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francophone - Page 4

  • Céline, autre et tel qu'en lui-même

    autreceline.jpgUn autre Céline
    De la fureur à la féérie - deux cahiers de prison

    Henri Godard
    Editions textuel, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Présente-t-on encore Henri Godard ? Henri Godard, l’auteur en 1994 de l’indispensable synthèse que constituait Céline scandale et, plus encore, quelque dix ans auparavant, d’une Poétique de Céline qui fit entrer de plain-pied l’argotier absolu dans le giron de l’Alma mater, jusque là réticente à l’accueillir. Henri Godard, surtout, l’éditeur des quatre volumes de la Pléiade. C’est de cette prestigieuse signature que s’enrichit un coffret de ce que l’on qualifie de « beaux livres ». Si vous comptez parmi vos amis un célinolâtre, ne cherchez pas plus loin ce que vous lui déposerez sous le sapin.

    Le but poursuivi dans Un autre Céline est annoncé sans ambages : « Ce panorama, dressé hors de toute visée biographique et même hors chronologie, afin de donner leurs justes proportions à quelques-unes des composantes du paysage de Céline, ne cherche pas à en faire une étude systématique. Mais l’iconographie est là pour prendre le relais de l’analyse. Elle aussi, de manière différente, est de nature à enrichir la lecture des textes en montrant visuellement des images que le romancier ne laisse affleurer que par des coups de projecteurs toujours brefs ».

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  • Une vie de Pumpkins

    392580919.jpgThe Smashing Pumpkins / Tarantula Box Set
    Claire Fercak
    Le mot et le reste, 2008

     

    (par B. Longre)

     

     « Dans notre sang, cadences nerveuses et mélopées fantastiques. »

     

    Quand vous écoutez certaines paroles-et-musiques en boucle depuis des années et que vous ouvrez un livre qui vous raconte que cela n’arrive pas qu’à vous, il y a de quoi se réjouir. Après, aimer (ou du moins connaître en néophyte) les Smashing Pumpkins est-il une condition indispensable pour qui voudrait goûter pleinement à cette inclassable fiction musicale ? Pas nécessairement, car dans la trentaine de « pistes » composée par Claire Fercak, on trouve non seulement un fil narratif cohérent (l’histoire d’une fille-chanson enfermée dans sa boîte-refuge, un coffret de musiques d’où elle refuse obstinément de sortir), mais aussi une écriture qui épouse à merveille les sensations, les détresses, les errances et les aventures de l’héroïne changeante, se modifiant au fil des musiques, à l’instar des décors et des atmosphères.

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  • Ici, le temps devient espace...

    jspitz.jpgL’Œil du purgatoire

    Jacques Spitz

    L'Arbre vengeur, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Rares sont les romans qui procurent un véritable vertige en amenant leur lecteur au seuil du vide. L’Œil du purgatoire de Jacques Spitz (1896-1963) fait partie de ces cas-limites qui permettent d’éprouver pour ainsi dire physiquement l’angoisse inhérente aux concepts d’éternité ou d’infini.

    « Jacques Spitz ? Connais pas… » Normal, et qui pourra vous en faire grief ? Nous avons affaire ici à l’un des plus éminents représentants de la science-fiction à la française qui, au contraire d’un Pierre Boulle ou d’un René Barjavel, a injustement sombré dans l’oubli. L’essentiel de son œuvre, frappée du sceau de l’imaginaire scientifique, a pourtant été publié chez Gallimard dans les années 30 mais, mystère du tamisage de la postérité, elle n’a pas franchi le cap de la Seconde Guerre mondiale. C’est ainsi que L’Agonie du globe ou encore La Guerre des mouches ne sont plus guère invoqués que par quelques initiés dont le livre de chevet est la monumentale anthologie de Pierre Versins.

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  • Désirée, née posthume

    DesireG.jpgDésirée
    Marie Frering
    Quidam éditeur, 2008

     

    (par Romain Verger)

     

    Collaboratrice de longue date de la revue La Main de singe où elle a fait paraître ses premiers textes, Marie Frering signe son premier roman chez Quidam. Un récit bref et dense, composé de fragments, comme autant d’ébauches de cette enfant éponyme, saisies du dedans comme du dehors. Orpheline de père et de mère, Désirée est élevée par Nami et Pelam, ses tante et oncle. Une écriture qui épouse les replis intérieurs, zones de retrait et de compensations oniriques que s’est inventée la petite fille pour dire l’absence et la surmonter.

