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francophone - Page 3

  • Synergie transversale et suicide à l'usine

    couvtripalium.jpgTripalium
    Lilian Robin
    les Editeurs libres

    Entretien avec l'auteur.
    (propos recueillis par Jean-Baptiste Monat)

    Tripalium est le premier roman de Lilian Robin, jeune auteur lyonnais qui s'est appuyé sur son expérience du monde de l'industrie pour en exposer les conséquences désastreuses sur le corps et l'esprit de ceux qui y travaillent. Il dépeint le quotidien d'une entreprise imaginaire, « Plastique Avenir », et dresse surtout le portrait au vitriol de ceux qui la font fonctionner, du bas jusqu'au sommet de la hiérarchie. Le personnage principal, Arno Libilin (anagramme transparent du nom de l'auteur), en tant que « responsable sécurité-environnement » se trouve pris en tenaille entre les ouvriers qu'il est censé sécuriser et les cadres, auxquels il appartient. Une crise majeur est sur le point d'éclater... Avec la rage d'un témoin indigné et la plume d'un satiriste, Lilian Robin ouvre plus largement une réflexion sur l'avenir du monde industriel à l'heure des délocalisations et du chômage de masse.

    Le roman part d'une expérience personnelle du marché du travail, peux-tu évoquer cet aspect de ta « biographie » ?

    Comme Arno, le personnage principal du livre, j’ai été responsable sécurité environnement dans l’industrie durant plusieurs années. C’est mon expérience la plus significative mais mon premier flirt avec le tripalium remonte à un job d’été de colleur d’étiquettes à la chaîne. A l’époque je m’étais juré de ne jamais remettre un pied dans une de ces boîtes grises.

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  • La transfiguration du chagrin

    cygnes.jpgÀ la rencontre des cygnes
    Aurélien Loncke
    L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Tout commence par une sortie à découvert sous la pluie. « Je suis donc resté sous une averse l’année dernière, juste pour essayer. » Timothé vient de perdre son jumeau, Amblin, et cette singulière incursion « dans les trombes d’eau » trouve une explication : « je croyais que, si la pluie pouvait me nettoyer la tête, je n’y penserais plus trop. ». Le récit qui s’ouvre ici va osciller entre souvenirs héroïques (car Amblin était un héros à sa manière) et scènes de deuil, où l’on voit le narrateur aux prises avec la douleur muette de ses parents ou essayant de surmonter sa propre dévastation.
    Cela se passe dans une ville où l’hiver prend des quartiers prolongés, bordée par une forêt opaque, avec un lac en son centre. Forêt où les jumeaux font des prouesses en sculptant la neige ou vont admirer les oiseaux migrateurs ; lac où Amblin s’obstine à patiner, année après année, voulant « glisser avec la légèreté de la libellule et la rapidité du serpent ».

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  • Masochisme montagnard

    culsac.jpgUn cul-de-sac dans le ciel
    Bernard Ascal

    Rhubarbe, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La montagne est capricieuse, difficile, décevante : c’est le paradoxe du grimpeur, que Bernard Ascal développe en courts textes prenant souvent les allures de règlements de comptes entre l’amant masochiste et l’objet de son désir.

     

    La relation entre l’homme et le terrain est paradoxale : platitude de la marche « en dépit des creux et des bosses », inhumanité de la nature, trous d’eau abusivement appelés lacs et en réalité « décharges naturelles », chemins qui n’offrent à la vue que les cailloux sur lesquels caler les pieds, et, surtout, malgré l’immensité spatiale qu’offre l’arrivée au sommet, l’impossibilité d’aller plus loin, le « cul-de-sac dans le ciel » et l’obligation de redescendre. Ultime déception, mais déception de privilégié. Car qui sont ces randonneurs ? Non le tout-venant, mais ceux que la vie quotidienne ménage, ceux qui ont le temps de substituer au couple « Fatigue-Travail » le couple « Fatigue-Loisir »…

