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06/11/2008

Authentique ?

djaidani.jpgBoumkoeur

Rachid Djaïdani

Le Seuil, collection « Points Virgule »,  2005
(édition originale : 1999)

 

(par Christophe Rubin)

 

Rachid Djaïdani, employant les mots de la cité mélangés à ceux de l’école, alliant tendresse et obscénité, pourrait sembler bien vulgaire et surtout bien insignifiant au premier regard. Voici comment le narrateur du roman présente son projet d’écriture : « J’ai toujours voulu écrire sur les ambiances et les galères du quartier et j’ai toutes les cartes en main. Ma sœur m’a même offert un carnet, avec un stylo de moyenne qualité, mais, comme on dit, c’est le geste qui compte. Elle dit : si j’y mets mon cœur, je pourrais faire un joli travail. »

 

Il y a pourtant un talent certain dans Boumkoeur, un talent reconnu assez vite, une fois n’est pas coutume. Dès la sortie de ce roman, une place inattendue lui avait été accordée par les institutions littéraires de la télévision et de la presse, notamment par un Bernard Pivot étonné face au texte et au personnage qui se tenait sur son plateau.

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04/11/2008

Candide en enfer

9782702139219-V.jpgAu paradis de Candide
Paul Melki
Calmann-lévy, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Présenté à la façon du dix-huitième siècle à travers une fiction éditoriale ( un manuscrit perdu et retrouvé par un homme de ménage), ce récit propose une suite des aventures de Candide sous le titre « chapitres inconnus des aventures de Candide ». Frappé par la chute d’une poutre, Candide se retrouve à notre époque, paralysé et bavant, sous l’échangeur de Bagnolet. S’ensuivent toute une série de quiproquos dans lesquels Candide peine à communiquer avec ceux qu’il rencontre.

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Merveilleux continent

roubaud.jpgLa Princesse Hoppy ou le conte du Labrador
Jacques Roubaud

Illustrations de François Ayroles et Etienne Lécroart

Editions Absalon, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Que le lecteur ne compte pas sur le critique pour raconter le conte du Labrador ; il faut qu’il compte sur lui-même, le lecteur, pour se diriger dans le labyrinthe où Jacques Roubaud se complait à conter les aventures du Comte du Labrador, qu’il ne faut pas pour autant prendre pour argent comptant. Dans sa recherche, il sera peut-être content, le lecteur, de lire « L’épluchure du conte-oignon » d’Elvira Laskowski-Caujolle, qui contient un certain nombre d’explications complétant utilement « Le Conte conte le conte et compte » de Jacques Roubaud soi-même, rattachant clairement La Princesse Hoppy à l’influence de Queneau et aux contraintes oulipiennes.

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03/11/2008

La part manquante

calouan.jpgCe héros n’est pas mon père

Calouan

Les 400 coups, collection Connexion, 2008

 

(par Caroline Scandale)

 

Ce livre est l’histoire d’une absence, celle du père. Caroline, jeune adolescente, n’a jamais connu ce dernier. Il les a abandonnées lorsqu’elle était bébé. Ce manque perturbe terriblement son existence au point qu’elle doute constamment d’elle. Préférant cacher la vérité à ses camarades plutôt que de leur faire pitié, elle s’invente un père héroïque trop occupé à sauver le monde pour l’élever. Le mensonge se transforme en déni, sorte de carapace de protection contre le désespoir…

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29/10/2008

Méfions-nous des apparences

bnicodeme.jpgMensonges

Béatrice Nicodème
Timée, 2008

 

(par Blandine Longre)

 

Rien ne va plus entre Jacques Valette, chirurgien renommé qui a entamé la rédaction de ses mémoires, et son épouse Jeanne, journaliste, partie vivre à Paris. Depuis leur séparation, il habite une grande maison isolée, sans se douter qu’un inconnu s’apprête à lui rendre visite et à le séquestrer, pour des raisons encore obscures. Un cambrioleur de passage ? Un ancien patient venu régler ses comptes, suite à une opération qui aurait mal tourné ? L'intrus est en tout cas esthète et habile comédien, comme en témoignent son goût pour la mise en scène et son sens de la théâtralité. De son côté, Jeanne se morfond depuis la disparition de son amant, qui l’a quittée comme « un mirage », et elle se confie à un ami policier. Ensemble, ils retracent les pas du fuyard et découvrent que Valette le connaîtrait…

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26/10/2008

La francophonie vue du Québec… et d’ailleurs.