    Désirée, marquée au fer blanc de la coupure, de la séparation, liée presque ombilicalement à ce centre absent, à ce manque d’assise et de fondement, qu’elle entretient et questionne intérieurement et quotidiennement en assistant Nami, marchande en coutellerie et taillanderie sur les marchés. Petite bonimenteuse chantant les mérites des lames familiales et de leur tranchant sans égal. Née sous le signe de la blessure (son « visage écarlate du nouveau-né » labouré de « coups de griffes acérés »), elle trouve dans le mal son remède, par le besoin de se frotter à ce qui coupe et taille pour rapiécer les morceaux de son roman familial, n’hésitant pas à broder, ravaudant trous et lacunes, les mailles manquantes de son histoire et de sa préhistoire. « On peut coudre ensemble des pans de montagne mais si la couture est mal faite, il y aura un jour une avalanche. »

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  • La vie en vers

    1098029996.jpgTransatlantique
    Daniel Labedan

    Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Au-delà des mers, dans les pays du Sud, les espaces naturels et urbains forment comme des toiles de fond pour courts-métrages et clichés saisissant la vie telle qu’elle est, sans fioritures ni arrangements esthétiques, au risque d’estomper les reliefs,

     

    « comme la photo d’une maison

    en lieu et place d’une vraie maison ».

     

    Daniel Labedan fait de chaque poème une tranche d’existence, de la même manière qu’Apollinaire, par exemple, saisissait telle conversation, telle scène quotidienne et la transcrivait sous forme de poème.

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  • Saloperie d’existence

    jpmartinet.jpgCeux qui n’en mènent pas large
    Jean-Pierre Martinet

    Le Dilettante, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Sur la couverture du livre, un dessin de Tardi en noir et blanc campe non seulement l’atmosphère, mais, peut-on dire, la réalité de ce roman aussi fulgurant que désespéré : la tête entre les mains, un homme – Georges Maman, le (très) anti-héros – fait face à son imposant Frigidaire, que l’on devine aussi vide que le compte en banque de son propriétaire (il s’avérera que ce Frigidaire n’est pas tout à fait vide, puisqu’il contient le dénouement du récit). Entre eux, quelques bouteilles de mauvais vin, une boîte de Canigou, le paysage déprimant d’une cuisine inutile.

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  • Un apprentissage doux-amer

    v_book_3.jpgLa Petite Cloche au son grêle
    Paul Vacca
    Philippe Rey, 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Cela se passe dans une bourgade du nord de la France, « le long de la Solène, la tendre Solène qui coule entre les villas fleuries de la bourgeoisie de Montigny ». Le narrateur, fils unique d’« Aldo » et « Paola », a treize ans à l’époque et des origines plutôt plébéiennes : ses parents tiennent un café où tout est « bleu, de la couleur des tenues de travail des clients qui se massent en une bourdonnante mêlée autour du comptoir ». Car à Montigny, la rivière sépare les « deux côtés » qui se regardent en chien de faïence. Mais l’horizon premier de l’adolescent, c’est d’abord une complicité sans tâche avec sa mère, et, de plus en plus, une attraction irrésistible pour « le monde mystérieux des femmes ».

    L’histoire se noue autour d’un exemplaire de Du côté de chez Swann, oublié par Suzanne Maréchal, une actrice, célébrité locale de la petite ville. Le jeune narrateur s’est emparé du livre abandonné, qui semble lui offrir un passage secret vers cette femme inaccessible qui le trouble. Mais quand Paola découvre le larcin, c’est son rêve d’avoir un fils écrivain qui se trouve conforté, malgré des résultats scolaires calamiteux. Proust devient la grande affaire du triangle familial : miroir des fantasmagories du fils, symbole pour la mère, source d’anxiétés pour le père. De cette rencontre improbable chacun ressortira transformé.