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  • Ping-pong verbal

    diablogues.jpgLes Diablogues

    Roland Dubillard

    Théâtre des Célestins, du 7 au 18 janvier 2009 et en tournée

    Mise en scène Anne Bourgeois, avec Jacques Gamblin et François Morel

     

    (Par Jean-Pierre Longre)

     

    A la fin du premier tableau, après maintes hésitations et tentatives de dérobades, après une longue dispute sur la nature du « hop » qui doit entraîner le mouvement, ils se décident à plonger dans le flux du spectacle. Spectacle, à vrai dire, d’une grande sobriété visuelle, à la Beckett : un monticule, deux fauteuils, un éphémère placard, un ou deux accessoires. Selon une mise en scène très adéquate, tout est dans le jeu scénique et dans la parole, cette fameuse parole qui tient dans le mot-valise du titre : diablerie et dialogues.

     

    Entre UN et DEUX – Jacques Gamblin et François Morel qui, jouant de tous les registres, de toutes les formes de complicité et d’incompréhension mutuelles, se complètent admirablement dans leurs échanges dubitatifs, naïfs et logiques jusqu’à l’absurde – entre UN et DEUX donc, s’engage une partie de ping-pong verbal où la balle peut se glisser dans le moindre recoin.

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  • Inacessible à la lumière du dedans

    cforget.jpgLa nudité ne dévoile pas une femme émue

    Carole Forget

    L’hexagone, coll. « L’appel des mots », 2008

     

    (par Madeline Roth)

     

    « d’une place à l’autre

    toujours marchant vers la suivante

    nous allons    méconnaissables

                il manque la photo

                que les passants prendraient de nous

    en suspens

    dans l’entre-deux qui fait périr

    un peu moins rapidement »

     

    La nudité ne dévoile pas une femme émue est le troisième recueil de poésie de Carole Forget. Après Elle habite une metropolis (Editions David, 2002) et Comme si le vide avait un lieu (sur des photographies de l’artiste Melvin Charney, Editions du Passage, 2006), l’auteure s’interroge sur les signes, les objets, les photographies, le dehors, le regard. Sur ces choses qui répondent à un besoin de confirmation de ce que l’on vit. Les signes que l’on attend de notre présence auprès de l’autre. « Dans cet état de fragilité et de perte de références par rapport au monde extérieur, le regard et la photographie se présentent tout spécialement comme des preuves pouvant servir de points d’orientations ».

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  • Procès futuriste

    kgeorges.jpgLa mue de l’hermaphrodite
    Karoline Georges
    Ere, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    982 jours après le verdict qui l’a condamnée à la réclusion à perpétuité, l’hermaphrodite bénéficie d’une expérimentation judiciaire : elle doit, devant le public de la toile, se livrer à une performance de 97 minutes livrant le « comment du pourquoi » de son crime. Suit un long monologue, coupé de remarques techniques de son interrogateur-médecin, d’indication du nombre de captations signalant l’intérêt du public mondial, ou de notations horaires. L’hermaphrodite parle, éructe, chante, soupire, murmure sa confession, sans interlocuteur.
    Née hermaphrodite, dotée d’une aura, capable de beaucoup de choses étranges et fortes, l’être qui finit par se nommer au bout de quelques années Hermany Mésange apparaît dans la première partie de la performance comme un produit de la médecine (insémination artificielle par un procédé révolutionnaire, chez une mère à la dérive qui se suicide peu après sa naissance).

