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frédéric saenen - Page 2

  • Fétichistes

    fetichi.jpgLe Fantastique des Fétichistes
    Le Calepin jaune, Collection « Absinthes », 2008

    (par F. Saenen)

    Une anthologie qui ravira les inconditionnels du talon aiguille et autres fanatiques du lobe de l’oreille : Le fantastique des fétichistes propose en effet une belle collection de textes à orientation monomaniaque, à propos d’objets ou de parties sacralisées de l’anatomie. En plus d’avoir rassemblé quelques incontournables plumes parnassiennes ou décadentes, la compilatrice de l’ouvrage, Estelle Valls de Gomis, ménage quelques bonnes surprises. Elle a ainsi pensé à convier dans sa galerie le trop injustement oublié Péladan ou encore le bibliomane Théodore, créé par Charles Nodier. Elle parachève son panorama avec des récits d’auteurs contemporains (parfois très jeunes) dont l’inventivité le dispute à l’audace. Si l’ouvrage souffre quelque peu de la solution de continuité chronologique qui rompt son unité, il garantit néanmoins son lot de frissons et d’émoustillements des plus agréables.

    http://www.editions.lecalepinjaune.com/

  • Mirbeau

    mirbeau1.jpgCahiers Octave Mirbeau, n°15

     

    (par F. Saenen)

     

    Infatigable Pierre Michel… Non content d’être l’éditeur des correspondances, des recueils d’articles et des œuvres de Mirbeau, il préside la société qui entretient la mémoire de son idole. La vigilance conjuguée à la ferveur débouche donc annuellement sur un Cahier richement documenté, qui intéressera autant les inconditionnels de l’auteur de Dingo que les amateurs de la Belle-Époque. Le millésime 2008 recèle de nombreuses études, consacrées majoritairement au récit de voyage automobile La 628-E8, mais aussi à la présence de Mirbeau dans la Revue Blanche, à la représentation du féminin dans Le Calvaire ou encore à ses rapports avec l’œuvre du philosophe Kierkegaard. On y trouvera également de très nombreux comptes-rendus d’ouvrages au centre ou à la périphérie de l’actualité mirbellienne. Un bel esprit règne sur cette publication, dans laquelle érudition, approche spécialisée et souffle libertaire se côtoient, sans hiatus.

     

    Société Octave Mirbeau, 10 bis, rue André-Gautier, 49000, Angers

  • Le Restif du XIXe siècle

    houssaye3.jpgDu danger de vivre en artiste quand on n’est que millionnaire
    Arsène Houssaye
    illustré par Anne Carreil

    postface d’Éric Vauthier
    Éditions de l’arbre vengeur, 2008

    (par Frédéric Saenen)

     

     

    La postérité a retenu bien peu de choses d’Arsène Houssaye (1815-1896). Pourtant, celui dont certains se souviennent parce qu’il fut le dédicataire du Spleen de Paris de Baudelaire en 1869 a laissé derrière lui nombre de poèmes, de romans, de nouvelles, d’articles de critique ou encore de pièces de théâtre. Bref, un auteur qui mérite d’être redécouvert, moins pour l’importance quantitative de sa production que pour le style de ses récits finement ciselés.

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  • L’ami Mirbeau

    omirbeau3.jpgLes mémoires de mon ami
    Octave Mirbeau

    Éditions L’Arbre vengeur, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    On n’en finira jamais de remettre à l’honneur le génie et la saine violence qui animent l’écriture d’Octave Mirbeau. Quand ce ne sont pas ses chroniques littéraires ou politiques qui sont republiées, c’est un roman méconnu qui resurgit et dont on ne peut interrompre la lecture, happé que l’on est par la force d’attraction de ce style dévastateur, énervé et sans concessions.

    Publié à un moment charnière de la production romanesque de Mirbeau – soit entre l’échec de Sébastien Roch en 1890 et la sortie de son chef d’œuvre, Le Journal d’une femme de chambre, en 1901 – Les Mémoires de mon ami est un récit bref, dont l’ironie de fond est noircie au charbon de la révolte.