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  • Miracle de l'écriture

    remington.jpgRemington
    Joseph Incardona
    Fayard Noir, 2008

     

    (par B. Longre)

    « On a beau dire, on écrit pour se raconter soi-même, le plus souvent, les autres ne sont qu’un prétexte. Meubler le vide est une imposture. »

    On s’attend parfois à lire un polar (et tout l’indique – ne serait-ce que le titre de la collection ou le titre tout court), et on se trouve littéralement pris de court, plongé dès les premières pages dans une chronique désenchantée où la froideur de ton le dispute à la désespérance, où le quotidien du narrateur, cadré, organisé, ne suffit pas à nous duper sur le mal-être qui l’habite, ni sur les émotions qui le malmènent. Matteo Greco n’est ni flic, ni voyou. Il mène au contraire une vie réglée, disciplinée, même, et sans drames (si l’on omet les faits divers qu’il découpe dans les journaux) et parvient à cumuler plusieurs activités, alternant brèves missions pour une agence de sécurité (par nécessité financière), entraînements de boxe et séances d’écriture, qui se déroulent à sa table de cuisine, sur laquelle séjourne une vieille Remington portative. Il écrit des nouvelles (inspirées, justement, des petites coupures qu’il collectionne) et, bientôt, un roman, sur lequel il reste malgré tout très discret.

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  • Vies vécues, vies rêvées

    phpThumb.jpgLa maison des temps rompus
    Pascale Quiviger

    Editions du Panama, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La « maison des temps rompus » existe-t-elle ? Son « plus-que-jardin » grouillant d’animaux, d’arbres et de plantes souriants est-il bien accroché à la réalité du bord de mer ? Adrienne Chantre, l’ancienne propriétaire qui paraît toujours occuper les lieux est-elle une vraie, bonne et vieille femme, un fantôme, une fée, une sorcière ?

    En tout cas, les temps sont vraiment rompus, dans ce récit lui aussi plein de ruptures, de retours et d’anticipations. Plutôt plusieurs récits, qui évoquent des existences féminines, celles d’Aurore et de Suzanne, de leurs filles respectives Lucie et Claire – noms lumineux voués aux promesses de bonheur et à la tragédie –, celle d’Odyssée, le bébé dramatiquement transformé en Ophélie…

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  • Un baiser ou la vie

    18 baisers.jpgDix-huit baisers plus un

    Rachel Corenblit

    Editions du Rouergue, 2008

     

    (Par Caroline Scandale)

     

    Pourquoi Alex, un adolescent de 17 ans, a-t-il tenté de se suicider par pendaison, dans le local à poubelles de son immeuble? A partir d’un sujet plutôt sinistre, Rachel Corenblit nous livre un roman sensible et enthousiasmant, dont le traitement littéraire n’est jamais larmoyant et se révèle même souvent drôle. Dix-sept personnages féminins dressent le portrait du jeune homme au comportement étrange. La détresse qu’il cache se dessine au fil des chapitres, dans une chronologie déconstruite, tandis que s’entrecroisent les points de vue des êtres qui ont traversé sa vie. Il en a agacé, affolé et inquiété plus d’une, mais surtout, il les a toutes embrassées… Pourquoi cette ronde des baisers ?

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  • Les mystères de l’art et de la mort

    dlabayle.jpgRouge Majeur
    Denis Labayle
    Editions du Panama, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Pourquoi, en mai 1955, Nicolas de Staël, peintre de renom, riche et séduisant, se suicida-t-il en se jetant par la fenêtre de son atelier ? Cette mort prématurée est-elle due à des déboires sentimentaux, aux doutes de l’artiste, à un constat d’impuissance ? De cette énigme, Denis Labayle a fait un roman qui mêle fiction et exactitude historique.
    Tout commence avec un concert en hommage à Anton Webern, dont le peintre sort enthousiasmé, quasiment envoûté, à tel point qu’il projette d’en faire une toile hors du commun : « J’ai déjà peint des instruments de musique, mais là je sens naître en moi un projet fantastique : je veux peindre une impression… Oui, c’est cela, une impression musicale. Ce sera beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus difficile ».

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  • Contre Dieu, tout contre...

    sade.jpgLa Religion de Sade

    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

    Éditions de l'atelier, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Dans le sillage de Sade moraliste, publié chez Droz en 2005, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer poursuit son exploration de l’œuvre de Sade et la déconstruction du mythe dont elle s’est nimbée au fil des temps.

    Que n’a-t-on déjà écrit à propos de l’athéisme forcené dont fit étalage le Divin Marquis tout au long de son existence ? Ses romans constituent sans doute l’un des plus longs blasphèmes jamais proféré dans l’histoire de la littérature. Jeangène Vilmer a examiné de plus près cette image d’Épinal du libertin injuriant, poing au ciel et bave aux lèvres, son soi-disant Créateur. Et sa conclusion réserve une surprise : Sade s’oppose finalement moins à la religion qu’il ne s’y arc-boute, afin d’en livrer une critique certes puissante, mais informée et, à certains égards même, tolérante !