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  • Secrets de famille

    Vermot.jpgQuelque chose à te dire
    Marie-Sophie Vermot
    L’École des loisirs, coll. « Médium », 2008

    (par Joannic Arnoi)

    Ariane, 16 ans, se rend sur l’île bretonne où vit sa grand-mère, Julia Legohen, artiste peintre renommée. Elle ne se sont jamais rencontrées : une brouille aux ressorts inconnus sépare la mère d’Ariane, Dominique, de sa propre mère. La jeune fille a pris prétexte d’une recherche scolaire pour prendre contact avec Julia. Elle a été immédiatement invitée à lui rendre visite. Le roman commence à son arrivé sur l’île de Sainte-Barbe et se clôt avec son départ. Sur place, elle fait la connaissance de la compagne de Julia, Marthe, et d’un « jeune homme » qui fut longtemps leur voisin, Nathan. Au fil de promenades avec ce dernier et d’échanges artistiques avec sa grand-mère, Ariane semble s’installer dans un décor tranquille, sans aspérités. Tout bascule dans le dernier tiers du roman, quand un orage vient aiguillonner la curiosité de la jeune fille.

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  • « Comme si en chaque mot, une chose avait son talisman... »

    vbergen.jpgFleuve de cendres

    Véronique Bergen

    Denoël, 2008

     

    (par Annie Forest-Abou Mansour)

     

    Fleuves de cendres : le titre de Véronique Bergen est déjà toute une histoire, une clef magique menant aux arcanes de son ouvrage. Il lie les contraires et les inconciliables. L’oxymore dit déjà l’horreur de l’Histoire, de ce XXe siècle mortifère, plongé dans  « l’orgie de sang des années de guerre »  – et la Beauté intangible de l’écriture révélée dès l’incipit : « Des épées d’argent cinglaient le corps turquoise qui, habile à engloutir la lune au fond de ses abysses, ne livrait aucun récit stable, reine sans roi à l’immense traînée d’écume que fendaient des cormorans ». Il ouvre l’accès à un livre multiple : poétique, philosophique, historique.

    Les amours saphiques d’Ambre, la narratrice, et de Chloé sont un tremplin permettant l’accès à l’histoire du peuple de Judée et à l’Histoire. Les linéaments du passé se dessinent toujours sous le présent. Violée par le faux Jacob, Sarah devient Chloé : « De mon ventre montaient les cris des douze tribus d’Israël piétinées. Sarah, en moi, n’existait plus ». A partir de là, le lecteur plonge dans un univers de féminité exacerbée où le mâle devient le mal : le faux Jacob, le nazi. Et l’histoire s’envole, imbriquant le présent et le passé, le discours d’Ambre et les extraits du journal intime de Chloé, la jeune femme aux origines sémitiques.

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  • Mini fulgurances littéraires

    hoax.jpgHoax
    Collectif (Eric Arlix et Jean de la Roche)
    Ere, 2008

    (par Anne-Marie Mercier)

    Le mot « hoax », ou canular informatique transmis le plus souvent par messagerie électronique, est connu en France grâce au site hoaxbuster qui montre comment naissent les rumeurs d’aujourd’hui et comment sont recyclées les vieilles légendes urbaines.
    Les auteurs proposent dans une première partie de vrais messages, ceux que nous recevons tous, de veuve de dictateurs ou d’hommes d’affaires prêts à nous faire profiter de leur fortune, ou d’annonce de gains mirobolants à une loterie. Chacun est semé de perles orthographiques, syntaxiques, stylistiques et conceptuelles hilarantes, dignes de figurer dans cette anthologie d’un nouveau langage, le français du net, issu d’un mélange de traductions automatiques et de délires de rédacteurs maladroits.

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  • Explorer l'espace du livre

    lesgrandsarbres.jpgLes Grands Arbres
    Anne Vauclair et Marc Bellini
    roman photo (photographies d'identité) en 15 cartes postales. 10.5 x 15, 15 cartes retenues par une bague, imprimées en quadrichromie offset sur couché semi-mat - La Diseuse.