9782896490455PI.jpgPourquoi la Francophonie ?
Sous la direction de Louise Beaudoin et Stéphane Paquin

vlb éditeur, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Louise Beaudoin et Stéphane Paquin, dans les domaines de la politique ou de l’enseignement, sont tous deux québécois, et l’on pouvait s’attendre à un ouvrage sur la Francophonie vue de leur pays – ce qui n’eût pas été choquant, au moment où s’y déroulait le Sommet de la Francophonie. C’est beaucoup plus que cela, puisque seuls deux des textes présentés ici (les deux derniers) fournissent des perspectives québécoises. Pour le reste, les contributions, qui émanent d’horizons divers, abordent des questions tant générales que spécifiques.

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25/10/2008

Une histoire à la Prévert

scotton.jpgLe Ventre de la baleine.

Stanislas Cotton

Théâtre, Lansman éditeur, 2008

 

(par Annie Forest Abou-Mansour)

 

Le Ventre de la Baleine de Stanilas Cotton est un soliloque de trente neuf pages, privé de ponctuation, hésitant entre le théâtre et la poésie. Ce texte débordant  de modernité et de fantaisie linguistique donne à entendre une histoire à la Prévert, celle d’Aphrodite, une femme banale, malgré son prénom : « Oui je suis une idiote Une imbécile Une souillon Bonne à rien », une déesse de l’amour paradoxalement mal aimée : « Pourquoi un si gentil Un ami Un amant Pourquoi mutent ses mains douces en mains dures ».

Cette histoire ordinaire n’exclut cependant pas la poésie de l’écriture, la hardiesse des jeux de langage, les clins d’œil complices.  Le narrateur transforme le langage, opère des substitutions surprenantes en inversant les expressions : « Moi l’envolée au volant de ma vie l’embardement hors de l’alignement des jours ».

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23/10/2008

Métamorphoses poétiques

L59240.jpgFleur bleue
Flynn Maria Bergmann
Navarino Editions, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

Si l’écriture est une recherche, il semble que pour Flynn Maria Bergmann, comme pour Novalis dans Heinrich von Ofterdingen ou pour Raymond Queneau dans plusieurs de ses romans, ce soit la recherche d’un idéal que tous trois (et accessoirement quelques autres) nomment « fleur bleue ». Et si écrire veut dire quelque chose (car « avant le verbe », le signe, le singe et l’herbe il y avait « l’eau » qui « ne voulait rien dire »), il semble que ce soit ce que les poètes ont toujours voulu exprimer, mais avec des mots, des vers, des phrases, des strophes bien à eux.

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19/10/2008

Esquisses funéraires

salog.jpgSalogi’s de Barlen Pyamootoo - Éditions de l’Olivier, 2008

 

(par Nicolas Cavaillès)

 

 « J’entends encore nos cris de détresse et les menaces de mon père, puis ma mère qui lui a dit d’une voix blanche de ne pas nous frapper, que le monde était assez cruel comme ça […] »

 

Avec deux extraordinaires romans (Bénarès, et Le Tour de Babylone), et un film (Bénarès, premier film mauricien), Barlen Pyamootoo semblait mener à merveille sa barque poétique et tranquille : « tout était bien », comme il l’écrit poliment dans Salogi’s – jusqu’à ce que la mort ne vînt accidentellement enlever Salogi, la mère du romancier.

C’est à elle qu’il consacre son troisième roman, fort différent des deux premiers, troquant l’errance géographique pour un parcours biographique, pour un voyage dans le temps et pour une déclaration proustienne d’amour à la mère, doucement encadrée dans la misère de l’île Maurice, loin des clichés touristiques comme de tout exotisme.

