaire était à ce propos un texte des plus symptomatiques, en filigrane duquel se dressait le constat que, à la faveur d’un dramatique fait divers, la réalité avait définitivement dépassé la fiction, et que, sur le terrain du mentir-vrai, Romand avait supplanté le Roman. Le titre de l’ouvrage mériterait peut-être même d’être réévalué en ces termes, car l’écrivain semblait être tombé à son maître majuscule : le mythomane meurtrier qui, acculé à l’impératif de dévoilement, préfère dégommer un à un ses personnages en quête de mari, de fils, de père, d’amant, donc d’auteur. La réédition en format poche de Un roman russe précipite à nouveau le lecteur en plein piège, au fil d’un quinconce aussi jouissif qu’angoissant.

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  • Les débuts sont des moments délicats

    tgornet3.jpgJe n’ai plus dix ans
    Thomas Gornet
    Neuf, L’école des Loisirs, 2008

    (par Madeline Roth)

    « Il y a un film de science-fiction qui commence dans les étoiles. On les voit s’allumer une par une. Et ensuite une tête de femme apparaît, comme si elle flottait dedans. Et elle dit : « Les débuts sont des moments délicats ».

    Je n’ai plus dix ans est le deuxième livre de Thomas Gornet, après Qui suis-je ?, publié dans la collection Medium de L’Ecole des Loisirs, en 2006. Ce premier livre avait déjà ce goût de terre, de cour d’école, de bleus au genou. Il y a des auteurs qui parlent de l’enfance comme s’ils n’en étaient jamais tout à fait partis. Pas quelque chose posé à côté, dissonant. Et puis il faut voir Thomas Gornet sur scène aussi, pour se remplir d’images.

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  • Partira ? Partira pas ?

    candelaria_double.jpgCandelaria ne viendra pas
    de Mercedes Deambrosis
    vu par Marko Velk
    éditions du Chemin de fer, 2008

     

    (par B. Longre)

     

     

    Un mari qui l’humilie avec une cruauté désormais inscrite dans la banalité du quotidien, des enfants égoïstes qui la méprisent ouvertement, une vieille mère capricieuse : voilà à quoi se résume l’existence d’une mère de famille madrilène au tempérament peu affirmé...

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  • « Promenons-nous dans les bois… »

    9782842303167.jpgComptines assassines de Pierre Dubois, Éditions Hoëbeke, 2008

     

    (par Samia HAMMAMI)

     

    Romancier, chroniqueur, scénariste, auteur de bandes dessinées, l’Ardennais Pierre Dubois est également un ami de longue date des fées, elfes, lutins et autres êtres magiques habitant nos contrées. Dans Comptines assassines, il adopte le parti, dans la lignée de son précédent opus Les contes de crimes, de revisiter, avec une plume élégante et trempée dans une noirceur opaque, les légendes de notre enfance.

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  • L’Eau et le Feu

    jchauvire3.jpgLa Terre et la Guerre
    Jacques Chauviré

    Le temps qu’il fait, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Certains romanciers assaisonnés à la sauce médiatique actuelle devraient lire le discret docteur Jacques Chauviré (1915-2005), et particulièrement La Terre et La Guerre. Ils y verraient peut-être, s’ils en sont capables, comment un récit de fiction peut à la fois traduire et transfigurer la réalité, comment l’écriture peut investir événements et personnages, comment un vrai roman doit être une somme susceptible de planter dans l’esprit du lecteur les bouleversements du monde et des individus, et ainsi de bouleverser le lecteur lui-même.

    La famille Calvière vit dans les Dombes, près de la Saône que l’auteur a bien connue et si bien évoquée dans d’autres livres. Du début à la fin de la guerre de 14-18, Jérôme et sa femme Lucie, leurs enfants Laurence, Jean et Amélie vont connaître et subir ce qu’ont connu et subi bien des familles françaises durant cette période : départs pour la guerre, blessures morales et physiques, deuils, changements imperceptibles ou éclatants dans la manière d’appréhender la vie.

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  • « le bonheur du lecteur »

    restif.jpgL’Anti-Justine
    Restif De La Bretonne
    La Musardine, Collection « Lectures amoureuses de JJ Pauvert »

     

    (par F. Saenen)

     

    C’est en 1798, soit sept ans après la publication de Justine ou les malheurs de la vertu, que Restif réplique à l’œuvre «infâme» de Sade, avec son Anti-Justine. L’ouvrage ne fut initialement tiré qu’à cinq exemplaires et, bien qu’inachevé, il donne une bonne idée du projet que nourrissait Monsieur Nicolas à l’encontre du Divin Marquis : produire un livre «plus savoureux que le sien », point tant morbide, attaché à dépeindre les délices de l’amour plutôt qu’à encourager au bafouage des bonnes moeurs. La cohérence narrative passe donc très largement au second plan, au profit d’une exubérance permanente, doublée d’une increvable inventivité langagière. L’on s’amusera donc des ébats de Melle Convelouté, des « conilleries » de Vitnègre – qui coucha avec sa filleule, femme d’un espion de police – des dépucelages et gamahuchages en tous genres… De quoi contribuer au but que Restif assignait à tout auteur digne de ce nom : « le bonheur du lecteur ».

     

    http://www.lamusardine.com/BOU2/bin/accueil.cgi