     

    (par Blandine Longre)

     

    La Diseuse, association de micro-édition co-dirigée par Marc Bellini et Lilas Seewald, propose d’aborder le livre et la lecture autrement… en publiant des livres-objets, en mettant en place des collaborations parfois inattendues entre auteurs, dessinateurs, artistes, en mettant aussi l’accent sur l’innovation graphique.
    J’ai récemment découvert quelques-uns de leurs ouvrages, dont une série de quinze cartes postales intitulée Les grands Arbres, qui combine des textes d’Anne Vauclair et des photographies de Marc Bellini, dont le travail inclut un usage original du photomaton.

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  • Bernanos, divinement illisible

    bernanos.jpgMonsieur Ouine

    Georges Bernanos

    Le Castor astral, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    « Illisible ! Inintelligible ! » C’est d’une telle litanie d’adjectifs péremptoires que les correcteurs des éditions Plon émaillèrent, en 1935, les marges du manuscrit de Monsieur Ouine. Georges Bernanos s’était mis à rédiger, ou plutôt à rêver par écrit, ce roman dès l’année précédente. Sa version définitive, complétée de chapitres inédits écrits au Brésil, ne sera publiée qu’en 1955.

    On peut donc admettre que cette œuvre, cent fois remise sur le métier, constitue le point d’orgue de la production bernanosienne. Synthèse de son art narratif et de ses réflexions sur l’éternel problème du mal, Monsieur Ouine est un absolu.

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  • Passion et nécessité

    R. Sterian.jpgL’âme tatouée
    Raluca Sterian-Nathan

    Préface de Samuel Pisar
    L’Archipel, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    « Parmi mes nombreux défauts, le plus important est mon manque d’ambition. Il est compensé par une énorme soif de vivre. Je n’agis que par passion ou curiosité, souvent par nécessité. Ce dont j’ai le plus envie, c’est de liberté. » Voilà comment Raluca Sterian-Nathan se définit. Il est vrai que la destinée de cette Franco-Roumaine aux origines multiples fut exceptionnelle : née avec une sorte de réticence peu avant la guerre, elle vécut les dictatures du nazisme et du communisme qui, ajoutées aux tourmentes familiales et amoureuses, lui tissèrent une enfance et une jeunesse marquées par l’accumulation des malheurs. Entre ceux-ci, des appétits insatiables, des rencontres heureuses, des joies profondes, l’amour maternel, le rire jeté « par-dessus les larmes ».

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  • Albertine vade mecum

    proust.jpgPrécaution inutile
    Marcel Proust
    Le Castor Astral, « Les Inattendus », 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Véritable pépite d'or que cette Précaution inutile, roman « inédit et complet », version courte de La Prisonnière. La démarche en elle-même est inédite : Proust recueille ses plus belles pages et donne une trame allégée à son roman, avec la nonchalance pragmatique et sûre qui est celle des génies. L’expansion naturelle de l’écriture proustienne, débordant en mille et unes paperolles, s’arrête ici pour mieux épouser l’écrin éditorial choisi. Sans nullement empêcher, bien au contraire, que l’on se plonge encore et toujours dans l’immensité ciselée de la Recherche du temps perdu, ce court roman s’offre comme une un petit plaisir défendu, en marge de la grande épopée, un joli chef d’œuvre aussi mystérieux qu’irrésistible, à lire « en toute innocence et en toute liberté », selon l’invitation de Frédéric Ferney, préfacier. Un tramway dans la brume matinale, le silence d’Albertine belle endormie – et le narrateur seul avec sa jalousie, amère et polie, lucide et désolée, convoquant les lois secrètes de notre cosmos sentimental pour décrire l’immense catastrophe sourdant vicieusement au cœur de tel ou tel petit mensonge dérisoire, petite griffure lâche et cruelle.

    http://www.castorastral.com/

  • Allô maman bobo

    tesplusmacopine.jpg

    T’es plus ma copine  / Mon chien est mort
    Eric Englebert, Illustré par Claude K. Dubois
    Grasset-Jeunesse, 2008 - A partir de 7 ans

    (Caroline Scandale)

    La collection Lampe de poche 7 ans et + propose la série intitulée « Les petits bobos de la vie ». Sa spécificité est de dédramatiser des situations souvent angoissantes pour les enfants. Empreints d’une grande sensibilité, ces jolis livres panseront leurs petites blessures à l'âme.