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18/10/2008

En écho

88715971.jpg289687767.jpgRendez-vous sur le lac
Cathy Ytak
La cabane sur le chien, mars 2008

Rien que ta peau

Cathy Ytak

D’une seule voix, Actes Sud Junior, octobre 2008

 

(par Madeline Roth)

 

Mises côte à côte, les deux couvertures ont presque le même vert, et puis les mains qui se touchent… Les deux derniers romans de Cathy Ytak se ressemblent étrangement, et même si le premier est une réédition d’un roman paru en 2003 chez J’ai lu, ces deux textes semblent se suivre, étrangement, et se répondre même, parfois.

 

En simplifiant, les deux récits racontent une histoire d’amour au bord d’un lac de montagne. Ensuite, tout est évidemment plus compliqué que cela. Dans Rendez-vous sur le lac, Marion a quinze ans. Elle vit dans une ferme isolée, attendant de quitter le lycée le week-end pour se réfugier en forêt. Elle se moque pas mal d’être cette fille franche et taiseuse qui ne se reconnait pas dans les caprices de son amie Aurélie. Et quand Clément arrive dans sa vie, elle découvre qu’elle peut partager avec lui sa passion pour la nature, le nom des fleurs et des oiseaux que lui apprend encore sa grand-mère.

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17/10/2008

Blanc d'hôpital

 fin_decembre2.jpg
Fin décembre
Marianne Ratier
Carabas, mars 2008

(par Madeline Roth)

C’est le blanc qui surprend. Comme un blanc d’hôpital. Quel âge a cette petite fille qui raconte la maladie de sa mère ? Le récit débute il y a trois ans, en vacances, lorsque les premières douleurs se font ressentir. Marianne Ratier raconte ensuite le cancer, avec les traitements, les périodes de rémission, les rechutes. Et puis la mort, et l’après. « Je viens de perdre mes fondations ».

Récit graphique, journal intime dessiné, l’émotion naît le plus souvent du dépouillement avec lequel Marianne Ratier approche la mort. Le dessin est minimal, radical. Deux doubles pages peintes en noir au milieu du récit, mais tout le reste en blanc, croquis, dessins d’une enfant sans âge qui triture au crayon l’invasion du cancer dans le corps maternel.

15/10/2008

A l'impératif féminin

fenetresurlabime.jpgFenêtre sur l'abîme
Sumana Sinha
Editions de la différence, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Peut-on survivre à son appétit de vivre ? Madhuban, jeune indienne éprise de liberté, n’en doute pas quand elle quitte Calcutta pour Paris, fuyant le regard inquisiteur de ses parents sur sa vie amoureuse qu’ils réprouvent, au nom de la tradition.

Madhuban, femme passionnée à la présence vive, s’enivre de la vie parisienne et de ses découvertes, rencontre un professeur d’université qu’elle épouse, malgré leur différence d’âge – comment rester à Paris sans papiers ? – s’étourdit dans les bras d’un amant par besoin de mettre des couleurs dans sa vie. Elle finit par se perdre à force de chercher des fenêtres à travers les corps et les mots, chercher le souffle et la lumière qui parviendraient à exprimer son être, cette intensité, « le vibrato intime nommé poésie ».

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14/10/2008

La Grande Gidouille en minilivre

25645.jpgLa Grande Gidouille en minilivre

 

Le Cercle des Pataphysiciens

Collège de ’Pataphysique

Mille et une nuits, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

Pataphysiciens, nous le sommes tous, consciemment ou inconsciemment. « Science des solutions imaginaires » selon Alfred Jarry, « la ’Pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir », fait-il dire au Père Ubu. L’avantage, c’est que les définitions peuvent se multiplier et s’élargir sans préjudice pour ladite science (dont le nom, rappelons-le, doit s’orner d’une apostrophe initiale, alors que l’adjectif en est dispensé), au point que « le monde est dans toute sa dimension le véritable Collège de ’Pataphysique », ou que « la ’Pataphysique est une machine à explorer le monde ».