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  • Élémentaire, mon Chesterton !

    chesterton3.jpgLes Enquêtes du Père Brown
    Gilbert Keith Chesterton

    Édtion présentée par Francis Lacassin

    Omnibus, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    Un détective, c’est avant tout une silhouette, reconnaissable entre mille. Celle de l’inénarrable Miss Marple, menue et portant beau son élégance acidulée ; celle de Sherlock Holmes, l’œil grossi par la loupe, et affublé d’une indévissable casquette à carreaux ; celle de Maigret, engoncé dans son imperméable, avec aux dents une pipe dont la fumée flatte les oracles de la déduction…

     

    Parmi cette galerie, il est une personnalité d’importance, hélas trop souvent omise : il s’agit du Père Brown, sorti tout droit de l’esprit so british de Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Les Éditions Omnibus rendent enfin la place revenant de droit à cet auteur prolifique, qui avait compris mieux qu’aucun de ses contemporains que le récit policier est « la première et unique forme de littérature populaire à donner un sens poétique à la vie moderne ».

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  • Henry Stein et Gertrude James

    gstein.jpgHenry James

    de Gertrude Stein

    précédé de Shakespeare par Henry James

    traduit de l’anglais par Jean Pavans

    Phébus, Libretto, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

    Ceux qui restent convaincus que la littérature demeure le territoire des rencontres improbables recevront avec bonheur ce Libretto où se mêlent les voix des rhapsodes Henry James et Gertrude Stein. Étonnante percussion en effet que celle résonnant entre l’introduction à La Tempête de Shakespeare rédigée par James en 1907 et l’essai halluciné que, en 1933, l’avant-gardiste américaine consacra à l’auteur du Tour d’écrou. La sinueuse limpidité d’une part ; un art consommé de la digression et de la transgression de l’autre se répondent finalement en un hymne dual à la création. Il serait déshonnête de prétendre que le propos est accessible au commun des lecteurs, car ces pages sont d’une densité rare, qui confine parfois à l’hermétisme. La présentation de Jean Pavans (le traducteur de l’ensemble) en livre cependant une clef essentielle, quand il explique en quoi Stein voyait en James « le plus ancien écrivain du monde »…

  • « Le clou dans le fer » : une expérience continue

    clou.jpgLes éditions le Clou dans le fer

     

    Entretien avec Stéphane Pihet, Michaël Batalla & Florent Fajole à la suite de cet article.

     

    (par Frédéric Saenen)


    Derrière la voix des gens, en filigrane de la voix des gens, au-delà de la voix des gens, il y a la Poésie. Un rythme vertical ou concentrique. Des phrases hachées qui se cherchent, se mordent la queue, se grattent frénétiquement là où ça les démange. Des mots noirs qui vont se perdre dans le blanc originel. Des murmures si entêtés qu’on les confondrait volontiers avec des cris. Le Clou dans le fer n’est pas une énième « jeune structure éditoriale » – étiquette presque infâmante, tant elle semble porter en germe les perspectives du tarissement et de la disparition. Le Clou dans le fer est un chantier à ciel ouvert, où les artisans s’ingénient à river des matériaux volatils sur le blindage du Sens. Le Clou dans le fer est un travail de rencontres, de choix affirmés, de soigneuse mise en page, qui dénote une profonde maturité littéraire.

    À travers les quatre premiers livres de la collection « Expériences poétiques », une cohérence d’ensemble se dégage, qui jamais n’occulte les individualités en présence. Commençons par la Colonne d’aveugles d’Andrea Inglese qui se dresse au beau milieu du quotidien, et autour de laquelle s’organise progressivement l’émiettement autobiographique du poète. L’esprit, entre rêve et absence, avance en somnambule, achoppe à ses souvenirs ou aux machines sourdement présentes de l’appartement. Face « au peu de monde concédé », il se veut passant. Le lecteur oscille à sa suite, tantôt en italien dans le texte, tantôt en français au fil de la traduction – exemplaire – de Pascal Leclercq. Au sortir de ce flux d’images et de questions, une seule certitude s’impose : en poésie, deux voix valent mieux qu’une.