    L’amitié est aussi intense qu’elle peut s’avérer douloureuse. Dans T’es plus ma copine, Sarah n’a pas envie d’aller à l’école... Elle s’est disputée avec sa meilleure amie Catherine, qui ne lui parle plus. La petite fille est de plus en plus triste et redoute d'être confrontée à l’indifférence de sa prétendue copine.

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  • Géographie littéraire

    gard.jpgBalade dans le Gard, sur les pas des écrivains
    Sous la direction de Bernard Bastide, préface de Christian Giudicelli - Editions Alexandrines, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    La promenade va s’effectuer dans un département qui marie, comme Christian Giudicelli le dit dans la préface à propos de Nîmes, « un charme italien à une austérité huguenote », et qui permet de passer des montagnes cévenoles à la mer, en faisant étape dans la garrigue. On le sait, les écrivains sont les meilleurs guides pour faire goûter non seulement la saveur des lieux, mais aussi leur histoire, leurs secrets, et même leur imaginaire. Cette Balade dans le Gard propose une belle alliance de la géographie et de la littérature, qui toutes deux se répondent, se font écho, aidées en cela par les textes des écrivains eux-mêmes (natifs, d’adoption ou de passage), par les biographies détaillées (toutes confiées à des spécialistes) et par l’iconographie (photos évocatrices des lieux et des auteurs).

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  • L’Afrique m’avait salement rattrapé

    couv_7729.jpgSarcelles Dakar
    Insa Sané
    Sarbacane, collection Exprim

    (par Christophe Rubin)

    Il faut lire Sarcelles Dakar. La seule troisième partie, racontant le voyage en Casamance d’un jeune homme de dix-neuf ans, mérite que ce roman soit acheté et lu.
    Insa Sané, slameur et comédien. D’après la liste des albums qui composent la « bande son » qui précède le texte (Erykah Badu, Bob Marley, Oxmo Puccino, Public Enemy, The Roots…), il a des oreilles. Il a aussi une vraie plume et il sait surprendre son lecteur… Ce roman de formation, qui alterne les songes prémonitoires et l’action, dénude peu à peu son héros, Djiraël, et le découvre à lui-même au fur et à mesure qu’il s’approche de l’Afrique de ses ancêtres. Au début, ce ne sont que de petites histoires de banlieue entre jeunes : amours et arnaques de débutants, avec le langage qui va avec. Tout cela semble bien superficiel, à juste titre : même le père absent – il est retourné au pays – et le malaise éprouvé par le fils semblent banals. Il s’agit dans un premier temps de dire cette banalité, en tant qu’absence de repère et de sens, dans la vie comme dans le roman.

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  • Meckert le juste

    9782070787678.gifNous sommes tous des assassins

    Justice est faite

    Jean Meckert

    Joëlle Losfeld, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    « Le style est à droite, et les idées à gauche. » S’il y a un auteur dont la fréquentation pousse à remettre ce poncif en question, c’est Jean Meckert (1910-1995), que les amateurs de polars connaissent peut-être mieux sous le pseudonyme de Jean Amila.

    Cet anar, pacifiste indéfectible, demeure une figure méconnue qui n’est plus destinée à survivre dans nos mémoires que par ses pages percutantes et la voix qu’il y a déposée, à vif, unique. L’éditeur Joëlle Losfeld lui rend depuis quelques années toute son importance en publiant ses textes les plus engagés et qu’il signa de son nom. Les deux derniers titres parus témoignent de l’originalité de sa démarche et de la souplesse de sa plume. 