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  • Slamer Rimbaud

    saison rimbaud.jpgUne saison Rimbaud

    Emmanuel Arnaud

    Editions du Rouergue (collection DoAdo), 2008

    A partir de 13 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    On peut faire toutes sortes de rencontres à Benidorm, station balnéaire espagnole où « il n’y a rien que des tours, toutes pareilles, comme à la Défense », et même la rencontre la plus improbable, la plus inimaginable pour un jeune lycéen: celle de la poésie d’Arthur Rimbaud.

    A partir de ce jour, la vie d’Alexandre bascule dans une autre dimension, il est projeté sur « une autre planète », dans « l’hyper espace », avec une puissance telle que la fadeur d’avant n’est plus supportable. Tout doit changer, et en premier lieu la petite amie qui n’y comprend rien et n’y comprendra jamais rien.

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  • Entendre les voix du collège

    soulat1.jpgSur la photo de classe
    Noam Soulat
    Calmann-Lévy, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Sur la photo de classe des troisièmes E, ils y sont presque tous, et tous, y compris ceux qui n’y figurent pas, ont droit à un portrait individuel de quelques pages, un court chapitre. Ce livre décompose la photo de groupe en autant de vignettes. Ils s’appellent Jamel, Paul, Mohamed, Lolita, Fatima, Cyril, Rachida, Harmonie, Kennedy, Nicolas… Ils sont jeunes et ont peu d’intérêt pour le cours de Français de leur prof, Monsieur Soulat.

    Instantanés d’un moment, ou portraits d’un jour ou parcours égrenés tout au long de l’année. Leur langage, leurs façons, manières et manies, leurs désirs, leurs amitiés et amours, désamitiés et désamours, apparaissent comme pris sur le vif, le plus souvent dans le même cadre, celui de la classe, du collège, rarement à l’extérieur (un salon du livre, le centre commercial). Apparaissent d’autres silhouettes, les autres professeurs, le CPE, le principal (son bureau est le lieu des confrontations graves, du rappel à l’ordre), les parents (parfois violents, surtout à l’égard de leurs enfants). Conseils de classe, conseils de suivi, vacances, rythment le temps autant que les exclusions et l’évolution, de plus en plus brutale, des rapports entre le professeur et certains, ou plutôt certaines de ses élèves. Le constat est terrible, violent.

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  • Prison d’enfants

    9782748506884R1.gifMéto, tome 1 : la maison
    De Yves Grevet
    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Roman d’anticipation, de formation, de collège, La Maison est tout cela sous le signe général de l’enfermement. Des garçons sont réunis dans une maison qui est tout leur monde : amnésiques, ils n’ont pas accès à leur passé, sans famille ils ne se souviennent pas d’en avoir eu une. Ils n’ont pas de futur non plus, ignorant ce que deviennent ceux d’entre eux qui arrivent à l’adolescence et disparaissent. Ils ignorent aussi qu’un autre sexe existe.

    Dirigés par des hommes nommés « César » (César 1, César 2 etc.), eux mêmes portent des noms aux consonances romaines (Claudius, Crassus, Paulus…). La discipline est militaire, carcérale aussi. Les plus vieux initient les plus jeunes. L’entraînement se fait dans un jeu collectif très violent, seul dérivatif à la tension qui les habite tous, et on y joue avec la mort.

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  • Du crash d'une soutenance à la révélation de l'écriture

    jbernard.jpgQui trop embrasse
    Judith Bernard
    Stock, 2008

    Entretien avec l’auteure

    (Par Christophe Rubin)

     

    J’ai rencontré Judith Bernard à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à Albi en juillet 2000. Le hasard l’avait amenée à faire sa communication juste après la mienne. J’avais alors été impressionné par l’aisance intellectuelle et oratoire d’une jeune normalienne – agrégée devenue théoricienne et praticienne de la mise en scène théâtrale – particulièrement brillante pour ne pas dire intimidante au premier abord. Nous y étions revenus, l’année suivante, charmés par l’ambiance conviviale de ce colloque très international et en même temps familial. Un soir, avec trois ou quatre autres jeunes chercheurs, nous nous étions retrouvés sur une terrasse de restaurant du vieil Albi et j’avais été ébahi à l’écoute de son récit de thèse, de la préparation à la soutenance et aux conséquences : ébahi de l’intensité de ce qu’elle pouvait ressentir et exprimer à ce sujet, sur un mode intime qui tranchait peut-être avec la théâtralité de ses différents métiers : d’enseignante, de conférencière, de comédienne et, un peu plus tard, de chroniqueuse dans une émission de télévision. Un nouveau genre de récit était né.