    On croise ensuite Arlette Robert, Alias Osiris, Salah Kaler ou encore Catherine Benoît. Ou du moins Sebastian Dicenaire nous immerge-t-il, à la faveur de quelques instantanés logorrhéiques, dans des fragments de leurs discours.

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  • Un ange passe

    soeurdelange3.jpgLa Sœur de l’Ange n°5
    (Printemps 2007)
    Dossier « À quoi bon résister ? »

    Le Grand Souffle

     

    (par Frédéric Saenen)  

     

    Force est de constater que, dans le paysage revuistique français contemporain, La Sœur de l’Ange occupe une place à part. Après une absence dont la durée se faisait presque inquiétante, la voici de retour, sous l’égide des non moins atypiques éditions Le Grand Souffle. Un peu plus fine – on se souviendra des précédentes livraisons qui flirtaient volontiers avec les 400 pages ! –, la publication gagne en élégance tout en conservant son format et sa présentation soignée. Passé l’agréable tâtonnement de cet objet, que certains jugeront peut-être trop sophistiqué à leur goût, immergeons-nous dans le foisonnement des regards, des orientations et des figures qui surgissent au détour de chaque article.

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  • Fauchage central

    matiere.jpgMatières à Poésie, Gazette de chantiers poétiques
    Hors série n° 12 et 13
    Jacques Bernimolin (1923-1995), Des inédits – Des parutions

     

    (par Frédéric Saenen)

     

    L’œuvre et la personnalité de Jacques Bernimolin méritaient d’être enfin sorties de leur purgatoire. Voilà qui est chose faite grâce à l’initiative de la revue liégeoise Matières à poésie, qui a mis les bouchées doubles en consacrant ses deux dernières livraisons à cette figure éminemment protéiforme.

     

    C’est en effet en jazzman ésotériste, en collagiste burroughsien, en highjacker des sens et des sons, en encreur sauvage, en diseur de malaventure, enfin en rappeur sans musique, sans personne, sans rien, que ce pharmacien-chimiste de formation aura traversé la vie. Son activité créatrice, peu reconnue, étouffée par un positionnement résolument marginal, est marquée par un bouillonnement et une audace qui se situent à la convergence du surréalisme, du mouvement et de l’oralité. Chaud devant donc : nitroglycérine verbale en veux-tu en voilà, dans ces proses déhanchées où déboulent calembours et bouts rimés, où giguent phonèmes et monèmes, où hallucinations et associations libres de mots se superposent aux images d’un zapping infini.

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  • Une pédagogie de l’effroi

    sademoraliste3.jpgSade moraliste
    Le dévoilement de la pensée sadienne à la lumière de la réforme pénale au XVIIIe siècle
    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
    Éditions Droz, Collection « Bibliothèque des Lumières », Volume 66, Genève, 2005

     

    (par Frédéric Saenen)

     


    Depuis plus d’un demi siècle, les études sadiennes psalmodiaient la même litanie au sujet du Divin Marquis : l’indiscutable vérité de cette œuvre était à chercher du côté du Mal absolu, incarné aussi bien par une vaste galerie de figures incorrigiblement licencieuses et blasphématrices, que par leur créateur lui-même, qui fut emprisonné ou interné près des deux tiers de son existence pour délits de mœurs. De Sollers à Barthes, de Klossowski à Pauvert (premier éditeur de Sade digne de ce nom), de Blanchot à une kyrielle d’universitaires en mal de frissons et de références sulfureuses, un véritable « mythe Sade » s’est forgé, basé sur une approche uniquement littéraire de critiques jaloux des prérogatives de leur interprétation.

    Et voici qu’un essai, réécriture d’une thèse soutenue il y a quelques années en Sorbonne devant Maurice Lever (une autorité en la matière), vient bouleverser les perspectives et démultiplier les pistes de lecture de l’interdit et de « l’inter-dit » sadiens. En effet, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer relève le défi de décrypter toute la production de Sade, en se fondant aussi bien sur ses proses les plus scandaleuses (les versions successives de Justine et de Juliette, les 120 journées, etc.) que sur sa très abondante correspondance, ses textes les moins lus, ses brouillons et enfin son théâtre, tenu pour ennuyeux.

     

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