    Avec Nous sommes tous des assassins (1952) et Justice est faite (1954), le matériau de base n’est pas l’actualité (comme ce fut le cas pour l’affaire Dominici, dans La Tragédie de Lurs) mais plutôt deux films de Cayatte, portant sur des sujets de société à forte teneur explosible. C’est Gallimard en personne qui passa commande de ces « novélisations » d’œuvres cinématographiques, une technique dont Meckert sera en quelque sorte l’un des pionniers en France. Notre homme aurait pu se contenter de reproduire les dialogues, de restituer les scènes filmées, de poivrer les atmosphères de quelques adjectifs bien sentis, pour emballer l’affaire. Mais consentir à la facilité, c’eût été trop mal servir la gravité des sujets mis en avant par le réalisateur, soit la peine de mort et l’euthanasie. Meckert ne transcrit donc pas, il transpose. Se détachant de son pré-texte, le texte gagne en autonomie et s’impose chef d’œuvre.

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  • Tourments et apaisement

    3saisons.jpgTrois saisons poétiques

    Magda Carneci
    Collection GRAPHITI

    Editions PHI en coédition avec Les Ecrits des Forges, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Magda Carneci est historienne de l’art, essayiste, traductrice, membre du « Parlement Culturel Européen », directrice de l’Institut Culturel Roumain de Paris… Ses diverses responsabilités, sa participation active à la vie culturelle roumano-française n’occultent pas sa qualité de poète : Trois saisons poétiques, son dernier recueil, témoigne précisément de cette qualité.
    Ecrits directement en français ou traduits du roumain par Odile Serre et Linda Maria Baros, les poèmes, qui mêlent la musique et l’espace au temps, sont ponctués de photographies (de l’auteur) illustrant les distorsions auxquelles sont soumises l’écriture et la quête de soi.

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  • Smell like teen spirit

    mes premières fois.jpg

    Mes premières fois

    Claire Loup

    Plon, 2008

     

    (par Caroline Scandale)

     

    La production éditoriale pour « jeunes adultes » n’est pas vraiment futile… Et heureusement ! Mais parfois, il est agréable de lire une histoire légère et fruitée.

    On est d’abord séduit par l’évanescente demoiselle de la couverture. D’ailleurs, au cas où le lectorat féminin n’aurait pas compris que cet ouvrage lui est destiné, sa couleur rose acidulé le lui rappelle illico. Pour autant ce roman n’appartient pas au courant de la chick-lit ou « littérature de poulette » car Claire Loup, la jeune auteure, fait preuve de qualités littéraires en signant ce premier roman.

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  • La musique, passionnellement, éternellement

    ladyday.jpgLady Day, histoire d’amours
    Alain Gerber
    Fayard, 2005 / Le Livre de Poche, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Il faut toujours prêter attention aux sous-titres, lorsqu’il y en a. Celui du dernier roman d’Alain Gerber, « histoire d’amours », pourrait paraître anodin et passe-partout ; c’est le contraire, et le pluriel y est capital. Car la vie de Billie Holiday (1915-1959), pour brève qu’elle fût, a été une suite d’amours et, il faut bien le dire, de désamours – ce que le récit, en pas moins de 600 pleines pages, fait passionnément découvrir.

     

    Eleanora Fagan, ou Eleanor Halliday, ou Nora, ou Bill, ou Lady, ou Billie Holiday (selon les périodes et les narrateurs) eut-elle la destinée qu’elle méritait ? Si l’on en croit Melissa, journaliste qui l’a bien connue, oui : « Le blues, le jazz et Billie Holiday se contrefichent de l’éternité. Ils ont déjà le plus grand mal à envisager leur avenir, et leur passé les talonne. Ils vont de déboires en excès et se fabriquent ainsi de toutes pièces un parcours semé d’embûches, cachant aux autres et se dissimulant à eux-mêmes qu’ils tournent en rond. Leur vie n’est qu’artifice. Ce sont les acteurs d’un mélodrame écrit de leur propre main ». Pourtant, cette éternité, Alain Gerber et sa verve inimitable contribuent grandement à la forger.

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