Mais les recherches ne doivent pas partir à vau l’eau, et le Collège est là pour régenter ce qui pourrait devenir, selon le vœu d’Umberto Eco, « la science des solutions inimaginables ». Le Collège de ’Pataphysique, fondé en 1948 (exactement le 1er décervelage 76 de l’ère pataphysique), est donc là, avec son immuable hiérarchie (dans l’ordre décroissant : le « Curateur Inamovible » - Jarry en personne -, le « Vice-Curateur » - chef suprême temporel - , puis les « Provéditeurs », « Satrapes », « Régents », « Dataires », et enfin les « Auditeurs » et « Correspondants »), ses « commissions », « sous-commissions », « intermissions », son Ordre de la Grande Gidouille, son Calendrier (qui commence à la Nativité d’Alfred Jarry), ses publications, ses membres…

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13/10/2008

Gus, un enfant d'aujourd'hui

gus.jpgLe petit Gus
Claudine Desmarteau
Panama, 2008

A partir de 9 ans

 

(Par Catherine Gentile)

 

Le 29 mars 1959, la première histoire du Petit Nicolas paraît dans Sud-Ouest dimanche et conquiert rapidement les faveurs du public. Aujourd’hui ce personnage et ses copains font toujours rire les enfants et les grands, malgré leur ancrage dans les années soixante, il y a donc bien longtemps …

Le 28 août 2008, Le petit Gus (dédié à René Goscinny et à Jean-Jacques Sempé) paraît au Panama, imaginé, écrit et dessiné par Claudine Desmarteau qui fait preuve d’une belle énergie et d’une langue drôle et inventive. Espérons qu’il aura une aussi belle longévité !

 

Gus, notre narrateur, c’est donc Gustave, « tout ça parce que les vieux prénoms moches étaient à la mode le jour où je suis né. » Il a dix ans, un père qui perd ses cheveux, une mère petite et brune, qui fait un régime, une grande sœur de 14 ans, Delphine, qui écoute Nirvana en boucle sur son i-Pod, un plus grand frère, Romain, 17 ans, qui porte des pantalons trop horribles complètement collés aux mollets, mais qui sont « style » d’après lui (prononcer « style » comme dans « ail »), trois grands-parents (parce que l’une de ses grands-mères est « dessoudée » !), et une chatte, Monica, (à cause de Monica Belluchi) qui attend des chatons. Gus va à l’école, il est en CM2 avec Arthur, Victor, Aboubakar, Romane, Sofiane, Ahmed, Rachid, Guondo, Alice, Jamila et Ryan. Pas en avance, le Ryan : 13 ans, 80 kg, qui « traverse toujours la cour de l’école comme un taureau sans regarder en dessous de lui si un humain croise sa route ».

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11/10/2008

Art d’Emmanuel Carrère

ecarrere.jpgUn roman russe
Emmanuel CARRÈRE
Folio n°4771, 2008

(par Frédéric Saenen)

 

Faut-il nécessairement mener une vie d’écrivain – soit digne d’intérêt au point d’être racontée – pour être écrivain ou, à l’inverse, faut-il être a priori écrivain pour saisir que tout événement qui survient est voué à devenir matériau littéraire ? C’est cette interrogation principielle, aussi insoluble sans doute que celle de l’œuf et de la poule, qu’Emmanuel Carrère approfondit, chaque fois un peu plus vertigineusement, depuis une vingtaine d’années.
L’Adversaire était à ce propos un texte des plus symptomatiques, en filigrane duquel se dressait le constat que, à la faveur d’un dramatique fait divers, la réalité avait définitivement dépassé la fiction, et que, sur le terrain du mentir-vrai, Romand avait supplanté le Roman. Le titre de l’ouvrage mériterait peut-être même d’être réévalué en ces termes, car l’écrivain semblait être tombé à son maître majuscule : le mythomane meurtrier qui, acculé à l’impératif de dévoilement, préfère dégommer un à un ses personnages en quête de mari, de fils, de père, d’amant, donc d’auteur. La réédition en format poche de Un roman russe précipite à nouveau le lecteur en plein piège, au fil d’un quinconce aussi jouissif qu’angoissant.

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10/10/2008

Les débuts sont des moments délicats

tgornet3.jpgJe n’ai plus dix ans
Thomas Gornet
Neuf, L’école des Loisirs, 2008

(par Madeline Roth)

« Il y a un film de science-fiction qui commence dans les étoiles. On les voit s’allumer une par une. Et ensuite une tête de femme apparaît, comme si elle flottait dedans. Et elle dit : « Les débuts sont des moments délicats ».