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  • No future

    maltescarrels.jpgScarrels
    de Marcus Malte
    Syros, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Roman étrange et noir, Scarrels se situe dans un monde lui aussi étrange et sombre. On y vit la nuit, il y pleut sans cesse, la ville est un univers clos où la foule erre sans but, les chemins sont des traits de lumière entre la maison et la ville. De curieux oiseaux, des faucons, font la police et traquent et mettent en pièces les mal pensants, les fauteurs de trouble.
    Si le narrateur est un adolescent assez proche de ceux qui pourraient être ses lecteurs, pris entre son amour pour son amie d’enfance et ses relations avec ses parents, ses amis, jeunes comme lui, sont plus improbables : Abel le géant simplet, Jona l’amie mystérieuse, Karen orpheline de nulle part de la classe des « perles », à l’allure de poupée qui teint entre ses bras son double, Tina, une poupée vivante et parlante, changeant à tout moment de costume et de personnalité (Tina-Star, Tina Baila…), un genre de Barbie animée et puissante, Steve l’adolescent borné, Tommy, celui qui sait tout… un clan des six uni par des relations fortes, mais aussi par beaucoup de non dits.

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  • Les forêts dans les livres

    omega.jpgOméga et l’ourse
    Guillaume Guéraud, Beatrice Alemagna, Editions Panama, 2008

    (par Madeline Roth)

    Il y a quelque part dans les livres des forêts immenses à parcourir. Il faut parfois fermer les yeux, et mettre son pas dans les pas d’un autre : ici c’est Oméga qui emmène. Le jour, Oméga rêve à l’ourse, à sa fourrure brune et à ses yeux sombres. Le soir, elle l’observe sans bouger, le front collé à la vitre. Mais lorsque le froid arrive et que les bergers rentrent les moutons, l’ourse s’approche du village le ventre vide. Elle s’approche « si près que, dans ses yeux, flottait la nuit tout entière ». Alors, « simplement », Oméga saute dans les bras de l’ourse. Leur course à travers la forêt durera des secondes, ou des semaines, jusqu’à ce que...

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  • Adolescence en fuite

    9782844206848.jpgDans sa peau
    De Benoît Broyard

    Thierry Magnier, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Ce pourrait n’être qu’un roman social de plus : le héros de l’histoire est un adolescent qui fuit sa famille après avoir incendié une grange. Père alcoolique et chômeur (était-ce bien nécessaire ?), mère à antécédents psy (était ce bien nécessaire ?) et alcoolique elle aussi. Rien d’exaltant, donc, sur le plan du cadre de l’histoire.

    Mais ce roman touche pourtant juste et fort. Tout d’abord par le choix de la voix qui le porte : celle du personnage dont on ne saura pas le nom, et qui se choisit le prénom d’un autre, Antoine. Une écriture à la première personne très habitée et saturée elle-même d’autres voix, celles de son passé qui sont restées inscrites en lui, comme gravées par la souffrance, voix du père, voix de la mère. Ce que disent ces voix ne relève pas de l’exception qu’aurait pu induire le contexte médico-social choisi, mais du banal, avec ses expressions triviales, trop entendues : une façon de dénoncer le langage des adulte très ordinaires lorsqu’ils s’adressent à leurs enfants.

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  • « Comment effacer la vitre »

    9782213637587-V.jpgFrankie, Le sultan des pâmoisons
    Alain Gerber

    Fayard, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    On connaît l’érudition musicale d’Alain Gerber. On connaît les grands romans qu’il a consacrés au jazz et à certains de ses héros (Louis Armstrong, Chet Baker, Charlie Parker, Billie Holiday, Paul Desmond, Miles Davis…). Erudition et récit romanesque font encore bon ménage dans Frankie, dont l’auteur précise bien qu’il ne s’agit pas d’une biographie.
    Effectivement. Le récit se fait portrait ; ou plutôt, les récits se font portraits : celui de Frank Sinatra, bien sûr, mais aussi – puisque, selon un type de composition maintenant bien ancré dans l’écriture de l’auteur, celui-ci donne la parole aux proches du héros – ceux des proches en question, triés sur le volet : Dolly, la mère aimante et décidée, Bernard « Buddy » Rich le batteur, Ava Gardner, pour qui il quitta la mère de ses enfants, Sam Giancana le mafieux.

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