Je n’ai plus dix ans est le deuxième livre de Thomas Gornet, après Qui suis-je ?, publié dans la collection Medium de L’Ecole des Loisirs, en 2006. Ce premier livre avait déjà ce goût de terre, de cour d’école, de bleus au genou. Il y a des auteurs qui parlent de l’enfance comme s’ils n’en étaient jamais tout à fait partis. Pas quelque chose posé à côté, dissonant. Et puis il faut voir Thomas Gornet sur scène aussi, pour se remplir d’images.

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08/10/2008

Partira ? Partira pas ?

candelaria_double.jpgCandelaria ne viendra pas
de Mercedes Deambrosis
vu par Marko Velk
éditions du Chemin de fer, 2008

 

(par B. Longre)

 

 

Un mari qui l’humilie avec une cruauté désormais inscrite dans la banalité du quotidien, des enfants égoïstes qui la méprisent ouvertement, une vieille mère capricieuse : voilà à quoi se résume l’existence d’une mère de famille madrilène au tempérament peu affirmé...

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07/10/2008

« Promenons-nous dans les bois… »

9782842303167.jpgComptines assassines de Pierre Dubois, Éditions Hoëbeke, 2008

 

(par Samia HAMMAMI)

 

Romancier, chroniqueur, scénariste, auteur de bandes dessinées, l’Ardennais Pierre Dubois est également un ami de longue date des fées, elfes, lutins et autres êtres magiques habitant nos contrées. Dans Comptines assassines, il adopte le parti, dans la lignée de son précédent opus Les contes de crimes, de revisiter, avec une plume élégante et trempée dans une noirceur opaque, les légendes de notre enfance.

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29/09/2008

L’Eau et le Feu

jchauvire3.jpgLa Terre et la Guerre
Jacques Chauviré

Le temps qu’il fait, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

Certains romanciers assaisonnés à la sauce médiatique actuelle devraient lire le discret docteur Jacques Chauviré (1915-2005), et particulièrement La Terre et La Guerre. Ils y verraient peut-être, s’ils en sont capables, comment un récit de fiction peut à la fois traduire et transfigurer la réalité, comment l’écriture peut investir événements et personnages, comment un vrai roman doit être une somme susceptible de planter dans l’esprit du lecteur les bouleversements du monde et des individus, et ainsi de bouleverser le lecteur lui-même.

La famille Calvière vit dans les Dombes, près de la Saône que l’auteur a bien connue et si bien évoquée dans d’autres livres. Du début à la fin de la guerre de 14-18, Jérôme et sa femme Lucie, leurs enfants Laurence, Jean et Amélie vont connaître et subir ce qu’ont connu et subi bien des familles françaises durant cette période : départs pour la guerre, blessures morales et physiques, deuils, changements imperceptibles ou éclatants dans la manière d’appréhender la vie.

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27/09/2008

« le bonheur du lecteur »

restif.jpgL’Anti-Justine
Restif De La Bretonne
La Musardine, Collection « Lectures amoureuses de JJ Pauvert »

 

(par F. Saenen)

 

C’est en 1798, soit sept ans après la publication de Justine ou les malheurs de la vertu, que Restif réplique à l’œuvre «infâme» de Sade, avec son Anti-Justine. L’ouvrage ne fut initialement tiré qu’à cinq exemplaires et, bien qu’inachevé, il donne une bonne idée du projet que nourrissait Monsieur Nicolas à l’encontre du Divin Marquis : produire un livre «plus savoureux que le sien », point tant morbide, attaché à dépeindre les délices de l’amour plutôt qu’à encourager au bafouage des bonnes moeurs. La cohérence narrative passe donc très largement au second plan, au profit d’une exubérance permanente, doublée d’une increvable inventivité langagière. L’on s’amusera donc des ébats de Melle Convelouté, des « conilleries » de Vitnègre – qui coucha avec sa filleule, femme d’un espion de police – des dépucelages et gamahuchages en tous genres… De quoi contribuer au but que Restif assignait à tout auteur digne de ce nom : « le bonheur du lecteur ».

 

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